Des contradictions dans les évangiles ?

Un des dogmes de notre foi est que la Bible est la parole de Dieu. Quiconque renie son autorité et sa suffisance n’est pas un chrétien. Rejeter la parole de Dieu et ses commandements, c’est rejeter Dieu lui-même. En tant que croyant, l’autorité finale, dans tout les domaines de notre vie, c’est la Bible. Cependant, quand nous lisons les évangiles, nous voyons qu’il y a des variantes, des apparentes contradictions entre ces derniers. L’inerrance des évangiles (l’absence d’erreur dans les textes originaux) n’est pas un sujet de piètre importance. Il doit être compris et accepté par les chrétiens. Nous sommes des êtres logiques et rationnels, donc il peut être difficile de mettre notre confiance dans la Bible quand nous voyons ce qui semble être des contradictions. Cet article, qui est le premier de plusieurs sur l’innerance des évangiles, présentera les méthodes et les présupposés à avoir pour ces cas de divergences. Dans mes prochaines publications sur la Réb, je vais prendre des cas précis et appliquer les principes montrés ci-dessous. Mais, il faut commencer par apprendre à marcher avant de courir ! Alors voici six principes que j’ai retenus parmi une multitude d’autres.

1. L’inspiration divine

Premièrement , la pierre angulaire de cette démarche est l’inspiration divine de l’écriture. Dieu ne peut nous mentir (Nombres 23.19). Par conséquent, sa parole est véridique et sans erreur. Il ne se trompe pas, ce qu’il faut remettre en cause lorsqu’on étudie les variantes des évangiles c’est notre intellect.

2. La correspondance entre deux récits

Deuxièmement, quand nous avons une apparente divergence entre les récits apostoliques, il faut vérifier qu’il s’agisse bien de la même histoire. Jésus a fait beaucoup de discours et devait finir par redire certaines paroles qu’il avait prononcé dans d’autres lieux. Alors, il se peut que des paroles de Jésus se ressemblent dans deux cas, mais qu’elles ne sont pas automatiquement au même moment.

3. Le contexte

Troisièmement, il faut comprendre que les auteurs des évangiles écrivent dans des contextes différents, à des destinataires différents et ont des objectifs différents avec leur écrit. Alors, parfois les auteurs mettent l’emphase sur certaines paroles que Christ a dit et omettent de mentionner les autres. Donc si on voit Jésus, dans deux évangiles, dans un même épisode dire deux discours différents, il est fort probable que les deux ont été prononcés mais que tel auteur a voulu mettre l’emphase sur certaines paroles de Christ pour mettre l’attention sur un thème ou un enseignement particulier.

4. L’intention de l’auteur

Quatrièmement, pour faire parallèle avec le troisième point, les apôtres peuvent omettre de mentionner certains détails d’un évènement pour des raisons qui leurs sont propres. Par exemple, mettre l’emphase sur un élément de la situation ou juste pour aller droit au but sans tout décrire en détails. Par exemple, si un policier interroge des victimes au sujet d’un vol de banque, il est certains que les témoins ne diront pas les aspects du vol mot pour mot. Certains peuvent dire qu’il s’est mit a tirer en rentrant dans le bâtiment, tandis que d’autre peuvent dire qu’il a crié « tout le monde à terre ! ». Cela n’implique pas que les deux énoncés sont faux, les deux témoignages sont vraies et complémentaires. Comme les récits dans les évangiles.

5. La précision d’un récit

Cinquièmement, si je vous dis que je vis a St-Rose, qui est à Laval, qui est au Québec, qui est au Canada et qui sur la planète terre. Serait-t-il faux de dire que j’habite au Québec sans mentionner tout les autres détails superflus ? Absolument pas ! Ce n’est pas parce qu’on paraphrase un texte ou qu’on le résume dans d’autres mots que cela le rend faux. Dieu, dans sa parole, peut utiliser le même principe dans un verset au sujet de Jésus, ce qu’il a fait ou ce qu’il a dit. Cela s’applique également dans le cas où je vous dirais qu’il y avait une foule de 10 000 personnes a la manifestation contre le réchauffement climatique. S’il y avait 9 997 personnes, avais-je raison ? Oui. Si il y avait 11 108 personnes, avais-je raison ? Oui, car tout le monde comprend que c’est un nombre arrondi et approximatif. Dieu peut faire de même dans le Nouveau Testament.

