Pourquoi nous sommes incapables de changer le monde

Qu’est ce qu’on aime se sentir puissant.

C’est indéniable. Ce sentiment de pouvoir ressemble à cette euphorie que tu ressens après une bonne séance d’entrainement à la salle.

C’est cette même sensation que tu as quand tu te mets à écouter en secret l’une de ces chansons pop dont tout le monde ricane, mais qui te fait sentir comme si tu marchais sur la lune.

C’est aussi cette sensation qui te donne des utopies d’un monde idéal. Sensation qui vire vite à la dépression et à l’anxiété car, comme tu le sais, dans le monde dans lequel on vit, cette sensation de pouvoir ne te fait pas marquer de points.

Je suis dans la dernière ligne droite du livre d’Andy Crouch nommé Culture Making. Celui-ci contient un chapitre intitulé « Pourquoi nous sommes incapables de changer le monde ? ». Jusqu’à ce que je tombe sur ce fameux chapitre, j’avais encore espoir d’être interpellée par un discours comme celui-ci : « Bonne nouvelle, en réalité nous pouvons changer notre culture ! Il nous suffirait de faire quelques bons films, de la bonne musique et d’écrire quelques livres de qualité, à ce moment-là on pourrait peut-être inverser la tendance ! »

C’est ce que les premiers chapitres laissaient à croire, (ou c’est peut-être moi qui ne lisais pas d’assez près) mais à mesure que j’attaquais le dernier tiers du livre, je commençais à réaliser que je m’étais fait des illusions. C’était un moment de déception mais aussi un soulagement.

Voici un passage qui m’a particulièrement frappée :

« Changer le monde semble être à portée de main, jusqu’à ce qu’on réalise à quel point il est déjà si difficile de changer la moindre chose dans nos propres vies. Ne serait-ce qu’au quotidien, nous ne tenons même pas nos promesses, cédons à nos mauvaises addictions et passons en revue nos vieux fantasmes alors que nous savons très bien que nous devons nous en débarrasser. Nous avons opéré beaucoup moins de changements en nous que nous voulons l’admettre. Sérieusement, qui sommes-nous pour nous penser capables de changer le monde ?« 

Andy Crouch nous explique que nous faisons tous partie de la construction de nos cultures, car dans un sens (toutes proportions gardées) nous changeons le monde par ce que l’on fait et créé autour de nous. Cependant, notre contribution à la culture à l’échelle globale ne va pas au delà de nos cercles rapprochés. Bien plus que ça, au cours de nos vies nous absorbons plus les cultures environnantes que nous en produisons.

Andy Crouch conclut ainsi :

« Si notre enthousiasme au sujet de changer le monde nous mène en quelques sortes à nous égarer dans la lubie que nous ne sommes pas du monde, que nous savons de quoi le monde a besoin et qu’avec tous les outils mis à notre disposition (la bonne volonté, l’enthousiasme, etc.) nous pouvons changer le monde, nous n’avons pas encore réalisé que le monde nous a beaucoup plus changés que l’inverse. Prenez donc garde aux « super-sauveurs » car ils ne connaissent pas encore le vrai sens du péché. »

C’est à ce moment précis que la déception m’a rattrapée, mais aussi le soulagement. Pour la jeune ado de 17 ans et quasi bachelière que je suis, les comptes Twitter et autres blogueurs que je follow me vendent des histoires fantaisistes de monde à changer que j’achète volontiers.

Je suis consciente que j’adhère à toutes ces histoires à dormir debout mais j’aime trop ces idées pour m’en préoccuper et chercher à y remédier. Ne sommes-nous pas tous trompés par ce désir de pouvoir ? Ne voulons-nous pas tous être un acteur d’un changement majeur dans notre Histoire alors que nous sommes trackés par des milliers d’admirateurs sur les réseaux sociaux ? Cela ne nous arrive t-il jamais de penser que nos propres pensées sont en réalité un cadeau de Dieu pour l’univers ?

J’aime à rêvasser que je peux changer le monde à moi seule, mais je reviens vite sur terre quand je fais face à ma réalité : je ne suis rien de plus qu’une ado de 17 ans parmi un océan de 7 milliards d’individus et ce que je fais n’a clairement aucun impact au niveau mondial. Je pourrais à la limite me faire « un nom » parmi mon cercle et peut-être inspirer quelqu’un de mon entourage. Mais de là à changer le monde ? Aucune chance. Et écrire ce que je pense, dans le seul but de faire rentrer le monde dans un moule forgé à mon image ne serait qu’une tentative déguisée de faire passer mon identité de simple être humain à celui d’un Dieu capable de changer le monde.

Et c’est vrai que ça sonne plutôt cynique que de mépriser les bienveillants tweets de certains sites chrétiens et les chansons de louanges actuelles branchées qui sont là pour nous donner un regard positif sur nous mêmes. Je ne veux pas être celle qui dénigre le côté exhortant de ce genre de choses. J’en conclus que les cyniques sont tout autant idéalistes que les optimistes. Et c’est la raison même de leur cynisme, car ils se sont rendus à l’évidence : le monde réel ne s’aligne pas avec leurs lubies, leur vision de ce qu’ils devraient vraiment être. Le meilleur moyen de combattre l’idéalisme tout comme le cynisme, n’est ni plus ni moins que l’humilité et l’espoir. Attention, pas l’espoir dans nos propres capacités mais bien dans celui qui nous les donne.

Après avoir compris tout ça, je remercie Dieu d’être incapable de changer le monde. Car s’il y avait la moindre chance que je puisse ne serait-ce que changer une minime ou une grande partie de ce monde, j’ai fort à parier que je ne ferais rien de mieux que ce qui existe déjà… pour la simple et bonne raison qu’au fond je reste une personne mauvaise. Je suis capable de faire de bonnes choses, certes, mais à un moment donné ma nature cachée reprendrait le dessus, je pécherais et finirais par commettre plus de mal que de bien.

Du coup, quand j’écris des choses pour les publier sur Internet, je garde en tête que je ne peux changer le monde – bien que je veuille, à mon petit niveau, influencer ma culture – et je suis reconnaissante de pouvoir le faire en quelques sortes à ma petite échelle. Tout cela pour la gloire de Dieu, qui est le seul capable d’opérer le changement reflétant sa création telle qu’il l’avait envisagée. Voilà mon espoir.

Je ne peux pas changer le monde, mais je peux faire connaitre celui qui le peut.


Article traduit de l’anglais, avec autorisation. Merci à Catharina pour la traduction.

Auteur : Rachel Seo