Arrête de douter. Crois simplement.

30 Août 2019 14 commentaires

Note de l’éditeur : les réactions des lecteurs à l’article sur Joshua Harris qui quitte la foi ont poussé Sam à écrire cet article sur le doute.

Peu importe où vous en êtes dans votre foi aujourd’hui, je vous garantis qu’à un moment ou à un autre de votre vie, vous passerez par des moments de doutes. Ici, je parle spécifiquement des doutes sur le contenu même de la foi chrétienne. Si vous êtes chrétiens depuis assez longtemps, vous avez sûrement déjà connus de tels moments. Et si vous êtes un jeune chrétien, vous vous dites peut-être que cela ne pourra jamais vous atteindre. Mais accrochez votre ceinture. Avec l’espérance de vie actuelle, vous avez encore sûrement pour plus d’un demi-siècle de vie chrétienne devant vous. Et croyez-moi, ce ne sera pas toujours un long fleuve tranquille.

Un environnement hostile à notre foi

Notre société post-chrétienne n’est pas du tout un environnement propice à la foi. Toutes nos convictions sont constamment remises en question par les médias, les penseurs séculiers, des spécialistes bibliques, et notre entourage. Dieu n’est-il pas juste une invention humaine pour répondre à une angoisse existentielle primaire face à la mort? L’archéologie n’a-t-elle pas discrédité la Bible, qui serait de toute façon pleine de contradictions? Les miracles de Jésus sont-ils crédibles? Puis est-il ressuscité… a-t-il même existé? Et si un bon Dieu existe, comment expliquer la souffrance et l’enfer?

Bref, je m’arrête là. Si ces questions ne vous ont jamais troublé, j’espère qu’elle ne sèment pas le trouble chez vous. De toute façon, vous allez être confronté à de telles interrogations à un moment ou à un autre. La technique de l’autruche peut sembler fonctionner pour un temps, mais elle n’est pas pérenne. L’autruche devra tôt ou tard sortir la tête du trou. Mieux vaut donc qu’elle le fasse volontairement le plus tôt possible, avant qu’elle y soit contraint par un prédateur qui lui mord les fesses.

Le doute, un sujet tabou ?

Le sujet du doute dans nos milieux n’est pas tout à fait tabou. Mais il l’est presque. Si je rentre le mot-clé « doute » sur les sites des maisons d’éditions chrétiennes, je trouve bien moins de résultats que si je rentre « louange », « prière » ou « argent ». Et je vous lance le défi de vous rappeler de la dernière prédication que vous avez entendue sur le sujet. De tête, je suis sûr que vous pouvez penser à bien plus d’anecdotes des prédicateurs de votre Église au sujet de victoires ou de bénédictions dans leur vie que d’anecdotes sur des moments de doutes, de luttes, de galère. Autre exercice, arrivez-vous à me partager le titre d’un chant que vous chantez régulièrement dans votre Église qui mentionne le doute? Pas aussi facile que de trouver un chant sur la joie j’imagine.

C’est un sujet que l’on évite, et cela pour plusieurs raisons.

  • On a peur du jugement des autres : Douter n’est pas bien vu. On a l’air de chrétiens faibles et peu affermis dans notre foi. Qui va nous confier des responsabilités dans l’Église si nous doutons ? Qui voudra épouser un chrétien qui doute ?
  • On veut paraître « spirituel » : Toujours en lien avec le regard des autres. On lutte tous à un moment ou à un autre avec une forme d’orgueil spirituel. On se moque des Pharisiens de l’époque de Jésus qui « aimaient prier debouts aux coins des rues pour être vus » (Matthieu 6.5). Pourtant, on est bien plus comme eux que ce qu’on admet…
  • On a peur d’être contagieux : Cela part d’un bon sentiment. On se dit que parler de nos doutes peut semer le doute chez nos interlocuteurs, comme dans Inception, où une idée introduite dans leur esprit peut causer des ravages insoupçonnés. Et si le doute était comme la grippe? De la même manière que je tente de garder ma grippe pour moi en me lavant les mains et en évitant les espaces publics, peut-être devrais-je garder mes doutes pour moi en portant le masque du bon petit soldat évangélique?

Si c’est le cas, il semblerait que nous soyons plus « spirituels » que les auteurs et protagonistes de la Bible…

Le doute n’est pas tabou dans la Bible

La Bible est remplie d’exemples d’hommes et de femmes qui ont douté les paroles de Dieu :

  • Abraham et Sarah qui rient d’incrédulité lorsque Dieu leur annonce qu’ils auront un enfant (Genèse 17.17-22, 18.10-15).
  • David qui se sent abandonné par Dieu: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Psaumes 22.1), paroles reprises par Jésus sur la croix (Matthieu 27.46).
  • Jean-Baptiste en prison qui se demande si Jésus est vraiment le Messie tant attendu (Matthieu 11.3).
  • Les disciples de Jésus qui devant leur Seigneur ressuscité « eurent des doutes » (Matthieu 28.17). Et pourtant, ils avaient passé trois ans à ses côtés, et l’avaient entendu maintes fois annoncer sa résurrection future…

Quant aux chrétiens des générations passées, ils avaient moins de mal que nous à reconnaître que le doute faisait partie intégrante de la vie chrétienne. Voici un extrait de l’hymne « Tel que je suis », rédigé durant la première partie du 19ème siècle :

Tel que je suis, bien vacillant,
En proie au doute à chaque instant,
Lutte au dehors, crainte au dedans

Et voici ce qu’en pensait Charles Spurgeon, considéré par beaucoup comme l’un des plus grands prédicateurs de tous les temps :

Je pense que lorsqu’un homme dit: « Je ne doute jamais », il est temps pour nous de douter de lui.

