Peut-on connaître Dieu sans l’aimer ? - Vivre l’orthodoxie chrétienne 1/4

Peut-on connaître Dieu sans l’aimer ? Peut-on aimer la théologie plus que Dieu ? À quoi sert la bonne doctrine ? La théologie change-t-elle vraiment notre vie ? Peut-on avoir raison… et quand même passer à côté de l’essentiel ? Comment garder une foi vivante ? Comment éviter une orthodoxie froide ? Cet article est le premier d’une série de quatre à partir d’Apocalypse 2.1-7. Ensemble, nous verrons que la saine doctrine et la bonne théologie ne seront jamais un remplacement pour un caractère chrétien impeccable et un cœur enflammé pour Dieu et ses enfants.

Réflexions à partir d’Apocalypse 2.1-7

Quand on aime la théologie, on peut vite tomber dans un piège. On lit, on écoute des prédications, on découvre des mots nouveaux, on compare des positions, on apprend à repérer les erreurs. On finit même parfois par savoir placer quelqu’un dans une case théologique en trois phrases. Et tout cela peut être très bien. Le problème commence quand connaître des choses sur Dieu prend la place de connaître Dieu lui-même.

C’est précisément le danger que Jésus met en lumière dans sa lettre à l’Église d’Éphèse, en Apocalypse 2. Cette Église est solide. Elle travaille, elle persévère, elle ne supporte pas les faux docteurs et elle sait reconnaître ceux qui prétendent parler au nom de Dieu alors qu’ils enseignent n’importe quoi. Bref, sur le papier, c’est une Église qu’on pourrait facilement admirer. Et pourtant, Jésus lui dit :

« Mais ce que j’ai contre toi, c’est que tu as abandonné ton premier amour » (Apocalypse 2.4).

Ça fait réfléchir, parce que Jésus ne lui reproche pas d’aimer trop la doctrine. Il lui reproche d’avoir perdu quelque chose de beaucoup plus profond : son amour pour lui.

Avant la doctrine, il y a une personne

La lettre commence ainsi :

« Voici ce que dit celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite, celui qui marche au milieu des sept chandeliers d’or » (Apocalypse 2.1).

Avant même de parler de l’Église, Jésus parle de lui-même. Et ce détail est important. Le christianisme commence avec une personne. Pas avec une étiquette, pas avec un courant théologique, pas avec une confession de foi, pas même avec une liste de doctrines à apprendre par cœur. Il commence avec Jésus-Christ. Celui qui parle à l’Église d’Éphèse est le Christ ressuscité, celui qui a été crucifié, qui est sorti du tombeau et qui règne maintenant à la droite du Père.

Dans le premier chapitre de l’Apocalypse, Jean le présente comme « Jésus-Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts et le prince des rois de la terre ». Mais il ajoute aussi quelque chose d’incroyable : il est « celui qui nous aime et qui nous a délivrés de nos péchés par son sang » (Apocalypse 1.5). Voilà le Jésus que nous cherchons à connaître : le Roi glorifié, le Seigneur de toutes choses, et en même temps celui qui aime son peuple et qui a donné sa vie pour lui. L’orthodoxie chrétienne commence ici : il ne s'agit pas seulement de savoir des choses vraies sur Jésus, mais de connaître Jésus tel qu’il s’est révélé.

Jésus n’observe pas son Église de loin

Jésus dit aussi qu’il « marche au milieu des sept chandeliers » (Apocalypse 2.1). Apocalypse 1 nous explique que ces chandeliers représentent les Églises. Autrement dit, Christ marche au milieu de son peuple. Il n’a pas fondé l’Église avant de partir très loin en disant : « Bon courage, débrouillez-vous ! »

Il est présent. Il voit. Il connaît. À Éphèse, il dit :

« Je connais tes œuvres », « je sais que tu as de la persévérance », « je sais que tu as souffert » (Apocalypse 2.2-3).

Jésus connaît parfaitement son Église. Il connaît ce que tout le monde voit, mais aussi ce que personne ne voit. Il connaît nos combats, nos efforts, nos motivations, nos blessures et nos faiblesses. Et cela vaut aussi pour nos Églises locales. On peut avoir une belle salle, de bons chants, une bonne prédication, un programme bien rempli et une confession de foi impeccable. Jésus, lui, regarde plus profondément. Il sait ce qui se passe réellement.

L’Église lui appartient

Pourquoi Jésus peut-il parler avec autant d’autorité à l’Église ? Parce qu’elle lui appartient. L’Église n’est pas simplement un groupe de personnes qui aiment la Bible et qui ont décidé de se retrouver le dimanche. Elle existe parce que Dieu l’a sauvée. Le Père a envoyé le Fils. Le Fils a donné sa vie pour son peuple. Le Saint-Esprit donne une vie nouvelle à ceux qui étaient morts dans leurs péchés. Dieu justifie, adopte et transforme ceux qui lui appartiennent.

C’est pour cela que Jésus peut dire à son Église :

« Souviens-toi », « repens-toi », « pratique tes premières œuvres » (Apocalypse 2.5).

Il ne parle pas comme un inconnu qui donne son avis. Il parle comme le Seigneur de l’Église. Et même lorsqu’il corrige, il le fait parce qu’il connaît son peuple et qu’il l'aime.

Peut-on connaître la Bible sans vraiment connaître Dieu ?

