On peut répondre à cette question de plusieurs façons, mais une explication suffisante se cache dans les deux mots “votre Père”.
I - Libérés de l’inquiétude
L’historien romain Tite-Live raconte l’histoire d’un festival religieux de trois jours qui a été refait en entier. La raison ? Dans l’une des prières, le prêtre avait oublié l’un des peuples romains de la liste pour laquelle il devait prier.
Le festival entier était considéré comme raté, à refaire.
Quand Jésus parle des “autres peuples”, il a sans doute de telles situations en tête. Des dieux à qui il faut tout dire, dans le bon ordre, pour obtenir ce qu’on veut.
Jésus dit : ça ne marche pas comme ça. Prier Dieu, ce n’est pas comme s’adresser à l’administration française, où si je fais une erreur dans mon formulaire, on me le renvoie. Une prière n’est pas comme une déclaration d’impôts spirituelle.
Au contraire, Dieu sait ce dont on a besoin. Il nous connaît déjà. Donc si on s’exprime mal, ou on oublie quelque chose d’important, ou on commet une imprécision théologique, Dieu nous comprend quand même. Ce n’est pas grave ! Il sait ce qu’on voulait lui dire, il sait ce dont on a besoin.
C’est libérateur. On n’a pas besoin de tout dire proprement, exhaustivement, à répétition, comme si Dieu risquait de ne pas comprendre. On n’a pas besoin de toujours préparer nos prières. On peut être sincère avec Dieu.
Cela veut aussi dire que la prière n’est pas transactionnelle. Il ne faut pas s’imaginer qu’à force de paroles, on obtient avec certitude ce que l’on veut. Parce que Dieu le Père sait ce dont nous avons besoin. Donc il ne nous donne pas forcément ce dont on a envie. Ce n’est pas toujours la même chose.
Mais ça pose une question : si Dieu sait ce dont on a besoin, à quoi ça sert de prier ? Pourquoi dire à Dieu ce qu’il sait déjà ? Pourquoi lui demander quelque chose qu’il a déjà décidé de nous donner, ou pas?
II - Un Père à qui parler
La Bible apporte plusieurs éléments de réponse à cette question, mais il y en a un qui revient encore et encore dans Matthieu 6. Dieu est notre Père.
Prie ton Père (verset 6). Ton Père, qui voit dans le secret (verset 6). Votre Père sait ce dont vous avez besoin (verset 8). Notre Père céleste (verset 9). Encore et encore.
Peut-être qu’en voyant ces deux mots, “notre Père”, on n’y réfléchit pas plus que ça. On passe dessus comme un détail.
Mais ces deux mots représentent un scandale, presque une absurdité. Dieu. Le créateur de l’univers. Qui transcende l’espace et le temps. Qui a toujours été. Et nous, des êtres humains temporaires, limités, imparfaits… Dans la même famille ? Dieu serait notre Père ?
Il y a quelques mois, j’ai demandé à un ami étudiant en maths s’il croyait en Dieu. Il m’a dit non, puis il a ajouté : éventuellement, un Dieu abstrait qui aurait créé les lois de la physique, peut-être. Mais un Dieu personnel, qui en a vraiment quelque chose à faire de nous ? Ça, non.
C’est peut-être l’aspect le plus choquant de la foi chrétienne. Par la foi en Jésus, nous sommes adoptés comme enfants de Dieu. Peut-être aussi l’aspect le plus merveilleux.
Le théologien James Packer dit que l’adoption est le plus grand privilège que l’évangile offre. Il dit même :
“Tout ce que Christ a enseigné, tout ce qui rend le Nouveau Testament nouveau, et meilleur que l’Ancien, tout ce qui est distinctement chrétien par opposition à simplement juif, se résume à : la connaissance de la paternité de Dieu.”
Ces deux mots, “notre Père”, donnent du sens à tout le passage. En particulier, ils expliquent pourquoi on devrait prier même si Dieu connaît déjà nos besoins.
Pensez-y : quel genre de prières pourrait-on faire ?
Une prière de reconnaissance, remercier Dieu ?
Si vous êtes des enfants, et que votre père vous offre un super cadeau, peut-être qu’il sait déjà que vous l’aimez beaucoup. Il vous a vu jouer avec. Mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas la peine de lui dire merci ! De lui dire à quel point vous aimez ce cadeau. Ça fait plaisir à n’importe quel père. C’est la moindre des choses. Et ça approfondit votre relation bien plus que de l’ignorer.
Demander des choses à Dieu aussi, pour nous, pour les autres ?
Retombons un instant en enfance. Il fait chaud, et j’ai très envie d’une glace. Peut-être que mon père se doute que j’ai envie d’une glace. N’est-ce pas quand même mieux de lui demander ? S’il te plaît, papa, est-ce qu’on peut avoir des glaces ? C’est quand même mieux que d’attendre en silence. Un père qui aime ses enfants veut parler à ses enfants, et qu’ils lui parlent. Ça ne l’empêche pas parfois de nous faire des surprises. Mais il ne veut pas qu’on ne lui parle jamais.
Une prière de confession ?
Si votre père sait que vous avez mal agi, est-ce que ça veut dire que vous n’avez plus besoin de lui demander pardon ? Non, mais papa sait déjà que j’ai mis un coup de poing à mon petit frère. Je n’ai pas besoin d’aller avouer ma faute. Bien sûr que si ! C’est très différent de savoir que son enfant a fait une bêtise, et d’entendre l’enfant venir s’excuser.
Si on voit Dieu non seulement comme un Seigneur, mais comme un Père, la prière devient naturelle, parfaitement logique.
Dans nos prières quotidiennes, comment vivre cela ? Je vais à nouveau citer James Packer qui propose six vérités que les chrétiens devraient se répéter tous les jours.
- Je suis un enfant de Dieu.
- Dieu est mon Père.
- Les Cieux sont ma maison.
- Chaque jour je m’en rapproche un peu plus.
- Mon Sauveur est mon frère.
- Chaque chrétien est également mon frère.
Prends un instant pour parler à ton Père céleste. Qu’as-tu à lui dire ?



