Arrête de douter. Crois simplement.

Note de l’éditeur : les réactions des lecteurs à l’article sur Joshua Harris qui quitte la foi ont poussé Sam à écrire cet article sur le doute.

Peu importe où vous en êtes dans votre foi aujourd’hui, je vous garantis qu’à un moment ou à un autre de votre vie, vous passerez par des moments de doutes. Ici, je parle spécifiquement des doutes sur le contenu même de la foi chrétienne. Si vous êtes chrétiens depuis assez longtemps, vous avez sûrement déjà connus de tels moments. Et si vous êtes un jeune chrétien, vous vous dites peut-être que cela ne pourra jamais vous atteindre. Mais accrochez votre ceinture. Avec l’espérance de vie actuelle, vous avez encore sûrement pour plus d’un demi-siècle de vie chrétienne devant vous. Et croyez-moi, ce ne sera pas toujours un long fleuve tranquille.

Un environnement hostile à notre foi

Notre société post-chrétienne n’est pas du tout un environnement propice à la foi. Toutes nos convictions sont constamment remises en question par les médias, les penseurs séculiers, des spécialistes bibliques, et notre entourage. Dieu n’est-il pas juste une invention humaine pour répondre à une angoisse existentielle primaire face à la mort? L’archéologie n’a-t-elle pas discrédité la Bible, qui serait de toute façon pleine de contradictions? Les miracles de Jésus sont-ils crédibles? Puis est-il ressuscité… a-t-il même existé? Et si un bon Dieu existe, comment expliquer la souffrance et l’enfer?

Bref, je m’arrête là. Si ces questions ne vous ont jamais troublé, j’espère qu’elle ne sèment pas le trouble chez vous. De toute façon, vous allez être confronté à de telles interrogations à un moment ou à un autre. La technique de l’autruche peut sembler fonctionner pour un temps, mais elle n’est pas pérenne. L’autruche devra tôt ou tard sortir la tête du trou. Mieux vaut donc qu’elle le fasse volontairement le plus tôt possible, avant qu’elle y soit contraint par un prédateur qui lui mord les fesses.

Le doute, un sujet tabou ?

Le sujet du doute dans nos milieux n’est pas tout à fait tabou. Mais il l’est presque. Si je rentre le mot-clé « doute » sur les sites des maisons d’éditions chrétiennes, je trouve bien moins de résultats que si je rentre « louange », « prière » ou « argent ». Et je vous lance le défi de vous rappeler de la dernière prédication que vous avez entendue sur le sujet. De tête, je suis sûr que vous pouvez penser à bien plus d’anecdotes des prédicateurs de votre Église au sujet de victoires ou de bénédictions dans leur vie que d’anecdotes sur des moments de doutes, de luttes, de galère. Autre exercice, arrivez-vous à me partager le titre d’un chant que vous chantez régulièrement dans votre Église qui mentionne le doute? Pas aussi facile que de trouver un chant sur la joie j’imagine.

C’est un sujet que l’on évite, et cela pour plusieurs raisons.

  • On a peur du jugement des autres : Douter n’est pas bien vu. On a l’air de chrétiens faibles et peu affermis dans notre foi. Qui va nous confier des responsabilités dans l’Église si nous doutons ? Qui voudra épouser un chrétien qui doute ?
  • On veut paraître « spirituel » : Toujours en lien avec le regard des autres. On lutte tous à un moment ou à un autre avec une forme d’orgueil spirituel. On se moque des Pharisiens de l’époque de Jésus qui « aimaient prier debouts aux coins des rues pour être vus » (Matthieu 6.5). Pourtant, on est bien plus comme eux que ce qu’on admet…
  • On a peur d’être contagieux : Cela part d’un bon sentiment. On se dit que parler de nos doutes peut semer le doute chez nos interlocuteurs, comme dans Inception, où une idée introduite dans leur esprit peut causer des ravages insoupçonnés. Et si le doute était comme la grippe? De la même manière que je tente de garder ma grippe pour moi en me lavant les mains et en évitant les espaces publics, peut-être devrais-je garder mes doutes pour moi en portant le masque du bon petit soldat évangélique?

Si c’est le cas, il semblerait que nous soyons plus « spirituels » que les auteurs et protagonistes de la Bible…

Le doute n’est pas tabou dans la Bible

La Bible est remplie d’exemples d’hommes et de femmes qui ont douté les paroles de Dieu :

  • Abraham et Sarah qui rient d’incrédulité lorsque Dieu leur annonce qu’ils auront un enfant (Genèse 17.17-22, 18.10-15).
  • David qui se sent abandonné par Dieu: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Psaumes 22.1), paroles reprises par Jésus sur la croix (Matthieu 27.46).
  • Jean-Baptiste en prison qui se demande si Jésus est vraiment le Messie tant attendu (Matthieu 11.3).
  • Les disciples de Jésus qui devant leur Seigneur ressuscité « eurent des doutes » (Matthieu 28.17). Et pourtant, ils avaient passé trois ans à ses côtés, et l’avaient entendu maintes fois annoncer sa résurrection future…

Quant aux chrétiens des générations passées, ils avaient moins de mal que nous à reconnaître que le doute faisait partie intégrante de la vie chrétienne. Voici un extrait de l’hymne « Tel que je suis », rédigé durant la première partie du 19ème siècle :

Tel que je suis, bien vacillant,
En proie au doute à chaque instant,
Lutte au dehors, crainte au dedans

Et voici ce qu’en pensait Charles Spurgeon, considéré par beaucoup comme l’un des plus grands prédicateurs de tous les temps :

Je pense que lorsqu’un homme dit: « Je ne doute jamais », il est temps pour nous de douter de lui.

