Rendez grâce pour l’abondance et prenez garde

Les Occidentaux sont riches. Regardez autour de vous : que voyez-vous ? Des routes bien entretenues, des rayons d’épicerie débordant de nourriture, des diplômes universitaires, des cafés remplis à chaque coin de rue. Même les plus pauvres d’entre nous sont, comparés à une grande partie du monde, riches au-delà de toute mesure. C’est un fait simple. Nous n’avons pas à nous excuser pour ce qui nous a été donné. Mais nous devons garder les yeux grands ouverts sur la réalité de notre abondance sinon, notre Seigneur pourrait nous envoyer une invasion de sauterelles.

Non, ce n’est pas un rapprochement absurde.

À quoi pensez-vous lorsque vous entendez le mot « sauterelle » ? Pour beaucoup de ceux qui ont grandi en Occident, la seule association est peut-être la huitième plaie d’Égypte (Exode 10.1–20). Mais j’ai grandi en Afrique de l’Ouest — et je me souviens du jour où les sauterelles sont arrivées. Elles ne sont pas venues toutes à la fois. Au début, nous n’avons remarqué que quelques-uns de ces gros insectes jaunes et disgracieux. Ils attiraient l’attention parce que nous ne voyiions pas habituellement de sauterelles de ce type, et certainement pas en si grand nombre. L’essaim n’a pas atteint les proportions bibliques, couvrant le pays au point de l’assombrir (Exode 10.15). Mais elles ont tout de même formé une armée qui a envahi notre ville pendant quelques jours.

Pourquoi notre Seigneur enverrait-il une armée de sauterelles sur une ville d’Afrique de l’Ouest ? Pourquoi enverrait-il une armée de sauterelles ou toute autre force destructrice quelque part dans le monde ?

Le prophète Joël apporte une réponse éclairante, accompagnée d’un avertissement sévère pour ceux qui vivent au milieu de l’abondance : notre Seigneur envoie des fléaux de sauterelles parce qu’il veut notre cœur tout entier.

Pour ceux qui n’ont jamais vu de sauterelles et n’en verront peut-être jamais, comment ce principe s’applique-t-il aujourd’hui ? Pour répondre à cette question, tournons-nous vers Joël 1.

L’armée du Seigneur

Le bref message que le Seigneur adresse à Juda par l’intermédiaire du prophète Joël commence par une réalité brutale : les sauterelles sont venues et le pays est dévasté. Une catastrophe d’une telle ampleur était sans précédent (Joël 1.2).

Des vagues d’insectes voraces et déterminés ont déferlé sur Juda, arrachant l’écorce des arbres fruitiers (v. 7) et la joie du peuple (v. 12). L’armée était irrésistible, la destruction totale et pourtant le cœur du peuple demeurait endurci.

Joël n'a pas été envoyé à un peuple humble qui se prosternait, vêtu de sacs et couvert de cendres, devant le Seigneur des armées. Le cœur du peuple de Dieu était rebelle, ses yeux aveugles. Ils voyaient bien que leurs récoltes et leurs vignes avaient été dévorées par un essaim affamé, mais ils n’en comprenaient pas la raison. Comme l’écrit Jean Calvin, bien qu’ils aient été « sévèrement frappés par Dieu, ils ne se rendaient pas compte de leurs maux».

Dieu a dû envoyer son prophète pour les tirer de leur torpeur. Comme les conseillers du Pharaon (Exode 10.7), Joël a dû demander, probablement avec incrédulité : « Ne voyez-vous pas que Juda est ruiné ? » Joël a dû leur enseigner la grammaire de la repentance : « réveillez-vous et pleurez, lamentez-vous, soyez confus, revêtez-vous de sac, jeûnez et « criez vers le Seigneur » (Joël 1.5–14). Et il a dû les avertir d’un danger plus grand encore qui approchait.

La destruction causée par les sauterelles n’était qu’un présage. Du nord s’avançait une menace plus redoutable :

« Comme les ténèbres qui s’étendent sur les montagnes,
vient un peuple grand et puissant ;
il n’y en a jamais eu de semblable,
et il n’y en aura jamais plus
au fil des générations. » (Joël 2.2)

Le jugement annoncé par le fléau des sauterelles préfigurait un jugement futur : le « jour du Seigneur », dont les conséquences seraient bien plus graves que la perte d’une récolte. Le prophète appelle le peuple à se repentir avant ce jour, à se jeter devant Dieu et à revenir vers lui, lui qui est « compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui renonce au malheur qu’il avait annoncé » (Joël 2.13).