C'est là que les choses deviennent plus inconfortables. Parce que oui. On peut connaître énormément de choses sur Dieu tout en vivant assez loin de lui.

On peut connaître les doctrines de la grâce. On peut expliquer la Trinité. On peut avoir un avis très précis sur le baptême, l’Église, les dons spirituels ou la fin des temps. On peut même savoir quels prédicateurs écouter et quels livres éviter, et pourtant avoir une vie de prière presque inexistante. Lire la Bible uniquement pour chercher des arguments. Ne plus être émerveillé par Jésus. Ne plus vraiment aimer les frères et sœurs avec lesquels on est pourtant « doctrinalement d’accord ».

Le problème n’est évidemment pas de connaître beaucoup de choses. Le problème, c’est lorsque notre connaissance ne nous conduit plus vers Dieu.

Nous pouvons connaître les doctrines concernant Jésus sans réellement chercher à vivre avec Jésus. Et cela devrait nous alerter, parce que le but de la théologie n'est pas simplement de remplir notre tête. C'est de nous faire connaître Dieu.

La théologie doit nous pousser à aimer

Si j’apprends que Jésus est vraiment Dieu et vraiment homme, cela ne devrait pas simplement me permettre de gagner une discussion. Cela devrait m’émerveiller : Dieu est venu jusqu’à nous !

Si j’apprends que Jésus a porté les péchés de son peuple sur la croix, cela ne devrait pas simplement devenir une catégorie dans ma sotériologie. Cela devrait me rendre reconnaissant.

Si je comprends mieux la souveraineté de Dieu, cela devrait produire de l’humilité. Si je comprends mieux sa grâce, cela devrait produire de la joie. Si je comprends mieux sa sainteté, cela devrait me pousser à combattre mon péché.

Autrement dit, la bonne doctrine doit produire quelque chose. Pas parce que nos émotions seraient plus importantes que la vérité, mais parce que la vérité de Dieu est vivante. Elle parle d’un Dieu vivant. Elle nous révèle un Sauveur vivant. Et elle est donnée à des personnes vivantes pour transformer leur manière de vivre.

Connaître quelqu’un, ce n’est pas seulement connaître des informations sur lui

Imagine quelqu’un qui te dit : « Je connais ta date de naissance, ton adresse, tes habitudes, ton plat préféré, le nom de tes parents, les vêtements que tu as achetés la semaine dernière et ce que tu fais tous les mercredis soir. Donc je t’aime. »

Tu trouverais probablement ça très bizarre. Connaître énormément d’informations sur quelqu’un ne signifie pas automatiquement avoir une relation avec cette personne. C'est pareil avec Dieu. Nous avons besoin de connaître des vérités sur lui, mais ces vérités sont justement là pour nous faire connaître Dieu. Le but n'est pas simplement de pouvoir dire : « Je sais ce que la Bible enseigne sur Christ. » Le but est aussi de pouvoir dire : « Je connais celui dont la Bible parle, je lui fais confiance et je l’aime. »

Notre Église ne repose pas sur nous

Il y a aussi quelque chose de très rassurant dans cette image de Jésus marchant au milieu des chandeliers : l’Église est entre ses mains. Nos Églises ont besoin de pasteurs fidèles, de responsables sérieux, de membres engagés, de personnes qui servent, prient, enseignent et évangélisent. Mais, au bout du compte, l’avenir de l’Église ne dépend pas de notre génie.

Nous sommes de petits instruments. Christ, lui, tient son Église. C'est lui qui la construit. C'est lui qui la soutient. C'est lui qui sauve. C'est lui qui transforme. C'est lui qui garde son peuple.

Cette vérité devrait nous rendre à la fois actifs et humbles : actifs, parce que Dieu nous appelle à servir ; humbles, parce que tout ne repose pas sur nous.

Pourquoi faisons-nous de la théologie ?

C'est peut-être la question la plus importante : pourquoi voulons-nous mieux comprendre la Bible ? Pour avoir raison ? Pour être plus calés que les autres ? Pour gagner des débats ? Pour avoir la bonne étiquette ? Ou parce que nous voulons mieux connaître notre Seigneur ?

La vraie théologie devrait toujours nous ramener à Jésus. Nous étudions sa Parole parce que nous voulons entendre sa voix. Nous cherchons à comprendre son œuvre parce que nous voulons mieux connaître notre Sauveur. Nous apprenons qui est Dieu parce que nous voulons mieux l’adorer.

Et plus nous connaissons Christ, plus nous devrions l’aimer. C’est là que commence l’orthodoxie chrétienne : pas avec une tête pleine de doctrine et un cœur vidé de passion pour celui qui a donné sa vie sur la croix.

L’orthodoxie chrétienne, c’est connaître la vérité pour mieux connaître celui qui est la Vérité.

Avant nos débats, il y a Jésus. Avant nos systèmes, il y a Jésus. Avant nos convictions, il y a Jésus. Et même avant notre amour pour lui, il y a son amour pour nous. Alors oui, étudions, lisons, creusons les Écritures et apprenons à défendre la vérité. Mais n’oublions jamais pourquoi.

Nous voulons connaître Jésus-Christ, lui faire confiance, marcher avec lui et l’aimer toujours davantage.

Sauvé par la grâce, passionné de théologie biblique, attaché à l'église locale, étudiant à la Faculté Jean Calvin d’Aix-en-Provence ... et parfois musicien !

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