Alors, que faire de mes doutes ?

Il n’y a pas de réponse facile. Loin de moi l’idée de proposer une recette toute faite (« 5 étapes pour être libéré de ses doutes ! »). Passer par des périodes de remise en question du contenu même de notre foi peut être très douloureux, voire traumatisant. Perdre ses certitudes, c’est un peu comme avoir le sentiment de se retrouver les pieds dans un marécage, sans prises extérieures. Plus on se débat, plus on s’enfonce…

Voici malgré tout cinq humbles propositions de ma part, en espérant qu’elles vous soient utiles :

  • Ne gardez pas vos doutes pour vous, trouvez des confidents à qui en parler. Il n’y a rien de pire que le sentiment de solitude lorsque l’on passe par des moments de doutes. L’ennemi veut vous faire croire que vous êtes le seul à être jamais passé par de telles remises en question. Osez vous montrer vulnérable devant d’autres chrétiens. Trouvez des alliés, qui ne vous jugeront pas, mais qui lutteront avec vous en mettant en pratique cette exhortation: « Ayez de la compassion pour ceux qui doutent » (Jude 22). Et si vous ne trouvez personne dans votre entourage, écrivez-nous, nous essaierons d’être de tels alliés.
  • Si vos doutes sont d’ordre intellectuels ou moraux, vous avez le devoir de consulter les meilleures ressources sur le sujet. Il existe des livres ou articles en français sur la plupart part des remises en question du message chrétien. Partez toujours du principe que la question que vous vous posez a déjà été posée avant vous et qu’un chrétien compétent y a déjà répondu de manière pertinente. Vous ne pouvez pas vous permettre de continuer à entretenir des doutes qui pourraient être réglés par une étude en profondeur du sujet, surtout si ces doutes vous paralysent dans votre engagement chrétien. Si vous ne savez pas par où commencer, lisez le livre Je doute donc je crois de Alister McGrath, qui examine les doutes les plus fréquents.
  • Remettez en question vos propres doutes. Et si vous doutiez de vos doutes? En effet, chaque remise en question des vérités bibliques se base sur des postulats de notre société séculière que nous avons souvent imbibés par osmose sans nous en rendre compte. Prenons l’exemple de l’enfer. Si le châtiment éternel des pécheurs sans Christ nous paraît injuste et disproportionné, c’est peut-être parce que nous n’avons pas une conception biblique de la sainteté de Dieu ni de l’horreur de notre péché. Cette même doctrine n’a pas forcément posé problème aux chrétiens des générations précédentes au fil des siècles. Alors pourquoi nous pose-t-elle problème aujourd’hui ? Tiens, voilà une question intéressante à creuser !
  • Reconnaissez qu’il s’agit là avant tout d’un combat spirituel (cf. Éphésiens 6.10-17). Quand on pense à la notion de combat spirituel, on s’imagine parfois un combat cosmique entre des anges et des démons avec des épées géantes. En réalité, le cœur du combat spirituel se situe au niveau de nos pensées. Si l’ennemi peut saper notre confiance en Dieu et sa parole, alors il a remporté le combat. Rappelez-vous, tout a commencé dans le jardin quand le serpent a demandé à Ève: « Dieu a-t-il vraiment dit…? » (Genèse 3.1).
  • Ne baissez surtout pas les bras, mais résistez. Le théologien suisse Karl Barth le dit mieux que quiconque: « Face au doute, même le plus radical, le chrétien ne doit pas désespérer. Le doute a effectivement son temps et son lieu. Dans l’ère présente, personne, pas même le théologien, n’y échappe. Mais le chrétien ne doit pas désespérer, car cette période a une frontière. Et à force de crier à Dieu « Que ton règne vienne! », il pourra apercevoir encore et encore un aperçu de ce qui se trouve au-delà des frontières. Et même au sein de cette frontière, sans pour autant se débarrasser complètement du doute, il pourra toujours résister, tout comme la huguenote Marie Durand a gravé « RÉSISTER » sur la margelle du puit de sa prison. Endurez et supportez ! »

Je suis moi-même passé par une période de doutes ces dernières années qui a été très douloureuse. Et pourtant, j’en suis ressorti plus fort dans ma foi (je partagerai plus de détails dans un prochain article témoignage). Je prie pour vous, chers lecteurs, que Dieu puisse tailler dans le buisson de vos doutes afin de vous permettre de voir la croix, le cœur de notre espérance. Et que tel le phénix, vous puissiez renaître de vos cendres et vous envoler vers des horizons insoupçonnés jusqu’alors.


Que tu sois dans une période de doute ou pas, la Réb’ te recommande vivement la lecture du livre
Le côté obscur de la vie chrétienne par Pascal Denault. L’auteur nous encourage dans le côté sombre de la vie chrétienne, en parlant des doutes concernant l’assurance du salut, les périodes de dépression spirituelle, l’impression de stagner dans la vie chrétienne, etc.

