Joshua Wong : 17 ans et leader du « Nuit Debout » de Hong Kong

Article d’Alex et Brett Harris, paru le 8 octobre 2014 et traduit de l’anglais. Nous avons trouvé intéressant de le publier aujourd’hui, dans le contexte du mouvement « Nuit Debout » qui a lieu actuellement en France. Tu peux trouver l’original ici ou directement sur le site de The New York Times d’où il est tiré. Titres et conclusion ajoutés par nos soins.

L’adolescent mince à la coupe au bol et aux lourdes lunettes rectangulaires se tenait sur une plateforme surélevée par rapport aux milliers de manifestants qui avaient envahi le centre ville de Hong Kong. Sa voix grave était noyée par les acclamations mais cela ne dérangeait pas la foule : tous le connaissaient, lui et son message. Devant eux se tenait Joshua Wong, l’étudiant activiste de 17 ans au cœur du mouvement démocratique qui a ébranlé la main mise du gouvernement chinois sur cette ville.

« Quand j’ai entendu les premières notes de l’hymne national, j’ai ressenti plus de colère que d’émotions. » nous a révélé M. Wong quelques heures plus tard, après une manifestation lors d’une cérémonie de levée de drapeau, le mercredi 1er octobre 2014 au matin, pour célébrer la fête national chinoise. « Quand l’hymne dit « Levez-vous, vous tous qui refusez d’être des esclaves ! », je me demande en quoi le traitement que nous subissons aujourd’hui est différent de celui subit par les esclaves… »

M. Wong est apparu comme une figure emblématique dans les cercles d’activistes de Hong Kong il y a deux ans, quand il a rejoint d’autres étudiants qui protestaient contre un plan du gouvernement qui visait à introduire « l’éducation patriotique » dans les écoles, mesure qu’ils ont attaquée car ils la considéraient comme un outil d’endoctrinement créé par le parti communiste chinois. Il a joué un rôle essentiel dans l’organisation des manifestations organisées les semaines précédant le 1er octobre. Il a notamment mené une prise d’assaut surprise contre un bâtiment du gouvernement, ce qui a conduit à son arrestation et a poussé des milliers de sympathisants à envahir les rues bien plus tôt que prévu. Les journaux locaux, proches de Pékin, ont cherché à salir sa réputation en le faisant passer pour un pion des États-Unis.

La colère de la jeunesse

En réalité, M. Wong est la confirmation inquiétante pour les autorités qu’à Hong Kong, la première génération à grandir sous domination chinoise est aussi celle qui , dans bien des domaines est la plus en décalage par rapport à l’influence de Pékin. Il est né moins de neuf mois avant que cette ancienne colonie britannique ne soit cédée à la Chine en 1997 et a été élevé à Hong Kong à une période où le parti chinois a essayé de conquérir le peuple avec force pour en faire de bons citoyens chinois.

Sa proéminence dans le mouvement protestataire est aussi le symbole d’une évolution dans la politique ici – la colère de la jeunesse, amplifiée par internet et qui va bien au-delà de l’orbite des partis politiques traditionnels – une évolution qui a complètement déconcerté le gouvernement local et rendu furieux les superviseurs communistes sur le continent.

Cette évolution a fait de M. Wong une sorte de star politique ; il apparaît comme une sorte d’hybride entre un homme politique solennel et une timide star pour adolescents. Ces derniers jours, s’il n’est pas entouré par des partisans admiratifs, il est en général assailli par les caméras de télévision et les journalistes. Bien avant les manifestations les plus récentes, des étrangers l’approchaient parfois pour lui serrer la main ou lui donner une petite tape d’encouragement dans le dos et lui poser des questions sur ses résultats aux examens et son travail scolaire.

Une influence grandissante de ce jeune de 17 ans

M. Wong est tout à fait conscient de l’influence que ses camarades et lui-même ont sur les autres. Déjà en juillet, bien avant que Pékin ne propose les nouvelles règles électorales qui sont l’objet des manifestations actuelles, M. Wong disait au New York Times dans une interview : « La réforme électorale est une guerre générationnelle. ».

Chen Yun-chung, professeur assistant d’études culturelles à l’université Lingnan (Lingnan University) à Hong Kong pense que grâce à leur idéalisme et leurs capacités d’organisation, M. Wong et toute cette génération de lycéens activistes ont dépassé non seulement le gouvernement mais aussi les générations précédentes et plus prudentes de démocrates à Hong Kong.

« Leur mentalité est très différente de celle de la génération précédente. C’est ce qui me pousse à les surnommer « les mutants » mais dans le « bon sens », un peu comme les X-Men. Les habitants de Hong Kong vivent avec la menace perpétuelle d’une répression encore plus sévère qui les mettrait à genoux. Mais en même temps, je ne pense pas que ces leaders mutants soient juste des rêveurs. Ils savent qu’ils n’obtiendront peut-être pas ce qu’ils veulent mais la plupart d’entre eux sont prêts à continuer le combat. »

Une culture de résistance

Il ajoute que M. Wong représente une « culture de résistance qui est idéaliste et très persistante parmi les lycéens ».

Mais peu de personnes s’attendaient à ce que M. Wong ait un si grand impact sur les événements survenus la semaine précédant le 1er octobre. Le mouvement démocratique semblait s’essouffler et les étudiants qui avaient boycotté leurs cours prévoyaient de marquer la fin de leur campagne calmement le vendredi soir en montrant des vidéos de messages d’encouragements d’activistes taiwanais.

