Vous voyez, les hommes prennent – ils prennent à Mère Nature et au règne animal. Ces petites boîtes avec leurs portes qui s’ouvrent telles des anges de lumière, permettent à l’homme avide de conserver son butin égoïste sans qu’il ne s’abîme. Il peut prendre encore et encore sans subir les conséquences de cette accumulation. Cette technologie qui venait du monde d’en bas ne faisait que consolider la gourmandise de l’homme et le transformait définitivement en un fléau pour ceux qu’il surplombait du haut de la chaîne alimentaire. Ou quelque chose comme ça.
Récemment délivrés de l’esclavage en Égypte, le peuple d’Israël était à l’abri des tentations de la réfrigération. Ils n’avaient pas besoin de se battre avec l’éthique de la conservation alimentaire (contrairement à nous autres élèves de primaire). Dieu l’avait purement et simplement interdit. Il ne leur manquait pas seulement la technologie nécessaire ; ils n’en avaient pas le droit.
L’Éternel dit à Moïse:
Je vais faire pleuvoir du pain pour vous depuis le ciel. Le peuple sortira et en ramassera chaque jour la quantité nécessaire. Ainsi, je le mettrai à l'épreuve et je verrai s'il suivra, ou non, ma loi.
Exode 16.4
Le Dieu d’Israël proscrit pour son peuple la conservation des restes de nourriture : « Le peuple sortira et en ramassera chaque jour la quantité nécessaire. » Ils avaient pour ordre de manger autant qu’ils pouvaient jusqu’à en être rassasié, ce jour-là seulement. Le matin suivant, toutes les réserves secrètes produiraient des vers et de la puanteur (sauf le jour du Sabbat). La survie de son peuple dépendait uniquement des miracles quotidiens dus à la grâce de Dieu : « [le] pain des anges » au matin et des cailles le soir (Psaume 78.25). L’approvisionnement quotidien faisait face au désespoir quotidien. Il n’y avait pas de plan B – seulement lui.
Et ce commandement avait un but – «je le mettrai à l'épreuve et je verrai s'il suivra, ou non, mes commandements. » Dieu allait-il vraiment se montrer chaque jour ? Allaient-ils attendre avec foi qu’il se montre chaque jour ? Allaient-ils suivre ses commandements ou leur propre raisonnement ? Quiconque se retrouverait dans la situation délicate d’Israël aurait du mal à donner des réponses d’école du dimanche. Il a testé leur foi – allaient-ils croire, jour après jour, qu’ils auraient juste assez au bon moment ?
Le fait de vivre la foi est plus déconcertant que ce que certains dévots légers et frivoles le laissent entendre. Marche seulement avec Jésus, un pas à la fois – comme un funambule au-dessus d’un volcan, comme Pierre foulant une mer déchaînée ou comme Israël errant dans le désert sans vivres. Le pas d’après pourrait bien être le dernier.
L’épreuve du pain quotidien
« Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien » (Matthieu 6.11) – nous l’avons prié d’innombrables fois. Devant nos placards remplis et nos frigos débordants, notre requête ressemble plus à une prière sereine qu’à une prière motivée par la faim. Bien que l’abondance soit l’œuvre quotidienne de Dieu, elle ne ressemble pas vraiment à une réponse au jour le jour.
Pourtant, les saisons de privation dans le désert peuvent pousser notre esprit à la prière. Alors que nous sommes acculés par les circonstances, cette demande devient violente et sa réponse non-négociable. Cette prière prend une nouvelle allure quand notre esprit est tourmenté par l’anxiété, quand nous trébuchons sous le poids de la souffrance, ou quand, lors d’une nuit sans sommeil, nous nous demandons si nous verrons enfin la lumière au bout du tunnel et ce sans même penser au pain qui vient avec.