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Sam P-L

29 ans, marié à Fidji, père de 3 enfants, ingénieur informatique à Lyon et co-auteur du livre Être étudiant et chrétien: opportunités et défis.

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14 Commentaires

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  • Bravo Sam d’avoir tenu tes engagements et d’avoir pris le temps de t’adresser à cette question du doute !
    Voici quelques réactions de ma part…

    Tu parles de « doutes sur le contenu de la foi chrétienne ». Pour moi l’essentiel de la foi n’est pas l’adhésion à un ensemble de propositions théologiques, mais un engagement à suivre Jésus, fort de sa promesse de nous donner son Esprit.

    Ce qui m’a préservé dans les moments de doute les plus forts, ce n’est pas une argumentation théologique quelconque mais une intime conviction dont je n’arrive pas à me débarrasser que le Christ est ressuscité et qu’il s’est saisi de moi. « L’Esprit dit à notre Esprit que nous sommes des enfants de Dieu ». Tout est là en définitive.

    « Toutes nos convictions sont constamment remises en question par les médias, les penseurs séculiers, des spécialistes bibliques, et notre entourage » Pour bien gérér le doute, je pense qu’il faut se débarrasser de l’idée que les remises en question par d’autres ne sont jamais le bienvenues. Voudrais-tu vraiment ne jamais tenir compte même des « spécialistes bibliques » ?! Serait-on en train d’assister là à une sorte de montée de populisme théologique ?!

    Les questions et conclusions autres de celles de ton milieu, y compris celles des « spécialistes », ne sont pas toutes le fruit de mauvaise foi !

    Tu as tout à fait raison que le doute peut être un sujet tabou ; si c’est le cas, l’environnement en question n’est pas sain et il faut s’en éloigner.

    « Partez toujours du principe que la question que vous vous posez a déjà été posée avant vous et qu’un chrétien compétent y a déjà répondu de manière pertinente. » Oui, mais que faire si les réponses toutes faites d’autres évangéliques ne suffisent pas ? Cela voudrait-il dire alors qu’on a définitivement « perdu la foi » ?

    Il faut oser se documenter parmi d’autres courants chrétiens (va-t-on vraiment leur jeter l’anathème sur tout ?) et voir si les arguments non-chrétiens tiennent la route. Si notre foi est solide uniquement dans la mesure où l’on s’interdit toute remise en question trop poussée, il y a un problème !

    Pour ma part je suis toujours parti plutôt du principe que si ma foi trouve vraiment sa source en Dieu, elle devrait pouvoir se défendre aussi bien sinon mieux que d’autres convictions. Comme tu le dis, il ne faut pas faire la politique de l’autruche.

    « chaque remise en question des vérités bibliques se base sur des postulats de notre société séculière que nous avons souvent imbibés par osmose sans nous en rendre compte. » Qu’aurais-tu répondu à un propriétaire d’esclaves du sud des Etats-Unis lors de la campagne pour l’abolition de l’esclavage, qui aurait bien pu tenir de tels propos ?! Essayer d’établir un ensemble global de « vérités bibliques » qui existeraient indépendamment de l’évolution de la société est impossible. N’oublions pas que Jésus a déjà reproché aux religieux de son époque d’avoir réussi ainsi à annuler la parole de Dieu par leur tradition (Marc 7.13)… je crois que les Ecritures elles-mêmes nous donnent à la fois le droit et le précédent d’en faire une relecture à l’aune de notre époque.

    Beaucoup semblent aborder la question du doute de façon binaire, « c’est vrai ou c’est faux ». Il me semble que bien souvent, le doute nous permet plutôt d’arriver à la conclusion « c’est bien vrai, alléluia, mais pas de la manière où je l’avais envisagé auparavant ». Pour moi cela est tout à fait cohérent avec la croissance et la maturité en Christ, et la foi en ressort fortifiée et non pas amoindrie.

    Un bon exemple, c’est l’histoire d’Abraham, reprise par Paul en Romains 4. A ce titre, Romains 4.20 nous dit qu’Abraham « ne douta point par incrédulité ». Ce qui montre qu’il y a une différence entre le doute légitime et l’incrédulité (apistia) volontaire et délibéré, différence que je chéris pour ma part.

    « arrivez-vous à me partager le titre d’un chant que vous chantez régulièrement dans votre Église qui mentionne le doute? » Oui ! En plus que « Tel que je suis », que tu cites, il y a « Cet amour » de Paul Baloche, que j’aime tout particulièrement précisément pour cette strophe :

    À ceux qui doutent dans la foi
    Aux chancelants, tu tends les bras
    Tu les appelles de ta voix
    Venez à moi.

    Le doute n’est pas le contraire de la foi, au contraire, comme le passage en Romains 4 nous le montre si bien, elle fait partie intégrante de toute foi authentique.

    Eutychus.fr@gmail.com

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    • Eutychus,

      Je te réponds rapidement depuis mon téléphone alors que je suis en vacances en famille. Je n’interagirai donc pas avec ton commentaire de manière exhaustive.