6. La prière

Sixièmement, nous devons toujours demander l’aide de Dieu avec la prière lorsque nous voyons une apparente contradiction entre les évangiles, il faut se rappeler que nous ne connaissons pas tout, mais que Dieu si. Ce n’est pas pour rien que Dieu a mis ces « difficultés » dans les évangiles, il le savait très bien que nous allions nous poser des questions. Il peut les utiliser pour tester notre foi, nous rendre humble devant son intelligence et sa sagesse, fortifier notre confiance en lui et également augmenter notre confiance en sa parole lorsque nous trouvons une réponse a un problème d’harmonisation.

Conclusion

Cette article était pour vous montrer les principes généraux utilisés pour bien comprendre que les variantes des évangiles sont complémentaires et ne se contredisent pas. De plus, s’il n’y avait absolument aucune variation entre les évangiles, nous aurions seulement 4 évangiles absolument identiques mot pour mot.

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12 Commentaires

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  • Bonjour Daniel

    Vous affirmez que « l’autorité finale, dans tous les domaines de notre vie, c’est la Bible ».

    Par la suite, vous faites plusieurs autres affirmations de nature elles aussi assez « finale », dont le plus frappant est celle-ci :

    « Quiconque renie son autorité et sa suffisance n’est pas un chrétien ».

    Sauf erreur de ma part, on ne trouve pas cette affirmation en tant que telle dans la Bible. Par quelle autorité affirmez-vous donc cela ?

    Ensuite vous affirmez que la doctrine de l’inerrance « doit être comprise et acceptée par des chrétiens ». Or, et encore sauf erreur de ma part, cette doctrine n’est formulée sous cette appellation qu’en 1978, dans la déclaration de Chicago. Pourquoi est-il impératif qu’une doctrine formulée en 1978 soit acceptée par les chrétiens ?

    Puis vous annoncez les « méthodes et présupposés » à avoir pour traiter d’apparentes divergences dans le texte. Il me semble que si vous apportez des méthodes et présupposés au texte, en fin de compte ce n’est pas le texte qui fait autorité pour vous, mais vos méthodes et présupposés.

    Enfin après avoir commencé en évoquant la Bible, vous continuez en évoquant seulement les « Evangiles » et les « récits apostoliques ». Qu’en est-il du reste des Ecritures et de leur contenu ?

    Ne vous trompez pas, je crois à l’inspiration des Ecritures et à leur importance pour la vie du croyant. C’est précisément pour cela que je me permets de réagir lorsque je lis des raccourcis simplistes transformées en affirmations « ex cathedra » pour lesquelles je ne trouve aucune justification dans le texte.

    Eutychus.fr@gmail.com

      Mykaël A.
    • Bonjour Eutychus,

      Désolé de la part de Daniel s’il n’a pas pu répondre. Avec les études, il est très occupé et n’a pas vraiment de temps pour répondre. Mais connaissant Daniel, je crois que sa vision de la véracité de l’Écriture pourrait être celle-ci : « L’Écriture est très certainement vraie mais vraie dans le sens où l’Écriture elle-même entend l’être et non dans le sens que nous lui imposerions avec notre science naturelle et historique exacte. » (Herman Bavinck : Progelomena p.412). Je ne sais pas si cette affirmation va à l’encontre de la déclaration de Chicago, je ne connais pas assez la déclaration de Chicago.