Est-ce que tu traverses une saison comme celle-là ? Peut-être es-tu submergé par le chagrin d’une énième fausse couche ? Peut-être que ton conjoint ou tes amis t’ont trahi et il te semble que plus rien ne sera comme avant. Peut-être qu’une nouvelle année de solitude te file encore entre les doigts. Peut-être que tu ressembles plus aux Israélites et que tu te demandes chaque mois si tu auras assez pour payer ton loyer ou faire tes courses. Comment continuer au milieu du désert ? En ramassant des portions quotidiennes. En priant à chaque instant : «Seigneur, donne-moi aujourd’hui mon pain quotidien.»
Tu n’as pas les ressources nécessaires pour continuer plus longtemps. Peut-être est-ce précisément ce que tu dois apprendre. Tel est l’épreuve du pain quotidien. Tu n’as pas assez aujourd’hui pour subsister jusqu’à demain ou jusqu’à la semaine prochaine – il le sait, il l’a prévu. Tu n’es pas en train de faire un détour ; tu es en train d’être conduit plus loin dans sa volonté pour être testé, pour apprendre des leçons que le pays qui déborde de lait et de miel ne peut pas t’enseigner.
Il cherche à te débarrasser de ton indépendance. Dos au mur, genoux à terre, les yeux vers le ciel – c’est dans cette posture que nous apprenons le mieux la dépendance. C’est là qu’il nous prouve sa fidélité. Il nous laisse dans le grondement du désespoir pour nous faire entendre la fermeté dans sa voix : Je suis avec toi. Je suis pour toi. Je ne t’ai pas oublié, je t’apprends à ne pas m’oublier.
Quarante ans plus tard, Moïse revient sur la leçon du pain quotidien :
Il t'a humilié, il t'a fait connaître la faim et il t'a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que tes ancêtres non plus n'avaient pas connue, afin de t'apprendre que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais de tout ce qui sort de la bouche de l’Éternel.
Deutéronome 8.3
La véritable survie de l’homme ne dépendait pas du pain, pas même du pain miraculeux. Elle dépendait de la voix de Dieu. De sa présence. De ses lois. Le pain matériel n’en était que le support. Dieu t’amène jusqu’à ton point de rupture, te fait connaître la faim sans te donner de solution, te prive de tes ressources pour te montrer ce qui a toujours été vrai : Dieu apporte ses bontés chaque matin, il les renouvelle chaque soir. Sa parole est vraie et son cœur est bon. Il nous donne notre pain quotidien. Allons-nous lui faire confiance et lui obéir ?
Quelques rappels pour le voyage
Te trouves-tu au milieu d’un paysage désolé ? Es-tu fortement mis à l’épreuve et incapable de continuer confortablement sans la présence quotidienne de Dieu ? Bien. Mieux vaut un désert avec Dieu qu’un paradis sans lui.
Ces trois rappels pourraient t’aider pendant ton voyage.
1. Ramasse quotidiennement ce qu’il te donne
Dieu déposait du pain pour Israël le matin, mais le laissait fondre quand le soleil était à son zénith. Chaque homme avait un certain laps de temps par jour pour rassembler une portion pour sa famille. Le ravitaillement quotidien nécessitait tout de même une récolte quotidienne.
On voit ici qu’il y a des limites au miracle. Dieu n’a pas déposé la manne devant chaque pas de porte. Il n’a pas rempli par magie leurs estomacs avec la portion nécessaire. Oui, Dieu allait être fidèle et leur fournir de la nourriture mais eux aussi devaient être fidèles en allant chercher cette nourriture. Cela faisait partie de l’épreuve de leur foi. Quiconque serait trop bouleversé, désespéré ou incrédule pour aller chercher de la nourriture serait mort de faim dans sa maison alors que du pain l’attendait dehors.
Des saisons difficiles, des mois amères et des jours sans saveur ne devraient pas être une raison pour arrêter de lire ta Bible, de servir à l’église et de venir à Dieu dans la prière. La manne est toujours là chaque matin, attendant d’être ramassée par les affamés et les humbles.
