La Bible et l’esclavage

Article de Gilles C. , 29 ans, professeur de langues

Toutes les civilisations humaines ont pratiqué l’esclavagisme jusqu’à nos jours. Pourtant, actuellement il y a plus d’esclaves dans le monde (plus de 36 millions) qu’il n’y en a jamais eu auparavant. À titre de comparaison, le nombre agrégé d’esclaves de tous les siècles de traite négrière est estimé à 28 millions. Notre société occidentale n’est que rarement esclavagiste mais elle soutient directement ou indirectement l’esclavagisme¹. La Bible et l’esclavage ont un lien assez fort. Mais prescrit-elle ou proscrit-elle l’esclavagisme ?


1- La Loi de Dieu est contre l’esclavage.

La Bible est réaliste : elle affirme l’existence de l’esclavagisme, même d’esclaves sexuels. Abraham et Laban avaient des esclaves, qui pouvaient même être hérités (Genèse 21 ; 29.24-29). Néanmoins la Bible ne décrit jamais cette réalité pour la louer mais plutôt pour la condamner (par exemple en Exode 1.11-14 ; 2.23-25 ; et 3.7-10) ou la recadrer. 

La Bible interdit l’esclavage des Hébreux (Lévitique 25.39-42) et n’autorise l’esclavage des étrangers (Lévitique 25.46) que dans le cadre de la conquête de Canaan. Ceci s’explique par le fait que dans ce cadre historico-temporel précis, les cananéens méritaient la mort. Donc, ceux qui étaient épargnés avaient pour devoir de servir à vie ceux qui leur avaient accordé la grâce de vivre. Ceci est établit à l’image de ce que Dieu fait avec son peuple (Lévitique 25.55, Deutéronome 15.15 ; 16.12 ; 24.18 et 22).

Toutefois, cet esclavage était tellement bien encadré qu’il surpasse en qualité la condition des salariés de tous les temps : les esclaves étaient circoncis et participaient à la Pâque (Exode 12.43-45), ils avaient un jour de repos par semaine (Exode 20.10 ; Deutéronome 5.14-15) ainsi que leur famille (Exode 2.12). Ils avaient part à toutes les festivités nationales et religieuses (Deutéronome 12.12 ; 16.11 et 14)

Les esclaves recevaient des indemnisations pour toute atteinte à leur intégrité physique (Exode 21.20-27, Lévitique 19.20). Si une esclave était mariée à un homme elle avait tous les droits d’une femme normale, indemnisations incluses si manquements conjugaux il y avait de la part du mari (Exode 21.7-11 ; Deutéronome 21.14)

En somme, les esclaves devenaient partie intégrante du ménage (Lévitique 25.6) au point de pouvoir manger même les aliments sacrés s’ils étaient esclaves de prêtres (Lévitique 22.11). Ils étaient donc logés, nourris, blanchis et protégés à vie ainsi que leur famille. Ceci explique que certains salariés désiraient devenir serviteurs à vie (Deutéronome 15.16-17)

Ce n’est pas un hasard si les ordonnances qui redéfinissent l’esclavage se trouvent, en Exode et au Deutéronome, pile après les dix commandements, et à la tête de tous les autres commandements. Cela montre l’importance que Dieu accorde à la liberté humaine. Le livre entier d’Exode peut être analysé en suivant cet axe de délivrance³, ainsi que toute la Bible.

Puis Dieu abhorre à un point tel la traite des esclaves qu’elle est punie de mort (Deutéronome 24.7). Qui de nos jours punirait de mort un esclavagiste ? Ceux qui accusent la Bible d’être esclavagiste sont ironiquement et hypocritement moins concernés par l’esclavage que le Dieu de la Bible.

D’autre part, Paul dans l’Épître à Philémon, nous montre un exemple magistral de lutte contre l’esclavage. Déjà il protège Onésime de son maître (Philémon 10-11), en respectant Deutéronome 23.16. Mais aussi il renvoie Onésime pour qu’il se soumette à son maître mais dans un cadre bien meilleur (Philémon 12-16). Paul applique donc l’Évangile en prenant sur lui le châtiment que méritait Onésime (Philémon 17-19) pour qu’Onésime reçoive le bon accueil que méritait Paul (Philémon 19b-21), à l’instar de Christ qui a pris le châtiment du péché pour que les pécheurs puissent recevoir par la foi l’accueil éternel dans les bras d’amour de Dieu que seulement Jésus mérite.

Finalement, l’histoire prouve que l’esclavage a été contré principalement par le christianisme, comme le dit Henri Bergson : « Nous ne voyons pas qu’aucun des grands stoïciens, même celui qui fut empereur, ait jugé possible d’abaisser la barrière entre l’homme libre et l’esclave, entre le citoyen romain et le barbare. Il fallut attendre jusqu’au christianisme pour que l’idée de fraternité universelle, laquelle implique l’égalité des droits et l’inviolabilité de la personne, devînt agissante. »³


2- La Croix de Dieu libère de l’esclavage.