La folie au milieu de l’abondance

Mais de quoi devaient-ils se repentir ? Contrairement à d’autres prophètes, Joël ne dresse pas une longue liste d’accusations contre le peuple de Dieu. Pourtant, le moyen de correction choisi par Dieu fournit un indice important : le Seigneur a frappé l’abondance même qu’il leur avait donnée. Leurs récoltes avaient péri. Les riches arbres fruitiers figuiers, grenadiers, dattiers, pommiers étaient désormais nus. Les vignes qui produisaient autrefois un vin agréable étaient desséchées. Et avec leurs pertes matérielles, la joie du peuple s’était elle aussi fanée (Joël 1.11–12).

Avant l’entrée en Terre promise, le Seigneur avait déjà averti son peuple :

« Prends garde, de peur qu’après avoir mangé et t’être rassasié (…), ton cœur ne s’élève et que tu n’oublies l’Éternel, ton Dieu » (Deutéronome 8.11–14).

Prends garde que ton abondance ne te pousse à faire confiance aux biens reçus plutôt qu’à la Source qui les donne. Prends garde que ta joie ne provienne davantage de tes greniers remplis que du Seigneur de la moisson.

Le peuple de Dieu était tombé dans cette folie. Accablés par l’abondance de récoltes riches et variées, leurs cœurs s’étaient engraissés, leurs yeux et leurs oreilles étaient devenus insensibles. Alors les sauterelles sont venues.

Toujours vouloir davantage

Pour la plupart des lecteurs de cet article, les sauterelles ne constituent probablement pas une menace concrète (même si elles continuent aujourd’hui encore de ravager certaines régions du monde). Vous n’en avez peut-être même jamais vu.

Mais vous êtes probablement confronté au danger qui a conduit Juda à sa ruine : un garde-manger plein.

Beaucoup d’entre nous vivent dans une remarquable abondance. Et pour cela, nous pouvons à juste titre rendre grâce. Comme Dieu l’avait dit à son peuple avant son entrée en Terre promise, cette prospérité était un don de sa main (Deutéronome 8.7–10). Il en va de même pour la richesse dont jouissent les Occidentaux.

Mais la richesse comporte un danger, car l’abondance tend à rétrécir une porte jusqu’à la taille du chas d’une aiguille (Matthieu 19.23–24).

La richesse qu’elle prenne la forme d’un grenier plein, d’un revenu stable ou d’une famille idéale peut nous conduire à aimer le monde présent et à nous éloigner du Dieu vivant. Nous vivons dans la « Foire aux Vanités », où « toute l’année durant (…) maisons, terres, commerces, honneurs, promotions, titres, pays, royaumes, désirs, plaisirs et délices de toute sorte » nous sont présentés comme dignes de notre poursuite acharnée et comme la véritable source de notre bonheur (Le Voyage du pèlerin). On nous enseigne quotidiennement à organiser notre vie en fonction d’une récolte abondante, donc en fonction de ce qui pourrait être dévoré par les sauterelles (ou les mites).

Chaque petite voix de notre cœur qui en demande davantage, chaque regard envieux, chaque envie de s’écarter du chemin pour s’installer confortablement quelque part révèle l’influence de cet enseignement quotidien. Ressentez-vous ce mal en vous ?

Se réjouir en celui qui donne

Ô chrétien, ne reste pas aveugle au danger que représente l’abondance ! Que ta joie ne repose pas sur de bonnes récoltes, ni ton bonheur sur des greniers pleins. Prie pour ne pas avoir un cœur partagé, qui aurait besoin d’une perte soudaine pour te faire prendre conscience de ta dépendance envers Dieu en toutes choses. Ne sois pas comme Juda. Reçois les bons dons de Dieu avec gratitude et joie, en te souvenant qu’ils sont des dons offerts en signe de son amour paternel. Mais ne les laisse pas détourner ton cœur au point de te complaire dans ce que tu as reçu. Plie-toi plutôt humblement devant celui à qui appartient tout ce monde.

Et s’il envoie des « sauterelles » sur vous pour réduire vos réserves, ne fermez pas les yeux sur sa providence. Accueillez ces envahisseurs comme une occasion de mettre votre cœur à l’épreuve. Peut-être a-t-il repris ce qu’il vous avait donné pour tester et fortifier votre foi. Si tel est le cas, réjouissez-vous, car il vous propulse vers la perfection. (Jacques 1.2–4).

Mais peut-être as-tu suivi le chemin de tes ancêtres et placé ta confiance dans des greniers terrestres. Alors réjouis-toi de sa discipline. Réjouis-toi de sa miséricorde. Repens-toi de ta folie et cherche son pardon, de peur qu’une colère plus grande ne s’accumule contre toi. Car le Seigneur des sauterelles est aussi le Seigneur de l’amour. Et il t’a créé pour que tu trouves ta joie en lui.

https://www.desiringgod.org/articles/give-thanks-for-abundance-and-beware

Traduit d’un article de Seth Porcher par Mary

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bienfaits
repentance
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