      Le mot “foi” a diverses significations dans le Nouveau Testament. Parfois, il est synonyme de “confiance”. D’autres fois, il signifie le “contenu” du message essentiel de l’évangile. Par exemple Jude encourage ses lecteurs à “lutter pour la foi qui a été transmise une fois pour toutes” (v3). Transmise telle un message. Il n’y a pas de tension entre suivre Jésus et suivre son enseignement et celui de ses apôtres. De même qu’il n’y a pas de tension entre étudier la Bible et vivre par l’esprit. Car c’est l’esprit qui nous conduit dans la vérité conforme à la Parole: “Quand l’Esprit de vérité sera venu, il vous conduira dans la vérité tout entière” (‭‭Jean‬ ‭16:13)‬.

      Et effectivement, nous avons le témoignage de l’esprit pour nous garder en Christ. En revanche, certains doutes peuvent avoir un aspect plus intellectuel, et il faut y répondre par une démarche volontaire. De nouveau, il n’y a pas de tension entre chercher la conviction de l’esprit et utiliser son cerveau pour chercher à être convaincu des fondements intellectuels du message chrétien.

      Ensuite, quand je dis que “nos” convictions sont constamment remises en question, je parle là des convictions essentielles à tous les chrétiens. Le “nous” en question n’est pas tribal mais très englobant. Je parle là des fondamentaux historiques de la foi chrétienne auxquels adhérent la plupart de ceux qui se considèrent chrétiens. Et donc je maintiens que si un “spécialiste biblique” remet en cause ces fondamentaux, il faut “lutter” contre ces idées tel que préconisé par Jude dans le verset susmentionné. Là je pense par exemple à l’archéologue Israël Finkelstein qui théorise que l’essentiel de l’Ancien Testament a été inventé par les juifs après le retour d’exil pour ancrer le peuple d’Israël dans un narratif leur conférant un mythe fondateur commun. Ou encore au bibliste américain Bart Ehrman qui a pour objectif de nous saper de la moindre confiance dans l’historicité des évangiles. L’appellation “spécialiste biblique” ne confère aucun pouvoir spécial ni un accès à une vérité cachée aux autres chrétiens lambdas. Chaque proposition doit être évaluée indépendamment de sa source.

      Quant à la bonne ou mauvaise foi de ces biblistes, cela m’importe peu. Leurs intentions n’ont que peu d’intérêt à notre sujet.

      Je maintiens que la probabilité qu’une question qui nous perturbe n’ait pas eu de réponse satisfaisante apportée par un chrétien (je n’ai pas dit “évangélique”, pourquoi insères-tu tes propres présupposés dans mon texte?) dans l’histoire est extrêmement faible. Si nous n’avons pas trouvé de réponse satisfaisante, il se peut donc que nous n’ayons pas suffisamment cherché (parfois une simple requête Google peut ne pas suffire…).

      Ensuite, quand tu dis qu’il faut se documenter dans d’autres courants chrétiens, je suis bien sûr d’accord, et rien dans mon article ne suppose le contraire. D’ailleurs, as-tu remarqué que je cite Karl Barth, qui est loin d’être un évangélique selon nos définitions modernes? Au passage, je viens de finir un pavé de NT Wright (> 500p) sur sa compréhension du sens de la croix. Ça sort largement du cadre Rébellution/Evangile21, je ne me restreint pas dans mes lectures. Je suis d’accord avec certains arguments et un peu moins avec d’autres mais ma pensée est élargie et nourrie. Sinon là je relis Kierkegaard, qui me stimule comme peu d’autres, alors même qu’il aurait du mal à signer certaines de nos confessions de foi. Et que dire encore d’une de mes lectures estivales qui est anathème dans certains de nos milieux, j’ai nommé feu Rachel Evans. Bref, tu vois ce que je veux dire. Le mot d’ordre? “Examinez toutes choses, retenez ce qui est bon” (‭‭1 Thessaloniciens‬ ‭5:21)‬.

      Ensuite quand tu parles des esclavagistes, tu t’égares, je ne sais pas trop quoi te dire. Là je parle de remises en question des vérités centrales du message chrétien, et il me semble que la croyance dans le bien-fondé de la “traite des noirs” n’en fait pas partie… La convention Baptiste du sud, championne de la position défendant l’esclavagisme en se basant sur les lettres de Paul, a survécu à cette remise en question majeure de ses croyances et pratiques. Cette réforme fut douloureuse mais nécessaire.

      En ce qui concerne la différence entre le doute subi et l’incrédulité volontaire, je comprends ton idée même si la cible de mon article est pour ceux qui se sentent assaillis par le doute et aimeraient s’en défaire. Car même si le doute est parfois inévitable, le but n’est pas de rester dans un état de doute mais de retrouver une certaine assurance, qui caractérisait nos prédécesseurs dans la foi qui étaient prêts à se retrouver brûlés ou jetés aux bêtes pour leur foi. Une certaine force de conviction était certainement nécessaire pour en arriver là, car un simple reniement garantissait la libération dans la plupart des cas.

      Que Dieu nous accorde une telle assurance.

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  • Un détail : en français on dit « croit simplement », « croit juste » est un anglicisme.

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    • Merci Maxime, bien vu, je me suis effectivement fait avoir par l’expression anglaise “Just believe!”

      Je vais demander à Ben de corriger ça dès qu’il le pourra ;)

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  • Merci pour cet article! Ça fait du bien!

