Pourquoi ont-ils ce que je veux ?

L'envie et le regard qui compte.

Quand j'avais environ cinq ans, mon père nous a invitées, ma sœur aînée et moi, dans son studio d’enregistrement à domicile, pour nous amuser. 

Comme la plupart des musiciens et des producteurs de Nashville, il avait une pièce au sous-sol équipée de tout le nécessaire pour réaliser une démo correcte : une cabine insonorisée avec un micro et un tabouret, une autre pièce avec une table de mixage et une vitre épaisse entre les deux, pour faire un signe de « pouce levé » entre les prises. Il m'a laissée essayer en premier. Je me suis tenue debout dans la petite pièce et j'ai chanté en suivant la piste diffusée dans un énorme casque audio. Au bout de trois minutes environ, j'ai commencé à me lasser. Je me suis plainte que le casque me serrait les oreilles et mon père m'a laissé retourner jouer. Puis, ce fut le tour de ma sœur Sophie et, apparemment, c'est ce jour-là que mon père a découvert la voix de Sophie.

Sur quoi ont-ils travaillé ? Je ne l'ai su que quelques semaines plus tard, lorsque mes parents ont invité des amis à dîner. Mon père a mentionné la session qu'ils avaient faite et nos invités ont voulu l'entendre. Tout le monde s'est assis dans le salon mais, pour une raison quelconque, je ne suis pas entrée. Je me tenais dans le couloir à l'extérieur lorsque la piste a commencé et que la voix de Sophie a retenti. Même à sept ans, sa voix était claire, puissante et maîtrisée. J'ai eu un petit pincement au cœur. Je me suis recroquevillée derrière la porte en voyant la réaction des invités. Mon père a modestement baissé le volume après la première minute.

Pourquoi avais-je quitté le studio ? Pourquoi avais-je abandonné si vite ? Pourquoi n’ai-je pas compris que cela conduirait à ce que Sophie soit mise en avant tandis que je restais debout dans le couloir ?

Souhaiter le malheur des autres

L'odeur de la mousse isolante dans une cabine d'enregistrement me serait très familière au fil des années. Mon père a mis un point d’honneur à inclure tous ses enfants dans son travail. Il invitait régulièrement ses filles à le rejoindre sur scène lors des concerts à l'église.

Plus tard, il a utilisé ses relations pour nous trouver à tous des emplois de chanteurs de studio pour des projets destinés aux enfants, ce qui nous a permis d'économiser pour acheter une voiture ou payer nos études. Il a produit et financé l'enregistrement d'un CD de reprises de jazz lorsque j'avais quinze ans et m'a toujours soutenue de manière unique dans ma voix, même si je savais qu'elle était plus particulière et moins puissante que celle de Sophie. Elle était comparée à Mariah Carey, j'étais comparée à Billie Holiday. Mes jeunes sœurs ont ensuite été comparées aux Wailin' Jennys et mon père a réussi à être fan de toutes.

Cependant, quand je repense à cette époque, je suis choquée de reconnaître que ce fut la première fois que la jalousie s'est manifestée dans ma vie. Je me revois à cinq ans debout dans le couloir. L'impulsion de mon cœur à ce moment là est indéniable.

Je souhaitais que mon père ne mette pas le CD. Je souhaitais que le CD soit rayé ou égaré. Je souhaitais que sa voix ne soit pas comme ça. Je souhaitais que les invités ne soient pas là pour l'entendre.

En fait, je souhaitais que la beauté de sa voix soit bannie à jamais.

Les inégalités et les yeux qui comptent

La beauté d'une voix comme celle de Sophie est un don délibéré du Dieu de gloire. Il marque toute sa création de cette gloire, même si l'humanité en reçoit une double portion.

L'homme, qui est fait à l'image de Dieu, a été « couronné de gloire et d'honneur » (Psaume 8.5). Sa gloire est un emprunt, un reflet, un dérivé. Toutefois, elle est réelle. C’est parce qu'elle est réelle, qu’il y est sensible — lui qui a « échangé la gloire du Dieu immortel contre des images » (Romains 1.23) —, même en petites quantités, même sous les formes temporaires qu’il trouve chez les autres.

La gloire du charisme, de la compétence, de l'intelligence, de la beauté, du talent artistique, de la richesse, des relations — tout cela nous donne l'impression de frôler du bout des doigts la porte verrouillée du paradis. Nous devons y répondre, que ce soit par l'admiration, le plaisir, l'adoration ou (comme moi à cinq ans) par l'horreur et la haine.

Il existe un nom pour cette horreur et cette haine : l'envie.

Les plaisirs les plus humbles

L'intensité de notre dégoût pour la gloire des autres correspond à l'intensité de notre appétit. Nous ne voulons pas seulement jouir de la gloire, nous voulons être enveloppés de gloire, en porter une partie en nous-mêmes.