Alors que la vidéo touchait à sa fin, M. Wong, lorsqu’il a pris la parole alors qu’il se tenait sur l’estrade à côté de l’écran en a surpris plus d’un dans la foule en les encourageant tous à se rendre à « Civic Square » (la place Civique), le surnom que les activistes ont donné à la place située devant le bâtiment du siège du gouvernement de Hong Kong. Quelques instants plus tard, environ 200 manifestants ont réussi à échapper aux gardes et ont pris d’assaut la place sous les hourras. Mais M. Wong a été arrêté avant d’arriver sur la place et a été traîné au poste, menotté.

La nouvelle et les images de l’arrestation de M. Wong ont été très vite propagées par les réseaux sociaux et l’occupation de la place est devenue le noyau d’une protestation qui a attiré des dizaines de milliers de sympathisants. La police a essayé de disperser la manifestation le dimanche suivant en procédant à plusieurs arrestations et en utilisant du gaz lacrymogène mais cela n’a fait que provoquer encore plus d’indignation et de colère chez les habitants et a conduit des foules encore plus nombreuses dans les rues ; des rues qui sont occupées depuis octobre 2014.

Les autorités ont gardé M. Wong pendant deux nuits avant qu’un juge n’accorde une ordonnance d’habeas corpus pour sa libération.

Lee Cheuk-yan, le président du parti travailleur pro-démocratie a dit qu’il était à la fois étonné et encouragé par l’afflux de jeunes protestataires dans les rues les jours suivants.

« Les jeunes vivront encore longtemps »

« Si vous regardez les visages des personnes présentes ici, vous vous rendrez compte qu’ils sont très jeunes. » nous a dit M. Lee, 57 ans, le mardi soir alors qu’il se tenait sur l’estrade de laquelle il venait de s’exprimer face à une grande foule. « Les hommes âgés mourront mais les jeunes vivront encore longtemps. Ils les battront. »

Il a ensuite recommencé à s’adresser à la jeune foule à l’aide d’un mégaphone et a répété son commentaire, ce qui a provoqué une clameur d’approbation.

M. Wong qui va bientôt fêter ses 18 ans (le 13 octobre 2014), âge auquel il obtiendra le droit de boire de l’alcool, est un vétéran dans les manifestations politiques théâtrales. Alors qu’il était encore au lycée, lui et un de ses camarades de classe ont formé un groupe de jeunes, « Scholarism » pour combattre le plan « d’éducation patriotique » proposé par le responsable choisit par Pékin à Hong Kong, Leung Chun-ying.

Au départ, leur mouvement (qui a pris naissance sur internet) a été vu par beaucoup de résidents comme gentiment naïf. Mais à mesure que le nombre d’étudiants augmentait, ce mouvement est devenu une force puissante dans la campagne contre les changements dans les programmes scolaires. Après les grandes manifestations de 2012, le gouvernement de Hong Kong a abandonné la réforme. Depuis, « Scholarism » est une force majeure dans la promotion des demandes pour des élections démocratiques qui autoriseraient les électeurs à nominer des candidats en tant que représentant politique de la ville. Le groupe a aussi mis en place un boycott des cours par les étudiants la semaine dernière.

Si les étudiants ne sont pas en première ligne, qui le sera ?

« Si vous aviez dit à des habitants de Hong Kong il y a cinq ans que des lycéens s’impliqueraient en politique, ils ne vous auraient pas cru. » a déclaré M. Wong au Times en juillet. Selon lui : « Avec les étudiants, ce que l’on retrouve c’est de la persistance dans les principes et de l’entêtement pour les idéaux. » et il ajoute que « si les étudiants ne se tiennent pas en première ligne, qui le sera » ?

Les médias à Hong Kong le traitent avec l’intensité qu’ils réservent généralement aux acteurs et autres idoles de la culture pop. En juillet, le score d’entrée à l’université de M. Wong a suscité tellement d’intérêts qu’il a tenu une conférence de presse. (Les résultats de M. Wong étaient trop moyens pour les standards rigoureux de Hong Kong et il s’est inscrit dans une université locale qui se spécialise dans l’enseignement à distance.)

M. Wong a déclaré que sa passion pour la politique lui venait de ses parents, Grace et Roger Wong, des militants qui ont suscité de l’intérêt pour l’injustice sociale, et qui ont déclaré être fiers de leur fils mais qui sinon, restent loin des feux des projecteurs.

M. Wong et la vague de protestations émanant des jeunes qu’il a aidés à inspirer sont beaucoup moins ouverts au compromis que le camp démocrate traditionnel à Hong Kong – un fossé qui peut encore se creuser si le gouvernement chinois ne propose que de petites concessions et que les manifestations continuent. Il n’a pas répondu à nos nombreux appels ou messages lui demandant de nous accorder une interview.

Dans une interview réalisée par un journal de Hong Kong plus tôt en 2014, M. Wong a souligné que « faire des compromis avant même d’avoir commencé à se battre n’est pas logique ».

Il a ajouté : « Négocier ne me pose pas de problèmes. Mais avant de négocier, il faut être sûr d’avoir les pions pour le faire. Sans pions, comment pourrions-nous mener une guerre ? »

Je ne sais pas comment tu te sens après la lecture d’un tel article. Découragé devant un tel exemple ? Motivé de faire de même ? Un peu entre les deux ? En tout cas, sache que la période en France est propice aux bonnes idées démocratiques, et la répression n’a pas grand chose à voir qu’en Chine… Il y a sûrement de bonnes choses à faire avec « Nuit Debout ». Alors, debout ! Lèves-toi pour ta patrie et fais de grandes choses pour Dieu, tu ne les regretteras jamais !