Ce qui est pourtant surprenant, c’est que je ne supportais pas les personnes connues pour des péchés tels que l’immoralité sexuelle, l’orgueil ou la médisance. Je me considérais alors comme meilleur qu’elles (Luc 18.11).
C’est après la nouvelle naissance que j’ai pu constater cette ironie : un pécheur qui juge les autres parce qu’il minimise son propre péché et exagère celui des autres (Romains 2.1–3). Même aujourd’hui, dans une attitude rappelant celle du pharisien et du publicain en Luc 18.9–14, je suis toujours tenté de me croire meilleur que les autres, sous prétexte que je ne fais pas ce qu’ils font ou que je ne suis pas comme eux.
Sans toutefois me justifier (Romains 3.23), je crois qu’il s’agit d’une perception, ou, plus regrettablement encore, d’une conviction, que je partage avec bien d’autres personnes, y compris des frères en Christ (Romains 14.4). C’est dans cette optique que j’aimerais partager ma réflexion sur la manière dont nous devrions aborder ce sujet si délicat : comment les pécheurs devraient voir d’autres pécheurs (Colossiens 3.12–13).
Les péchés sont-ils égaux ?
Cette question n’est pas simple pour beaucoup de personnes et présente une complexité réelle. La réponse la plus courante est la suivante : tous les péchés sont égaux, dans le sens où ils sont commis contre un Dieu parfait et infini (Jacques 2.10). Il n’existe donc pas de « petit péché » face à un Dieu infini (Psaume 51.6).
Il y a également une autre facette de cette réalité : chaque péché, qu’il soit perçu comme petit ou grand, nous sépare de Dieu et nous rend coupables devant lui (Ésaïe 59.2 ; Romains 3.23). De la même manière, tous nécessitent le sang de Christ pour le pardon et pour la délivrance. Enfin, en l’absence de repentance, le vol d’un stylo, un mensonge au téléphone, un vol ordinaire ou un flirt coupable conduiront le pécheur à la condamnation, tout autant que le détournement de dix millions de dollars, un mensonge ayant causé un meurtre, l’adultère ou le viol (Romains 6.23 ; Apocalypse 21.8).
Dans ce sens précis, tous les péchés peuvent donc être considérés sur un même pied d’égalité. Même si les châtiments éternels peuvent différer en degré de sévérité (Luc 12.47–48), ils demeurent semblables en nature, en ce qu’ils se déroulent en enfer, loin de Dieu et sous son jugement.
Mais la question ne s’arrête pas là.
Mais…
La plupart des chrétiens et des théologiens s’accordent toutefois sur la nuance à apporter à cette réponse. Ils affirment que, même si le péché reste péché, il diffère en termes de gravité et de conséquences (Jean 19.11). Par exemple, le vol d’un stylo n’est pas équivalent au détournement de dix millions de dollars en termes d’impact (Exode 22.1–4). De même, un flirt coupable n’est pas comparable, à un acte sexuel consommé et la médisance n’a pas la même portée qu’un meurtre.
Ainsi, bien que les péchés soient égaux quant à la culpabilité qu’ils produisent devant Dieu, ils diffèrent dans leurs effets et leur gravité.
Même les commandements et les châtiments liés à leur transgression variaient, tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau Testament (Lévitique 5.17 ; Lévitique 20.10 ; Luc 12.47–48 ; Hébreux 10.28–29).
« Q. Toutes les transgressions de la loi sont-elles également odieuses en elles-mêmes et aux yeux de Dieu ?
R. Toutes les transgressions de la loi de Dieu ne sont pas également odieuses ; mais certains péchés sont, en eux-mêmes et en raison de diverses circonstances aggravantes, plus odieux aux yeux de Dieu que d’autres. »
(Petit Catéchisme de Westminster, Q.150)
Et maintenant ?
Cette distinction théologique n’est pas seulement intellectuelle ; elle appelle une réponse concrète dans notre manière de vivre et de regarder les autres – pécheurs.
Pour moi, la réponse nuancée à la question précédente est juste, à condition que la motivation ultime soit la gloire de Dieu et le bien de son peuple (1 Corinthiens 10.31). Mais lorsque l’intention devient de minimiser certains péchés et de mépriser ceux qui commettent ceux que l’on considère comme plus « graves », alors un sérieux problème se pose : un manque d’humilité et d’amour (Luc 18.9–14 ; Matthieu 7.1–5 ; 1 Corinthiens 13.1–3).
Même s’il existe des péchés graves et des pécheurs notoires, chacun de nous demeure un pécheur. Le fait de ne pas commettre tel ou tel péché ne nous donne aucun droit de mépriser ceux qui en commettent d’autres (Romains 14.3–4). D’ailleurs, c’est uniquement par la grâce de Dieu que nous en sommes préservés, car, au regard de notre nature, nous en serions tout aussi capables (1 Corinthiens 4.7 ; Tite 3.3–5).
Ainsi, lorsque tu rencontres un autre pécheur, sois compatissant plutôt que rempli de jugement (Colossiens 3.12–13 ; Éphésiens 4.32). Sois attristé de le voir vivre sous l’emprise du péché (Psaume 119.136 ; Romains 9.1–3). Prie pour lui (Matthieu 5.44 ; Jacques 5.16). Ne le méprise pas. Ne le médis pas (Jacques 4.11 ; Éphésiens 4.29). Ne le pointe pas du doigt (Jean 8.7). Il souffre déjà, car le péché vole la paix, la joie et la liberté (Ésaïe 57.20–21 ; Jean 8.34).
Car, au bout du compte, on commet des péchés inégaux, mais on est des pécheurs égaux.
Alors, est-ce que tu vas continuer à juger ton frère ou ta sœur… ou est-ce que tu vas choisir la grâce aujourd’hui ?

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