Joshua Harris quitte la foi… pourquoi ?

Dans le dernier article, j’ai parlé du divorce de Joshua Harris et j’ai proposé quelques leçons que l’on pouvait en tirer. Depuis la rédaction de mon article, il a annoncé qu’il quittait la foi chrétienne.

Son annonce ne laisse planer aucun doute : « Selon les métriques dont je dispose pour définir un chrétien, je ne suis pas chrétien. » Puis il ajoute : « Pour utiliser un vocabulaire biblique, j’ai abandonné [ou trébuché, selon les traductions, voir Marc 4.17 et Marc 14.29].1 »

Pour ceux n’ayant pas suivi son cheminement ces dernières années, cela peut paraître fou. Dans leur esprit, Joshua était encore un pasteur passionné et bien rangé doctrinalement, qui n’aurait jamais pu écrire de telles paroles. En revanche, pour ceux qui ont gardé un œil sur son parcours au fil des années, cette annonce reste certes surprenante mais pas choquante.

Qu’est devenu Joshua après la publication de ses best-sellers ?

À 21 ans, après le succès fulgurant de son premier livre J’ai tourné le dos au flirt, le pasteur CJ Mahaney2 l’a repéré, voyant en lui son potentiel successeur au leadership de la megachurch dont il était pasteur, puis de l’union d’églises dont il était président (Sovereign Grace Ministries). Après 7 ans de stage pastoral, Joshua se retrouve propulsé à tout juste 30 ans pasteur principal d’une église de plusieurs milliers de membres.

En parallèle, il gravit les échelons dans l’organisation The Gospel Coalition (dont Évangile 21 est la branche francophone), jusqu’à devenir membre du comité directeur, aux côtés de pasteurs et théologiens reconnus comme Don Carson et John Piper. Il est invité comme orateur à de nombreuses conférences, et continue à publier des livres populaires sur divers sujets de la vie chrétienne.

On est maintenant en 2010 et Joshua a 36 ans. Jusque-là, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes et sa « carrière » semble déjà toute tracée.

C’est là que les ennuis commencent…

  • 2011, un conflit acerbe éclate entre les responsables de son union d’églises sur des questions de leadership, d’égo, de pouvoir.
  • 2012, l’église dont Joshua est le pasteur quitte l’union d’églises. La relation entre Joshua et son mentor Mahaney est fracturée.
  • 2014, un scandale éclate, révélant diverses affaires étouffées par les églises de son union au fil des décennies, concernant l’abus sexuel d’enfants. Bien que ces affaires aient eu lieu avant l’arrivée de Harris, il est en première ligne, devant la justice et la presse. En parallèle, Harris révèle qu’il a lui-même été abusé sexuellement en tant qu’enfant.
  • 2015, Harris démissionne de son rôle de pasteur à 41 ans, pour aller étudier la théologie de manière formelle, ce qu’il n’avait jamais fait jusque-là. Du moins il s’agit de la version officielle. En pratique, des membres de son église révèlent que les responsables de l’église ont majoritairement voté pour ne pas lui renouveler leur confiance.
  • 2018, Harris déclare qu’il n’est plus d’accord avec l’idée que le dating3 doit être proscrit. Il pense désormais qu’il peut s’agir d’une manière saine pour une personne de se développer et d’apprendre les qualités qu’elle recherche dans son futur conjoint. Il demande pardon à tous ceux qui ont lu ses livres et ont été d’après lui induits en erreur ou influencés de manière négative. En parallèle, il annonce qu’il retire ses livres de la vente et publie un documentaire où il rencontre ses lecteurs ayant « survécu » à la mise en pratique de ses livres, et où il prend de la distance par rapport à ce qu’il a enseigné (sans utiliser la Bible comme référence).
  • 2019, annonces du divorce et du reniement de sa foi chrétienne.

Comment comprendre ce reniement ?

Au fil des années, j’ai suivi son parcours de près. Dans ma jeunesse, j’ai lu tous ses livres, suivi son blog avec intérêt, et passé des dizaines d’heures à écouter ses prédications. Il m’a souvent encouragé dans la foi par un regard frais sur le texte biblique, et une humilité qui lui permettait de parler ouvertement de ses luttes et échecs.

Comment peut-on passer d’un tel état, à divorcer puis renier sa foi quelques années plus tard ?

Avant d’émettre un jugement, on peut au moins chercher à comprendre. Il semblerait qu’il soit passé par d’intenses souffrances émotionnelles, avec la perte de son mentor qui était un repère pour lui, avec la gestion d’une crise sans précédents dans son église et son union d’églises, avec une épouse qui indique avoir étouffé dans une culture d’églises où sous le vernis de la grâce il y avait un contrôle suffoquant de la part des leaders, avec un vote de non-confiance de la part des responsables de l’église où il aura passé toute sa vie adulte…

Je ne peux qu’imaginer la manière dont il a eu le sentiment de voir le sol s’ouvrir sous ses pieds. Et dès qu’il pensait avoir retrouvé quelques appuis, le sol s’ouvrait une fois de plus pour l’emmener encore plus profond.

Quand tout chancelle autour de soi, quand on remet en cause la culture d’église dans laquelle on a été abreuvé, il devient alors très dur de différencier le bébé de l’eau du bain.

Mais alors, Joshua a perdu la foi ou bien ne l’a-t-il jamais vraiment eue ?

La doctrine de la persévérance des saints (à laquelle adhère la Rébellution) indique que lorsque Dieu sauve un pécheur, il lui donne la grâce de persévérer jusqu’au bout (si vous n’avez jamais étudié cette question, voici une analyse de la part de Henri Blocher, que je vous recommande de lire avant de vous faire votre propre idée).

Concernant la situation de Harris, cela nous laisse les deux possibilités suivantes :

  • Soit il ne s’est jamais vraiment converti, et toutes ces années, il était simplement un « chrétien » dans un moule culturel très fort, et dans lequel il y trouvait des avantages humains (richesse, célébrité, soutien moral, etc.). Dans ce cas-là, nous devons prier pour sa conversion initiale !
  • Soit il est un chrétien né de nouveau, et il passe par une phase de doutes et de remises en question. Dans ce cas-là, nous pouvons espérer et prier que Dieu le rappelle à lui en son temps, et qu’il puisse reconstruire sa vie sur le seul roc (cf. Matthieu 7.24-27).

Seul Dieu connaît le cœur de Harris. Et il le connaît encore mieux qu’il ne le connaît lui-même (cf. Psaume 139 et Romains 8.27). Mon but en écrivant cet article n’est pas de trancher la question ni de pointer Harris du doigt. Je voulais simplement réagir à son annonce pour mettre en lumière ce que la Bible enseigne sur le sujet.

Comment réagir ?

Je vous invite à ne pas être ébranlés. De tous temps des responsables chrétiens ont quitté la foi, comme Démas, un collaborateur de Paul qui l’a « abandonné par amour pour le monde présent » (2 Timothée 4.10). Certains pour un temps, d’autres définitivement. Le ministère pastoral est l’une des vocations les plus éprouvantes qui soient. Cela ne remet pas en question l’Évangile.

En revanche, cela peut nous inviter de manière saine à nous remettre en question et à examiner les fondements de notre foi (2 Corinthiens 13.5, 1 Corinthiens 10.12). Suis-je chrétien simplement parce que j’ai suivi mes parents ? Me suis-je vraiment approprié la foi ? Sans ma structure de soutien actuelle, aurais-je toujours le désir de suivre le Christ ?

Et si vous passez par des doutes ou des remises en question en ce moment, ne cherchez pas forcément à faire taire au plus vite ces voix troublantes dans votre tête. Les doutes peuvent jouer le rôle d’anticorps et révéler des zones où notre foi n’est pas aussi ferme qu’elle pourrait l’être. Des doutes mis rapidement sous le tapis peuvent revenir frapper avec une intensité bien supérieure. Par contre, ne vivez pas ces doutes en isolation, faites-vous entourer, trouvez des frères et des sœurs dignes de confiance à qui en parler, des chrétiens qui ne vous jugeront pas mais qui seront prêts à cheminer à vos côtés (si vous avez des proches qui passent par de telles épreuves, soyez cette sœur ou ce frère, c’est précieux!). Luttez avec ces doutes, à genoux s’il le faut. Demandez à Dieu de vous éclairer. Creusez. Allez au fond des choses. Refusez les réponses toutes faites. Si c’est votre cas, je prie que Dieu vous ouvre les yeux et vous accorde sa paix.

Pour finir, ne fixons pas nos regards sur des hommes ni sur les méandres de notre propre cœur, mais plutôt sur Jésus, celui « qui fait naître la foi et la mène à la perfection » (Hébreux 12.2). N’oublions jamais que ce n’est pas l’intensité de notre foi qui assure notre salut, mais celui en qui nous plaçons cette foi : Jésus !

Que Dieu nous donne à chacun la grâce de persévérer. Je prie cette prière pour vous, chers lecteurs. Et n’hésitez pas à la prier pour moi, j’en ai besoin autant que vous.

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  1. Il indique également que dans la culture populaire, le terme utilisé pour décrire son expérience est celui de déconstruction. En gros, la vision du monde de Joshua est telle un bâtiment composé de briques désormais fissurées. À présent, il souhaite les enlever une par une pour tenter de rebâtir quelque chose sur de nouvelles fondations, avec de nouvelles briques.
    Beaucoup lui ont suggéré qu’il existe d’autres manières de vivre sa foi que celle vécue par le segment conservateur du monde évangélique américain dans lequel il a grandi. Joshua n’est pas fermé à une nouvelle approche, mais pour l’instant, il n’en est pas là. Après tout, ce à quoi il renonce, c’est tout ce qu’il a toujours connu…
  2. Plusieurs d’entre vous reconnaîtront Mahaney comme l’auteur du livre Une vie centrée sur la croix, dont la préface a justement été rédigée par Harris, où ce dernier compare sa relation à Mahaney à celle entre Paul et Timothée.
  3. Ce mot n’a pas d’équivalent strict en français et se réfère la pratique d’avoir un copain ou copine sans un engagement fort, et sans forcément y voir le mariage comme une finalité. Il est souvent traduit par flirt, mais le sens des deux mots n’est pas 100% identique.
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Sam P-L

29 ans, marié à Fidji, père de 3 enfants, ingénieur informatique à Lyon et co-auteur du livre Être étudiant et chrétien: opportunités et défis.

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30 Commentaires

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  • Je traverse une période difficile dans laquelle je me reconnais dans cette Histoire. Je trouve de l’ aide nulepart et bien que cette lecture me fait erpouver de la peine. Je comprends.

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    • Cher Mik, pour commencer, merci d’avoir osé partager l’épreuve que tu traverses. Cela demande du courage de se dévoiler ainsi avec transparence sur un site public…

      J’ai traversé une période très similaire à celle de Harris pendant plusieurs mois, que j’ai vécue comme une vraie traversée du désert. Franchement, je ne pensais pas que ma foi allait s’en sortir intacte. Et pourtant, alors que j’étais presque prêt à baisser les bras, certains frères m’ont entouré et m’ont permis de me relever. Et au final, j’ai le sentiment que ma foi s’en est sortie plus forte, et que les tempêtes de sable et la chaleur intense du désert avaient en quelque sorte épuré et purifié ma foi. Sans ces amis, je ne sais pas où je serais aujourd’hui.

      D’ailleurs, c’est le fait d’avoir moi-même vécu une expérience similaire à celle de Harris qui m’a permis d’écrire sans jugement, mais plutôt avec compréhension et compassion.

      Si tu es prêt à discuter ouvertement pour que ton témoignage encourage d’autres personnes qui passent par une période difficile comme toi, alors n’hésite pas à continuer ce fil de discussion, et à partager des éléments de ce que tu vis (sans bien sûr te mettre à nu). Je suis convaincu que beaucoup de lecteurs pourraient s’identifier à toi, bien qu’ils n’aient pas eux-même laissé un commentaire.

      En revanche, si tu le préfères, on peut en discuter par email. Dans ce cas-là, tu peux m’écire à larebellution@gmail.com, et les éditeurs du blog me transféreront ton email. Je ne garantis pas de pouvoir t’apporter l’aide que tu cherches, mais si tu n’as personne dans ton entourage avec qui discuter ce que tu vis, je suis prêt à être un confident.

      En tout cas, sans savoir ce que tu traverses, sache que je prie pour toi mon frère. Que Dieu te soutienne et te renouvelle.

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      • Je suis quand même content d’être tombé sur cette réponse.

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        • Merci Jean-Daniel pour ton commentaire.

          Pourrais-tu nous en dire plus? Pourquoi es-tu content de tomber sur cette réponse?

          Tu suscites ma curiosité sans pourtant y répondre ;).

