Comment comprendre Philippiens 4.13 ? : « Je peux tout par celui qui me fortifie » [Hors contexte]

Le 18 juin dernier, on a eu l’occasion de vous présenter l’ouvrage Hors Contexte, sortie récente qu’on vous encourage à lire ! Pour nous mettre l’eau à la bouche, voici une retranscription du chapitre écrit par Benjamin Eggen, au sujet du verset « Je puis tout par celui qui me fortifie ». (Ph. 4.13). Bonne lecture !


Pris de manière isolée, ce verset est souvent appliqué à plusieurs situations de la vie d’un chrétien.

Tu vas passer un entretien d’embauche ou un examen ? Rappelle-toi, tu peux tout avec Jésus !

Tu es découragé par l’échec dans ta vie professionnelle, amicale ou sentimentale ? Ne perds pas espoir, et souviens-toi que tu peux tout avec Jésus !

Tu as un projet pour le Seigneur, un rêve que tu veux accomplir et qui te semble impossible à réaliser ? Tu peux tout, car Christ est avec toi !

Mais que se passe-t-il lorsque je rate mon entretien d’embauche, que mon projet échoue ou que mes rêves ne se réalisent pas ? Ai-je manqué de foi ? Dieu n’est-il pas assez puissant ? Ou alors… n’ai-je tout simplement pas pris ce verset hors contexte ?

Un verset puissant, à remettre dans son contexte

Plusieurs choses sont à prendre en compte pour saisir le sens de ce verset et l’appliquer à nos vies.

Premièrement, il faut comprendre la situation de Paul. Lorsque Paul écrit ces lignes, il n’est pas dans un hôtel 5 étoiles, en train d’attendre son jet privé avec un cocktail à la main. Non, il est en prison (cf. 1.13), probablement entre la vie et la mort (cf. 1.20-26), et en train de subir des oppositions dans son ministère (cf. 1.17 ; 3.18). Mais, plus important pour notre compréhension de ce verset, Paul se trouve dans une détresse physique, avec des besoins matériels nombreux. Juste après le verset 13 qui nous intéresse, Paul dit : « Cependant, vous avez bien fait de prendre part à ma détresse » (v. 14). Le don des Philippiens est arrivé au bon moment – Paul était dans la misère ! Et le verset 12, juste avant notre verset, nous apprend que Paul a connu à plusieurs reprises des situations de pauvreté, où il était profondément dans le besoin.

Il apparaît donc totalement inapproprié de penser que ce verset serait un chèque en blanc pour connaître le succès, la richesse et la prospérité dans notre vie. Il serait également faux de croire que le fait de déclarer ce verset suffit à nous faire échapper aux épreuves et aléas de la vie. Ce n’était pas ce que vivait Paul, et ce n’est pas ce que Philippiens 4.13 veut nous amener à vivre.

Deuxièmement, il faut prendre en compte le contexte immédiat du verset. Paul écrit cette section (4.10-20) pour remercier les Philippiens pour un don qu’il a reçu de leur part. Cependant, il ne veut pas être mal compris : s’il est dans la joie devant ce don, ce n’est pas pour l’aspect purement financier, comme s’il avait besoin de cela pour être heureux. Le verset 11 nous montre que Paul, au travers de tout ce qu’il a vécu, a appris le contentement. Qu’il vive dans la pauvreté ou la richesse, dans les besoins physiques ou dans l’abondance, il a appris à être « satisfait » (v. 11) de la situation dans laquelle il se trouvait (cf. v. 12).

Troisièmement, il faut saisir le sens que Paul donne à cette phrase. Si nous suivons la logique de ce passage, le verset 13 nous offre la raison pour laquelle l’apôtre peut vivre le contentement. « Paul, comment peux-tu être satisfait et content, malgré tout ce que tu vis ? » La réponse qu’il donne est simple et directe : « Je peux tout par celui qui me fortifie », c’est-à-dire Christ. Le « tout » dont Paul parle ici n’est donc pas un absolu pour dire qu’il peut accomplir tous les désirs de son cœur, mais plutôt qu’il peut surmonter toutes les situations qui se présentent à lui, que ce soit la pauvreté ou l’abondance, en étant profondément satisfait en Christ et reconnaissant envers Dieu. Paul parle de « tout pouvoir » dans des situations bien précises : la détresse physique et l’abondance matérielle. Si ses circonstances changeaient, son contentement et sa satisfaction en Christ ne varieraient pas.

Quatrièmement, il faut avoir en tête le but de la lettre aux Philippiens. Philippiens est une lettre magnifique, car elle nous révèle la passion suprême de l’apôtre, ce qui guide sa vie et motive tous ses choix : Christ lui-même. Paul ne se contente pas de dire que Christ est sa vie (cf. 1.21) ; il le vit. Sa priorité est que Christ soit proclamé, quoi qu’il en coûte (cf. 1.12-19), il s’est laissé dépouiller de tout dans le simple but de gagner Christ (3.8), et il est même prêt à donner sa vie pour le progrès spirituel des Philippiens (1.17). Dans cette lettre, Paul nous montre que la vie chrétienne normale est une vie vécue à 100 % pour Christ et les progrès de l’Évangile.