      Concernant Genèse 1 @ 11, nous ne dirions jamais que quelqu’un n’est pas chrétien juste parce qu’il n’est pas littéraliste. Nous ne voyons pas la Bible comme un manuel de science. Moi même, j’ai énormément apprécié lorsque Bruce Waltke abordait le récit de la création dans son livre « Théologie de l’Ancien Testament ». Par ailleurs, lorsque la déclaration de Chicago dit : « De même, nous nions que les hypothèses scientifiques concernant l’histoire antique de la terre peuvent légitimement être invoquées pour renverser l’enseignement de l’Ecriture au sujet de la création et du Déluge. » Je serais d’accord avec cette affirmation dans le sens que ce n’est pas les hypothèses scientifiques que devrait renverser la façon dont nous voyons Genèse 1 à 11, mais plutôt notre exégèse du texte. Je ne sais pas si c’était l’intention des auteurs de la déclaration de Chicago, mais si c’est ça le sens, je serais en accord avec.

      Concernant l’affirmation de Daniel « Quiconque renie son autorité et sa suffisance n’est pas un chrétien », je suis d’accord que l’affirmation va un peu loin. Je ne crois pas non plus que confesser l’inerrance est quelque chose de nécéssaire pour le salut, mais je pourrais avoir des doutes sur le salut de quelqu’un qui nie la véracité des Écritures (selon la définition donné par Bavinck ci-dessus). Personnellement, j’aurai de la difficulté à accorder le statut de membre d’un Église à quelqu’un qui nierait que l’Écriture est vraie, mais ça n’est que ma conviction personnelle. J’ai l’intention d’en parler à Daniel en personne et ça ne me surprendrait pas qu’en y réfléchissant, il puisse avouer qu’il est allé un peu trop loin.

      Cordialement,

      Mykaël Arsenault

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  • Toute l’Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, (2 Timothée 3.16)
    (Bible d’étude Segond 21).

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  • Bonjour Corentin

    Pour ma part, vous aurez remarqué que je crois à l’inspiration des Ecritures.

    Toutefois, posez-vous la question : au moment où Paul écrivait ces lignes à Timothée, à quelles Ecritures faisait-il allusion ?

    Certainement pas aux Evangiles, car ceux-ci n’étaient pas encore écrits. Pour moi, la seule partie de la Bible à laquelle il faisait incontestablement allusion, c’est l’Ancien Testament. Le canon du Nouveau Testament n’a été décidé que beaucoup plus tard. Il n’a été arrêté dans les Eglises d’Occident qu’aux conseils de Carthage en l’an 317 et 419. Oui, il y avait un certain consensus auparavant, mais c’est aller à l’encontre du bon sens que d’affirmer que Paul faisait allusion à l’ensemble d’un canon qui n’avait pas encore été arrêté.

    Attention, ce n’est pas pour autant que je rejette l’inspiration du Nouveau Testament ! Mais ce verset à lui seul ne suffit pas pour l’affirmer.

    Je conviens que l’ensemble des Ecritures est « utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice », et personnellement, par conséquent, je tente de faire des prédications et des études bibliques sur l’ensemble. Mais de là à affirmer, comme le fait la doctrine de l’inerrance, qu’elle est « sans erreur », il y a un pas énorme et injustifié.

    Pour moi cette affirmation fait fausse route car malgré sa prétention, elle finit par faire porter plus d’autorité à des déclarations sur le texte qu’au texte lui-même, et lui impose une idée « forensique », judiciaire de la vérité qui est un anachronisme total car datant plutôt du siècle des Lumières…

    Il n’est pas raisonnable de s’attendre, comme le voudrait la doctrine de l’inerrance, à ce que le texte se conforme à des notions d’exactitude et d’objectivité modernes qui n’existaient nullement à l’époque.