    Je suis moi même entrain de sortir d’une grosse période de doute qui a duré plusieurs mois. Et tout ce qui est décrit dans cet article c’est ce que j’ai vécu : peur d’être jugée par les autres l, honte de douter car peur d’être ‘moins chrétienne’. À force de porter cela seule j’ai fini par cesser d’être totalement moi même avec Dieu et avec les autres.

    Puis un matin je me suis dit que j’allais donner une ‘dernière chance’ à la foi, que j’allais chercher dans la Bible la réponse à mes doutes et ne pas avoir peur de poser mes questions, de partager mes doutes et ça a été libérateur!

    Non seulement j’ai compris que je ne suis pas la seule à douter et que mes questionnements sont tous sauf une honte. Puis doucement j’ai commencé à prendre l’habitude d’aller directement à la Bible quand le doute fait surface et que mes pensées s’emballent. Et je me suis aperçue que beaucoup de mes doutes proviennent du décalage entre ce que j’ai appris/acquis par ma culture, mon éducation,… mais la Bible dit de se laisser transfiguré par le renouvellement de notre intelligence (Romains 12.2). Et à chaque fois que je viens à Dieu, à la Bible pour confronter mes systèmes de pensées, Dieu renouvelle mon intelligence et ma foi et mon amour/admiration pour Lui se développent davantage.

    Merci pour cet article déculpabilisant et encourageant !

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  • Sam

    J’envie ta capacité de composition sur un téléphone… !

    Il faut bien savoir de quoi on doute. Pour moi, et suivant en cela Paul en 1 Corinthiens 15, le doute existentiel du chrétien se résume à : « Jésus est-il vraiment celui attesté par les Evangiles ; est-il vraiment ressuscité ? ». (Bon, soyons réalistes : beaucoup rajouteraient : « est-il possible que tout cela soit vrai malgré les crasses qui m’ont fait d’autres chrétiens ? ») :(

    Ce n’est pas du tout le même ordre de doute que de s’interroger sur la justesse de telle ou telle doctrine.
    Le danger que je vois dans ton approche c’est que selon toi, tout doute concernant ce que toi tu estimes être les « fondamentaux historiques de la foi chrétienne » n’est plus un « doute », c’est désormais une erreur à corriger, faute de quoi celui ou celle qui douterait ainsi n’est plus dans la « foi qui a été transmise une fois pour toutes » ; il faut alors « lutter » pour contrer de telles idées, donc affronter la personne dans ce sens.

    (A mon avis, et connaissant un peu le milieu, c’est bien ce genre de démarche qu’a dû subir Josh Harris en réponse à ses remises en question).

    Le gros problème, c’est que Jude ne nous dit pas avec exactitude ce qu’il entendait comme faisant partie de cette « foi transmise ». Ce n’est certainement pas le contenu des théologies systématiques venues des siècles plus tard ! Pire encore, Jude écrivait sans doute avant les auteurs des Evangiles, pas question donc à son époque de puiser là-dedans. Personnellement, si je me mets dans la tête de Jude, j’aurais du mal à aller avec certitude au-delà d’un contenu de cette « foi transmise » des plus simples, par exemple la déclaration de Paul en 1 Corinthiens 15:3-8.

    Or, toi tu cites comme un exemple de ces « vérités bibliques » « l’exemple de l’enfer » en précisant que tu entends par là « le châtiment éternel des pécheurs sans Christ ». Dois-je conclure que pour toi cela fait partie des « fondamentaux historiques » et des « convictions essentielles » ? Est-il envisageable de réexaminer nos positions sur ce sujet comme les baptistes du Sud ont fait sur l’esclavage, comme une « remise en question majeure de [nos] croyances et pratiques ? » Pourquoi, ou pourquoi pas ?

    (Attention, l’enfer ne figure même pas dans la confession de foi du CNEF, et je suis prêt à parier que de très nombreux évangéliques (pour ne parler que d’eux) entretiennent des doutes à ce sujet mais n’osent pas les exprimer tout simplement parce qu’ils ont peur qu’au lieu d’examiner sérieusement la question, on va les obliger à adopter une position détaillée comme celle que tu exposes plus haut, sous peine d’être qualifiés de doctrinalement défaillants avec tout ce que cela implique pour eux…).

    Tu écartes mon exemple de l’esclavagisme, mais dans les années 1980 à ma connaissance certaine il y avait encore des églises évangéliques en France dans lesquelles les mariages interraciaux étaient interdits car étant non conformes à la saine doctrine (et sans doute disait-on « à la foi transmise »…).

    Si nous misons tout sur la correction des doutes pour se conformer au « théologiquement correct », d’après moi c’est bien trop facile, même inconsciemment, de transformer nos préjugés en « convictions essentielles » pour mieux écarter ceux qui ne sont pas d’accord. Maxime relève l’anglicisme dans le titre, « croire juste », mais j’ai bien peur que ce soit un lapsus…

    Tu parles de la « force de conviction », en ce qui me concerne, si je trouve des arguments intellectuellement convaincants pour ma foi chrétienne, ce n’est pas toute cette panoplie intellectuelle qui me permettrait de faire face au bûcher le cas échéant. C’est l’intime et indicible conviction qui ne me lâche pas que mon Rédempteur est vivant : fort de cette conviction, comme Job, je suis prêt à affronter tout doute.

