Et pourtant, cela fait deux mille ans que les chrétiens jeûnent. La pratique du jeûne est l’une des expressions de la foi de chrétiens et d'églises dynamiques et saines. Même si elle semble aujourd'hui être un art qui se perd (https://www.desiringgod.org/articles/fasting-for-beginners), la pratique du jeûne a perduré pendant deux millénaires, comme un moyen pour Christ de manifester sa grâce perpétuelle à son Église.
Pourquoi alors continuons-nous de jeûner, si, nous chrétiens, contrairement aux musulmans, n'avons pas le commandement de le faire ? Tout d'abord, l'enseignement de Jésus dans les Évangiles, en particulier dans Matthieu, est assez clair. En plus de son propre exemple (Matthieu 4.2), sans ordonner directement à ses disciples de jeûner, Jésus a donné des instructions pour « quand vous jeûnez » et non « si » (Matthieu 6.16-17). Il va encore plus loin, en parlant de ce que ses disciples feraient après son départ : « alors ils jeûneront » (Matthieu 9.15 ; voir aussi Marc 2.20, Luc 5.35). Là encore, il ne s'agit pas d'un commandement mais d'une promesse puissante venant de la bouche de notre Sauveur. Nous serions insensés de l’ignorer.
Les premiers chrétiens jeûnaient
« Quand notre douloureux sentiment d'insuffisance tente de tourner notre attention vers ce que nous n'avons pas, le jeûne nous ramène à ce que nous avons. »
Au-delà des paroles mêmes de Jésus nous trouvons dans le livre des Actes un modèle de jeûne, alors que l'Église primitive grandit et se multiplie. À l'un des moments les plus décisifs de l'histoire, les dirigeants d'Antioche « adoraient le Seigneur et jeûnaient » pour rechercher la face de Dieu à un moment clé de la vie de leur Église (Actes 13.2-3). Pendant qu'ils faisaient cela, le Saint-Esprit leur dit : « Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour la tâche à laquelle je les ai appelés. » (Actes 13.2). Puis, «après avoir jeûné (de nouveau) et prié, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent partir. » (Actes 13.3). Ensuite, Actes 14 nous fournit un modèle de prière et de jeûne « dans chaque église». Lorsque Paul et Barnabas revisitèrent les villes de leur premier voyage missionnaire où ils avaient conduit de nouvelles personnes à la foi, ils «désignèrent des anciens dans chaque église et, après avoir prié et jeûné, ils les confièrent au Seigneur en qui ils avaient cru.» (Actes 14.23).
Pourquoi le peuple de Dieu jeûne-t-il ?
Dans l'ensemble, le Nouveau Testament a peu de choses à dire sur le jeûne mais le peu qu'il dit est important. En outre, ce qu'il ne dit pas, l'Ancien Testament le souligne fortement. Les Écritures Hébraïques ne nous donnent pas le dernier mot à propos du jeûne mais elles sont essentielles pour nous préparer à entendre à ce propos le dernier mot de Christ.
Je compte plus de vingt-cinq mentions du jeûne dans l'Ancien Testament mais il serait peut-être plus utile d’identifier un fil rouge reliant ces trois groupes de passages bibliques.
À l'intérieur : pour exprimer la repentance
Le premier type de jeûne, le plus courant, et peut-être le type de jeûne le plus fondamental, est celui qui exprime la repentance. Considérez-le comme « intérieur ». Le peuple de Dieu prend conscience de son péché or il ne s’agit pas là de petites indiscrétions ou d'erreurs de jugement mais d’une rébellion profonde et prolongée et il vient demander pardon.
Par exemple, dans 1 Samuel 7, le peuple de Dieu vient tout juste de prendre conscience de ses idolâtries passées et présentes (et de la main de Dieu qui discipline). Il veut revenir vers le Seigneur et diriger « [son] cœur vers l'Eternel et [le servir] lui seul» (1 Samuel 7.3). Le peuple se rassemble, sous la direction de Samuel, jeûne, pour manifester sa repentance et confesse : « nous avons péché contre le Seigneur » (1 Samuel 7.6). De même, dans 1 Rois 21, même si le roi Achab s’est « lui-même vendu (...) pour faire ce qui est mal aux yeux de l'Eternel » (1 Rois 21.25), il « s'humilia » en jeûnant lorsqu'il fut confronté au prophète Élie — et Dieu ne demande qu’à retarder le désastre imminent, même pour un roi aussi mauvais (1 Rois 21.29).
