Cesse de te prendre pour un sage

L’orgueil, lentement, subtilement, et assez certainement nous fait nous aimer nous-mêmes. Souvent, plus les gens que nous côtoyons nous connaissent, moins nous leur paraissons remarquables ou impressionnants. Ironiquement, c’est souvent le contraire qui se passe à nos yeux. Nous pouvons avoir tendance à entretenir une bonne image de nous-mêmes.

Quand vient le désaccord ou le conflit, par exemple, souvent je pars directement (même inconsciemment) du principe que j’ai raison – qu’assurément c’est à l’autre partie qu’incombe la charge de la preuve. Dans le tribunal de mon esprit, ma propre opinion ou ma position paraît beaucoup plus sensée (sans surprise), et n’a sûrement que besoin d’être mieux articulée ou défendue. Dans une conversation donnée, j’ai peut-être raison, peut-être pas, mais cette pensée dit quelque-chose de ce que je vois dans le miroir. 

Dieu, en revanche, met le chaos dans mon tribunal confortable, et cela avec seulement huit simples (et dévastateurs) mots de l’apôtre Paul : « Ne soyez pas sages à vos propres yeux » (Romains 12.16). Pas simplement soyez lents à penser que vous êtes sages, mais ne soyez pas (jamais) sages à vos propres yeux. La sagesse, bien-sûr, n’est pas le problème, parce-que Paul lui-même nous enseigne à prier pour la sagesse (Ephésiens 1.16-17). Mais tandis que la vraie sagesse nourrit une humilité et une joie plus profonde en Dieu, toute autre sorte de « sagesse » ne fait qu’alimenter une affreuse mutinerie contre lui (Proverbes 26.12).  

 Trois Cris de l’Orgueil Crucifié.

J’aurais peut-être poursuivi ma route plus rapidement si Dieu ne s’était pas répété autant de fois. Les Proverbes nous avertissent, « Ne sois pas sage à tes propres yeux ; crains l’Éternel et éloigne-toi du mal » (Proverbes 3.7). Esaïe écrit, « Malheur à ceux qui sont sages à leurs yeux, et qui se croient intelligents ! » (Esaïe 5.21). Tout ce que Dieu dit devrait nous faire réfléchir sérieusement. A combien plus forte raison s’il continue à nous mettre en garde encore et encore ? 

Nous avons donc besoin que Dieu nous donne un esprit de sagesse authentique, qu’il nous apprenne comment crucifier notre orgueil. En plus du commandement, « Ne soyez pas sages à vos propres yeux », Dieu nous en dit beaucoup au travers de Paul sur la manière dont nous pouvons mettre à mort ces mauvaises pensées, notamment avec ces 3 grands enseignements : cherche la grâce dans les autres, sache à quel point tu en sais peu, et savoure ce que tes faiblesses accomplissent. 

1. J’ai besoin de la grâce qu’ont les autres

Le fait d’avoir une considération de nous-mêmes plus grande que ce que l’on devrait commence souvent, que ce soit subtilement ou ouvertement, par une considération des autres plus pauvre – voire en ne les considérant du tout. Paul dit plus tôt dans Romains 12, « Je dis à chacun de vous de ne pas avoir une trop haute opinion de lui-même » (Romains 12.3). Dans les versets qui suivent, Paul ne parle pas du fait qu’il nous manque bien de la sagesse, mais de la valeur de chaque autre membre du corps (Romains 12.4-5). Un acte de guerre contre l’orgueil consiste à s’émerveiller de l’armée de la grâce qui est à nos côtés, de tous les autres membres du corps de Christ qui sont remplis de la grâce, animés par elle. 