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  • Merci beaucoup pour cet article! J’avais lu dans le nouvelles le fait que Harris avait renié sa foi quelques jours après avoir appris que l’un de mes amis proches qui était très engagé dans les groupes bibliques des écoles et que j’admirais beaucoup avait aussi renié sa foi. Ces nouvelles ainsi que les doutes sur mon propre salut qui m’assaillent m’ont un peu ébranlée. Merci encore pour cet article parce que ça m’a aidée a voir un peu plus clair même si des doutes subsistent encore!

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    • Merci Mel pour ton commentaire sincère et honnête.

      Je suis navré pour ton ami proche qui a renié sa foi. J’espère qu’il s’agit là d’un reniement temporaire et que Dieu le rappelera à lui, en son temps.

      Saurais-tu nous en dire plus au sujet des doutes sur ton propre salut? Quelles sont les raisons qui te font douter?

      En attendant tes réponses, je t’invite à consulter ce petit article de Laurent intitulé « Comment savoir si je suis vraiment chrétien? » sur la question de l’assurance du salut: https://www.larebellution.com/2018/03/10/savoir-suis-vraiment-chretien/. En espérant que cela puisse t’apporter un peu d’éclairage.

      Et comme toujours, si tu désires discuter de ces doutes en privé, n’hésite pas à nous écrire à larebellution@gmail.com. En tout cas, ce serait avec plaisir que nous t’écouterons et tenterons de t’apporter des éléments de réponse et des tentatives d’encouragement.

      « Que la grâce et la paix [te] soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ! » (1 Cor 1.3)

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      • Merci Sam pour ta réponse! J’écrirai à l’adresse de la reb pour en discuter plus longuement.

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  • Merci Sam pour ton analyse que je trouve bien plus mesurée que l’article précédant…

    Je suis d’accord qu’on n’est pas dans la tête de Josh ni à la place du Seigneur pour le juger.

    Nous pouvons tout de même anaylser ses propos et nous interroger sur leurs origines.

    Je persiste à regretter que dans la réflexion interne de Josh, la « déconstruction » de la foi équivaut à l’abandon (‘falling away’). Cela voudrait dire pour lui, la « déconstruction » revient à ne plus être chrétien.

    Pour ma part, j’affirme avec la Réforme qu’en définitive, notre salut dépend de Dieu et non pas de nous-mêmes. La foi « authentique » serait donc bien un don irrévocable de Dieu. Si Dieu pouvait verser son Esprit d’adoption dans notre coeur pour faire de nous de nouvelles créatures… et puis nous le retirer pour quelque raison que ce soit, l’espérance et la particularité de l’Evangile disparaîssent aussitôt.

    Si au contraire nous avons bien reçu ce don de foi de manière irrévocable, cette foi ne dépend pas de nous, elle est certaine et authentique… et elle peut donc très bien résister à la « déconstruction », c’est-à-dire à une remise en cause intellectuelle de notre part.

    Revenons à Josh… je pense que le milieu dont il est issu ne permet pas une telle remise en cause. Tout questionnement est interprété comme un « esprit de rébellion » ou une « mauvaise attitude ». Dans ce milieu, son reniement de la foi sera très certainement mis à sa charge et elevé en avertissement de pourquoi il ne faut pas trop se poser des questions par rapport à l’ordre établi. Il ne conduira pas à une remise en question sur les sujets de fond par les dirigeants. Et c’est bien pour cela que dans son raisonnement, il n’a pas eu d’autre choix que de « renier ».

    Quels sont les enjeux pour nous ?

    D’une part, nos églises doivent absolument se garder d’une « pensée unique » et laisser une place légitime au doute. Celui-ci à toute sa place dans toute théologie qui se respecte, au même titre que la souffrance, l’échec, et autres problèmes que certains esquivent un peu trop facilement.

    D’autre part, nous devons nous interroger non pas seulement sur le « théolgiquement correct » de nos églises, mais aussi sur leurs enjeux de pouvoir.

    D’après moi, la faille fondamentale dans la tendance théologique dont Harris est issu, c’est d’avoir confondu « l’autorité » dont parlent les Ecritures avec l’exercice du *pouvoir*, par les uns *sur* les autres. Dans diverses déclarations, les responsables du Gospel Coalition s’octroient le droit de parler « ex cathedra » (quelle ironie !) au nom de l’orthodoxie, se croyant investis (par qui ?) d’une autorité qu’ils cherchent à exercer *sur* d’autres, pour imposer et maintenir ce qu’ils estiment être le « théologiquement correct ». Tout refus de ce « théologiquement correct » est, en toute logique, anathème.

    Je pense que cette conception de l’autorité, et tout ce qui en découle théologiquement et en termes de pratique, est fondamentalement et catastrophiquement défectueuse.

    Peu étonnant alors que ceux qui réflechissent un peu plus dans ces milieux (Josh…) finissent alors par péter les plombs.

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  • Merci Eutychus pour ton commentaire.

    Quelques réponses de ma part:

    > Je persiste à regretter que dans la réflexion interne de Josh, la « déconstruction » de la foi équivaut à l’abandon (‘falling away’). Cela voudrait dire pour lui, la « déconstruction » revient à ne plus être chrétien.

    Son compte Instagram ne partage pas nécessairement sa « réflexion interne », mais plutôt ce que l’on appelle en entreprise un « communiqué de presse » ou en anglais du « PR management » (Public Relationship Management). En gros, il semblerait que Josh soit en train de se constituer un nouveau réseau via ses derniers posts, donc il ne faut pas non plus conclure qu’il soit 100% sincère dans tout ce qu’il dit…

    Mais effectivement, sur le fond, il est regrettable d’utiliser la déconstruction et l’abandon de la foi comme synonymes.

    > Dans ce milieu, son reniement de la foi sera très certainement mis à sa charge et elevé en avertissement de pourquoi il ne faut pas trop se poser des questions par rapport à l’ordre établi

    Tiens, regarde un post Facebook d’un ancien « apôtre » dans son union d’églises qui confirme ton sentiment: https://www.facebook.com/brent.detwiler.3/posts/2530628350315709. Un extrait: « This is a willful determination by Josh to pursue his own selfish agenda by getting rid of his professed Lord and Savior. This abandonment cannot be blamed on anyone but himself. No one caused this or made it happened. Joshua wants to be his own god now. »

    En gros, il serait d’après eux absolument seul à porter le blâme…

    > D’une part, nos églises doivent absolument se garder d’une « pensée unique » et laisser une place légitime au doute. Celui-ci à toute sa place dans toute théologie qui se respecte, au même titre que la souffrance, l’échec, et autres problèmes que certains esquivent un peu trop facilement.

    Amen, je partage tout à fait ton avis sur la question. Je suis en train de réfléchir à un article sur le doute. Prie pour moi, que Dieu m’aide à trouver les mots justes et utiles et à proposer une vision biblique équilibrée sur le sujet.

    > D’après moi, la faille fondamentale dans la tendance théologique dont Harris est issu, c’est d’avoir confondu « l’autorité » dont parlent les Ecritures avec l’exercice du *pouvoir*, par les uns *sur* les autres. Dans diverses déclarations, les responsables du Gospel Coalition s’octroient le droit de parler « ex cathedra » (quelle ironie !) au nom de l’orthodoxie, se croyant investis (par qui ?) d’une autorité qu’ils cherchent à exercer *sur* d’autres, pour imposer et maintenir ce qu’ils estiment être le « théologiquement correct ». Tout refus de ce « théologiquement correct » est, en toute logique, anathème.

    Chaque église étant affiliée de prêt ou de loin au Gospel Coalition ou à Evangile 21 l’est volontairement. Un groupe de pasteurs et de théologiens s’est un jour réuni autour de certains convictions théologiques et une « philosophie du ministère » communes, ce qui a donné naissance à ce mouvement. Du coup, l’autorité des responsables de ce mouvement est simplement sur ceux qui l’accepte. Les adultes dans les églises de ce « mouvement » sont membres de ces églises par leur propre choix. Pour nous chrétiens adultes du monde occidental, il n’y a pas d’autorité spirituelle sur nous autre que celle que nous acceptons. N’importe quelle église du mouvement peut la quitter à souhait. Et n’importe quel membre d’une église de ce mouvement peut quitter l’église à souhait. Toute servitude dans ce modèle est volontaire.

    > Je pense que cette conception de l’autorité, et tout ce qui en découle théologiquement et en termes de pratique, est fondamentalement et catastrophiquement défectueuse.

    Je pense que ce qui est encore plus catastrophique, c’est de se soumettre aveuglément à ces « leaders reconnus ». Chaque chrétien doit examiner les Ecritures pour lui-même, comme les chrétiens de Bérée dans Actes 17.11. John Piper, Tim Keller, Don Carson, etc. ne sont que des hommes. Et certes, ils ont passé beaucoup de temps à étudier la Bible mais au final leurs conclusions leur appartiennent, et n’ont pas d’autorité particulière. En tout cas pas sur moi.

    > Peu étonnant alors que ceux qui réflechissent un peu plus dans ces milieux (Josh…) finissent alors par péter les plombs.

    Je doute que Josh ait pété les plombs par excès de réflexion. C’est d’ailleurs l’un des rares pasteurs de ce mouvement à ne pas avoir reçu de formation théologique formelle… Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il a grandi dans un milieu chrétien extrêmement fermé: école à la maison avec que des amitiés chrétiennes, puis juste après ça, stagiaire pastoral dans une église renfermée sur elle-même. Pour moi le plus gros problème ici, c’est que Josh a toujours vécu à l’écart du monde. Il n’a sûrement jamais eu un ami non-chrétien jusqu’à très tard dans sa vie (sûrement après sa démission de l’église). Or, Christ nous appelle à être dans le monde sans être du monde (Jean 17.14-19). Pour ma part, je pense qu’il est impossible d’avoir une vie chrétienne vigoureuse en vivant dans un ghetto chrétien et sans être confronté au monde dans lequel le Christ nous appelle.

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    • La pensée unique dont parle Eutychus a tout de même trouvé une caisse de raisonnante assez impressionnante avec ce blog (et les autres du type E21, Le Bon Combat etc.). Je suis éminemment rassuré de lire votre volonté de remettre ça en cause et de constater que c’est un grave problème.

      Je suis ravi de vous lire descendre les grands théologiens de leur piédestal.

      Continuez, les fruits de toute cette remise en question (qu’elle soit consciente ou non) ne seront qu’une meilleure empathie, une meilleure écoute, une meilleur compréhension et au final un meilleur amour de votre prochain, fusse-t-il animé de positions dogmatiquse étranges ou qu’aucun qualifierait d’hétérodoxe.

      Sur le sujet, Joshua Harris est hélas la face visible d’un énorme iceberg : l’apostasie dans le milieu évangélique. Et contrairement aux déclaration des organisation religieuses proches d’Harris. Je mettrai un blâme équivalent aux églises (des fois trop coercitives et garante d’une pensée unique intolérante) qu’aux personnes qui abandonnent leur foi.

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      • Inbo

        > Sur le sujet, Joshua Harris est hélas la face visible d’un énorme iceberg : l’apostasie dans le milieu évangélique.

        C’est ma conviction que cette « apostasie » n’en est souvent pas. C’est un rejet, non pas de l’Evangile, mais d’une conception de l’orthodoxie et de l’autorité qui en fait n’est pas biblique. Ce n’est pas l’Evangile qu’il faut repenser, mais la structure de l’église d’aujourd’hui. « Jésus annonçait le Royaume, et c’est l’Église qui est venue », disait Alfred Loisy…

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        • @Eutychus
          |C’est un rejet, non pas de l’Evangile, mais d’une conception de l’orthodoxie et de l’autorité qui en fait n’est pas biblique. Ce n’est pas l’Evangile qu’il faut repenser, mais la structure de l’église d’aujourd’hui. « Jésus annonçait le Royaume, et c’est l’Église qui est venue », disait Alfred Loisy…
          >>>>Je n’aurai pas dit mieux.
          Cependant, ces personnes jettent le bébé et l’eau du bain en même temps. Mes amis chrétiens qui font leur « coming-out » de perte de foi font inconsciemment la confusion entre l’attitude des chrétiens, de leur église d’un côté et Dieu de l’autre. Nous devons luter contre cela. Parce que le drame, c’est que je n’ai même pas à chercher très loin pour trouver beaucoup (oui) d’exemple de croyants engagés (responsabilités etc.) a avoir quitté récemment la foi. Et dans la majorité des cas, je ne peux même pas leur donner tord compte tenu de ce que les croyants et leur église leur ont fait subir.

          |Mais Sam, crois-tu vraiment que la réflexion pertinente ici se limite à la formation théologique ?!! Les Pharisiens étaient des experts en formation théologique, cela ne leur a pas empêcher de barrer la route à ceux qui voulaient entrer dans le Royaume de Dieu et de ne pas y entrer eux-mêmes !!!
          >>>>Tout à fait.

          Je ne reprendrai pas l’ensemble de votre réponse, mais nous avons le même point de vue que je trouve extrêmement minoritaire dans le monde évangélique-chrétien actuel donc cela fait très plaisir de vous lire.