    Par exemple, essayez de reconstruire une chronologie de la vie de Jacob par rapport aux éléments rapportés dans la Genèse pour établir son âge lors de la naissance de Joseph. Beaucoup d’encre et de pixels ont été utilisés, surtout par des « inerrantistes » pour en donner des explications. Celles-ci sont certes très habilement construites mais personnellement je ne les trouve nullement convaincantes… et surtout, elles sont futiles car ces détails sont à mon sens complètement secondaires aux vérités essentielles que ces passages cherchent à transmettre !! C’est une distraction !

    Attention, ce n’est pas pour autant que le texte ne dit pas la vérité !! Mais il ne dit pas forcément le type de vérité que certains chercheraient à lui imposer…

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  • À l’attention de l’auteur et/ou des éditeurs : on écrit bien « inerrance » et non pas « innérance ». Ça vient de « in » (la négation) et de « errance » (le fait d’errer, c’est à dire de se tromper, de commettre une erreur).
    À l’attention de Eutychus : par rapport à la fiabilité du canon néotestamentaire, il est intéressant de remarquer le passage de 2 Pierre 3. 14-15 qui semble mettre les écrits de Paul au même rang que les « autres Écritures » au sens juif du terme c’est à dire le canon vétérotestamentaire : « […] notre bien-aimé frère Paul aussi vous a écrit selon la sagesse qui lui a été donnée […] il parle de ces choses parmi lesquelles il y en a de difficiles à comprendre, que les ignorants et mal affermis tordent, comme aussi les autres écritures ». En effet cependant il ne faut pas perdre de vue que l’intérêt de la Bible est avant tout son message plus que le calcul de l’âge de Jacob lorsqu’il engendra Joseph ou bien l’estimation des dimensions du chandelier d’or pur du tabernacle…

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  • @JMP on est bien d’accord :) Si mes souvenirs sont bons, ma maman s’inquiétait beaucoup de la perte de quelques couverts entre la construction du Temple et sa reconstruction par Esdras (voir Esd 1.9)…

    Par rapport à la déclaration de Pierre, c’est effectivement un bon argument à l’appui de l’inspiration des écrits de Paul au même titre que ceux de l’Ancien Testament. Cependant, il n’en demeure pas moins vrai que les Evangiles sont communément supposés avoir été écrits après les épitres et peuvent donc difficilement être inclus dans cette déclaration de Pierre.

    Enfin, rien dans ces deux références ne permet d’affirmer la doctrine de l’inerrance, tout au moins comme elle est formulée dans la déclaration de Chicago.

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    • Effectivement on s’écarte du sujet de l’inerrance au sens strict. Cependant par rapport à la question de l’inspiration des évangiles, la version que j’ai sous les yeux suggère en note que la dernière partie du verset 18 de 1 Timothée 5 est une citation de Luc 10. 7 : « l’écriture dit : ´’tu n‘emmuselleras pas le bœuf qui foule le grain’´ ; et encore : ´´l’ouvrier est digne de son salaire´‘. » la première citation étant tirée du Deutéronome, et la seconde de l’évangile selon Luc. Ce qui mettrait là encore l’évangile (de Luc en l’occurrence) sur un pied d’égalité avec les « Écritures » de l’ancien testament… C’est à titre personnel quelque chose qui a confirmé à ma foi la réalité de l’origine divine et donc de la fiabilité du canon du Nouveau Testament.
      Car soit dit en passant, inerrance au sens de la déclaration de Chicago ou pas (je ne connais pas ladite déclaration), la notion de fiabilité de l’écriture a une importance certaine puisqu’elle est la base de notre foi en la Bible comme révélation divine… ;)

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  • @JMP excellente réplique. Je n’ai pas entendu cet argument sur Luc auparavant. Toutefois il n’est pas totalement étanche. Je ne suis pas helleniste mais un regard rapide sur le grec permet de penser que seule la première citation est qualifiée d » « Ecriture ».

    Concernant la « fiabilité » de l’Ecriture, tout dépend ce qu’on entend par là. Je pense que les Ecritures sont fiables dans le sens où nous pouvons avoir confiance qu’il s’agit d’une révélation fiable, surtout du caractère de Dieu et de sa relation avec son peuple.

