Un ‘’vrai’’ chrétien peut-il fêter l’Halloween ?

Voilà une question pratique que beaucoup de jeunes se posent. Plus souvent qu’autrement, dans les cercles évangéliques, la réponse sera tout bonnement : non ! Les raisons souvent avancées : il s’agit d’une fête aux symboles ténébreux et aux origines obscures et païennes, plus encore, parfois on dit même que cette nuit est le théâtre de manifestations démoniaques particulières.

Le but de cet article

Le but de cet article n’est pas de répéter ce qui a déjà été dit sur le sujet, et encore moins de vous donner une réponse absolue, comme si la réponse à cette question était évidente et déterminante dans votre salut, et servirait ainsi de test pour distinguer les vrais des faux chrétiens. J’aimerais plutôt utiliser cette intéressante question comme exemple, dans un premier temps, afin d’interroger notre propre compréhension du lien qui unit l’ÉGLISE à la CULTURE, et dans un deuxième temps, du lien qui unit l’ÉGLISE et l’ÉVANGILE.

  • NOTRE RAPPORT À LA CULTURE

Ce que tu crois vraiment influence ta manière de marcher, et ta manière de marcher révèle ce que tu crois vraiment. Conséquemment, la manière avec laquelle l’Église répond à cette question est révélatrice de sa position face à la culture ambiante de la société. Traditionnellement, il y a deux grandes manières avec lesquelles l’Église réagit à la culture1. Premièrement, il y a les Églises qui l’acceptent et la reçoivent complètement. On nomme généralement ce modèle ‘’l’Église attractionnelle’’, c’est-à-dire qu’elle désire par-dessus tout attirer les gens en imitant la culture. Une deuxième manière de réagir, qui est l’inverse, c’est de rejeter en bloc la culture en la considérant comme mauvaise. La conséquence de ce genre d’Églises, c’est qu’elles peuvent rapidement devenir sectaires, refermées sur elles-mêmes et incapables de comprendre les gens autour d’elles. Dans Jean 17.15, Jésus prie, non pas pour nous retirer du monde, mais pour nous préserver du monde. L’Église doit être présente dans le monde et briller, pas s’en retirer et se refermer sur elle-même en attendant le retour de Jésus.

Les extrêmes ne sont jamais une bonne chose, et chacun de ces modèles représente un extrême. Malheureusement, l’être humain aime se tenir dans les extrêmes. Les deux modèles contiennent une partie de la vérité ainsi que des angles morts. La réponse biblique ne se résume pas à un modèle ou une formule à appliquer systématiquement à toute situation sans nuances. Avec la Parole, le Saint-Esprit, de la sagesse, du discernement et du gros bon sens, il faut considérer chaque aspect d’une culture, cas par cas. Autrement dit, dans une culture, il y a toujours des choses qui sont : 1) Bonnes et recevables ; Dieu agit autour de nous et même en dehors de l’Église, comme la médecine ; 2) Neutres ; comme des outils, c’est la personne qui l’utilise qui en fait une bonne ou une mauvaise utilisation, on peut penser à la technologie ; 3) Mauvaises et irrecevables ; parce que le monde est pécheur et l’ennemi utilise aussi ce monde pour corrompre, pensons aux philosophies matérialistes, relativistes et universalistes ; 4) Rachetables, c’est-à-dire que l’Église peut essayer de comprendre, récupérer et racheter un élément culturel. L’Halloween tombe dans cette catégorie lorsque de nombreuses Églises décident de récupérer la fête ténébreuse et « culturelle » de l’Halloween et de la transformer en fête lumineuse d’automne ou de la moisson où les jeunes du quartier sont invités à venir déguisés s’amuser à l’église et manger des bonbons à la gloire de Dieu !

