Pourquoi Dieu est appelé Père et pas Mère ?

Je reproduis ici un extrait d’une introduction très facile à la théologie (Pour une foi réfléchie que je te conseille vivement avec le nouveau livre de Benjamin !) qui explique pourquoi la Bible appelle Dieu Père au lieu de Mère. C’est une question que n’importe qui peut se poser, même les non-croyants.

Et malheureusement, j’ai l’impression qu’on retrouve cette erreur (appeler Dieu Mère) dans des sectes de plus en plus influentes. Sinon, beaucoup de gens peuvent nous traiter de machos ou de sexistes pour cette raison. Du coup, on est obligé en tant que chrétien d’avoir un avis dessus. C’est aussi concret pour toi en tant que chrétien : c’est lié à ta façon de prier. Pourquoi quand tu pries tu devrais dire « Notre Père qui es aux cieux, Père éternel » plutôt que « Notre Mère qui es aux cieux, Mère éternelle » ?

La Bible parle plus de Dieu comme un homme que comme une femme

Bien sûr, Dieu est parfois décrit avec des caractéristiques de femmes (une poule dans Matthieu 23.37, une mère dans Ésaïe 66.13, la sagesse avec des participes au féminin dans Proverbes 8.30-31). Mais, la Bible parle de Dieu beaucoup plus comme un homme.

« Dans la langue originale des textes bibliques (hébreu et grec), il faut reconnaître que les formes verbales, les pronoms et les adjectifs relatifs à Dieu sont à la forme masculine, et non féminine. Dans un texte comme le Psaume 68.34, par exemple, « celui qui s’avance » est vraiment au masculin en hébreu ; de même « sa voix » est bien « la voix de lui ». Lorsqu’il a pris forme humaine, c’est dans un homme qu’il s’est incarné (Jésus), pas dans une femme. Lorsqu’il évoque sa relation avec Israël sous la forme d’un mariage, il se présente comme le mari (Osée 2.4). La prière que Jésus a enseignée nous invite à nous adresser à « notre Père » (Matthieu 6.9). » (Pour une foi réfléchie, p.59)

Pourquoi ? Est-ce que du coup Dieu est sexiste ?

En fait non. C’est lié à l’époque où a été écrite la Bible : à l’Antiquité. C’est même lié à la conception traditionnelle de l’homme et de la femme de l’humanité toute entière jusqu’à la fin du vingtième siècle.

« Dans la société israélite, l’image masculine du père ou du mari évoquait plus particulièrement l’autorité et la protection. Celle de la mère ou de la femme était plus associée à la compassion. On peut ajouter une considération : l’image du Père correspond davantage à une théologie de la création. En effet, lorsque Dieu crée, il pose en face de lui une réalité qui est différente de lui, qui n’est pas de même nature que lui. La création n’est pas un écoulement de l’être de Dieu, ni une émanation de son être (comme, par exemple, l’odeur émane de la fleur ou les rayons émanent du soleil). L’image paternelle symbolise la distance, la séparation ou, plus précisément, un rapport de vis-à-vis entre Dieu et sa création.

L’image maternelle dit autre chose : une femme porte son enfant qu’elle met au monde. L’enfant n’est certes pas un écoulement de l’être de sa mère, mais il y a une sorte de fusion originelle entre la mère et l’enfant, une certaine continuité. Parler de Dieu à l’aide de l’image de la mère pourrait laisser suggérer une certaine continuité entre Dieu et le monde, et orienter la pensée plutôt vers le panthéisme (Dieu et le monde se confondent, le monde est compris comme un écoulement ou une émanation de l’être divin). Cela fausserait donc le sens de la création.

On comprend pourquoi la catégorie de l’alliance est si fondamentale dans la foi biblique (voir pages 112, 317, 478) ; l’être humain doit entrer en alliance avec son créateur, et non chercher à se « fondre » en lui. L’alliance implique un rapport de communion, vis-à-vis, et non un idéal de fusion. En outre, les voisins d’Israël recouraient assez abondamment à l’image des déesses-mères associées aux cultes de la fécondité.

Ces diverses considérations et le fait que Dieu est totalement autre par rapport à nous suggèrent que la catégorisation sexuelle n’est pas appropriée, en ce qui le concerne. » (Pour une foi réfléchie, p.59-60)

Le résumé : appeler Dieu Père diminue le risque de se tromper sur la création

Pour résumer, la Bible parle principalement de Dieu comme un Père au lieu d’une Mère pour éviter qu’on croit que quand Dieu crée, il ne fait qu’étendre son être ou « s’agrandir ». Cette idée s’appelle le « panthéisme ». En appelant Dieu Mère on donne l’idée que lorsque la mère est enceinte, d’une certaine manière son bébé est une partie qui « découle » d’elle. D’un certain point de vue (bien sûr qu’ils sont différents), la mère et le bébé ne font qu’un. Le bébé a grandi et est dans son corps et y reçoit tout ce dont il a besoin pour survivre. Je ne dis pas que ce point de vue est forcément correct. Il suffit juste de rendre compte que certaines personnes pensent cela (au moins celles à l’époque de la Bible) pour repérer un risque de croire au panthéisme.

Le panthéisme veut juste dire que les créations de Dieu ne sont que des nouveaux morceaux ou bouts de Dieu et pas des choses vraiment séparées de lui. L’univers et Dieu sont complètement mélangés. Tout l’univers est Dieu, Dieu est l’univers. Plus généralement, tout ce qui existe est mélangé et forme un tout inséparable. Par exemple, c’est l’idée que tu retrouves dans Star Wars, le Roi Lion, Full Metal Alchemist, Code Geass, Evangelion, chez Einstein, le philosophe Spinoza l’écrivain de science-fiction Aldous Huxley (Le meilleur des mondes) et dans certaines versions de l’hindouisme.

Au contraire en tant que chrétiens, on croit que la création (tout ce que Dieu a créé : l’univers etc) n’est pas un nouveau bout de Dieu qu’il a créé en s’agrandissant à un moment. La création est quelque chose d’infiniment inférieur à lui et vraiment différent de lui. Et pour préserver cette bonne doctrine de la création, il faut éviter toute ambiguïté. Donc pour être clair, la Bible dit que Dieu est Père.

Laurent

Laurent

22ans, Rébellutionaire et étudiant.

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2 Commentaires

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  • Dieu est aussi appelé Père en raison d’une procession éternelle en lui : il est Père de toute éternité, Père du Fils éternel. Et c’est de lui que les pères sont nommés et non l’inverse (Eph 3) comme pourrait le laisser entendre Alain Nisus en faisant référence à la culture.

      Laurent
    • Pourquoi ça serait plutôt un père qu’une mère dans la procession éternelle (je me mets aussi à la place d’un non-croyant qui veut comprendre) ? Merci pour la remarque ! Du coup tu ne vois aucune place pour un anthropomorphisme ? Peut-être qu’on peut avoir les deux : anthropomorphisme + archétype.

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