    La doctrine de l’inerrance va beaucoup plus loin, en voulant imposer au texte une sorte de « fiabilité » qui n’est absolument pas dans l’intention des auteurs originaux.

    Daniel ne m’a pas encore répondu, mais j’imagine que lorsqu’il parle d’inerrance il entend ce terme comme il est défini dans la déclaration de Chicago (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Inerrance_biblique ; la déclaration elle-même, en anglais, se trouve ici : http://www.danielakin.com/wp-content/uploads/old/Resource_545/Book%202,%20Sec%2023.pdf .

    Or, si la déclaration affirme tenir compte du style et de l’intention de l’auteur, dans son article XXII par exemple elle « affirme que les chapitres de Genesis 1 – 11 sont factuels, tout comme le reste du livre » et elle « nie que les enseignements de Genèse 1 – 11 sont de l’ordre du mythe et que l »on puisse légitimement invoquer les hypothèses scientifiques concernant l’histoire de la terre ou les origines de l’humanité pour réfuter ce que l’Ecriture enseigne concernant la création ». En clair, celui ou celle qui n’est pas un créationniste littéraliste peut se voir taxer de rejeter la doctrine de l’inerrance ; selon la logique invoquée par Daniel, une telle personne risque d’être considérée comme ayant renié son autorité et donc considéré comme un non-chrétien.

    Je pense que beaucoup de personnes de bonne foi défendent l’inerrance en pensant que cette doctrine permet de préserver l’intégrité et l’autorité du texte, mais en tant que « textualiste » et fort de nombreuses discussions avec des « inerrantistes » en ligne j’en suis à conclure, comme dans ma première réponse ici, que la plupart ne travaillent pas directement le texte mais affirment comme des vérités absolues des raccourcis qu’on leur a enseignés comme étant une juste représentation du texte mais qui en réalité ne le sont pas.

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    • Bonsoir, toujours en l’absence de réponse de la part de l’auteur, je poursuis la discussion parce que je trouve que c’est enrichissant, je ne cherche pas à avoir raison…!
      Effectivement je ne suis pas allé voir le grec pour la citation en question, et c’est à dessein d’ailleurs que j’ai bien précisé que c’était la traduction que j’utilise qui suggérait la citation de Luc par Paul, étant donné que ni les guillemets, signes de ponctuation, majuscules ou notes diverses ni même les chapitres ou les versets ne sont inspirés – fût-il nécessaire de la rappeler (enfin, quand on entend des prédicateurs faire une exégèse sophistiquée à partir de points de suspension, ça me paraît important de le souligner à ceux qui liront cet échange).
      Merci bien pour le document de la déclaration de Chicago. Je l’ai découvert à l’instant, donc ce que je livre là n’est pas le fruit d’une longue réflexion comme la tienne/vôtre, Eutyches, c’est le moins qu’on puisse dire. Simplement il me semble que cette déclaration est divisée en 2 parties bien distinctes: 1/doctrine de l’inerrance et 2/principes d’herméneutique. Je n’ai donc pas lu la deuxième dans le détail, mais les 19 articles de la première partie (c’est à dire stricto sensu sur l’inerrance) ne me semblent pas du tout aberrants, voire plutôt justes et en adéquation avec ce que tu/vous exprimes/-ez. En particulier le fait que l’inspiration ne signifie pas la suppression du style propre de l’auteur inspiré. Ou encore l’article XIX qui est assez sain je trouve et va peut-être un peu moins loin que ce qu’a pu laisser entendre Daniel dans son texte : « We deny that such confession [c’est-à-dire de l’inerrance des écritures] is necessary for salvation. » Et la phrase qui suit me paraît également tout à fait juste : « However, we further deny that inerrancy can be rejected without grave consequences, both to the individual and to the Church. » C’est à dire qu’à partir du moment où j’admets que l’Ecriture puisse se contredire, je prête le flan à toutes sortes de pensées qui vont affaiblir l’autorité de Dieu dans ma vie, et me détourner de l’obéissance simple et spontanée à ce que je lis. Ça ne remet évidemment pas en cause mon salut mais ça affaiblit mon discipulat…
      L’article XXI que tu/vous cites/-ez fait partie de la deuxième partie de la déclaration et dépasse pour moi la doctrine de l’inerrance puisqu’on est déjà dans l’interprétation du texte et non pas seulement dans sa réception…

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  • Merci JMP de l’échange !