L’orgueil se place égoïstement – avec sa sagesse, ses dons, son expérience, son potentiel – au-dessus de tous les autres. Il se focalise sur ses propres forces et minimise ses propres faiblesses, tout en grossissant les faiblesses des autres et en atténuant leurs forces. Et lorsqu’il est attaqué, l’orgueil a tendance à se retrancher sur lui-même dans une introspection et un apitoiement sur soi qui le ronge. Mais Paul ne permet pas à notre orgueil de trouver refuge en nous-mêmes. Au contraire, il porte nos regards loin de nous-mêmes vers la grâce impressionnante que Dieu a donnée aux autres. La véritable humilité ne méprise pas en silence les grâces qui ne sont pas les siennes, mais les aime tout autant, et même encore plus. 

Un moyen de nous détacher de l’orgueil consiste à méditer sur ce que les autres ont (ou savent bien faire) que nous n’avons pas – leur capacité à se remémorer facilement ce que la Bible dit, leur rapidité à s’arrêter pour prier, leur capacité à annoncer avec courage l’Évangile à ceux qui sont perdus, à donner de leur temps et de leur argent avec générosité, à encourager avec amour les autres à la sainteté, à souffrir avec joie. Même si Dieu peut nous bénir de façon extraordinaire dans un domaine, il ne donne jamais toute sa bénédiction à un seul membre du corps, mais il fait en sorte qu’humblement, même inconfortablement, nous soyons dépendants les uns des autres (Romains 12.5). Et au fur et à mesure que nous gagnons en maturité dans l’humilité, nous ne nous contentons pas seulement d’admettre cette dépendance, mais nous comptons sur la sagesse de Dieu pour nous unir les uns les autres par grâce. 

Paul dit autre part, « Ne faites rien par ambition personnelle ni par vanité, avec humilité, au contraire, estimez les autres supérieurs à vous-mêmes » (Philippiens 2.3). Si nous voulons avoir une opinion de nous-mêmes qui soit juste, sobre et humble, nous devrions commencer par avoir une meilleure opinion des autres – en cherchant avec application et avec des yeux pleins d’espoir la grâce de Dieu dans les autres. 

2.Tout ce que j’ai, je l’ai reçu

Plus que d’apprécier la grâce et la sagesse que les autres ont reçu de Dieu, nous avons besoin de nous rappeler que toute vraie sagesse que nous avons, nous ne l’aurions pas si ce n’était par grâce. Paul écrit, « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi fais-tu le fier, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Corinthiens 4.7). Quels que soient la connaissance, la sagesse, ou les dons que nous avons, nous ne les avons que comme un cadeau de Dieu pour honorer Dieu, pas nous. 

Dieu ne nous a pas choisis pour notre sagesse, en ajoutant sa sagesse à la nôtre, comme si d’une manière ou d’une autre il avait besoin de notre opinion ou de notre compétence (1 Corinthiens 1.27). « Car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu » (1 Corinthiens 3.19). Toute sagesse que nous pourrions attribuer à notre mérite n’en est pas une en fin de compte, à cause du si peu de choses que cela dit sur Dieu. Les proverbes nous avertissent, « As-tu vu un homme sage à ses propres yeux ? Il y a plus d’espoir pour un sot que pour lui » (Proverbes 26.12). 

Si nous voulons grandir dans l’humilité, nous devons apprendre à notre orgueil qu’il n’y a rien que nous ne connaissons vraiment ni durablement d’important mis à part Dieu. Tout ce que nous savons de Dieu – du péché et de la sainteté, du paradis et de l’enfer, du mariage, de l’éducation des enfants, ou du ministère, de la souveraineté, de l’ecclésiologie, ou de l’eschatologie – nous le savons grâce à Dieu. La seule sagesse qui durera, et qui l’emportera, aura abandonné ce que le monde considère comme sagesse – tout ce que nous pensions savoir avant Christ et hors de lui. La véritable sagesse aura l’air d’une folie pour le monde, parce qu’elle sent et ressemble trop à l’homme-Dieu « minable » qu’ils ont violemment rejeté et crucifié. Ce qui est vraiment dommage et tragique, c’est à quel point ils en auront su peu sur la réalité et l’éternité. 

