Pour une foi réfléchie – La réincarnation

crédit photo : olkaprill

Notre série avec Alain Nisus se conclut. Après son article écrit spécialement pour La Rébellution et l’interview qu’il nous a accordée, voici le dernier de quatre extraits de son livre : « Pour une Foi Réfléchie – Théologie Pour Tous » , qu’il offre en avant-goût à tous les Rébellutionnaires. Vous pourrez retrouver ce texte p. 645-646 du livre.

La doctrine de la réincarnation ou encore la métempsychose (transmigration des âmes), est fort ancienne (elle date déjà du 7ème siècle avant Jésus-Christ) mais elle connaît, de nos jours, un succès certain en Occident.

On la trouve chez les philosophes grecs (Pythagore, Platon, Plotin, etc.), dans les cultes à mystères grecques au début de l’ère chrétienne, chez certains gnostiques chrétiens, mais c’est surtout dans le bouddhisme et l’hindouisme qu’elle acquiert une importance décisive : elle est comme un dogme qui domine l’ensemble de la pensée.

On note cependant que les occidentaux l’adoptent en l’adaptant à leur mentalité : elle subit une réinterprétation assez radicale en occident. En effet, en Orient, la réincarnation est vécue comme un malheur : se réincarner, c’est ne pas sortir du cycle des réincarnations, de la roue de la samsara, ce qui constitue une punition et une malédiction. Or les occidentaux y voient plutôt une chance de réalisation de soi : une seule vie est insuffisante pour se réaliser pleinement, pour réaliser toutes les expériences. La réincarnation offre ainsi une perspective de progrès sans fin. La tombe d’Allan Kardec (1804-1869), un des grands propagandistes du spiritisme et de la réincarnation porte l’épitaphe : « Naître, mourir, naître à nouveau et toujours progresser : telle est la loi ».

De plus, la réincarnation permet aux occidentaux d’être assez optimistes : tout ne se joue pas en une seule vie, il y a toujours une chance de se rattraper dans une vie ultérieure.

Les occidentaux voient aussi dans la réincarnation la possibilité d’intégrer harmonieusement la mort dans l’existence. La mort devient un moment de la vie, un fait périodique, chronique, elle correspond aux cycles de la nature et de la vie. Elle est donc moins redoutable.

Les tenants de la réincarnation affirment qu’au contraire de la résurrection, la réincarnation se prête à des « vérifications expérimentales ». Des témoignages troublants sont rapportés (quoique ce sont souvent les mêmes qui le sont de livres en livres).

Les preuves citées en faveur de la réincarnation sont :

– les impressions de déjà vus qu’éprouvent certaines personnes devant un paysage ou des édifices qu’elles n’ont jamais vues auparavant ;

– des connaissances qui n’ont jamais fait l’objet d’un apprentissage et qui se trouvent subitement disponibles pour quelqu’un, en particulier l’usage d’une langue étrangère ;

– certaines maladies dont la cause semble inconnue sont parfois référées à une vie antérieure ;

– certaines marques corporelles (grain de beauté, taches, etc.) semblent rappeler la présence d’un défunt qui les portait, sans liens héréditaires entre le mort en question et la personne vivante portant ces marques ;

– des témoignages de souvenirs de vies antérieures : des enfants qui citent le nom de leur femme antérieure, ou de lieux, etc.

– certaines personnes semblent connaître soudainement et inexplicablement de nombreux détails sur la vie d’un individu disparu.

– sous hypnose, certaines personnes rapportent des faits de leur vie antérieure.

Les adeptes de la réincarnation font grand cas de ces témoignages brandis comme des « preuves ». Mais, il convient de faire une distinction entre les faits rapportés (à supposer qu’ils soient vrais) et leur interprétation. Quand on interprète les faits, on le fait toujours en fonction de sa vision du monde, d’une grille d’analyse qui dépend de ses conceptions philosophico-religieuses personnelles.

Celui qui accepte la vision du monde qu’implique la doctrine de la réincarnation, interprétera les expériences citées comme des preuves de la réincarnation. Celui qui n’y adhère pas fournira d’autres types d’explications, selon les principes de sa vision du monde (matérialiste, théiste, croyance en l’existence de démons, etc.).

On peut noter que la plupart des témoignages généralement cités viennent d’Inde ou de pays où la croyance en la réincarnation est très répandue. On pourrait alors avancer l’idée que cette croyance favorise voire suscite de tels phénomènes et qu’il y a une prédisposition culturelle à interpréter ces faits selon le modèle de la réincarnation. Un des défenseurs de la réincarnation, J.-L. Siémons, constatant le peu de cas en Europe, affirme candidement : « On en trouve, il est vrai, et peut-être en trouvera-t-on de plus en plus à mesure que se répandra la croyance en la réincarnation en Occident »[1].

Il y a incompatibilité radicale entre la réincarnation et l’espérance de la foi chrétienne, la résurrection. L’Écriture est claire : « Il est réservé aux êtres humains de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement » (Hébreux 9,27). On peut encore citer 2 Samuel 12,23 ; Psaume 78,39 qui insistent sur le caractère irréversible de la mort ainsi que tous les textes qui évoquent l’état intermédiaire et la résurrection.

De plus, la vision biblique du temps n’est pas cyclique, comme dans la pensée orientale, mais linéaire, unique, non répétitive. Au centre de cette histoire linéaire, un événement central prend place, absolument unique : la vie, la mort et la résurrection de Jésus. Qu’en serait-il de Jésus dans la perspective de la réincarnation ?

Au demeurant, la réincarnation est le type même de salut par les œuvres. C’est une doctrine de l’auto-rédemption, de l’auto-réalisation : les êtres humains doivent faire leur salut, c’est-à-dire atteindre le nirvana ou l’extinction.


[1] J.L. Siémons, Revivre nos vies antérieures, Paris, Albin Michel, 1984, p. 178.

Nous croyons en un Dieu qui nous sauve par sa grâce, dans sa seule mort et résurrection, nous donnant l’espérance que nous revivrons avec lui, pour l’éternité. Amen !

Auteur : Alain Nisus

Alain est vice-doyen de la FLTE et professeur de théologie systématique. Il est également auteur de quelques ouvrages de référence dans la foi évangélique.