Il faut se battre pour abolir tous les esclavages dans toutes leurs formes. Or, la source de tous les esclavages c’est l’esclavage du péché (Tite 3.3). Tous les esclavages sont une conséquence directe ou indirecte du péché.

La liberté du Créateur consiste à faire sa propre volonté alors que la liberté de la créature consiste à faire la volonté du Créateur. Ainsi les créatures sont forcément des esclaves (serviteurs à vie) de quelque chose puisqu’elles ont été créées pour servir le Créateur (2 Pierre 2.19). Mais, « personne ne peut servir deux maîtres, car ou il détestera le premier et aimera le second, ou il s’attachera au premier et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent » Matthieu 6.24.

Or, les humains ont convoité la liberté du Créateur en voulant faire leur propre volonté et par conséquent ont été séparés de leur seule vraie liberté, nommément celle de se réjouir en faisant la volonté de Dieu.

Mais Dieu dans sa souveraine liberté a choisi d’en sauver un certain nombre (Luc 4.16-21 ; Hébreux 2 14-15) en devenant esclave en Christ (Philippiens 2.7-8). Christ est devenu serviteur des élus pour que ceux-ci ne soient plus asservis au péché (Jean 8.31-36, Romains 6). Le terme grec « apolytrosis », rédemption, signifie littéralement « brisure de liens ». Christ s’est fait serviteur jusqu’à sa mort sur la croix, portant sur lui tous les esclavages (spirituel, physique, social, économique, etc.), pour payer la rançon des croyants et les libérer en les rendant esclaves de Christ (1 Corinthiens 7..22). Être libre c’est exprimer son essence, et les humains, étant crées pour adorer le Créateur, ne sont libres qu’en tant qu’esclaves de Christ.

Nous voyons plusieurs préfigurations de ce remplacement rédempteur dans l’Ancien Testament : Joseph est vendu comme esclave pour que le peuple de Dieu soit sauvé (Genèse. 39-50), Juda se propose comme esclave à la place de Benjamin (Genèse. 44), Samson devient esclave et, lors de sa mort libère Israël de l’oppression en éliminant ses ennemis (Juges 16.21-30).

Donc tout dépend de l’essence et du sens de la vie de chacun. Christ règne même lorsqu’il sert les humains, et les chrétiens servent Christ même lorsqu’ils règnent. Ainsi, celui qui ne vit pas pour servir Dieu, ne sert pas pour vivre. 


Une première application théologique s’impose : tout au long de la Bible il est clair que l’esclave ne peut rien faire pour effectuer ou mériter sa délivrance. Il ne peut l’effectuer car son esclavage est volontaire, et c’est le pire aspect de l’esclavage au péché : il implique un esclavage de la volonté. Il ne peut la mériter car son esclavage volontaire est passible de mort éternelle, étant un affront absolu contre l’Éternel. Donc la délivrance est souverainement choisie et préétablie par Dieu, méritée par Jésus-Christ lors de sa vie, et effectuée par Christ lors de sa mort et résurrection. La délivrance de criminels implique la grâce et la prédestination.

Suivent trois applications pratiques.

  • Premièrement, Jésus est venu libérer les captifs en devenant leur serviteur, et, par son Esprit, ses disciples sont appelés et équipés pour servir leurs prochains (ennemis y compris) pour leur présenter en parole et en acte le salut (Philippiens 2.5-12).
  • Deuxièmement, l’Évangile permet aux croyants de se plier à tout genre de servitude qui n’implique pas de pécher (1 Corinthiens 7.21-23 ; Éphésiens 6.5-8 ; Colossiens 3.22 ; Tite 2.9, 1 Pierre 2.18-19) et qui soit nécessaire à abolir la servitude d’autrui, surtout la servitude du péché, car la liberté en Christ leur suffit (Matthieu. 20-27).
  • Et dernièrement, l’Évangile élève les chrétiens car Christ les aime au point de laver leurs pieds, et en même temps les humilient car quelque soit le bien qu’ils fassent, ils n’accomplissent que leur devoir d’obéir leur Maître (Luc 17.10).

« Frères et sœurs, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, ne faites pas de cette liberté un prétexte pour suivre les désirs de votre nature propre. Au contraire, soyez par amour serviteurs les uns des autres. » (Galates 5.13)

¹ Le site suivant (en anglais) vous permet de calculer votre “empreinte esclavagiste”: slaveryfootprint.org

² Plan d’Exode : La délivrance de l’esclavage au monde (1–18), L’Alliance avec le Nouveau Maître absolu (19-24), Le QG des serviteurs de Dieu (25-40).

 ³ Bergson, Henri. Les Deux sources de la morale et de la religion. Paris, 1932. (p.42)
Auteur : Gilles Colin

Gilles, 28 ans, est professeur de sciences économiques et sociales. Il aime la philosophie et les buffets à volonté, et il est passionné de jeux de société.