    Bonne fin de vacances.
    Eutychus.fr@gmail.com

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    • Eutychus,

      Tu dois sûrement connaître la devise suivante attribuée à Luther: “Dans les choses nécessaires, unité ; dans les choses qui ne sont pas nécessaires, liberté ; en toutes, charité !”

      Tout l’enjeu est de déterminer quelles sont ces “choses nécessaires”. Et effectivement, c’est un exercice délicat. A un moment donné, nous allons tous devoir tracer une ligne au doigt dans le sable. Chacun devant Dieu, Bible ouverte, cœur ouvert à l’Esprit.

      Chaque génération de chrétiens essaie tant bien que mal de déterminer ces “frontières”. Et je pense qu’à un moment où à un autre, toute communauté de foi doit avoir des frontières, tant sur les croyances (“orthodoxie”) que sur les pratiques (“orthopraxie”) pour déterminer qui est considéré comme faisant partie de la communauté des croyants ou non.

      Je suis conscient des errements de certains mouvements des générations passées. Certains ont tracé des lignes fermes qui peuvent nous paraître aujourd’hui secondaires: le baptême, la cène, le millenium, les modalités de la création, le ministère féminin, etc.

      Quels devraient donc ces domaines pouvant remettre en question l’essentiel de la foi?

      Si je remets en question l’historicité de l’ancien testament, quel sens donner à l’œuvre du Christ?
      Si je remets en question l’historicité des évangiles, comment accéder à la vérité de Christ?
      Si je remets en question la crédibilité de l’existence de Dieu, que reste-t-il de la crédibilité de la résurrection?

      Je ne dis pas que la foi est un château de cartes qui s’écroulerait en retirant la moindre carte, mais beaucoup de questions peuvent rapidement remettre en cause le cœur du message chrétien.

      Et au final, pour chaque élément remettant en question nos convictions théologiques, on peut soit remettre en question toute la foi, soit remettre en question le simple élément.

      Pour parler spécifiquement de l’enfer, si la doctrine évangélique classique de l’enfer me paraît difficile à accepter, je peux soit remettre en question la doctrine, soit remettre en question le christianisme. Et je pense qu’il est sain de toute façon de considérer ce que divers chrétiens ont cru et enseigné sur le sujet au fil des millénaires. En revanche, pour moi ce point était simplement une illustration du principe qu’il faille remettre en question les présupposés sous-jacents à nos doutes. On peut bien sûr être chrétien et ne pas croire en le châtiment éternel des “damnés”. Par exemple j’ai beaucoup de respect pour John Stott qui était pourtant annihilationiste (destruction finale des non-croyants et pas d’enfer au final).

      Sinon sache que deux des chrétiens pour lesquels j’ai le plus d’estime sont catholique. L’un était prêtre à Paris et a tout quitté pour aller aimer les plus démunis dans la gare de Calcutta. Quelques années après son arrivée, des centaines de perdus ont vu la lumière du Christ… L’autre est un prêtre en formation à Lyon, qui me donne l’impression d’être en communion permanente avec la trinité. A chaque fois que je passe du temps avec lui, j’aspire à plus de profondeur dans ma relation avec le Christ ressuscité… Et pourtant je suis bien conscient de nos divergences théologiques. Mais je sais que nous sommes d’accord sur le cœur du message biblique, qui est simplement la bonne nouvelle de la vie, la mort et la résurrection de Jésus. La bonne nouvelle n’est pas une doctrine, c’est avant tout une histoire. La bonne nouvelle, ce n’est pas comment être sauvé. La bonne nouvelle, c’est que Christ est Seigneur et Sauveur. Ce qui nous sauve, c’est la grâce de Dieu, pas notre théologie de cette même grâce.

      Bon je vais me coucher donc je n’aurai pas le temps de répondre à chacun de tes points. Peut être plus tard.

      Unis en Christ,
      Sam

      PS. Tu parles souvent des chrétiens blessés par d’autres chrétiens. J’imagine que c’est un sujet qui te parle personnellement… Courage pour la cicatrisation, j’ai le sentiment que certaines plaies sont encore ouvertes…

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  • Merci pour cet article que tu as écris, j’avais besoin de lire ça, c’est une réponse à mes prières de tout ces derniers moi. Merci pour les livres que tu m’entionne, je vais me pencher dessus. Je t’encourage à continuer. Que Dieu te bénisse toi et ta famille.

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    • Merci Pimmy pour ton retour encourageant. Je suis ravi que ce modeste article soit une réponse à tes prières. Je prie pour toi alors que je rédige ce commentaire, que Dieu te garde fermement entre ses mains et te remplisse d’un sentiment inébranlable de son amour éternel pour toi. Bonnes lectures et bonnes recherches, que tu puisse “aimer l’Eternel de toutes tes pensées”.

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  • Sam

    Ma démarche par rapport au doute prend le chemin inverse à celle que tu exposes : pour moi, la résurrection du Christ est l’element central : tout commence et finit par là pour moi.

    Je me suis retrouvé plus d’une fois en 1 Corinthiens 15 dans mes réflexions. J’adhère au raisonnement de Paul que si le Christ n’est pas ressuscité, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. S’il l’est, alors Dieu existe de toute évidence.