Dans Néhémie 9, les membres du peuple de Dieu « s'assemblèrent, revêtus de sacs » pour confesser leurs péchés et demander pardon à Dieu (Néhémie 9.1-2). Dans Daniel 9, le prophète se rend compte que la fin de l'exil est venu. Daniel écrit : « Je me suis tourné vers le Seigneur Dieu en le recherchant avec des prières et des supplications, en jeûnant et en me couvrant d'un sac et de cendres.» (Daniel 9.3). Il dit « j’ai prié l'Eternel, mon Dieu, et je lui ai fait cette confession» (Daniel 9.4), priant pour les péchés du peuple de Dieu dans l'espoir d'une restauration. De même, Joël 1.14 et 2.12 appelle à jeûner en signe de repentance, afin de se détourner du péché et de revenir à Dieu, tout comme à Ninive, lorsque le peuple crut au message que Jonas lui délivra. « Les habitants de Ninive crurent en Dieu. Ils proclamèrent un jeûne et s'habillèrent de sacs, depuis les plus grands jusqu'aux plus petits.» (Jonas 3.5).
Les saints de l'Ancien Testament exprimaient souvent une repentance “intérieure” de cœur envers Dieu non seulement par des mots mais aussi par le jeûne comme point d’exclamation.
Ces jeûnes ne leur valaient pas le pardon mais démontraient la sincérité de leur contrition.
Vers l'extérieur : lamenter les épreuves difficiles
Mais le jeûne n’exprime pas seulement la repentance. À de nombreuses occasions, il donne voix au deuil, au chagrin ou à la lamentation face à des épreuves difficiles. Le lien qui relie 1 et 2 Samuel est la mort de Saül et le deuil qui s’ensuit dans la nation. 1 Samuel se termine par un jeûne de sept jours de deuil pour Saül (1 Samuel 31.13 ; aussi 1 Chroniques 10.12). Alors que 2 Samuel commence et que la nouvelle de la mort de Saül parvient à David et à ses hommes, ces derniers « furent dans le deuil, ils pleurèrent et jeûnèrent jusqu'au soir à cause de Saül, de son fils Jonathan, du peuple de l'Eternel et de la communauté d'Israël, parce qu'ils étaient tombés par l'épée. » (2 Samuel 1.12). Ce n’était pas l’expression d’un péché personnel mais celle du chagrin face à la mort de leur roi.
Partout où la nouvelle de l’édit d’Haman arrive dans Esther 4, «les Juifs menaient grand deuil, avec jeûne, pleurs et lamentations; beaucoup avaient pour lit le sac et la cendre.» (Esther 4.3). Lorsque David prie à propos de la trahison qu’il subit de ses amis, il dit qu’ils se réjouissent de son malheur, alors même qu’il avait «[humilié son] âme par le jeûne » et qu’il avait pleuré lorsqu’ils étaient malades (Psaume 35.13–14). Dans le Psaume 69, David dit qu’il « pleure et jeûne» (Psaume 69.11), non parce qu’il a péché mais parce qu’il est maltraité. De même, Esdras « [s’] assit, accablé » (Esdras 9.3–4) et jeûna (Esdras 9.5), non à cause de son propre péché mais après avoir appris que « le peuple qui appartient à Dieu s’est mélangé aux gens du pays » (Esdras 9.2).
Le jeûne donnait voix à la douleur et à la tristesse causées par des circonstances « extérieures » soudaines et sévères et il représentait un cœur fervent tourné vers Dieu au milieu de grandes tragédies.
Vers l'avant : pour chercher la faveur de Dieu
Enfin, nous trouvons un type de jeûne « tourné vers l’avant », non pas en réponse à un péché interne ou à un chagrin externe mais plus proactif, en un sens. Il permet de demander la direction de Dieu ou sa faveur pour l’avenir. La première mention explicite du jeûne dans la Bible, venant à la fin sordide du livre des Juges, a cet aspect d’être « tourné vers l’avant ». Le peuple de Dieu ne pleure pas seulement la guerre civile qui se déroule parmi eux, mais il consulte aussi l’Éternel pour recevoir une direction (comme dans Actes 13.2), pour savoir s’ils doivent ou non aller combattre la tribu de Benjamin (Juges 20.26). Nous voyons une telle orientation « vers l’avant » en 2 Chroniques 20.3. Alors qu’une grande multitude venait contre son peuple, le roi Josaphat chercha l’Éternel et proclama un jeûne. Il implora la direction de Dieu : « nous ne savons que faire, mais nos yeux sont sur toi » (2 Chroniques 20.12).
David chercha aussi le secours de Dieu, à genoux, « affaibli par le jeûne » (Psaumes 109.24) et il implora la guérison pour son nouveau-né malade avec un jeûne tourné vers l’avenir (2 Samuel 12.16, 21–23). « Qui sait ? Peut-être l'Eternel me fera-t-il grâce et peut-être l'enfant restera-t-il en vie ? » (2 Samuel 12.22).
Le jeûne « vers l’avant » pour demander la faveur de Dieu joua un rôle crucial dans la préservation et le retour du peuple de Dieu lors de l’exil. Avant d’approcher le roi pour chercher sa faveur, Esther chercha d’abord la faveur de Dieu par un jeûne :
« Va, rassemble tous les Juifs qui se trouvent à Suse, et jeûnez pour moi, sans manger ni boire pendant trois jours, ni la nuit ni le jour. Moi aussi, je jeûnerai de même avec mes servantes, puis j’entrerai chez le roi, malgré la loi; et si je dois périr, je périrai. » (Esther 4.16)
Dieu répondit et, par Esther, sauva son peuple.