L’application de Philippiens 4.13 doit donc se faire d’abord dans le contexte spécifique des besoins de Paul et du contentement, mais aussi dans le contexte du but exprimé par Paul dans cette lettre aux Philippiens. À ce sujet, le commentateur Gordon Fee écrit :

Faire sortir cette phrase du contexte particulier de la vie de Paul centrée sur Christ, c’est la vouer à servir des choses moins importantes, et souvent plus égoïstes[1].

Nous n’avons donc pas la permission d’utiliser ce verset pour transformer Dieu en un génie qui sort d’une lampe, chargé de répondre aux aspirations de nos cœurs, ou pour exiger de Dieu qu’il accomplisse ce qu’il n’a pas promis. Le contexte de ce verset nous appelle plutôt à nous reconnaître comme étant humblement à son service, entièrement consacré à lui et à son œuvre. Tout est centré sur Jésus.

Un verset qui nous met au défi aujourd’hui

Ce verset nous met au défi dans notre contentement. Dans tout ce que Paul vivait, même la pauvreté et la détresse, il avait appris à reconnaître qu’avec Christ, il pouvait non seulement tout surmonter, mais aussi le faire avec joie et contentement. Si ses circonstances changeaient, sa joie et sa satisfaction en Christ ne changeraient pas. Avons-nous appris la leçon de l’apôtre ?

Dans le monde dans lequel nous vivons, il est tellement facile de vivre avec le cœur insatisfait. Chaque publicité que nous voyons crée un désir dans nos cœurs. Nous pensons avoir besoin de tellement de choses pour être réellement comblés ! Sachons plutôt apprendre à reconnaître que Christ est notre bien le plus précieux (3.8), celui qui nous satisfait pleinement, et vers qui nous voulons porter nos pensées à chaque instant de nos vies (4.8). Alors nous pourrons affirmer avec l’apôtre que, peu importent les circonstances de nos vies, nous avons tout en Christ : « Je peux tout par celui qui me fortifie. »

Ensuite, ce verset nous met au défi dans nos épreuves. Comment réagissons-nous face aux circonstances négatives de nos vies ? En baissant les bras, en nous disant que cela ne vaut plus la peine d’avancer, en cherchant à ce que ces circonstances changent à tout prix ? Malheureusement, c’est bien trop souvent mon cas…

Paul, au milieu de sa détresse profonde, et en regardant en arrière vers tout ce qu’il a souffert pour Christ, peut affirmer avec assurance : « Je peux tout par celui qui me fortifie. » Il ne cède pas au découragement, il aspire au contraire à continuer la course en gardant la foi. Il ne s’agit pas ici d’une foi arrogante, confiante en elle-même. Il s’agit d’une foi entièrement dépendante en celui qui, justement, le satisfait, le comble, et lui permet de tout traverser. Voilà la foi que nous sommes appelés à avoir dans l’épreuve. Cette foi n’est pas une garantie que l’adversité va cesser, mais que Christ est là pour nous aider à la traverser. Seigneur, aide-moi à apprendre cette leçon face à l’épreuve !

Enfin, ce verset nous met au défi concernant le but de nos vies. Comment Paul peut-il être joyeux dans l’épreuve, satisfait dans la détresse, et persévérant même au milieu de la souffrance ? La raison se trouve dans le but de la vie de Paul : Christ lui-même. Comme nous l’avons vu, Philippiens nous montre que, tout ce que Paul désire, c’est vivre pour Christ et faire progresser l’Évangile, quel qu’en soit le coût. C’est pour cela que Paul peut être content même dans la détresse, et persévérant malgré les épreuves : tant que Christ est glorifié par sa vie, il continue à avancer. Paul peut tout surmonter et tout traverser, car Christ est la raison qui fait battre son cœur et couler le sang dans ses veines.

Chers frères et sœurs, laissons de côté les ambitions médiocres du monde pour nos vies. Une vie digne d’être vécue est une vie dont Christ est le centre et le but. C’est seulement ainsi que Philippiens 4.13 prendra tout son sens dans notre quotidien.

 

 

[1] Gordon Fee, Paul’s Letter to the Philippians, Grand Rapids: Eerdmans, 1995, p. 434, note 50.

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Colin C.

Colin C.

Colin, 22 ans, Étudiant à Sciences-Po Lyon et à la faculté de théologie Jean Calvin. Amateur de sport, de musique... et de tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la question de Dieu !

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1 Commentaire

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  • Amen.

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