    Quant à l’idée de l’ « historicité » des textes, je crois que c’est un piège potentiel. Moi, je pars du principe que Dieu a permis que les Ecritures nous aient été transmises pour nous parler de lui, et que l’intention des auteurs a été de communiquer la vérité telle qu’ils la comprenaient… mais que leurs écrits comportent forcément des choix éditoriaux (Jean 21:25 en dit autant) et des codes narratifs, culturels et linguistiques, de sorte que leur vérité ne réside pas dans leur véracité littérale en tous points.

    (Un exemple un peu extrême que j’ai relevé ce jour même, Hébreux 2:2, Actes 7:53 et Galates 3:19 nous obligent-ils à croire que la loi ait été littéralement communiquée par des anges ? Je ne le crois pas, mais ce n’est pas pour autant que j’affirmerais que ces déclarations sont « fausses »).

    Trop souvent j’entends toute interprétation qui remettrait en cause une « historicité » stricte qualifée de « libérale » (comprendre « fausse »). Entre les extrêmes des ultra-libéraux du 19e et ceux des créationnistes de 6 jours et autres dispensationalistes il y a beaucoup de terrain à explorer, terrain dans lequel la valeur et l’intégrité des Ecritures ne sont pas remises en cause, au contraire je trouve que les Ecritures en ressortent « plus » vraies et plus profondes !

    A ce propos, et pour conclure (presque), là où je te rejoins entièrement (mais ce n’était peut-être pas ce que tu voulais dire ?) c’est dans ton affirmation que « La bonne nouvelle n’est pas une doctrine, c’est avant tout une histoire ». On ne demande pas à une histoire, un récit, de l’historicité absolue en tous points, c’est même impossible. D’ailleurs, tenter de le faire, voilà ce qui serait véritablement un abus du texte ! Mais ce n’est pas pour autant que l’histoire n’est pas vraie.

    Enfin tu as raison de dire que je porte des cicatrices. Pour ceux qui lisent l’anglais, le récit (un peu ancien) se trouve ici : http://eutychus.free.fr/nfiabuse (il y a eu de la réconciliation depuis avec certains, j’en suis désormais à « vous m’avez voulu du mal, mais Dieu l’a transformé en bien’, mais bon…).

    C’est précisément à cause de la dissonance cognitive que j’ai subie (jusqu’à en être suicidaire), en constatant qu’un mouvement d’église dont l’un des atouts les plus vantés était sa bonne et saine doctrine issue de la Réforme (tout comme SGM, d’où est issu Josh Harris…) pouvait être si perverse (et dans les mots du pasteur réformé libéral du coin de l’époque « diabolique » !), dans son traitement de l’être humain, que j’ai entamé une déconstruction – et une reconstruction – de ma foi évangélique.

    Bonne nuit !

    Eutychus.fr@gmail.com

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    • Eutychus,

      Détrompe-toi, la résurrection de Christ est également au coeur de mon apologétique, et dans ma lutte contre le doute.

      En revanche, pour arriver à une conviction intellectuelle de la résurrection (et non existentielle ni personnelle, ce sont là d’autres sujets), il faut déjà avoir une certaine confiance dans les récits bibliques et dans leur crédibilité historique.

      Puis chaque personne sera interpellée par d’autres faisceaux de preuves ou d’indice pour l’existence de Dieu et la pertinence de l’Evangile. Par exemple, tu dis que pour toi, la résurrection prouve l’existence de Dieu, et donc tout le reste en découle. C’est vrai. Mais pour d’autres, c’est la complexité et la beauté de la création qui les convainquent qu’il y a un créateur avec lequel nous pouvons rentrer en relation. Et encore pour d’autres, ce sera la pertinence du message de pardon et de réconciliation, ou encore la sagesse des paroles de Jésus, qui les interpellera. Il n’y a pas de clé unique en apologétique ni contre le doute.

      En ce qui concerne l’historicité, je ne parle pas bien sûr de l’historicité « absolue », là n’est pas la question. Je pense plutôt à une historicité essentielle. Je ne connais pas beaucoup de chrétiens qui affirment une historicité stricte et littérale de chaque verset de la Bible (par exemple, il peut y avoir des arrondis, des ellipses, des événements thématiques regroupés ensemble dans un récit présenté comme chronologique, etc.). Mais à nouveau, tu insères tes propres présupposés dans mes paroles. Quand je parle d’historicité, pourquoi supposer que l’on parle ici d’une notion naïve et fondamentaliste? Je pense que c’est toujours en lien avec ton histoire personnelle, non?

      J’ai lu ton témoignage avec beaucoup d’intérêt, et j’imagine que cela a dû être extrêmement douloureux. Je ne suis pas surpris que tu gardes certaines cicatrices. En tout cas, je trouve cela très fort que tu n’aies pas jeté le bébé avec l’eau du bain et que tu aies su faire la part des choses entre les déceptions humaines et les vérités divines. C’est là un témoignage de la profondeur de ta foi, je le pense sincèrement.