Même Darius, roi pendant la dernière période de l’exil d’Israël, chercha à ce que Daniel soit délivré des lions (dans une partie souvent négligée de l’histoire) par le jeûne (Daniel 6.18). Avant de partir de Babylone, Esdras proclama un jeûne afin de « nous abaisser devant notre Dieu. De cette façon, nous lui demanderons de voyager en sécurité, nous et nos familles, avec nos biens. » (Esdras 8.21, 23). Pour Néhémie aussi (comme en 2 Chroniques 20.3), le jeûne n’exprima pas seulement la tristesse et le deuil (Néhémie 1.4), mais conduisit à rechercher la faveur de Dieu : « Seigneur, prête donc une oreille attentive à la prière de ton serviteur et à celle de tes serviteurs qui prennent plaisir à craindre ton nom ! Donne du succès à la démarche de ton serviteur » (Néhémie 1.11). Il pria et jeûna. Puis, avec foi, il s’approcha du roi.
Le jeûne servait souvent à intensifier des prières « tournées vers l’avant » pour la direction de Dieu, la protection dans les voyages et une faveur particulière.
Fil rouge commun : tourné vers Dieu
Ce n’est pas tout ce que l’Ancien Testament dit sur le jeûne (voir par exemple les corrections d’Ésaïe 58.3–6 ; Jérémie 14.12 ; et Zacharie 7.5 ; 8.19), mais les trois catégories générales tiennent. Le jeûne exprime la repentance (intérieure), le deuil des tragédies (extérieures) ou la recherche de la faveur de Dieu (vers l’avant). Ainsi, un fil rouge commun relie tout vrai jeûne : le jeûne, comme la prière, est toujours tourné vers Dieu.
Le jeûne fidèle, quelles que soient les conditions de son origine, est enraciné dans le manque et le besoin humain de Dieu. Nous avons besoin de son aide, de sa faveur, de sa direction. Nous avons besoin de son secours et de son réconfort dans l’épreuve. Nous avons besoin de son pardon et de sa grâce parce que nous avons péché. Nous avons besoin de Dieu. Lui seul, non pas les circonstances humaines ou l’activité humaine, est le dénominateur commun du jeûne. Le jeûne exprime à Dieu notre besoin profondément ressenti de Dieu. Nous avons des besoins quotidiens et aussi des besoins inhabituels.
Nous prions pour le pain quotidien et dans des temps spécifiques, nous utilisons l’amplificateur de prière appelé “le jeûne”.
Le jeûne chrétien est unique
« Dans le jeûne, nous reconnaissons que nous ne sommes pas encore arrivés à la maison, et nous nous souvenons que nous en avons une. »
Les chrétiens ont une pièce finale et essentielle à ajouter à ces exemples de l’Ancien Testament : la profondeur, la clarté et la certitude que nous avons maintenant en Christ. Lorsque nous exprimons à Dieu nos besoins spécifiques pour Lui — que ce soit dans la repentance, dans le deuil ou pour sa faveur — nous le faisons avec du granit, un roc solide sous nos pieds. Quand notre douloureux sentiment d'insuffisance tente de détourner notre attention sur ce que nous n'avons pas, le jeûne nous ramène à ce que nous avons. Dieu est déjà venu pour nous. Christ est déjà mort et ressuscité. Nous sommes tout à lui par la foi. Nous avons déjà son Esprit en nous, à travers nous et pour nous. Notre avenir est déjà assuré. Nous avons déjà une véritable maison.
Dans le jeûne, nous confessons que nous ne sommes pas encore chez nous et nous nous souvenons que nous avons déjà une demeure. Dans le jeûne, nous crions vers notre Époux et nous nous souvenons que nous possédons ses promesses d’alliance. Dans le jeûne, nous confessons notre manque et nous nous souvenons que celui qui possède toutes les ressources a promis son secours en son temps parfait.
« Le jeûne chrétien est unique parmi tous les jeûnes du monde », dit John Piper. « Il est unique en ce qu’il exprime plus qu’un simple désir pour Christ ou une faim de la présence de Christ. C’est une faim qui est enracinée, fondée sur une réalité déjà présente et expérimentée de Christ dans l’histoire, ainsi que dans nos cœurs. » (Dans cette interview : https://www.desiringgod.org/interviews/why-do-christians-fast)
En Christ, le jeûne n’est pas seulement une expression tournée vers Dieu de notre besoin. Ce n’est pas seulement un aveu que nous ne sommes pas remplis.
Le jeûne est une déclaration — au cœur même de notre besoin — que nous ne sommes pas vides.
Traduit de https://www.desiringgod.org/articles/why-do-christians-fast
Merci Jade !

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