2. Résiste aux raccourcis
Jésus a dû faire face, dans le désert, à ses besoins vitaux. Lui, le nouvel Israël, a passé quarante jours sans nourriture. Satan en avait après lui. Le diable lui a dit «Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain.» (Luc 4.3). Satan lui a suggéré de prendre un raccourci : utiliser son pouvoir pour se débarrasser de la faim. Remplir le désert de nourriture. Répondre à son besoin de pain quotidien par ses propres moyens.
Satan nous tente de la même façon. Fais tout ce qui est en ton pouvoir pour subvenir à tes besoins. Pas de besoins, moins de prières, moins de contact avec Dieu. Si nous le pouvions, nos estomacs ne gargouilleraient jamais ; notre esprit serait en paix et nous aurions de la nourriture à vie. Jésus avait ce pouvoir mais il connaissait la leçon de son père dans le désert. Jésus a répondu au diable :
Il est écrit: L'homme ne vivra pas de pain seulement.
Luc 4.4
Satan lui a dit «Mange» quand Dieu lui disait «Attends» – c’est comme une récidive du jardin d’Eden. Cependant, cette fois, c’est le deuxième Adam qui a répondu et il savait que l’incrédulité cherche les raccourcis là où la foi prend patience. La foi préfère les zigzags de Dieu à n’importe quelle ligne droite. Chrétien, “confie-toi en l’Éternel de tout ton cœur, et ne t’appuie pas sur ton intelligence. Reconnais-le dans toutes tes voies et il rendra tes sentiers droits” (Proverbes 3.5-6). Le temps de Dieu est le meilleur temps, son sentier est le meilleur sentier.
3. Considère le pain quotidien comme une bénédiction quotidienne
Après quarante ans, Israël est entré dans le pays qui déborde de lait et de miel. Ils ont enfin eu l’autorisation de récolter et de conserver leurs biens. Cette abondance a atténué leur besoin d’être rassasiés par Dieu. Quand ont-ils été le plus bénis ?
Quand le temps aura finalement donné ses leçons, je me demande si ceux qui étaient chargés de soucis tous les jours et qui ont quand même rencontré Christ au quotidien n’ont pas été avantagés. William Gurnall l’illustre bien :
Qu’est-ce qui, d’après vous, relève le plus de l’amour et de la déférence : qu’un prince donne une pension à un courtisan, grâce à laquelle il puisse vivre par ses propres soins, ou que ce prince s’en occupe lui-même, qu’il vienne tous les jours chez cet homme, qu’il regarde dans son placard et voie quelles provisions il a, qu’il observe ses dépenses et qu’il lui fournisse constamment ce dont il a besoin ?
Il est possible qu’un esprit fier qui aime être son propre maître ou qui préfère ses biens à son prince choisisse la première option, mais celui qui est cherche le cœur et l’amour de son prince sera ravi de la seconde.
Préférerais-tu que Dieu te livre ta ration pour l’année afin de soulager tes peines ou qu’il te rende visite chaque jour dans ta détresse, qu’il regarde dans ton placard et qu’il voie comment tu vas ? Ne serait-ce pas un immense privilège de le voir t’apporter chaque jour exactement ce dont tu as besoin, précisément au bon moment ? Préférerais-tu être tenté d’oublier Dieu dans la prospérité de Jérusalem ou être contraint de te souvenir de lui chaque matin quand il t’apporte ton petit-déjeuner avec la rosée ?
Ne sois pas si prompt à quitter le désert où ton Dieu répond à tes cris. Les empreintes qu’il laisse sur chaque cadeau qu’il fait sont plus visibles lorsqu’il vient en temps de besoin. De nombreuses expériences montrent que de telles saisons finissent par devenir les plus appréciées des saints. Non pas parce qu’elles sont exemptes de larmes ou parce qu’eux-mêmes se sont montrés à la hauteur de l’épreuve mais parce qu’au bout du compte ils ont reçu du pain chaque jour et ont eu la preuve que Dieu suffit. L’épreuve du pain quotidien révèle la bonté de notre Dieu saint.
Traduit d’un article de Greg Morse par Laura.

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