Le monde regorge d’informations déguisées en sagesse, surtout à l’ère d’Internet, et la vaste majorité d’entre elles vont disparaître – et rapidement. Dieu dit, « Je détruirai la sagesse des sages, et j’anéantirai l’intelligence des intelligents » (1 Corinthiens 1.19). Nous désirons la sagesse rare et souvent décriée qui ne fera que mûrir et gagner du terrain au fil des siècles – la sagesse de Dieu déposée devant nous dans sa Parole. Méfie-toi de toute confiance dans ta propre sagesse, en te rappelant que tu n’as rien d’autre que la grâce et que tu ne connais rien d’autre que Dieu. Et quoi que t’aient montré l’intelligence et l’imagination infinies du ciel, rappelle-toi combien tu en sais encore douloureusement peu. 

3. Quand je suis faible, alors je suis fort

Au cours des moments les plus mystérieux de toute la Bible, Dieu a ouvert le ciel pour Paul, où « il a entendu des paroles inexprimables qu’il n’est pas permis à un homme de redire » (2 Corinthiens 12.4). Il a entendu et vu des choses comme personne d’autre. Quelle immense sagesse ou révélation partage-t-il après avoir été amené par Dieu au ciel même ?

« Et pour que je ne sois pas rempli d’orgueil à cause de ces révélations extraordinaires, j’ai reçu une écharde dans le corps, un ange de Satan pour me frapper et m’empêcher de m’enorgueillir. » (2 Corinthiens 12.7). Avec les révélations extraordinaires sont venues une affliction et une opposition extraordinaires. Pourquoi Dieu lui montrerait-il le ciel pour ensuite laisser l’enfer le persécuter ? Paul dit pourquoi à deux reprises en un seul verset : « pour […] m’empêcher de m’enorgueillir. » L’orgueil nous apprend à abuser de la sagesse, et obscurcit l’esprit et la main de Dieu. Ce sont la faiblesse et l’humilité, et non la puissance et la sagesse humaines qui mettent en valeur la grâce de Dieu. Jésus dit, « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. » (2 Corinthiens 12.9). 

Toute personne qui a reçu la sagesse de Dieu en Christ porte une écharde – une souffrance trop lourde à porter, un chagrin trop sombre pour être oublié, une maladie trop tenace pour guérir, une faiblesse trop évidente pour être ignorée. Quelles sont les tiennes ? Mais si nos épines peuvent ressembler à des épées dans les mains de Satan, ses mains sont désormais liées par la grâce souveraine. Si nous aimons Dieu, alors son action ne peut que produire en nous les chirurgies qui nous sauvent la vie et nous détachent de notre orgueil. Comment Paul a-t-il réagi lorsqu’à plusieurs reprises, Dieu a aplani son orgueil ? « Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. C’est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour Christ; car, quand je suis faible, alors je suis fort. » (2 Corinthiens 12.9-10).

Quand je suis faible, alors je suis fort. Quand je suis fou, alors je suis sage (1 Corinthiens 3.18). Quand je suis humilié, alors je serai exalté (Matthieu 23.12). Voici les cris de l’orgueil crucifié. Nous ne chérissons pas nos faiblesses en elles-mêmes, mais le sage et l’humble savourent le bien que Dieu opère à travers nos faiblesses quand nous lui confions notre fragilité et notre insuffisance. Il aime voir son pouvoir débordant perfectionné et mis en lumière dans les vitrines des âmes qui ont le cœur brisé. 

Lorsque nous refusons d’être sages à nos propres yeux, en célébrant la grâce que nous voyons dans les autres, en admettant à quel point nous en savons peu, et en reconnaissant nos faiblesses, Dieu reçoit la gloire – et nous voyons une personne bien plus satisfaisante que ce que nous avons aimé dans le miroir.

Article traduit avec autorisation. Merci à Mathieu pour la traduction

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2 Commentaires

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  • Excellent, merci beaucoup pour cette traduction !

      Colin C.
    • Merci pour ton com Alexis, ça fait plaisir de te voir ici ! :)

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