    Sur 1 Tim 5:18b, après recherche et discussion ailleurs, plusieurs hypothèses sont avancées :

    a) Paul cite Luc, dans quel cas Luc a été écrit bien plus tôt que ce qui est communément admis
    b) Luc est cité mais avec sa datation communément admise (plus tard que 1 Timothée), de sorte qu’il n’est pas possible que Paul lui-même ait écrit 1 Timothée (ce qui ne remet pas automatiquement en cause son inclusion dans le canon !)
    c) Ce n’est pas une citation d’Ecriture avec E majuscule mais la simple reprise d’un proverbe
    d) C’est une reformulation du texte en Deutéronome cité en 18a, déjà en existence avant 1 Timothée et avant Luc.

    Cette dernière hypothèse est assez séduisante pour moi car dans son introduction, Luc dit bien avoir consulté plusieurs témoignages. Cela expliquerait pourquoi le grec pour cette phrase est semble-t-il identique en Luc et en 1 Timothée tout en permettant d’admettre les datations communément admises.

    Pour faire le lien avec l’inerrance, je suis prêt à parier que l’auteur du post donc on discute se rangerait derrière l’hypothèse a) et rejetterait d’office tous les autres.

    Tu dis : « En particulier le fait que l’inspiration ne signifie pas la suppression du style propre de l’auteur inspiré.  »
    C’est ce qu’ils disent, mais franchement, je pense que c’est de la langue de bois. Si on regarde par exemple l’article XII (qui lui est bien dans la première partie !) on retrouve ceci :

    « Nous nions que l’infaillibilité et l’inerrance se limitent à des thèmes purement spirituels, religieux, ou rédempteurs, à l’exclusion d’affirmations dans les domaines de l’histoire et de la science. De même, nous nions que les hypothèses scientifiques concernant l’histoire antique de la terre peuvent légitimement être invoquées pour renverser l’enseignement de l’Ecriture au sujet de la création et du Déluge. »

    En clair, la création et le Déluge sont qualifiés sans équivoque d’histoire (« history ») ; les textes sont inerrants « dans les domaines de l’histoire et de la science » et cela explicitement s’agissant de ces deux événements.

    Moi, je pense que l’intention de l’auteur de Genèse 1-11 n’était nullement de nous donner une explication scientifique des origines ou une chronologie exacte, et je ne vais pas aller au bûcher pour défendre l’historicité du Déluge. La déclaration de Chicago ne permet pas une telle prise de position.

    D’accord, ses auteurs sont (tout juste !) assez modestes pour ne pas explicitement prononcer l’anathème dans ce cas, mais c’est tout comme, ainsi qu’il est démontré par les propos de notre bloggeur Daniel, qui lui s’inscrit certainement dans cette lignée ne se gêne pas de décréter : « Quiconque renie son autorité et sa suffisance N’EST PAS UN CHRETIEN » !!

    Je pense qu’au final les auteurs de cette déclaration ont voulu s’arroger (par quelle autorité ?) le droit de décider de l’interprétation définitive de tout texte biblique et de jeter l’opprobre sur tous ceux qui ne seraient pas d’accord avec eux.