          @Sam P-L
          |La force des fondateurs initiaux du Gospel Coalition (Carson, Keller, Piper), c’est qu’il s’agit là de pasteurs-théologiens profonds ayant eux-mêmes étudiés les sources premières. Ils ont tous un doctorat en théologie, étudient les textes bibliques dans leurs langues originales, et ont étudié pour eux-mêmes certains théologiens et penseurs reconnus de l’histoire de l’église (les pères de l’Eglise, Augustin, Calvin, Luther, Kierkegaard, Edwards, Spurgeon, etc.).
          >>>>Mais je vais être volontairement provoquant. Mais en réalité, ils n’ont pas plus de légitimité qu’un frère ou une sœur n’ayant aucune culture théologique sur l’interprétation d’un passage. Cela ne garanti pas qu’ils ont forcément et indubitablement raison !

          |Pour moi, l’enjeux est désormais d’encourager les jeunes chrétiens à :
          – lire les « grands » théologiens de l’histoire pour eux-mêmes (Augustin, Pascal, Calvin, Aquin, etc.) sans se baser sur un résumé rapide et superficiel
          – lire des penseurs chrétiens contemporains en dehors de leur tradition chrétienne
          >>>> Je rajouterai même aux chrétiens de lire des auteurs athées pour mieux comprendre leurs points de vue, leurs arguments et leurs faiblesses. Lire du Onfray, du Dawkins (pour le côté « athéisme à la mode/commercial ») ou du Comte-Sponville. Ne pas avoir peur de le faire et surtout, le faire en groupe pour en discuter avec pourquoi pas la Bible d’un côté, le traîté d’Athéologie de l’autre. De plus, c’est extrêmement utile pour toute perspective apologétique.

      • Avatar
      • Pour information, je ne fais pas partie du comité éditorial de la Rébellution (qui est le blog jeunesse de Evangile 21, qui est le blog francophone du Gospel Coalition). Je n’ai aujourd’hui aucune affiliation à ce mouvement, si ce n’est que j’écris quelques articles sur ce blog ici et là, car je pense qu’il s’agit d’une plateforme intéressante pour toucher un certain lectorat.

        Par exemple, lorsque je lis ces 2 critiques du Gospel Coalition et du « renouveau calviniste américain » par le journaliste chrétien Jonathan Merritt, je suis d’accord avec de nombreux points:

        – religionnews.com/2016/06/06/the-gospel-coalition-and-how-not-to-engage-culture/
        – religionnews.com/2014/05/20/troubling-trends-americas-calvinist-revival/

        La force des fondateurs initiaux du Gospel Coalition (Carson, Keller, Piper), c’est qu’il s’agit là de pasteurs-théologiens profonds ayant eux-mêmes étudiés les sources premières. Ils ont tous un doctorat en théologie, étudient les textes bibliques dans leurs langues originales, et ont étudié pour eux-mêmes certains théologiens et penseurs reconnus de l’histoire de l’église (les pères de l’Eglise, Augustin, Calvin, Luther, Kierkegaard, Edwards, Spurgeon, etc.).

        En revanche, de nombreux pasteurs à leur suite n’ont pas cette même pronfondeur de pensée, et l’on se retrouve avec des chrétiens plus jeunes cherchant juste à retransmettre le dépôt qu’on leur a transmis, sans l’avoir examiné pour eux-mêmes, en osant se confronter aux sources premières et en osant lire des livres de tous horizons et de tous bords.

        Cela peut vite créer un phénomène de « culte du cargo » (voir Wikipédia), où l’on reproduit sans forcément comprendre.

        Quand j’ai lu le bouquin « Dug Down Deep » (aussi nommé « Humble Orthodoxy ») de Harris il y a quelques années, où il tente de résumer pour le lecteur chrétien lambda les principales doctrines chrétiennes, j’ai été frappé de voir qu’il citait toujours les mêmes pasteurs-théologiens plébiscités par la Gospel Coalition (Packer, Grudem, Piper, Carson, Keller, etc.), sans jamais lui-même aller lutter avec les penseurs historiques ayant inspiré ces auteurs modernes. Et puis il n’interagit jamais avec des penseurs chrétiens d’autres mouvements, d’autres traditions, qui pourtant auraient pu apporter beaucoup d’éclairages enrichissants sur les points qu’il aborde.

        C’est là un écueil terrible de la pensée unique. Se baser sur une poignée de penseurs qui croient tous la même chose conduit à une théologie et à une foi fragiles, non-résilientes, et non-éprouvées.

        Pour moi, l’enjeux est désormais d’encourager les jeunes chrétiens à :
        – lire les « grands » théologiens de l’histoire pour eux-mêmes (Augustin, Pascal, Calvin, Aquin, etc.) sans se baser sur un résumé rapide et superficiel
        – lire des penseurs chrétiens contemporains en dehors de leur tradition chrétienne

        Car on s’imagine les « protéger » en ne les exposant qu’à une seule type de pensée, mais je pense qu’on se fourvoie.

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        • Bonjour Sam,
          Merci pour tes 2 articles factuels et sans jugement. Tu soulignes l’importance de rester ouvert aux différentes sphères évangéliques, aussi éloignées soient-elles de nos mentors ». D’après toi, comment les ministères parmi la jeunesse pourraient accompagner au mieux les génération smontantes à se nourrir de l’Evangile, sans se fourvouiller dans une culture évnagélique ?

          Bless U

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          • Bonjour Christophe,

            Merci pour ton retour positif et encourageant.

            Juste pour me permettre de mieux saisir ta question, quand tu parles de « ministères parmi la jeunesse », penses-tu avant tout aux ministères jeunesse des églises locales, ou bien à des ministères jeunesse d’oeuvres comme JPC ou Jeunesse Ardente? Je pense que la réponse n’est pas tout à fait la même selon le type de ministère (sachant que les ministères des oeuvres sont par définition plus « oecuméniques », avec souvent un brassage entre les diverses confessions évangéliques).

            Ensuite, quand on parle de culture évangélique, il faut apprendre à distinguer les éléments positifs des éléments négatifs. Certains éléments sont de belles expressions des principes bibliques, alors que d’autres peuvent être des héritages du passé sans forcément un fort ancrage biblique, et peuvent même être délétaires. En tant que responsables parmi la jeunesse, il est de notre devoir d’évaluer chaque élément de notre culture à la lumière de la Bible (et également à la lumière de l’histoire de l’Eglise, ce qui nous permet de comprendre comment les différents principes bibliques ont été appliqués dans différents contextes, puis on pourrait aussi rajouter à la lumière de l’expression globale de la foi au niveau planétaire, qui peut être vécue de manière très différente selon les lieux et les contextes). Ce n’est qu’en prenant du recul sur nos pratiques que nous saurons discerner ce qui sera utile pour nourrir la foi des générations montantes, et ce qui risque d’être des « pierres d’achoppement ». Et ensuite enseigner ce même discernement culturel à nos jeunes.

            Une autre approche intéressante serait d’apprendre aux jeunes à distinguer entre les doctrines fondamentales de notre foi (dans les grandes lignes, le crédo des apôtres, ou de manière un peu plus restrictive la confession de foi du CNEF à laquelle adhère tous les évangéliques de France) des doctrines secondaires/périphériques. Et donc de nous mêmes mettre l’accent sur ce qui est vraiment central. L’image que CS Lewis utilise dans « Les fondements du Christianisme » est celle d’une maison comportant un hall d’entrée puis différentes pièces. Le bâtiment est le Christianisme tandis que chaque pièce représente une confession. Je pense qu’il peut être utile de présenter à nos jeunes les différentes confessions existantes, leurs racines historiques, là où elles sont similaires, là où elles diffèrent, mais toujours en insistant sur l’essentiel permettant de rentrer et de rester dans le bâtiment (même si tôt ou tard il faut choisir une pièce, car on ne peut pas juste vivre dans le hall).

            Mes réponses sont peut-être vagues car je ne suis pas tout à fait sûr de saisir toutes les nuances de ta question. Est-ce que mes éléments de réponse répondent à ta question? Sinon, pourrais-tu préciser là où j’ai visé à côté?

            Bien fraternellement,
            Sam

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  • Sam dit:

    > Pour nous chrétiens adultes du monde occidental, il n’y a pas d’autorité spirituelle sur nous autre que celle que nous acceptons

    Sam, je t’invite encore à t’interroger sur cette expression que tu répètes à plusieurs reprises, « l’autorité SUR ». Peux-tu me montrer où, dans la Bible, notamment dans le NT, il est question des uns exerçant l’autorité spirituelle SUR les autres ?

    Pour moi c’est le noeud du problème. Cette expression est monnaie courante dans des milieux évangéliques mais l’autorité hiérarchique de certains croyants « SUR » d’autres (volontairement acceptée ou pas !) est beaucoup moins étayée bibliquement qu’on ne pourrait le penser. (Je m’en suis rendu compte le jour où j’ai fait une étude biblique pour retrouver toutes les mentions des anciens exerçant l’autorité spirituelle SUR les membres d’église… je te laisse deviner le résultat ou mieux encore, vérifier pour toi-même…).

    Plus grave encore, dans les milieux Gospel Coalition cette obsession avec une compréhension hiérarchique de l’autorité spirituelle (exercée par les uns SUR les autres) est reliée à une compréhension hiérarchique de la Trinité (le subordinatianisme). C’est « l’argument nucléaire » par excellence pour dissuader la remise en question de l’autorité hiérarchique dans la vie d’église, car celui qui le questionnerait serait en train de porter atteinte à la nature de Dieu lui-même (dixit Wayne Grudem…), donc le blasphème contre le Saint-Esprit, quoi…

    Je t’invite donc à creuser le sujet de « l’autorité spirituelle », Bible (et non pas tes commentateurs préférés ;) ) en main. D’après la Bible… à qui elle appartient ? A qui est-elle donnée ? A quelles fins est-elle donnée ?

    > N’importe quelle église du mouvement peut la quitter à souhait. Et n’importe quel membre d’une église de ce mouvement peut quitter l’église à souhait. Toute servitude dans ce modèle est volontaire.

    Prends un peu de recul par rapport à ce que tu affirmes là. Crois-tu vraiment que c’est aussi facile que ça ? N’importe quelle secte digne de ce nom tiendrait un discours pareil ! Reconnaissons-le, la réalité c’est souvent plus du Hotel California : « tu peux décrocher quand tu voudrais, mais tu ne peux jamais partir ». Regarde déjà ce qui se passe pour ceux qui s’en vont ! Dans vos pages de commentaires, on leur balance du 1 Jean 2:19 !! On va traiter les supposés apostats comme les Témoins de Jéhovah font avec leurs anciens membres…

    (D’ailleurs en réponse à ton titre, je suggère que si Josh Harris a « quitté la foi », la foi n’a peut-être pas quitté Josh Harris… 2 Tim 2:11-13, voir John Piper (pour une fois ;) sur ce passage…)

    De plus, celui ou celle qui s’en va d’une communauté d’église doit abandonner un « fonds d’investissement » émotionnel, relationnel (en anglais, en parlant d’abus spirituel, on parle d’un « equity pit »). Oui, on peut « partir quand on veut », mais à quel prix ? La véritable liberté d’appartenance se mesure à l’attitude de générosité et de grâce qu’à l’église par rapport à ceux qui s’en vont, non pas au nombre de déclarations du style « chacun est libre de partir quand il veut ».

    > Je doute que Josh ait pété les plombs par excès de réflexion. C’est d’ailleurs l’un des rares pasteurs de ce mouvement à ne pas avoir reçu de formation théologique formelle…

    Mais Sam, crois-tu vraiment que la réflexion pertinente ici se limite à la formation théologique ?!! Les Pharisiens étaient des experts en formation théologique, cela ne leur a pas empêcher de barrer la route à ceux qui voulaient entrer dans le Royaume de Dieu et de ne pas y entrer eux-mêmes !!!

    Encore une fois je t’invite à examiner de tels mouvements non pas seulement en termes du « théologiquement correct » mais aussi en termes de fruit et de leurs pratiques éthiques. Jésus dit bien que les enfants de ce monde ont plus de bon sens que les enfants de lumière. Trop souvent on fait passer le b-a ba de l’éthique loin derrière le théologiquement correct qui lui fait croire à une pureté irréprochable alors que dans les faits il n’en est rien.

    (Moi aussi je suis perplexe quant à la capacité pour l’orthodoxie comme je l’entends de cohabiter avec les pires des pratiques éthiques, mais je constate que c’est le cas…)

    Je suis d’accord avec toi que Josh a certainement pâti d’un certain manque d’intéraction avec le « monde » : à mon avis, sa rupture vient à la suite d’une « dissonance cognitive » entre la pureté affichée de son milieu et les nombreux entorses à l’éthique de base dont il s’est rendu compte au fur et à mesure de sa confrontation avec d’autres étalons.