Il s’agit d’une merveilleuse image de rédemption, ainsi que d’une utilisation judicieuse d’un élément culturel afin d’en faire un événement missionnel. Jamais quelqu’un ne vient à Jésus parce qu’il est impressionné par l’austérité et le manque de joie et de festivité d’un chrétien. Mieux vaut être présent, mais de manière différente dans cette fête, qu’absent et refermé sur soi-même. De plus, même dans sa forme culturelle, l’Halloween nous en dit beaucoup sur notre société et nous offre toute une ouverture afin de présenter l’Évangile. Pensez-y, nous vivons dans une société qui ne cesse de crier haut et fort que la matière est l’ultime finalité. Or, l’Halloween vient trahir cette déclaration et révèle que l’être humain est incapable de se résoudre à croire cette dernière déclaration. Une journée par année, l’être humain, même dans sa société moderne, se permet de rêver à l’au-delà, au domaine spirituel et même au surnaturel. Cette fête révèle le désespoir ténébreux d’une humanité qui veut transcender cette matière morte. Laissez-moi vous poser cette question : où sommes-nous lorsque le monde crie à nous ?

  • NOTRE RAPPORT À L’ÉVANGILE

La réaction de l’Église nous informe aussi sur sa compréhension de l’Évangile. Pourquoi ? Parce que lorsque les chrétiens font d’un sujet secondaire, comme celui-ci, une question déterminante afin de distinguer le vrai et le faux croyant, cela révèle une conception déficiente de la Bonne Nouvelle de la grâce. Jésus n’est pas contaminé par la culture ou l’Halloween, c’est plutôt Jésus qui purifie la culture et l’Halloween. L’Évangile proclame Jésus Seigneur sur toutes les nations, les ethnies, les cultures et sur tous les royaumes de la Terre. Refuser de participer à quelque chose parce que ses origines sont païennes revient à refuser pratiquement de participer à tout. Le but n’est pas de reculer devant la culture, mais plutôt d’avancer dans la culture avec Jésus.

De plus, l’Évangile proclame la victoire totale de Jésus sur le péché, la mort, Satan, les démons et le monde des ténèbres. Juger un frère parce qu’il décide d’aller briller à la gloire de Christ dans une fête d’Halloween sous prétexte que cette fête est associée à des « manifestions démoniaques particulières » c’est se permettre de faire ce que Paul réprimande en Colossiens 2.15-16 : « il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix. Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou au sujet d’une fête ». De ce fait, il est mal de juger la foi ou pire, le salut d’un frère pour sa participation à une telle fête, mais plus encore, penser que la simple participation à un tel événement pourrait le contaminer spirituellement revient à diminuer la Seigneurie de Jésus et augmenter celle de Satan.

En guise de conclusion

À la lumière de l’ensemble des Écritures, il semble qu’il soit possible pour un « vrai » chrétien de fêter l’Halloween. Ce qui est vraiment déterminant ce n’est pas l’origine païenne ou obscure de la fête, mais LA MOTIVATION (pour la gloire de Dieu) et la MANIÈRE (fêter différemment que ce monde en l’honneur de Dieu afin de briller dans les ténèbres). Pour conclure, rappelons, tout comme l’apôtre Paul le fait sagement dans ses écrits, qu’il s’agit avant toute chose d’un cas de conscience du croyant devant Dieu.

 

1 Timothy Keller, Une Église centrée sur l’évangile, Charoles, Excelsis, 2010.

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Simon Archambault

Simon Archambault M.Th. est pasteur des ados depuis 10 ans. Il est pasteur des ados de l’Église Le Portail à Laval au Canada depuis 5 ans. Il est également professeur d’herméneutique à l’institut de théologie pour la francophonie. Il est aussi membre du concile SOLA.

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6 Commentaires

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  • Excellent article!

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  • Très bien exprimer notre rapport à l’Évangile et à la culture.
    J’espère qu’avec le temps le message légaliste visant à déterminer le ‘‘vrai’’ chrétien disparaîtra.
    #TATRAJ

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  • Vraiment très intéressant! Merci Simon

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  • Même si nous avons personellement choisit de ne pas fêter l’Halloween avec nos enfants, merci de partager! C’est toujours intéressant d’apprendre différentes perspectives.

    Personellement, nous célébrons l’automne tout le mois d’octobre et on se prépare pour Noël à partir de Novembre :)

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  • Excellente réflexion, merci Simon :-)

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  • Merci!

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