    Tu dis « à partir du moment où j’admets que l’Ecriture puisse se contredire, je prête le flan à toutes sortes de pensées qui vont affaiblir l’autorité de Dieu dans ma vie, et me détourner de l’obéissance simple et spontanée à ce que je lis. Ça ne remet évidemment pas en cause mon salut mais ça affaiblit mon discipulat… »

    D’abord, tout dépend ce qu’on entend par « se contredire ». Si on regarde les textes (au lieu d’écouter ce que les
    inerrantistes disent…) c’est vraiment facile de trouver des « contradictions » en tous genres que les inerrantistes vont consacrer beaucoup, beaucoup d’énergie à « expliquer » par des explications rocambolesques quand elles ne sont pas carrément malhonnêtes.

    Pour n’en donner qu’un exemple (de saison), pour appuyer son propos sur la naissance de Jésus, Matthieu 1:23 cite Esaïe 7:14 mais en traduisant le mot hébreu « jeune fille » par « vierge ». Un fidèle inerrantiste va aller jusqu’à affirmer que le mot hébreu veut dire « vierge » pour maintenir son présupposé d’inerrance alors que ce n’est manifestement pas le cas. En procédant ainsi on fait fausse route…

    Pour ma part je trouve, avec les années qui passent, que la Bible a d’autant plus d’autorité qu’elle me parle avec une pluralité de voix (ses auteurs humains), voix qui sont parfois, avouons-le, même dissonantes, mais qui témoignent bel et bien d’un seul et même Dieu.

    Quant à l’obéissance du disciple, je ne pense pas que le Seigneur nous demande une obéissance dépourvue de réflexion voire de questionnement si celui-ci est de bonne foi, au contraire je pense que c’est ainsi que la véritable obéissance persévérante se forge et que nous parvenons à la maturité.

    Pour conclure, car il est déjà demain ici, quelques pensées de fond sur l’inerrance.

    Sur le plan de la linguistique, je pense que les inerrantistes n’ont pas compris la différence entre le « signifiant » (le mot lui-même) et le « signifié » (la chose à laquelle elle se rapporte) : ils confondent les deux. Or, la vérité ne réside pas dans les mots eux-mêmes mais dans les réalités auxquelles ils font allusion. In fine, dans la Bible, le Signifié, la réalité à laquelle tous ces « signifiants » font allusion, c’est bien une personne et non pas un texte : la Parole de Dieu (Hébreux 1:2), et pour ma part je m’en réjouis…

    Pour prendre une autre image, les inerrantistes ont tendance à prendre la Bible comme un immense puzzle à x mille pièces. Ils pensent que si seulement ils appliquent la bonne méthode, ils pourront établir un dessin fini, carré, dans lequel chaque pièce doit à tout prix trouver son indiscutable place définitive, et que toute la réalité, toute la vérité, est dans ce dessin fini.

    Or, la Bible elle-même dit qu’il n’en est pas ainsi. Jésus le dit mieux que quiconque : « Vous sondez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle: ce sont elles qui rendent témoignage de moi.
    Et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie! » (Jean 5:39-40).

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    • En effet, je ne connaissais pas les dates admises de rédaction de Luc et 1 Timothée, dans ce cas l’argument ne tient plus.
      Sur Matthieu 1.23 j’avoue que je ne vois pas trop le problème, étant donné qu’à l’époque je doute que les termes « jeune fille » et « vierge » désignent des personnes différentes. D’ailleurs le grec de Matthieu 1.23 (« parthenos ») se traduit usuellement par… « jeune fille vierge » !
      Concernant la fameuse déclaration de Chicago, il est vrai que les auteurs vont peut-être plus loin que ce qu’il serait souhaitable, en particulier dans les idées qui sont sous-jacentes.
      Enfin, je dis un grand amen à ta conclusion. C’est un peu paradoxal mais l’approche du puzzle (que j’appellerais volontiers inerrantiste-extrémiste) peut mener à se mettre au-dessus de l’écriture, en oubliant que la Révélation divine nous domine et nous subjugue. Se départir de cette humilité-là en prétendant expliquer à tout prix ce que nous ne comprenons pas, c’est risquer de passer à côté de ce que l’Esprit veut produire en nous par l’écriture. Ça pourrait quelquefois presque revenir à regarder le doigt qui montre la lune au lieu de regarder la lune elle-même… Jésus d’ailleurs ne reproche pas aux scribes de sonder l’écriture, mais de la sonder pour de mauvaises raisons, et surtout de la sonder en passant à côté de Celui qu’elle révèle et qui s’appelle : « la Parole de Dieu » (Apocalypse 19. 13), Dieu fait chair pour se révéler à nous (cf Jean 1.14)
      Ravi de cet échange en tout cas, merci !