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  • Salutations,

    J’ai parcouru les commentaires et il me semble que le vrai sujet n’est qu’effleuré. Je ne crois pas que le problème soit :

    1) La question d’autoritarisme car, d’innombrables chrétiens ont eu à subir des abus d’autorité sans pour autant avoir déclaré ne plus être chrétiens… Sois ils se sont défaits de ces situations pour rejoindre un autre cadre communautaire plus équilibré, soit ils ont décidé d’endurer malgré eux de tels abus. Mais qui a déjà vu un enfant renié son père aimant à cause d’un maître d’école abusif, ou d’un camarade nuisible. La corrélation entre milieu fermé et abandon de la foi pour quelqu’un comme Harris – qui n’est plus un néophyte – n’est pas évidente.

    2) La fréquentation exclusive de chrétiens dans la vie d’Harris, si elle est avérée, ne peut pas non plus rendre compte de ce rejet – rejet non pas d’un type d’éducation ou de théologie, ou encore de milieu d’église mais un rejet du Christ et de son évangile! Là aussi, cet élément me parait trop peu fondé bibliquement. C’est faire dépendre notre attachement au Christ de notre bonne intégration dans le monde (je ne parle négativement de l’intégration dans le monde, car nous sommes envoyés dans ce monde; il nous y faut donc effectivement adapter). En gros, en poussant le raisonnement à l’extrême, plus l’on connait le monde, plus l’on est censé être ancré dans la foi…
    Et dit comme cela, personne ne souscrit à une telle idée.

    Par ailleurs, découvrir un décalage entre ce que son milieu fermé dit du monde et ce que le monde est vraiment… en quoi cela conduit logiquement à – non pas simplement douter – renier le Christ?

    3) Le manque de formation théologique… on est déjà plus proche d’une vision biblique. En effet, l’Ecriture parle de la nécessité de former les saints dans la saine doctrine afin de n’être point dispersé ici et là, à tout vent de doctrine. Cependant, là encore, je ne crois pas que Harris, bien que n’ayant que tardivement été en formation académique, puisse être mis au rang des chrétiens non affermis (en ce qui concerne les principes élémentaires de la foi selon Hébreux 5 et 6). Certes, ne citer que Piper, Carson, Packer et d’autres « contemporains » peut témoigner d’une méconnaissance de l’histoire de la théologie (et peut-être d’un manque de recul). Mais on parle de Piper, Carson et compagnie. Je le dis sans hésitation, quiconque a été enseigné par ces hommes, a été enseigné par Dieu. Non dans le sens d’une infaillibilité provenant de ces hommes. Mais l’on parle d’hommes qui ont prouvé, déjà, par leurs ministères et les fruits, qu’ils étaient des dons de Christ pour l’affermissement des saints (Eph 4).

    Je le redis donc, quiconque a été enseigné par ces hommes, quiconque a fait « ce qu’ils disent de faire » (comme Christ le recommande au peuple au sujet des scribes, « faites ce qu’ils vous disent »… or personne ne niera que Piper et Carson, c’est tout de même autre chose que les scribes hypocrites décriés par le Seigneur), cette personne là, si régénérée, a été bénie par Dieu-même, qui fait des dons à l’Eglise pour l’édification du corps.
    Tout cela pour dire qu’Harris n’était pas ignorant (en théorie) des enseignements au sujet de la foi biblique, de la piété et de la vie avec Dieu, si ses influences majeures comptaient ces hommes que l’on a cité. Et je profite du moment pour bénir Dieu pour de tels hommes.

    Si nous relisons ce que l’Esprit dit aux églises – notamment à celle qui est là où Satan a son trône – quelque soit la difficulté extérieure et le niveau de corruption de l’église locale, le Seigneur n’excuse jamais le péché d’incrédulité ou d’apostasie par l’environnement, le contexte, etc.. En revanche il vient en aide à ceux qui sont faibles et dans un contexte difficile… Le Seigneur aurait-il manqué de venir en aide à Harris? Certainement pas. N’oublions pas que c’est ce que nous disons indirectement (et sûrement involontairement) lorsque nous faisons des causes secondes de l’apostasie (contexte ecclesial, formation, etc…) des causes premières (les péchés décrits dans l’Ecriture comme pouvant mener au naufrage de la foi cf. 1 Tim 1:19); et qu’ainsi nous suggérons que des circonstances ont comme « arraché » de la main du bon berger la brebis qu’il avait pourtant assurée de sa préservation.
    Pareillement l’épître aux Hébreux ne présente pas la persécution subie par les destinataires comme une excuse à l’abandon, ni aucune autre difficulté extérieure. Mais elle exhorte à ne pas imiter les israélites durant leur séjour dans le désert.

    Je n’écris pas pour défendre TGC. Il y a du bon, et depuis quelques années du moins bon en augmentation… Mais il est trop typique de notre époque de faire de l’apostat une victime, là où jamais l’Ecriture ne le présente comme tel. Ce serait à cause de TGC, des convictions du mouvement pour certains; pour d’autres, ce serait à cause des leaders de ce mouvement, etc… Comprenez moi bien. Je ne plaide certainement pas pour du mépris, de la méchanceté et de la dureté envers Harris. Comme Pierre à Simon Mage, nous devrions dire « s’il est possible, peut-être lui sera-t-il pardonné ». En même temps, n’est-ce pas le Seigneur de gloire qui s’exprima comme suit :  » à cause de la prolifération du mal, l’amour du plus grand nombre se refroidira » ou encore « le Fils de l’homme, à son retour, trouvera-t-il la foi? ». N’est-ce pas l’Esprit glorieux qui inspira ces paroles à l’apôtre : « Il y aura des temps mauvais … les hommes seront … amis du plaisir plutôt que de Dieu… ayant l’apparence de la piété mais reniant ce qui en fait la force »? La parabole des quatre terres devrait aussi conduire nos réflexions…

    J’encourage ceux qui le peuvent à lire cet article d’anciens amis de Harris (dont Justin Taylor, Kevin De Young). Ils y incluent une mise en garde contre les jugements hâtifs du type « voilà! cela prouve que le home schooling est un problème, ou que les charismatiques sont comme ceci ou comme cela… » etc. https://www.thegospelcoalition.org/article/reflections-josh-harris-deconversion/

    Et leur intuition sur ce que représente le cas Harris est on ne peut plus biblique. Ils élargissent la réflexion au mouvement Young Reformed Restless. Ils essayent de réfléchir à la raison de l’abandon de la foi d’un grand nombres de jeunes (à l’époque à laquelle ils ont « commencé ») leaders qui étaient autour d’eux. Pour eux, c’est très probablement lié à la mise en responsabilité trop précipitée de beaucoup d’entre eux, sans discernement suffisant des qualifications bibliques pour cela, malgré les avertissements de l’Ecriture au sujet des néophytes élevés au rôle de conducteur.
    Ce n’est peut-être pas le seul élément, mais là, on a une analyse plus scripturaire de la situation que beaucoup d’autres analyses (qu’elles aient été sévères ou indulgentes envers Josh Harris).

    Je finis en partageant cette affirmation de Paul Washer (affirmation qu’il répète de temps à autres, sans rapport originel avec le cas dont nous parlons). Je paraphrase : « aujourd’hui, que quelqu’un dise qu’il croit au sola scriptura ne vaut plus rien, à moins que cette foi soit accompagnée de la conviction de la toute suffisance des Ecritures… »

    Et à ce sujet, je dis que s’il est bon de lire de nombreux auteurs contemporains et passés (comme Sam le rappelle à raison), la béatitude est néanmoins promise à celui qui médite (et non pas seulement qui lit) la loi de l’Eternel jour et nuit, et qui y trouve son plaisir » (Psaume 1). La sanctification est par la vérité, par la Parole de Dieu qui est la vérité (Jean 17). Et si le peuple meurt par manque de connaissance, ce n’est pas d’abord le manque de connaissance de l’histoire de l’Eglise ou de l’histoire des dogmes, ni de la connaissance du monde qui nous entoure, mais c’est avant tout par manque de connaissance du Dieu de l’Ecriture Sainte (laquelle Ecriture a le pouvoir de nous rendre sage à salut 2Tim 3:14-15, semence incorruptible 1 P 1:23). Quelqu’un me dira peut-être qu’il n’y a pas nécessairement opposition entre la connaissance de Dieu et l’étude de l’histoire des dogmes et de l’église. C’est vrai. Mais je préfère avoir un sang « biblien » (cf. Spurgeon au sujet de Bunyan) qu’un sang Augustinien, Calviniste, Edwardsiens, Piperien ou encore Puritain. Le monde réformé est malade justement parce qu’il est de moins en moins biblique et de plus en plus « tribal » (agité et animé par telle ou telle mode..).
    Il suffit de voir la réaction, il y a un ou deux ans, à ces deux déclarations de Piper (qui lui ont valu d’être soupçonné d’hérésie et même pire) : « First biblical and then, reformed » et l’autre (je cite de mémoire) « We’re not saved by faith alone, but justified by faith alone ». Réactions qui étaient souvent motivées par un confessionalisme formel, plutôt que par un biblicisme généreux.

    Un retour à Carson, Piper, Packer et autres. Leur force n’est pas d’abord leur formation académique. C’est d’abord leur christianisme expérimental. Carson est fils d’un pasteur, et goûtera à un réveil local au Canada. Piper est sans honte un piétiste (même s’il est évidemment plus que cela). Packer ne rougit pas de promouvoir dans son contexte ecclesial de grande confusion et d’apostasie (Eglise anglicane… avec ces trois divisions), les auteurs puritains et la piété biblique et chaleureuse qui les caractérise.
    Pour faire référence au classique Voyage du pélerin… Prenons garde à ne pas être du même caractère que Beau-Parleur. Un homme éloquent et prêt à développer sur une multitude de sujets religieux (théologie systématique, histoire de l’église s’il le fallait, etc…) mais qui évite soigneusement de s’examiner pour savoir s’il est dans la foi! Et il s’avère qu’il ne l’est pas…

    Je conclue (désolé pour la longueur mais c’est aussi un cri du coeur) par ces deux passages bibliques :

    « Prends garde à toi, et à la doctrine, persévère en ces choses, car en faisant cela tu te sauveras, et ceux qui t’écoutent. » (1 Timothée 4:16)

    « et d’être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi. Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, pour parvenir, si je puis, à la résurrection d’entre les morts. » (Phil 3:9-11)

    Salutations à chacun, et que Dieu nous fasse grâce, vraiment.

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    • Calaghan dit :

      > J’ai parcouru les commentaires et il me semble que le vrai sujet n’est qu’effleuré. Je ne crois pas que le problème soit :
      1) La question d’autoritarisme (…) 2) La fréquentation exclusive de chrétiens dans la vie d’Harris

      Ces éléments ont été évoqués comme des facteurs possibles et non pas des explications.

      L’autoritarisme en question est particulièrement pernicieux car il relie l’autorité des conducteurs et la soumission des adeptes à la supposée nature même de la divinité et des relations entre les personnes de la Trinité. Remettre en cause les idées promulguées dans ce milieu revient donc à remettre en cause la personne de Dieu.

      Tu en fais la démonstration avec cette déclaration fracassante, peu importe comment tu tentes de la qualifier : « quiconque a été enseigné par ces hommes, a été enseigné par Dieu », dis-tu.

      Il fine il est difficile de distinguer cette notion d’autorité de celle de l’église catholique. En revanche, et puisque tu aimes les citations bibliques, elle va totalement à l’encontre de l’esprit de la Nouvelle Alliance telle qu’elle nous est présentée en Jérémie : Celui-ci N’INSTRUIRA PLUS SON PROCHAIN, ni celui-là son frère, en disant : « Connaissez le Seigneur ! » Car tous me connaîtront (Jér 31:34)

      Nous sommes mal placés sur le plan de l’éternité pour juger la véritable apostasie de Harris, en revanche la structure décrite ci-dessus garantit qu’il sera *qualifié* d’apostat par ce milieu et ceux qui le ressemblent. Ce qui m’inquiète, ce n’est pas le sort final de Harris mais ce système de pensée qui est, semble-t-il, vacciné contre toute remise en cause.

      > Je paraphrase : « aujourd’hui, que quelqu’un dise qu’il croit au sola scriptura ne vaut plus rien, à moins que cette foi soit accompagnée de la conviction de la toute suffisance des Ecritures… »

      Tu dis ça, et puis tu rajoutes tout un tas de choses sur la nécessité d’être bien enseigné par des hommes (bien sûr des hommes…) comme par Dieu lui-même (!!!). En alignant des versets, tu arrives à faire d’une promesse de Jésus que « nul ne les arracherai de ma main » une insinuation que chacun peut néanmoins s’arracher soi-même de sa main. Je n’en peux plus de cette manière de manipuler le texte.