Alors, que faire de mes doutes ?

Il n’y a pas de réponse facile. Loin de moi l’idée de proposer une recette toute faite (« 5 étapes pour être libéré de ses doutes ! »). Passer par des périodes de remise en question du contenu même de notre foi peut être très douloureux, voire traumatisant. Perdre ses certitudes, c’est un peu comme avoir le sentiment de se retrouver les pieds dans un marécage, sans prises extérieures. Plus on se débat, plus on s’enfonce…

Voici malgré tout cinq humbles propositions de ma part, en espérant qu’elles vous soient utiles :

  • Ne gardez pas vos doutes pour vous, trouvez des confidents à qui en parler. Il n’y a rien de pire que le sentiment de solitude lorsque l’on passe par des moments de doutes. L’ennemi veut vous faire croire que vous êtes le seul à être jamais passé par de telles remises en question. Osez vous montrer vulnérable devant d’autres chrétiens. Trouvez des alliés, qui ne vous jugeront pas, mais qui lutteront avec vous en mettant en pratique cette exhortation: « Ayez de la compassion pour ceux qui doutent » (Jude 22). Et si vous ne trouvez personne dans votre entourage, écrivez-nous, nous essaierons d’être de tels alliés.
  • Si vos doutes sont d’ordre intellectuels ou moraux, vous avez le devoir de consulter les meilleures ressources sur le sujet. Il existe des livres ou articles en français sur la plupart part des remises en question du message chrétien. Partez toujours du principe que la question que vous vous posez a déjà été posée avant vous et qu’un chrétien compétent y a déjà répondu de manière pertinente. Vous ne pouvez pas vous permettre de continuer à entretenir des doutes qui pourraient être réglés par une étude en profondeur du sujet, surtout si ces doutes vous paralysent dans votre engagement chrétien. Si vous ne savez pas par où commencer, lisez le livre Je doute donc je crois de Alister McGrath, qui examine les doutes les plus fréquents.
  • Remettez en question vos propres doutes. Et si vous doutiez de vos doutes? En effet, chaque remise en question des vérités bibliques se base sur des postulats de notre société séculière que nous avons souvent imbibés par osmose sans nous en rendre compte. Prenons l’exemple de l’enfer. Si le châtiment éternel des pécheurs sans Christ nous paraît injuste et disproportionné, c’est peut-être parce que nous n’avons pas une conception biblique de la sainteté de Dieu ni de l’horreur de notre péché. Cette même doctrine n’a pas forcément posé problème aux chrétiens des générations précédentes au fil des siècles. Alors pourquoi nous pose-t-elle problème aujourd’hui ? Tiens, voilà une question intéressante à creuser !
  • Reconnaissez qu’il s’agit là avant tout d’un combat spirituel (cf. Éphésiens 6.10-17). Quand on pense à la notion de combat spirituel, on s’imagine parfois un combat cosmique entre des anges et des démons avec des épées géantes. En réalité, le cœur du combat spirituel se situe au niveau de nos pensées. Si l’ennemi peut saper notre confiance en Dieu et sa parole, alors il a remporté le combat. Rappelez-vous, tout a commencé dans le jardin quand le serpent a demandé à Ève: « Dieu a-t-il vraiment dit…? » (Genèse 3.1).
  • Ne baissez surtout pas les bras, mais résistez. Le théologien suisse Karl Barth le dit mieux que quiconque: « Face au doute, même le plus radical, le chrétien ne doit pas désespérer. Le doute a effectivement son temps et son lieu. Dans l’ère présente, personne, pas même le théologien, n’y échappe. Mais le chrétien ne doit pas désespérer, car cette période a une frontière. Et à force de crier à Dieu « Que ton règne vienne! », il pourra apercevoir encore et encore un aperçu de ce qui se trouve au-delà des frontières. Et même au sein de cette frontière, sans pour autant se débarrasser complètement du doute, il pourra toujours résister, tout comme la huguenote Marie Durand a gravé « RÉSISTER » sur la margelle du puit de sa prison. Endurez et supportez ! »

Je suis moi-même passé par une période de doutes ces dernières années qui a été très douloureuse. Et pourtant, j’en suis ressorti plus fort dans ma foi (je partagerai plus de détails dans un prochain article témoignage). Je prie pour vous, chers lecteurs, que Dieu puisse tailler dans le buisson de vos doutes afin de vous permettre de voir la croix, le cœur de notre espérance. Et que tel le phénix, vous puissiez renaître de vos cendres et vous envoler vers des horizons insoupçonnés jusqu’alors.


Que tu sois dans une période de doute ou pas, la Réb’ te recommande vivement la lecture du livre
Le côté obscur de la vie chrétienne par Pascal Denault. L’auteur nous encourage dans le côté sombre de la vie chrétienne, en parlant des doutes concernant l’assurance du salut, les périodes de dépression spirituelle, l’impression de stagner dans la vie chrétienne, etc.

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Auteur : Sam P-L

29 ans, marié à Fidji, père de 3 enfants, ingénieur informatique à Lyon et co-auteur du livre Être étudiant et chrétien: opportunités et défis.

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