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  • JMP, 100 % d’accord avec ta conclusion :)

    Sur Matthieu 1.23, en bref, un aspect issue de l’inerrantisme, et notamment de ses propos sur l’inspiration « verbale » de l’Ecriture, c’est l’insistance sur la justesse de la prophétie prédictive. C’est-à-dire que pour que la prophétie de l’AT soit valable, elle doit avoir été accomplie mot à mot, sinon, il y a une « contradiction » qui ferait de Dieu un « menteur » (voir le post de Daniel ci-dessus…).

    Ainsi, alors que tous s’accordent à dire que Matthieu invoque Esaïe 7.14 comme une prophétie accomplie par la naissance de Jésus d’une vierge, les inerrantistes (ou du moins bon nombre d’entre eux) vont considérer que cela implique non seulement que Matthieu, lui, parle d’une vierge (ce qui est bien le cas) mais aussi et surtout qu’Esaïe, lui, utilise également ce même terme (sinon, il y aurait une « contradiction »…). Or, le terme en Esaïe veut bien dire « jeune femme » et non pas « vierge ».

    Attention, je ne suis pas en train de nier la naissance miraculeuse de Jésus ni de nier l’aspect prophétique des paroles d’Esaïe… mais le fait est que les propos ne sont pas identiques.

    Pour ceux qui lisent l’anglais, j’ai eu un long débat (avec d’autres) sur ce passage avec un inerrantiste (qui est aussi dispensationaliste), pseudo Jamat. Les points essentiels sont dans les posts à partir de celui-ci :
    http://forum.ship-of-fools.com/cgi-bin/ultimatebb.cgi?ubb=get_topic;f=15;t=002380;p=5#000239

    Ce qui m’a mis le plus en colère dans cet échange c’était la découverte de malhonnêteté intellectuelle chez le commentateur évangélique expert sur Esaïe que j’ai consulté, Alec Motyer. Je pense que parmi les théologiens qui défendent la position inerrantiste, beaucoup admettent qu’en réalité l’empereur (de leur théorie) est tout nu, mais s’abstiennent de le dire tout haut « parce que ce serait un mauvais témoignage » ou « parce que cela pourrait faire chuter ceux qui sont faibles dans la foi ».

    Cela pourrait partir d’un bon sentiment, mais c’est une position basée sur la peur et qui enseigne à d’autres d’avoir peur de s’interroger sur ces questions en toute bonne foi (voir les « grave consequences » menacées dans la Déclaration voire les propos de Daniel).

    Sur les conséquences lorsqu’il y a un réveil brutal après avoir été abreuvé à la source inerrantiste, voir les échanges ici sur l’épisode Josh Harris :
    https://www.larebellution.com/2019/07/26/joshua-harris-divorce-et-alors/#comment-35453
    https://www.larebellution.com/2019/08/02/joshua-harris-quitte-la-foi-pourquoi/

    Sur le rôle du doute dans la vie du croyant, voir les commentaires après ce post :
    https://www.larebellution.com/2019/08/30/arrete-de-douter-crois-juste/#comment-35924

    Je lis dans la Bible que « l’amour parfait bannit toute crainte ». Je ne vois pas comment la culture inerrantiste de la crainte et de l’absolutisme puisse produire de bon fruit.

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