      Ainsi, pour n’en donner qu’un seul exemple, tu cites en appui de l’importance de la suffisance des Ecritures une déclaration de Jésus en Jean 17 selon laquelle la parole de son Père est la vérité. A quel livre de la Bible Jésus faisait-il allusion dans sa prière sacerdotale, crois-tu ? Ce n’est pas le fait de mettre en majuscules le mot « parole » et de substituer « Dieu » pour « Père » dans le texte qui fait de cette déclaration de sa part une référence à notre Bible d’aujourd’hui… et d’autres raccourcis de ce genre.

      Je ne crois pas à la « toute suffisance » des Ecritures, si ce n’est que parce que les Ecritures elles-mêmes nous font part de la nécessité de l’Esprit (grand absent de tes propos) pour en faire une application vivante et pertinente dans notre vie d’aujourd’hui.

      Comme je n’ai déjà dit sur ce blog, je pense que depuis le Pentateuque nous voyons la réinterprétation et la contextualisation des paroles de Dieu (voir Nb 27). La contextualisation est un trait caractéristique de la Bible et non pas un bug. En revanche, la « toute suffisance » des Ecritures telle que tu la présentes conduit à la pensée unique.

      D’ailleurs, en l’absence d’autorité papale en milieu protestant (quoi que…) et la quasi-déification des grands interprètes des Ecritures dans certains milieux (op cit), il est peu étonnant que cela donne lieu aux tribus que tu décris, chacune avec sa pensée unique et sa « saine doctrine » (comme elles le pensent chacune). Il y a 30 ans dans ces milieux ce n’était pas Josh Harris qu’on disait avoir « perdu la foi », c’était Henri Blocher… cette tendance n’est pas, comme tu l’affirmes, nouvelle.

      Ma lecture de la réaction actuelle de Harris c’est que c’est surtout une révolte contre un système de pensée unique qui prétend détenir seul les clés de l’interprétation biblique.

      Je ne cherche pas ici à juger de l’authenticité de son apostasie, si je peux m’exprimer ainsi, mais à démontrer à d’autres qui s’interrogent qu’une telle remise en question n’est absolument pas de fait un signe d’apostasie, loin de là.

      Eutychus.fr@gmail.com

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  • Hello les gars!

    Super débat dans les commentaires j’aime ^^

    Je voudrais juste réagir par rapport à la question de la pensée unique. Cela a déjà été plus ou moins évoqué.
    Il y a toujours de la nuance à apporter. Tout n’est pas blanc ou noir et il y a effectivement deux écueils à éviter :
    Comme il a été dit, d’un côté de tout prendre directement et de reproduire les discours des grands théologiens de notre époque sans les avoir pesé et examiné.
    Mais je pense qu’il y a aussi cette tendance qui nous est propre à tout remettre en question, jusqu’à fonder notre propre doctrine (Je grossis bien entendu les traits) cf Hillsong, Bethel, et le mouvement de protestantisme libéral.
    Il me semble que Dieu dans sa fidélité va garder par son Saint Esprit les fondamentaux de l’Évangile à travers l’histoire. La Réforme n’a rien apporté de nouveau et de tout temps des hommes et des femmes ont persévéré pour revenir à la Parole et à une vie et un enseignement centrée sur les Écritures.
    Dieu a utilisé des hommes pour écrire sa révélation et son plan de salut et il utilise également des hommes pour que cette transmission se poursuive jusqu’à aujourd’hui. Des Pères de l’Eglise à St Thomas d’Aquin, en passant par St Augustin puis Bunjan, Edwards, Owen, Lewis, et aujourd’hui Piper, Carson, Keller, Guillaume Bourin, Pascal Denault, l’équipe de TPSG et l’équipe de la Reb’ :-).

    Je pense qu’il y a une différence entre le fait de faire effectivement un copier-collé des enseignements des grands théologiens de l’Histoire et l’appropriation véritable, à travers le filtre de la Parole et le discernement donné par l’Esprit de ces enseignements.
    Au-delà de la question de l’autorité spirituelle, je pense comme il a été dit que ces hommes ont à coeur de transmettre avec fidélité les doctrines bibliques et surtout de pointer à Christ. Nous avons le même Esprit, qui nous rappelle les mêmes vérités que l’on exprime avec plus ou moins de profondeur, de clarté selon notre formation, notre expérience de vie. Le message biblique n’a pas changé depuis qu’il a été écrit et je pense que Dieu s’assure de cela en suscitant des hommes et des femmes pour transmettre, expliquer, clarifier un même message en s’adaptant au contexte temporel et culturel.

    Tout cela pour dire que j’avais l’impression qu’il y a un rejet fort de cette notion de pensée unique (qui n’est peut-être pas bien formulée et qui sonne donc très péjorative comme expression) alors que je pense plutôt à une unicité d’un message, celui de l’Evangile qui doit être proclamé et vécu fidèlement.
    J’espère avoir été suffisamment clair dans mon raisonnement et mes réflexions.

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  • Victor a dit :

    > Au-delà de la question de l’autorité spirituelle, je pense comme il a été dit que ces hommes ont à coeur de transmettre avec fidélité les doctrines bibliques et surtout de pointer à Christ. Nous avons le même Esprit, qui nous rappelle les mêmes vérités que l’on exprime avec plus ou moins de profondeur, de clarté selon notre formation, notre expérience de vie. Le message biblique n’a pas changé depuis qu’il a été écrit et je pense que Dieu s’assure de cela en suscitant des hommes et des femmes pour transmettre, expliquer, clarifier un même message en s’adaptant au contexte temporel et culturel.

    Je suis assez d’accord avec tout cela.

    Une première difficulté vient de la réalité qu’au-delà de la plus simple des affirmations, du style « le Christ est ressuscité », il y a une grande diversité d’avis.

    Certains tentent alors de s’en sortir par la recherche du « théologiquement correct » selon lequel certains sont « trop strictes » ou « légalistes » et les autres « trop libéraux » (alors que chacun de nous, évidemment, nous pensons avoir placé le curseur du « théologiquement correct » au point d’équilibre parfait… ^^). Ce qui conduit à la tribalisation que Calaghan déplore.

    Ma réponse à tout cela est double et elle s’inspire largement d’une parole de l’apôtre Paul en Philippiens 1:15-18 : « Certains, il est vrai, proclament le Christ par envie et par goût des disputes (…) ceux-là annoncent le Christ par ambition personnelle ; leurs intentions ne sont pas pures (…) Qu’importe ! De toute manière, prétexte ou vérité, le Christ est annoncé, et je m’en réjouis.

    Paul ne se gène pas de pointer ce qu’il voit comme les défauts de ses « rivaux », on dirait même que c’est un devoir apostolique de sa part… mais dans le même temps, il est assez généreux et confiant dans la puissance inhérente de l’Evangile pour se réjouir de son annonce même dans ces autres milieux « impurs ». Il reconnaît que même lui n’a pas le monopole sur cet Evangile.

    Ce que je conteste ici c’est donc le droit de quelque mouvement ou enseignant de notre époque de revendiquer un tel monopole (ou faire tout comme en associant de très près leur théologiquement correct avec le salut). Les hommes ont peut-être un coeur sincère mais cela ne les rend pas infaillibles. J’ai déjà lu quelque part qu’on peut avoir le zèle en manquant de connaissance… et puis je me range avec Luther en disant que l’homme est simul iustus et peccatur, justifié peut-être mais toujours pécheur (et donc faillible). C’est bien là que le contexte organisationnel, la compréhension de l’autorité, et l’exercice du pouvoir rentrent en jeu.

    Pour moi la révélation biblique elle-même est caractérisée par Dieu qui parle au travers une pluralité de voix qui sont parfois, osons le dire, dissonantes. Encore une fois, c’est un trait caractéristique et non pas un bug à résoudre qui invite au débat, non pas aux « déclarations » sanhédrinesques si chères au Gospel Coalition.

    Assumons nos convictions, mais ayons l’humilité de reconnaître d’autres frères et soeurs en tant que tels et non pas de balayer leur sincérité de coeur en les traitant de « libéraux », « hérétiques », ou d’autres noms d’oiseaux du patois de Canaan…

    Eutychus.fr@gmail.com

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  • Salut Eutychus (serais-tu David Vincent… ?),

    Je trouve beaucoup d’accusations dans tes propos (c’est ce qui m’a initialement fait réagir, avec aussi des formulations qui m’ont, à raison, fait soupçonner une approche libérale de la foi… ce qui a été confirmé par ton commentaire suivant).
    Désolé, mais nous n’avons pas la même foi.

    Si Sam et moi pouvons avoir des désaccords et tout de même être assurés (ou du moins croire volontiers) l’un l’autre de la bonne foi fraternelle de chacun; entre le libéralisme protesto-évangélique (quelque soit sa forme) et l’évangélisme biblique (appelés par certains fondamentalisme, à tort ou à raison), il n’y a aucune commune mesure.

    Ainsi, je ne m’étonne pas de ton appréciation de l’Ecriture… que tu qualifies « in fine » d’insuffisante.
    Tu me reproches de ne pas avoir mentionné l’Esprit… relis mon commentaire précédent et vérifie… tu as peut-être lu un peu vite.

    Pour te répondre de manière plus ordonnée (ce sera la dernière ou l’avant dernière réponse, pas davantage car je sais que de tels échanges entre personnes de religions si opposées, dans un format commentaire de blog, ne porte que très rarement des fruits positifs) :

    Tu dis « L’autoritarisme en question est particulièrement pernicieux car il relie l’autorité des conducteurs et la soumission des adeptes à la supposée nature même de la divinité et des relations entre les personnes de la Trinité. Remettre en cause les idées promulguées dans ce milieu revient donc à remettre en cause la personne de Dieu. »

    Je demande : qui exactement accuses-tu de cela? Je n’ignore pas que de telles dérives existent, mais dans le cas de Josh Harris, est-ce un élément qui a été évoqué par l’intéressé de manière explicite pour justifier son abandon de la foi? Sais-tu des choses sur son expérience ecclésiale que nous ignorons? Ou est-ce seulement une affirmation globalisante et hâtive?

    En suite tu dis : « Tu en fais la démonstration avec cette déclaration fracassante, peu importe comment tu tentes de la qualifier : « quiconque a été enseigné par ces hommes, a été enseigné par Dieu », dis-tu.
    Il fine il est difficile de distinguer cette notion d’autorité de celle de l’église catholique. En revanche, et puisque tu aimes les citations bibliques, elle va totalement à l’encontre de l’esprit de la Nouvelle Alliance telle qu’elle nous est présentée en Jérémie : Celui-ci N’INSTRUIRA PLUS SON PROCHAIN, ni celui-là son frère, en disant : « Connaissez le Seigneur ! » Car tous me connaîtront (Jér 31:34) »

    Je demande : Christ ne fait-il pas des dons d’enseignants à l’Eglise (Nbr 12:6 ; Deut 18:15-22 ; 1 Co 12:27-30 ; Ep 4.11-13) ?
    Or, qu’est il attendu de ces enseignants si ce n’est d’être trouvés fidèles dans leur doctrine? (2 Tim 2:15 ; Mt 24:45-51; 1 Co 4:1)
    N’est-ce pas Christ lui-même qui parle d’une soumission aux apôtres comme d’une soumission à lui-même (Luc 10:16 ; Jean 13:20 ; 1 Jean 4:6)? Et dans la mesure où un enseignant (non plus un apôtre) est fidèle au message apostolique, ne peut-on pas dire que l’écouter, c’est écouter les apôtres et donc c’est écouter l’Esprit qui souffla dans les apôtres, c’est à dire Dieu même?
    Ainsi donc, je maintiens ce que j’ai dit concernant les hommes contemporains ou anciens qui ont fidèlement prêché la parole de Dieu. Je maintiens aussi ce que tu sembles avoir ignoré dans mon précédent message, à savoir la nuance entre l’infaillibilité de la personne et l’infaillible édification divine dès lors que l’enseignant est fidèle. Pour le redire autrement, ces hommes ne sont pas infaillible, mais Dieu enseigne infailliblement à travers eux aussi longtemps qu’ils exposent droitement la doctrine chrétienne.

    Au sujet du texte de Jérémie que tu cites, tu prétends que ce texte invalide l’affirmation selon laquelle il y aurait des autorités humaines données par le Christ en matière de doctrine. Je pense sincèrement que tu ne te diras pas plus sage que l’auteur de l’épître aux Hébreux, n’est-ce pas? Pourtant il cite ce passage de Jérémie, et conclut son écrit par ceci :
    « Obéissez à vos conducteurs et soyez soumis, car ils veillent pour vos âmes, comme ayant à rendre compte; afin qu’ils fassent cela avec joie, et non en gémissant, car cela ne vous serait pas profitable. »
    Qui se trompe donc, l’auteur de l’épître aux Hébreux, ou toi?