Ce désir peut être bon et naturel. Dans une discussion sur les gloires du ciel, C.S. Lewis a confié qu'il avait toujours été mal à l'aise avec l'idée d'un « poids éternel de gloire » (2 Corinthiens 4.17) qui nous attendait au ciel. De quel genre de gloire pouvait-il s'agir ? se demandait-il. Était-ce la même renommée que l'on recherche vainement parmi ses pairs ? Il estimait qu'il était impossible de désirer la gloire et d'être véritablement humble, jusqu'à ce qu'il ait une révélation :

« Apparemment, ce que j'avais pris pour de l'humilité m'avait, pendant toutes ces années, empêché de comprendre ce qui est en fait le plus humble, le plus enfantin, le plus naturel des plaisirs — le plaisir spécifique de l'inférieur : le plaisir d'une bête devant les hommes, d'un enfant devant son père, d'un élève devant son professeur, d'une créature devant son Créateur. » (Le Poids de la gloire, 37)

L'humanité a été créée « pour glorifier Dieu et se réjouir en lui pour toujours » (selon les termes du Catéchisme de Westminster). Toutefois, ce processus ne pouvait laisser l'homme inchangé. Il a également été créé pour être glorifié lui-même, couronné de la gloire du plaisir éternel que son Père prend en lui.

Petit cœur envieux

L'un de nos besoins les plus fondamentaux est d'être regardé par les Yeux qui comptent et d'entendre de la Voix qui compte : « C'est bien, bon et fidèle serviteur... Entre dans la joie de ton maître » (Matthieu 25.21). Il ne suffit pas de contempler sa gloire, nous voulons en faire partie. Nous voulons être transformés, resplendissants, assez forts pour nous réjouir de sa gloire sans honte. Nous avons été conçus pour voir le plaisir dans les yeux de notre Père céleste.

Faisons le lien avec l’évènement de mes cinq ans. Tel un second Caïn, j'ai réagi avec un mécontentement coupable lorsque ma sœur a reçu un « bravo » de mon père terrestre. Je ne supportais pas d'entendre quelqu'un d'autre être félicité par notre père car l'envie fonctionne dans un monde à somme nulle. L'envie croit au mensonge selon lequel l'univers de Dieu est un univers de ressources limitées.

Le cœur envieux est trop petit. Il ne peut concevoir un Dieu dont les expressions de joie et d'amour généreux sont illimitées. Notre esprit déchu croit sincèrement que sa générosité n'est pas suffisante pour tous. Cela signifie que si quelqu'un d'autre a reçu une part de gloire empruntée (un talent, une beauté, une compétence, un emploi ou une relation intime), il doit en rester moins pour moi.

Qu'est-ce qui peut apaiser l'envie ?

Il n'y a pas que les petites filles avec leurs écouteurs qui ont soif de gloire. Nous recherchons tous la beauté, la lumière et la renommée pendant nos moments de liberté : en regardant nos séries, en écoutant nos chansons, en cherchant un photographe de mariage, en randonnant au bord du lac, en entrelaçant nos âmes avec celles des autres, en publiant nos nouvelles, en embrassant nos enfants et en nous installant dans un coin du bar à bières artisanales du coin pour discuter de choses sérieuses. Nous sommes des chercheurs de gloire, reniflant le vent et observant l'horizon. Qu'une chose murmure, même faussement, même faiblement, à propos de notre Dieu et Père et nous courrons après elle.

Après toute cette recherche, comment pouvons-nous croire la Bonne Nouvelle lorsqu'elle arrive ? Elle est trop belle pour être vraie, elle est trop difficile à supporter : 

La vraie lumière, qui éclaire tout homme, venait dans le monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, mais le monde ne l'a pas connu. Il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l'ont reçu, qui ont cru en son nom, il a donné le droit de devenir enfants de Dieu, qui sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu”. (Jean 1.9-13)

Nous sommes dans le couloir, furieux qu'un autre enfant de Dieu ait reçu des honneurs qui ne nous ont pas été accordés. Nous nous demandons si l'amour du Père s'épuisera avant que nous entrions dans la pièce, s'il nous regardera comme Isaac a regardé Ésaü et dira : « Il a pris ta bénédiction » (Genèse 27.35). Nous ne pouvons imaginer quel genre de gloire pourrait rendre cela acceptable.

Quelle gloire pourrait effacer la douleur d'être pauvre alors qu'un autre est riche, d'être célibataire alors qu'un autre est marié et a des enfants, de donner le meilleur de nous-mêmes pour réaliser des peintures médiocres alors que le regard naturel d'un autre crée un chef-d'œuvre ?

L'envie sera noyée dans la gloire

Il existe cependant une gloire qui engloutira la douleur de l'inégalité (même s’il n’en découle pas nécessairement la disparition de l'inégalité elle-même). Elle nous a donné le droit de devenir enfants de Dieu et elle est manifestée dans ce miracle :

Et la Parole s'est faite chair et a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle du Fils unique venu du Père, plein de grâce et de vérité”. (Jean 1.14)

La joie du Père nous envahira et engloutira tout le reste — elle découle de ce que Christ a fait pour nous, de ce que nous avons été transformés pour ressembler à son image glorieuse. Nous sommes désormais semblables à Christ — sa gloire nous enveloppera et nous transformera un jour. En fait, cela a déjà commencé :

Nous tous, le visage découvert, contemplant la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire. Car cela vient du Seigneur qui est l'Esprit”. (2 Corinthiens 3.18)

L'envie n'a aucune chance. Au dernier jour, elle sera engloutie dans la gloire. Viens, Seigneur Jésus.

Traduit par Mary R. 

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