      Quant au paradoxe de familles d’églises très fières de la pureté de leur doctrine agissant pourtant de manière ignoble, ce n’est pas si surprenant… Ce sont souvent ceux qui sont les plus orgeuilleux qui ont le plus besoin de la grâce, comme les Pharisiens du temps de Jésus. Mais avant de reconnaître son besoin de médecin, il faut reconnaître sa maladie. Et c’est là que le bât blesse. Se cacher derrière une « saine doctrine » est bien plus simple que de se mettre à nu au pied de la croix et reconnaître la corruption profonde de notre coeur, malgré les beaux masques que l’on porte…

      En Christ,
      Sam

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  • Je me permets de revenir pour rajouter ceci :

    Par pur hasard, hier au culte chez nous le prédicateur a commenté Genese 15:1-3.

    Il a fait la remarque très pertinente que dans l’histoire d’Abram, alors que Dieu lui avait déjà parlé plusieurs fois, cet incident marque la toute première fois où Abram, lui, répond à Dieu. Non seulement cela : cette réponse, c’est l’expression d’un doute de sa part. Pour Abram, c’est le doute qui déclenche son dialogue avec Dieu, et donc le début d’une vraie relation !

    Cela renforce ma conviction que le doute est une composante essentielle de notre marche avec le Seigneur. Certes il faut bien le gérer (Abram s’est adressé à la bonne personne…) mais c’est un trait caractéristique de la foi et non pas un défaut !

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    • Je ne suis pas convaincu que le doute soit une composante essentielle de notre marche avec Dieu. En relisant le Nouveau Testament, j’ai le sentiment que le doute est toléré, et reconnu comme faisant parti de notre existence dans un monde déchu. En revanche, nous sommes constamment encouragés à aspirer à une vie pleine d’assurance.

      Je suis convaincu que l’on peut atteindre un niveau d’assurance dans notre vie chrétienne où le doute des vérités fondamentales bibliques devient très rare. Un moment où tellement de faisceaux pointent dans la même direction (notre expérience chrétienne, notre reconnaissance de la sagesse des vérités bibliques, le fait de voir régulièrement des vies transformées par la puissance de l’Evangile, un témoignage intérieur de l’Esprit, des réponses à la prière surprenantes, etc.) qu’il devient difficile de douter de l’existence de Dieu et sa révélation en Christ.

      (Je parle là du doute des fondamentaux de la foi, pas de sujets où les chrétiens peuvent ne pas être d’accord. Au sujet de ces derniers, notre devise devrait plutôt être « semper reformanda », une réforme constante de nos croyances et pratiques à la lumière de la Bible. Nous avons même le devoir de régulièrement « douter » nos doctrines pour les corriger et les raffiner alors que nous grandissons en maturité).

      Il y là une tension à maintenir: on reconnaît l’existence du doute, le fait qu’il puisse venir nous perturber, tout en aspirant à une foi pleine d’assurance et de conviction, telle que décrite dans Hébreux 11.1: « la foi, c’est la ferme assurance des choses qu’on espère ».

      Que Dieu nous accorde cette « ferme » assurance, c’est là ma prière.

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  • Sauf erreur, Sam, Abra(ha)m (lui qui a douté ^^) figure dans Hébreux 11…

    Pour moi il y a une différence entre l’assurance d’être enfant de Dieu d’une part, et d’autre part la remise en question de notre théologie et de notre compréhension de Dieu. Grâce à ses interrogations, Abram a compris la personne et l’oeuvre de Dieu de façon plus complète.

    La vraie assurance demeure spirituelle ; la Bible en parle toujours en termes de l’amour de Dieu versé dans nos coeurs, l’onction de l’Esprit, l’espérance qui ne trompe pas, etc. C’est bien distinct d’un simple raisonnement intellectuel, et surtout, la réflexion intellectuelle ne la remplace pas.

    C’est sans doute bien de faire de l’apologétique, mais il ne suffit pas d’apprendre des réponses des autres aux grandes questions de la foi, il faut se les approprier au travers de ses luttes personnelles avec leur part de doute. Je crains que parfois les réponses un peu rapides servent non pas à affermir la foi mais à la court-circuiter. L’exhortation de Pierre c’est de pouvoir donner une raison de l’espérance qui est en *nous*, pas dans le bouquin ou le cours qu’on vient de lire (et qu’un meilleur argument peut rapidement démolir…).

    J’aime bien une scène imaginée par l’auteur chrétien Adrian Plass : tous les dimanches, chacun vient au culte avec un attaché-case qui contient, pour chacun, l’ensemble de leurs preuves personnelles, vécues, individuelles, de la réalité de la foi. Tous les dimanches, chacun sourit gentiment aux autres et se rassure en caressant son attaché-case ; « pas de problème frère, j’ai tout là-dedans ». Puis vient le jour où l’on demande à chacun d’ouvrir son attaché-case… Que contient le mien ?

    Le film An Interview With God (Interview avec Dieu) sort en quelques salles en France d’ici quelques semaines (on peut par ailleurs le retrouver dans son intégralité en VO sur YouTube !). Généralement devant les films chrétiens je finis par jeter des objets au téléviseur, mais celui-ci a quand même 60 % sur Rotten Tomatoes et il a donc attiré mon regard. Il n’apporte pas de réponses et on pourrait sans doute trouver de quoi le critiquer sur le plan doctrinal, mais je trouve son approche du genre de remise en question dont nos discutons ici – et sa représentation de l’incontourable nécessité d’une réflexion individuelle – très intéressantes. A voir !

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