    Mais au cas où ta théologie de rendrait suspicieux de cette épître et de sa provenance divine, je reviens directement au livre de Jérémie. Le chapitre 33, n’annonce-t-il pas sous forme de typologie, la continuation d’un ministère d’enseignement et de supervision (cf. les lévites et les prêtres qui ne manqueront pas; versets 14-22)? Le prophète se contredirait-il en affirmant tantôt que nul n’enseignera son frère, tantôt qu’il y aura encore des lévites et des prêtres dont le rôle, selon la loi, est aussi d’enseigner et d’exercer l’autorité (Deut 33:9-10 ; 17:8-13)? Et ce dernier passage cité entre parenthèse n’accuse-t-il pas d’orgueil ceux qui se refuse à l’autorité biblique établie par Dieu dans la communauté des croyants?

    En suite quand tu dis :
    « Nous sommes mal placés sur le plan de l’éternité pour juger la véritable apostasie de Harris, en revanche la structure décrite ci-dessus garantit qu’il sera *qualifié* d’apostat par ce milieu et ceux qui le ressemblent. Ce qui m’inquiète, ce n’est pas le sort final de Harris mais ce système de pensée qui est, semble-t-il, vacciné contre toute remise en cause. »

    1) Harris lui-même se qualifie d’apostat puisque qu’il dit explicitement ne plus être chrétien et avoir abandonné la foi… Or, qu’est-ce qu’un apostat si ce n’est quelqu’un qui « abandonne » (apo) sa « station » (stasie)?

    2) Tu montres aussi que la critique que tu adresses à certains milieux te concerne aussi car, si eux manquent d’empathie, que dire d’une telle déclaration « ce qui m’inquiète ce n’est pas le sort final de Harris »… A moins que ta sérénité au sujet de son sort éternel vienne d’un universalisme, ou au moins d’un inclusivisme couplé à une négation des peines éternelles… Qu’en est-il?

    Je termine sur tes derniers paragraphes qui me semblent confus. Peut-être me suis-je mal exprimé précédemment, ce qui t’a conduit à ne pas comprendre ce que j’ai dit.

    1) Il n’y a pas de contradiction entre l’affirmation de la suffisance des Ecritures et l’enseignements par des hommes car :
    a) les Ecritures elles-mêmes nous révèlent que le moyen normal (non exclusif) est la persévérance dans la doctrine des apôtres dispensés par les dons que Christ fait à l’Eglise pour l’édification des saints… « tous ne sont pas enseignants » (paraphrase d’1 Co 12:29).
    b) Les hommes enseignants ne sont qu’un moyen qu’il ne faut pas confondre avec le but qui est la contemplation de la gloire du Christ dans l’Ecriture afin d’être transformé de gloire en gloire à sa ressemblance (2 Co 3 et 4).
    c) Ainsi, affirmer la nécessité d’enseignants qualifiés de Dieu, ce n’est pas nier l’importance de l’Esprit sans lequel tout n’est que lettre morte, sans lequel il n’est pas possible d’appréhender vitalement et spirituellement les mystères de Dieu (1 Co chapitre 2). Ce n’est pas non plus nier la suffisance des Ecritures car cette suffisance concerne la foi, la vie chrétienne, la piété. Personne ne suggère que l’Ecriture suffise pour être plombier… pour être clair!
    Pour une autre analogie, si le lait maternel suffit au nourrisson, le nourrisson n’est pourtant pas en mesure d’en profiter pleinement sans aide…

    2) Je n’ai pas suggéré qu’Harris était une brebis s’étant elle-même retirée de la main du bon berger. C’est justement l’inverse que j’affirme. Puisqu’il est impossible que le bon et divin berger faillisse à sa mission, il est donc impossible qu’Harris ait été une de ses brebis (si son apostasie se confirme finalement). Par ailleurs, mon propos était davantage de recentrer la discussion sur les causes bibliques de l’apostasie plutôt que d’élaborer sur ce qui aurait pu – comme le suggèrent indirectement certains dires – rendre le berger incapable de garder sa brebis.
    Aussi, si tu ne comprends pas comment l’on peut affirmer la réalité de l’apostasie et la non régénération chez une même personne, je t’encourage à commencer à vraiment lire – non sur des blogs ou dans des commentaires – comment la théologie réformée articule ces deux affirmations. Je vois trop souvent dans les milieux libéraux une certitude de n’avoir que peu à découvrir de la part des « fondamentalistes » de sorte que l’orgueil précède la chute intellectuelle et spirituelle. Les fondamentalistes ou conservateurs, ou « comme vous voulez », sont sommés de lire davantage des ouvrages dont le contenu diffère de leurs convictions… Mais les libéraux ne semblent pas s’astreindre à une pareille discipline en ce qui concerne des écrits majeurs de l’évangélisme biblique.
    Alors je te demande, as tu lu :
    – L’IRC de Calvin et en particulier les chapitres touchant les différents types de foi qui existent, et le lien avec l’apostasie?
    – As-tu lu « Péché et rédemption » de Blocher à ce sujet?
    – As-tu lu la Croix de Jésus-Christ de John Stott?
    Je ne fais pas une liste exhaustive (john Owen « on apostasy », etc…), peut-être as-tu lu autre chose… de quoi s’agit -il? Je suis vraiment intéressé?
    Si tu me reproches de citer des auteurs extra bibliques comme une contradiction avec l’idée de la suffisance des Ecritures, c’est un manque d’honnêteté de ta part. Car tu sais bien que ces auteurs ne sont cités que dans la mesure où ils rendent compte d’une certaine compréhension de l’enseignement de la Bible.

    3) Je n’ignore pas que le Christ faisait référence au Tanackh dans Jean 17, mais je n’ignore pas non plus que cela n’était pas exclusif puisqu’il dit aussi :
    a) que ce qu’il annonce vient du Père (Jean 12:44-50)
    b) or Jésus annonce des choses nouvelles, du moins inédites qui, sans contredire le Tanackh, n’y figurent pas proprement (Mt 13:17 ; Jean 16:12)
    c) Si Jésus annonce des choses nouvelles, que ces choses sont strictement ce que le Père lui donne d’enseigner, cela signifie que la Parole de Dieu n’est pas que l’Ancien Testament mais aussi les paroles de la nouvelle alliance.
    d) Christ, de sa bouche promet aux apôtres d’être guidés dans toute la vérité par l’Esprit… version courte, cela signifie l’inspiration divine de la doctrine apostolique (les écrits du Nouveau Testament).
    e) Tu mentionneras peut-être Marc, Luc, Jude, Jacques… pour contredire le caractère inspiré ou du moins apostolique d’au moins une partie du NT. Et bien le poids de la preuve pèse sur toi : prouve que Marc n’a pas été le secrétaire de Pierre. Prouve que Luc n’a pas composé son récit fidèle à la parole de témoins oculaires « serviteurs de la Parole » comme il les qualifie, c’est à dire ayant des dons d’enseignement et/ou de prophétie (cf. Luc 1:2). Prouve que Jude n’est pas le prophète dont il est question en Actes 15:32. Prouve enfin que Jacques n’avait pas le don d’enseignement et de prophétie comme le suggère Actes 15:13-21, inspiré par l’Esprit (Actes 15:28).

    4) Tu prouves toi-même la suffisance de l’Ecriture (telle qu’expliquée plus haut, c’est à dire en ce qui concerne la vie et la piété) car comment sais-tu que nous avons besoin de l’Esprit… à moins que l’Ecriture ne te l’enseigne?

    5) Tu rejettes l’idée de pensée unique… pourtant en critiquant la pensée unique tu fais preuve de ce que tu rejettes et te contredis puisque tu voudrais une autre pensée unique… celle qui consiste à ne surtout pas avoir de penser unique. Le relativisme est une illusion lorsqu’il se prétend autre chose qu’une série d’affirmations et de négations, comme tout autre système de pensée.
    En ce qui concerne la contextualisation, le libéralisme n’en a pas le monopole… seulement les conclusions diverges. Il ne suffit pas d’exiger la contextualisation des textes bibliques, il faut aussi choisir les bons outils pour ce faire. Aussi, une reconnaissance du fait que tous nous avons des présupposés et que personne n’est neutre d’idée en abordant la Bible, cela permet d’être moins inconscient des forces en nous qui nous conduisent à telle ou telle conclusion.

    6) Sur la prétendue quasi déification des interprètes de l’Ecriture… là encore tu fais preuve de deux poids deux mesures. Toi qui prônes un nivellement de l’autorité interprétative de tous les lecteurs de l’Ecriture… ne vois-tu pas que tu ne fais qu’augmenter le nombre d’interprète « quasi déifiés » puisque tu passes du nombres de quelques personnes qualifiées, à l’ensemble des lecteurs de l’Ecriture. Tu ne changes rien, en principe, car tu maintiens l’autorité de l’interprétation, seulement toi tu donnes cette autorité à quiconque le veut bien. Tu ne diffères donc pas vraiment de ces milieux que tu critiques… là où, selon toi, une petite caste est déifiée, toi tu préfères diviniser également tous les interprètes… Mais l’utopie de ton système revient à considérer que la démocratie est en soi meilleure que la monarchie parlementaire… En fait la question est plutôt : qu’est-ce que le chef de l’Eglise demande; lui qui est plus sage que nous.

    7) Je ne comprends pas ce que tu suggères en comparant Harris et Blocher…*

    8) Enfin, je réitère. Josh Harris dit explicitement avoir apostasier. Mais toi tu dis : non il n’a pas apostasié.
    Tu reproches à ceux qui disent qu’il est apostat de prétendre lire dans les coeurs ou les pensées, alors qu’ils ne font que lire ce que Harris a écrit! Toi, tu fais fi de ce que Harris exprime et tu prétends mieux savoir que lui ce qu’il en est vraiment de son cheminement puisque tu dis, je te cite : « Ma lecture de la réaction actuelle de Harris c’est que c’est surtout une révolte contre un système de pensée unique qui prétend détenir seul les clés de l’interprétation biblique. »
    Mais ta lecture ne devrait-elle pas plutôt correspondre à ce qui peut se lire dans la publication de Harris qui dit « Selon les métriques dont je dispose pour définir un chrétien, je ne suis pas chrétien. Pour utiliser un vocabulaire biblique, j’ai abandonné ».
    Qui donc fais preuve d’autoritarisme idéologique en faisant fi des faits explicites? Qui donc fait preuve d’un refus de remise en question en tenant pas compte de ce que Harris exprime, à cause de présupposés peut-être inconscients mais bien actifs?

    En conclusion, je n’ai rien contre toi « Eutychus ». Vraiment, je n’ai pas d’animosité contre toi. Même si nous vivons une époque où l’on oppose l’irénisme et la ferveur ou la conviction, sois assuré que je ne te prends pas en grippe.
    Seulement, en cohérence avec mes convictions, comme toi avec les tiennes, je parle. « Nous aussi nous avons cru, c’est pourquoi nous parlons ».

    Que Dieu nous éclaire, vraiment.

    Bien à toi

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  • Calaghan

    Je ne sais pas qui est David Vincent. Ce n’est pas moi en tout cas. Peu importe, d’après toi j’ai « une approche libérale de la foi » et donc « pas la même foi » que toi. La mienne serait le « libéralisme protesto-évangélique » et que m’ayant étiqueté ainsi, tu te dispenses de croire à ma « bonne foi fraternelle », car je serais un ressortissant d’une « religion si opposée » à la tienne. (Tu te permets aussi de supposer, sans fondement aucun, que je remets en cause la canonicité de tel ou tel livre du NT, mais bon, fallait bien remettre du bois sur le bûcher sans doute…^^).

    En résumé, le fait même que (d’après toi) je ne fais pas partie du même groupe suffit à lui seul de ne pas tenir compte de mes propos. Et… BAM. C’est le CQFD de mes propos sur une pensée hermétique. Mais bon, puisque tu me consacres fraternellement tout de même 2458 mots, j’essaie de te répondre… (plus) brièvement.

    1. Association des remises en cause de l’autorité spirituelle « hiérarchique » à une remise en cause de l’économie de la Trinité

    Puisque tu me le demandes, je l’ai entendu de vive voix notamment dans la bouche de Wayne Grudem pour justifier sa notion du « complémentarisme ». On retrouve la même idée dans beaucoup de milieux évangéliques sous la forme « tu ne toucheras point à l’oint de l’Eternel ».

    2. Enseignants, soumission, et faillibilité

    Tu alignes de nombreux versets pour évoquer la « soumission » aux enseignants, notamment Luc 10:16 ; Jean 13:20 ; 1 Jean 4:6, or ce mot ne figure dans aucun de ces versets. D’après moi, tu fais là une démonstration de l’obsession avec une compréhension hiérarchique de l’autorité qui n’est pas présente dans le texte. Recevoir quelqu’un chez moi ne veut pas dire que je me soumets à lui !

    Ta compréhension de l’autorité des paroles prononcées par les enseignants (nommés par… qui ? par quelle autorité ?) me paraît bien proche de la doctrine catholique de ex opere operato.

    Pour moi, être issu de la Réforme signifie que l’on croit au sacerdoce universel des croyants, en s’appuyant justement sur la promesse en Jérémie, reprise en Hébreux : l’Esprit parle au cœur du croyant individuel et l’éclaire. Bien sûr, cela ne nous dispense pas d’une assemblée, ni d’enseignants, et d’avoir une attitude générale de soumission dans une communauté plutôt que de ruer dans les brancards en permanence (attention, Héb 13 :17 ne dit pas « soyez-LEUR soumis » mais bien « soyez soumis », ὑπείκετε).

    Oui, d’après ce verset, nos conducteurs veillent sur nos âmes, mais ils n’en sont pas responsables. Penses-tu que le jour du jugement venu, on va pouvoir invoquer l’enseignement reçu de leur part comme une défense de nos propres actions ? Je ne le crois pas ! La responsabilité individuelle est au cœur de la Nouvelle Alliance et, me semble-t-il, de la Réforme.

    3. Apostasie

    Je ne crois pas que le sort éternel de quiconque repose sur le fait de dire ou de ne pas dire les mots « je ne suis plus chrétien » (mince, je l’ai dit !! Mais bon, on savait déjà que je n’étais pas de la même religion…^^). Je fais confiance au Bon Berger pour reconnaître et conduire ses brebis quelle que soit la bergerie où elles se trouvent.

    En revanche, je suis préoccupé par les milieux d’église qui parlent sans cesse dans de tels termes et qui rapprochent trop rapidement l’apostasie (d’après elles) du non théologiquement correct (toujours d’après elles). Pour toi, si je n’ai pas lu la bibliographie recommandée (devrais-je dire : qui a reçu l’imprimatur…^^ ?) mes propos sont de fait invalides !

    (PS à propos de Blocher et de Harris, si je ne me trompe pas c’est à cause des propos de Blocher dans son article à l’origine de « Péché et Rédemption » (que j’ai bien lu, whoupie, serais-je donc sauvé après tout ? Mince, c’était dans l’original photocopié dans les cahiers de Vaux et non pas le livre sorti plus tard, zut, tant pis pour moi…) que certains puristes de l’époque avaient affirmé qu’il avait « quitté la foi ». Les piliers des uns sont les apostats des autres…)

    4. Autorité et pouvoir

    Tu parles de « l’autorité biblique établie par Dieu dans la communauté des croyants » et plus loin tu me reproches « ton système revient à considérer que la démocratie est en soi meilleure que la monarchie parlementaire… ». A cela je te réponds que nous ne sommes nullement dans une théocratie.

    Pour ma part je crois que la volonté de Dieu se discerne de manière collective au sein d’une communauté de croyants réunis dans sa présence, facilitée par les responsables, de sorte que l’on puisse aboutir, ensemble, en toute humilité, à la conclusion « il a semblé bon à nous et au Saint-Esprit » (sans jeter l’anathème sur ceux ailleurs qui arriveraient à d’autres conclusions… ^^).

    J’en trouve plusieurs exemples dans la Bible et c’est ce que je cherche à mettre en œuvre à mon niveau dans ma propre communauté. Pour moi, discuter de « l’autorité spirituelle » passe très souvent à côté des réalités des prises de décision dans une église locale.

    A ce titre je trouve qu’il est plus intéressant de réfléchir en termes du pouvoir exercé par les uns et les autres. Ce pouvoir est-il distribué ou concentré ? Est-ce qu’il favorise la capacitation (« empowerment ») ou l’affaiblissement (« enfeeblement ») spirituel ou autre ? Est-ce qu’il affranchit ou est-ce qu’il crée une dépendance quelconque ? Sert-il à amener chacun et chacune à la maturité en Christ ?

    Eutychus.fr@gmail.com

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  • Salut Eutychhus,

    Je suis un peu déçu de tes réponses dans l’ensemble. Non pas déçu par la contradiction que tu apportes car tu es en droit d’exprimer un avis divergeant. Je me demande plutôt si tu as lu attentivement ce que j’ai écris. Car j’ai la même impression qu’au départ : tu sembles répondre plus ou moins à côté.

    Contrairement à ce que tu dis, ce sont tes propos qui m’amènent à mes affirmations et non pas une question de « groupe » simplement. Je suis de conviction réformée baptiste et je me sais en communion véritable avec des pentecôtistes, avec des héritiers des remonstrants, des pédobaptistes confessants et bien d’autres « groupes ». Car nous sommes en fait un seul corps d’un point de vu spirituel, car la même foi au même évangile nous rend participant du même Esprit de la promesse, l’Esprit d’adoption par lequel nous sommes constitués enfants de Dieu et donc frères les uns des autres. C’est une critique fréquente mais superficielle à l’encontre de l’évangélisme biblique, que de prétendre qu’il est réellement divisé. Oui il y a des divergences, parfois même très profondes, mais Christ n’est pas divisé… ainsi ceux qui sont en lui ne le sont pas non plus.
    Je parle donc d’une religion différente en référence à des fondamentaux non partagés. Peut-être aurais-je du expliciter précédemment.

    Ensuite, tu insistes plusieurs fois sur la distinction entre le protestantisme et le catholicisme. Personnellement, si je partage tes réserves (et c’est un euphémisme) quant à la validité du catholicisme, je ne définis pas ma foi d’abord en fonction du catholicisme romain. Ainsi donc, je ne rejette pas telle ou telle notion biblique simplement parce que le catholicisme, en en ayant abusé, en donne mauvaise presse.

    1) Tu n’as pas répondu à ma question, comme je le mentionnais. Je ne demandais pas quels auteurs font un lien entre la Trinité et la hiérarchie dans l’église. Je demandais spécifiquement si Harris avait mentionné cette raison comme explication de son abandon de la foi. Si la réponse est négative, il s’agit donc d’une spéculation sans fondement. De plus, si des dérives existent, elles n’invalident pas de fait l’analogie. Il faudrait prouver a) que cette analogie n’est pas bibliquement fondée b) que tout milieu ecclesial appliquant ce principe est aussi systématiquement le lieu d’abus d’autorité. Ni l’un ni l’autre n’est prouvé.
    Je ne reviens pas sur la citation concernant l’oint de l’Eternel qui ne concerne que des milieux très précis qui ne me semblent pas correspondre à celui de Harris (cf. milieux pentecotisants, milieux fondamentalistes style « independent baptist » dispensationalistes anti calvinistes…).

    2) Concernant les passages que tu extrais de la liste que j’ai donnée, là encore, notre degré de biblicisme jouera beaucoup dans notre compréhension des passages. Penses-tu vraiment que dans ces passages, l’expression « recevoir » se limite à une hospitalité ordinaire? Ne sais-tu pas que « recevoir quelqu’un » est un euphémisme fréquent dans l’Ecriture pour évoquer le fait d’adhérer au message de la personne accueillie? De sorte que Jean dira au sujet de ceux qui « reçoivent » ceux qui annonces de fausses doctrines : qu’ils s’associent implicitement à leurs mauvaises oeuvres (3 Jean 10-11). Jean, dans son prologue dira « à tous ceux qui l’ont reçu, [c’est à dire] à ceux qui croient en son nom, il a donné le droit d’être enfants de Dieu » (Jean 1:12).
    Revenons même simplement aux versets que tu as considérés comme ne touchant pas au sujet de la soumission. Ceux qui sont reçus ou rejetés ont été envoyés, n’est-ce pas? Est-ce pour rien qu’ils ont été envoyés? Ne doivent-ils pas aussi, pour paraphraser Paul, « faire toute pensée captive pour Christ »? Le passage parallèle à Luc, dans Matthieu précise : « celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète recevra la récompense d’un prophète ». Or, qu’est-ce que recevoir un prophète en qualité de prophète si ce n’est de reconnaître de quelle autorité il fait ces choses (cf. Jean-Baptiste ), et ainsi de se soumettre à la parole du prophète, non comme une parole humaine mais une parole venant de Dieu. Ainsi Paul dira des Thessaloniciens :

    « Vous êtes témoins, et Dieu l’est aussi, que nous avons eu envers vous qui croyez une conduite sainte, juste et irréprochable. Vous savez aussi que nous avons été pour chacun de vous ce qu’un père est pour ses enfants, vous exhortant, vous consolant, vous conjurant de marcher d’une manière digne de Dieu, qui vous appelle à son royaume et à sa gloire.
    C’est pourquoi nous rendons continuellement grâces à Dieu de ce qu’en recevant la parole de Dieu, que nous vous avons fait entendre, vous l’avez reçue, non comme la parole des hommes, mais, ainsi qu’elle l’est véritablement, comme la parole de Dieu, qui agit en vous qui croyez. » (1 Thess 2:10-13)

    Un père n’attend-il pas une joyeuse et confiante soumission de son enfant?

    Et là où tu ne comprends pas la soumission d’une assemblée, c’est parce que tu ne saisis pas que bibliquement, personne ne s’auto proclame responsable sur une assemblée. Mais d’autres responsables (traditionnellement dans le protestantisme, c’est en accord avec l’assemblée locale, ce qui me parait biblique) nomment un nouveau responsable. Je te recommande la lecture d’1 Timothée 3 et de Tite 1.

    Je ne sais pas quelle est ta familiarité avec la syntax du grec biblique; mais pour faire bref, il est dit : Πείθεσθε τοῖς ἡγουμένοις ὑμῶν καὶ ὑπείκετε. L’article τοῖς est au datif ce qui en fait une sorte de relatif « à les / aux / à-par ceux qui ». Or, la structure de la phrase suggère que le soumettez-vous (ὑπείκετε) est aussi en lien avec le « soyez persuadés » (Πείθεσθε). Donc les deux verbes sont liés à la clause « à vos conducteurs ».
    Bref, ce texte est clair, et en voici un autre qui lui est semblable :
    « Pareillement, vous, jeunes gens, soyez soumis aux anciens; et tous, les uns à l’égard des autres, soyez revêtus d’humilité; car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles. » (1P 5:5)
    et encore au sujet des qualités du responsable : « conduisant bien sa propre maison, tenant ses enfants soumis en toute gravité. Mais si quelqu’un ne sait pas conduire sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’assemblée de Dieu? » (1 Tim 3:4-5).
    Ce n’est pas Wayne Grudem ou TGC qui fait l’analogie entre le capitanat du père de famille et la conduite d’une assemblée par un responsable… c’est l’Esprit de Dieu.

    Enfin, pour finir sur cette question, tu confonds le sacerdoce universel des croyants qui consiste en une égale liberté d’approche du lieu saint par tous les croyants (cf. Hébreux 10:19-22) pour le service de l’adoration (Jean 4:23-24 ; Hé 13:15 ; 1P 2:9) d’une part, avec le don d’enseignement qui est donné par l’Esprit comme il le veut, à certains, pour l’édification du corps. Encore une fois, tous sont-ils enseignants? demande rhétorique de Paul? Pierre dira de même :
    « Suivant que chacun de vous a reçu quelque don de grâce, employez-le les uns pour les autres, comme bons dispensateurs de la grâce variée de Dieu. Si quelqu’un parle, qu’il le fasse comme oracle de Dieu; si quelqu’un sert, qu’il serve comme par la force que Dieu fournit, afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus Christ, à qui est la gloire et la puissance, aux siècles des siècles! Amen. » (1P 4:10-11).

    La soumission relève de la responsabilité individuelle dont tu fais mention. D’où les impératifs « soumettez-vous » et non pas « faites vous soumettre » ni même « anciens, vous devez soumettre les croyants ». C’est une démarche d’humilité. Et les anciens aussi sont soumis à la même exigence d’humilité.
    Si devant le trône du jugement, cela ne sera pas une excuse suffisante d’avoir été mal enseigné, Jacques déconseille d’être nombreux à vouloir devenir enseignants car « nous serons jugez plus sévèrement ». Ce qui suggère logiquement que tous ne sont pas enseignants… (Jacques 3).

    3) Tu verses dans la caricature. Qui peut croire superstitieusement qu’il existe des formules quasi magiques qui, une fois prononcées, attirent sur nous un destin irrévocable? Néanmoins, je ne suis pas l’auteur de ces mots :
    « Personne ne dit sans l’Esprit, Jésus est Seigneur; personne ne peut dire par l’Esprit, Anathème Jésus ». Quelqu’un dira que ce ne sont pas les mots de Harris. Mais ne dit-il pas qu’il ne croit pas en l’évangile puisqu’il se dit non chrétien? Ne renie-t-il pas le Christ qui a averti qu’il renierait ceux qui le renient? Ne dit-il pas ou bien la Bible est fausse ou bien Christ ment, ou bien je rejette cette vérité de préférence pour un mensonge?

    Oui, tu as raison, il existe certains milieu où il n’est pas fait de distinction entre une erreur doctrinale importante mais d’un croyant authentique, et l’apostasie même. Tu as raison, cela est vraiment déplorable. C’est là qu’il faut que notre monde regagne en nuance et en discernement. La nuance nous ferrait aussi dire que certains milieux très rigoureux sur la doctrine tiennent en équilibre l’orthodoxie et la grâce car ils ont conscience que la grâce est le fil rouge de l’orthodoxie.

    Pour Blocher, je comprends à quoi tu fais référence. Il ne semble pas que la comparaison soit pertinente néanmoins…

    4) Concernant la démocratie et la monarchie parlementaire, je ne défendais pas un système ni ne critiquais un autre. Je rejetais l’idée implicite qu’un système serait en lui-même vertueux ou en lui-même vicieux… Les systèmes ne sont rien, rien que des fenêtres d’expression de ce qui est dans le coeur des hommes.
    Je suis d’accord avec toi sur la nécessité d’associer tous les « laïcs » membres d’une église locale à la plupart des décisions concernant l’assemblée. La question est de quelle manière les y associer. Par ailleurs, pour te prouver que tu saisis mal l’autorité telle que je la conçois, voici ma conviction par exemple sur la discipline de l’Eglise. Je ne crois pas que les anciens seuls puissent « mettre un croyant sous discipline ». Car Matthieu 18 et 1 Co 5 placent explicitement cette responsabilité dans les mains de l’assemblée entière (cf. Matthieu 18 : en dernier recours dis-le, non aux anciens seulement, mais à l’Eglise; même si cela doit probablement passer par une annonce préalable aux anciens).

    Pour l’anathème à ceux qui arrivent à d’autres conclusions, tu te trompes. Paul jettent l’anathème dans l’épître aux Galates justement à ceux qui maintiendraient une position opposée à ce que le « concile » de Jérusalem a conclu au sujet de la circoncision des païens…
    Donc l’affaire n’est pas si simple que cela. Certains sujets admettent des opinions divergentes, c’est vrai. Cela n’implique pas que ce soit le cas de tous les sujets.

    Je te rejoins, pour finir, sur l’intérêt des questions que tu formules en dernier paragraphe.

    C’est donc ma dernière réponse. A toi le dernier mot si tu le souhaites. Je prie que cet échange soit utile pour quiconque le lira.

    Encore une fois, je prie que le Dieu de toute grâce nous éclaire et nous conduise plus près de Lui.

    Bien à toi.

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  • Calaghan :

    > Je suis de conviction réformée baptiste et je me sais en communion véritable avec des pentecôtistes, avec des héritiers des remonstrants, des pédobaptistes confessants et bien d’autres « groupes ». Car nous sommes en fait un seul corps d’un point de vu spirituel, car la même foi au même évangile nous rend participant du même Esprit de la promesse, l’Esprit d’adoption par lequel nous sommes constitués enfants de Dieu et donc frères les uns des autres.

    Amen. Moi-même je me situe volontiers dans cette liste, mais tu as d’ores et déjà conclu que je ne partage pas la même foi, voire la même religion, et que donc je ne suis pas ton frère.

    Doit-on s’étonner alors que Josh Harris et ses semblables pensent si facilement ne plus être chrétiens, à force qu’on le leur répète…?

    > Ensuite, tu insistes plusieurs fois sur la distinction entre le protestantisme et le catholicisme.

    Non, j’insiste sur le fait que d’après moi, ta conception de l’autorité doit plus à la pensée catholique que tu ne le penses. Mon père disait toujours que les milieux de type SGM avec leur conception de l’autorité étaient de fait catholiques de ce point de vue et je crois qu’il avait raison. Alors que mon grand-oncle issu des assemblées de frères a aussi remarqué avec raison, en parlant de ces assemblées, « les Français ont toujours besoin d’un pape »…

    > Je demandais spécifiquement si Harris avait mentionné cette raison comme explication de son abandon de la foi. Si la réponse est négative, il s’agit donc d’une spéculation sans fondement.

    Ce n’est pas ce que tu avais demandé, mais bon. Tout ce que nous écrivons ici au sujet de Harris est de la spéculation et je n’ai jamais prétendu le contraire. J’avance l’hypothèse qu’il y a un lien entre son prétendu abandon de la foi et cette conception de l’autorité spirituelle qui d’après moi favorise les abus spirituels.

    > Concernant les passages que tu extrais de la liste que j’ai donnée, là encore, notre degré de biblicisme jouera beaucoup dans notre compréhension des passages.

    Tu parles. Pour ma part je trouve que tu ne laisses pas parler le texte lui-même. Vu de là où je suis assis, à de très nombreuses reprises ton exégèse revient à dire « A veut dire B, B veut dire C, donc A veut dire C ».

    Ainsi par exemple tu appuies ta déclaration que la Bible est la vraie Parole de Dieu sur la déclaration de Jésus lors de sa prière sacerdotale « ta parole est la vérité » alors que de toute évidence dans le texte lui-même, Jésus ne faisait nullement allusion dans sa prière à quelque chose qui correspondrait à notre Bible d’aujourd’hui. Les exemples de ce type de raccourci foisonnent dans tes propos.

    De même, tu affirmes, sans aucun fondement que je ne trouve, que « recevoir quelqu’un » est « un euphémisme fréquent dans l’Ecriture pour évoquer le fait d’adhérer au message de la personne accueillie », puis transforme cette « adhésion » en une « soumission » à la personne ainsi accueillie… pour enfin ressortir les textes parlant de cet accueil comme preuve « biblique » de la soumission ! Ce n’est pas de l’exégèse, c’est un jeu de passe-passe !

    De même (encore), « Ceux qui sont reçus ou rejetés ont été envoyés…ne doivent-ils pas aussi, pour paraphraser Paul, « faire toute pensée captive pour Christ »? » Non, mais ! Tu vas piocher chez Paul écrivant aux Corinthiens pour expliciter l’envoi des disciples par Jésus dans les Evangiles ??

    > Le passage parallèle à Luc, dans Matthieu précise : « celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète recevra la récompense d’un prophète ». Or, qu’est-ce que recevoir un prophète en qualité de prophète si ce n’est de reconnaître de quelle autorité il fait ces choses

    Figure-toi que nous avons abordé ce verset même lors de notre étude biblique la semaine dernière (oui, même ceux qui ne sont pas de vrais frères étudient la Bible, quelle horreur !). Je ne vais pas te livrer toutes nos conclusions mais je peux t’assurer que l’idée que le propos de ce verset c’est avant tout de reconnaître *l’autorité* du prophète (encore ce mot, cette obsession !!) n’a pas émergé. Laisse parler le texte !

    > Je ne sais pas quelle est ta familiarité avec la syntax du grec biblique;

    Suffisant pour constater que le mot traduit par « soyez soumis » est un « hapax legomenon » donc unique dans le NT, donc difficile à cerner avec certitude. Et je lis suffisamment le français pour constater que tu te protèges en rajoutant « la structure de la phrase *suggère* ». Je ne vais pas miser toute ma théologie de la soumission sur une planche si fragile.

    > « Pareillement, vous, jeunes gens, soyez soumis aux anciens; et tous, les uns à l’égard des autres, soyez revêtus d’humilité; car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles. »

    Tu ne vas quand même pas dire vu le contexte que « anciens » ici veut dire autre chose qu’ « ainés » ? En revanche je souscris entièrement à l’exhortation à l’humilité *réciproque* de tous de ce verset, qui n’a besoin d’aucune exégèse compliquée et qui se fait rare parmi les conducteurs évangéliques souvent imbus de leur personne.

    > Ce n’est pas Wayne Grudem ou TGC qui fait l’analogie entre le capitanat du père de famille et la conduite d’une assemblée par un responsable… c’est l’Esprit de Dieu.

    Je me donne encore des bâtons pour me faire battre, je sais, mais ce n’est pas l’Esprit de Dieu, c’est l’apôtre Paul. Qu’il ait parlé sous l’inspiration de l’Esprit j’en conviens volontiers, mais de là à dire que c’est l’Esprit de Dieu qui lui a directement imposé l’analogie de sorte qu’on puisse dire qu’il en est l’auteur, c’est encore un raccourci de trop !

    > Mais ne dit-il pas qu’il ne croit pas en l’évangile puisqu’il se dit non chrétien? Ne renie-t-il pas le Christ qui a averti qu’il renierait ceux qui le renient? Ne dit-il pas ou bien la Bible est fausse ou bien Christ ment, ou bien je rejette cette vérité de préférence pour un mensonge?

    Tu appliques aux propos de Harris exactement la même approche « exégétique » qu’aux Ecritures. Dans le « texte » Harris dit qu’il ne se reconnaît plus comme chrétien. De là tu te permets de dire que le « texte dit » qu’il ne croit pas en l’Evangile, qu’il affirme que la Bible est fausse, que le Christ ment, etc. *alors qu’il n’a rien dit de tout cela*. Tu le condamnes pour des choses qu’il n’a pas dites.

    Là encore, je pense que Harris n’est pas le seul à subir un tel traitement et c’est bien pour cela que je persiste ici.

    >Pour Blocher, je comprends à quoi tu fais référence. Il ne semble pas que la comparaison soit pertinente néanmoins…

    La pertinence, c’est que de toute évidence, le fait que tel ou tel petit pape se contente de déclarer que quelqu’un a « quitté la foi » ne revient pas à une déclaration contractuelle d’anathème… son sort appartient à Dieu seul. En revanche, parler dans de tels termes peut présenter l’avantage de ne plus avoir à se remettre en question par rapport aux propos de l’apostat en question…

    Sur ce, https://xkcd.com/386/ :)

    Eutychus.fr@gmail.com

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  • Bonjour !

    Merci pour les réflexions de chacun.
    Pour ma part, ceci m’a premièrement frappé : « À 21 ans, après le succès fulgurant de son premier livre J’ai tourné le dos au flirt, le pasteur CJ Mahaney l’a repéré, voyant [déjà ?] en lui son potentiel successeur au leadership de la megachurch dont il était pasteur, puis de l’union d’églises dont il était président (Sovereign Grace Ministries). [Soulignons : ] Après 7 ans de stage pastoral, Joshua se retrouve propulsé à tout juste 30 ans pasteur principal d’une église de plusieurs milliers de membres. En parallèle, il gravit les échelons dans l’organisation The Gospel Coalition (dont Évangile 21est la branche francophone), jusqu’à devenir membre du comité directeur, aux côtés de pasteurs et théologiens reconnus comme Don Carson et John Piper. Il est invité comme orateur à de nombreuses conférences, et continue à publier des livres populaires sur divers sujets de la vie chrétienne. On est maintenant en 2010 et Joshua a 36 ans. Jusque-là, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes et sa « carrière » semble déjà toute tracée. C’est là que les ennuis commencent… ». Ce qui ne devrait étonner personne.

    Au-delà du « cas Harris » [lequel est une personne et non un thème théologique ou un objet d’étude], il importe effectivement, comme le suggère Calaghan, dont j’ai apprécié les commentaires, d’élargir la réflexion aux raisons de l’abandon de la foi d’un grand nombres de jeunes leaders, très probablement lié à la mise en responsabilité trop précipitée [soulignons] de beaucoup d’entre eux, sans discernement suffisant [re-soulignons] des qualifications bibliques pour cela, malgré les avertissements de l’Ecriture au sujet des néophytes élevés au rôle de conducteur » cf 1 Tim.3v6 [ce qui en dit long sur la responsabilité des personnes en position d’autorité qui les ont propulsé « au sommet » quelque peu prématurément…].

    D’où l’importance de veiller à ce que le ministère du pasteur ne soit pas exercé de manière solitaire (ce qui semble souvent le cas) mais bien articulé avec un ministère collégial d’anciens de l’Église. Le fait que l’Église dont ce pasteur est membre soit rattachée à une union, un mouvement, une fédération d’autres Églises devrait aussi garantir un discernement collectif (et non solitaire – sur quels critères, autres que la parution d’un best-seller ?) de la vocation de ce pasteur, mais aussi en général une certaine formation et (soulignons) un accompagnement de son ministère.

    Fraternellement,
    Pep’s

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  • je ne vais pas ecrire un pavé pour dire ce que je pense mais juste dire que quitter la foi est trop facile , josh aurait pu lire et analyser le livre JOB de la BIBLE, ce qui lui est arrivé est normal meme si il a faibli ce n’est pas une raison d’abandonner. donc j’espere que l’esprit va lui dire de vivre maintenant Jesus et non la religion protestanne.

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  • Merci Sam pour cet article édifiant. Il est l’un des plus raffraichissant que j’aie lu jusqu’a présent sur la situation de Harris . Comme tu conclus si bien, ce moment devrait nous amener premièrement a prier pour notre propre coeur. Que le Seigneur qui peut nous préserver de toute chute et nous faire paraitre devant lui sans reproche et dans l’allegresse nous garde dans la foi et ramène Josh a Lui.

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    • Amen Stephann, et merci pour ton commentaire encourageant et édifiant ! Oui, que Dieu nous garde attachés à lui, par sa grâce seule, car si nous étions livrés à notre seule bonne volonté, il n’y aurait plus aucun espoir pour nous…

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  • Est ce que la femme avec qui il est divorcé est toujours chrétienne ou pas ?

      Laurent
    • Je crois pas non.

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