Antydot : « Le prix de ma liberté » – Analyse théologique

10 Mar 2016 8 commentaires

Antydot est à ma connaissance un des seuls groupes de musique chrétiens français qui arrive à placer de paroles ancrées à des vérités bibliques et imbibées d’une théologie sérieuse découlant de l’Écriture simple.

J’ai décidé de faire une analyse théologique des paroles de leur chant « Le prix de ma liberté » qui appartient à l’album à « A lui tous les oscars », titre que l’on peut traduire légitimement par « A lui toute la gloire » pour retrouver le Soli Deo Gloria défendu par les Réformateurs protestants et surtout motif fermement inscrit dans la parole de Dieu. Personnellement j’ai surtout aimé les albums « A lui tous les oscars » et « Zèbre » (à la fois pour les mélodies et pour les paroles des chants qui les composent). C’est avec plaisir que je peux partager les paroles de ce chant car il fait partie des 3 tubes dont Antydot nous a permis de diffuser publiquement les paroles. Je compte faire après une analyse du chant « Une seule Église » qui a l’air encore plus robuste et abreuvé de passages et vérités bibliques !

Bible en main, analysons le chant partie après partie.

Couplet 1

Il n’est pas de moment plus grand dans l’histoire de l’univers
Que ce jour où le tout-puissant a bu la coupe amère
Traîné et accusé mis au rang des criminels
Lui le Sauveur du monde abandonné aux mains cruelles
La haine le poursuit de toutes parts
Les ténèbres exercent leur pouvoir
Dans le ciel des larmes ont coulé
A ce cri « Pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Le chant dans sa globalité nous parle de la mort de Christ, de sa douleur à la fois physique, psychologique et spirituelle ; et des effets salvifiques de celle-ci pour les croyants.

Dans ce premier couplet, on peut voir une vérité biblique « le tout-puissant a bu la coupe amère ». En effet boire la coupe de la colère de Dieu dans l’Ancien Testament signifiait recevoir la punition et le jugement de Dieu. Les prophètes de l’Ancien Testament s’expriment souvent ainsi pour parler du jugement d’Israël et Juda (Esaïe 51.7 ; 51.22 ; Ezéchiel 22.32-34) et des autres nations (Jérémie 25.15-17 ; 25.28) telles qu’Edom (49.12) et Babylone (Habakuk 2.16-17). Jésus-Christ (qui est Dieu, possède la nature divine peut donc être appelé Tout-Puissant) est le vrai Israël (Matthieu 2.15) qui a bu la coupe de la colère de Dieu (Matthieu 20.22 ; 26.39 ; Marc 10.38 ; 14.36 ; Luc 22.42 ; Jean 18.11), non pas pour ses propres péchés mais pour les péchés de ceux qui font partie du peuple de Dieu, qui sont unis à lui par le Saint-Esprit et rejoignent l’Israël de Dieu (Romains 9.6 ; Galates 6.16).

On retrouve aussi le fait que Christ a été condamné et crucifié en tant qu’innocent au milieu de deux criminels (Matthieu 27.38), un titre biblique de Christ, le « Sauveur du monde » (Jean 4.42 ; 1 Jean 4.14) qui ne sauve pas tous les hommes sans exception mais des hommes de toute nation provenant d’une humanité déchue. Christ a bien sûr été condamné à cause de la haine des responsables juifs, cette haine anime également la foule qui veut crucifier celui qu’elle l’avait acclamé Fils de David quelques jours auparavant (Matthieu 27.21-25) ainsi que les soldats romains (Matthieu 27.26-27). Il y a une allusion aux ténèbres (de midi à trois heures de l’après-midi) caractéristiques des événements surnaturels qui se sont déroulés peu après la mort de Christ (Matthieu 27.45).

Par contre je me permet de critiquer les deux dernières lignes, Dieu le Père d’après la Bible n’était pas attristé à la mort de Christ comme Abraham aurait pu l’être à la mort d’Isaac ; on apprend exactement le contraire, il a plu au Père de le briser par la souffrance (Esaïe 53.10). C’est par la mort de Christ que Dieu a prouvé sa fidélité et a accompli ses promesses et a montré sa justice ; c’est par elle qu’il s’est glorifié.

Refrain

C’est dans ce cri de douleurs dans la solitude de ces heures
Que ma liberté a été payée
Par cette souffrance insoutenable
Chacun de mes actes impardonnables a été jugé
Car pour nous tu es devenu péché

Dans le couplet, on peut voir une allusion au cri de Christ lié à sa solitude en tant que Fils séparé du Père (Matthieu 27.26 ; Jean 19.28) et à la solitude de Christ non seulement séparé du Père, mais aussi de tous ses amis et de tous ses disciples qui l’ont soit trahi, soit abandonné. (Matthieu 26.56 ; Marc 14.50)
A la deuxième ligne il y a une référence à l’aspect « rédemption » de la mort de Christ : c’est par sa mort qu’il a racheté, libéré et affranchi définitivement les élus esclaves d’un maître terrible et cruel qu’est le péché et de la malédiction de la loi qu’est la mort. (Romains 6 ; Galates 3.13)
C’est aussi par sa mort (qui inclut les souffrances à la fois physiques et spirituelles que Christ a souffertes du fait de sa séparation d’avec tous biens et de Dieu, on peut dire que Christ a vécu l’enfer à la croix), que chacun des péchés des élus a reçu la condamnation requise par la loi. Enfin on peut remarquer une citation de 1 Corinthiens 5.21 où en vertu de l’union avec les croyants, Christ porte les péchés des élus et les élus reçoivent sa justice parfaite.

Couplet 2

Séparé de Dieu par le fossé infranchissable
De nos péchés sans nombre et nos pensées coupables
Soumis au Père du mensonge nous brisions ton cœur de Père
Suivant le cours de ce monde et les désirs de la chair
Le jugement était sans appel, une condamnation éternelle
Mais par cette grâce infinie, tu t’es livré pour que tout soit accompli

Dans ce deuxième couplet, on peut voir la raison pour laquelle Christ a été séparé du Père : les péchés des croyants qui font que Dieu (qui est saint, pur) ne peut pas supporter celui qui les « porte » (Esaïe 59.2).

Ensuite on a une description de l’état naturel des croyants (donc aussi de l’homme naturel) avant leur régénération : ils sont soumis à Satan, le prince de ce monde (Jean 12.31 ; 16.11) et à son royaume de ténèbres (Colossiens 1.13 ; Luc 11.17-18) et ont pour père le Père du mensonge (Jean 8.44). De plus ils font encore partie du monde dans sa connotation négative et s’y conforment : l’humanité déchue en rébellion et avec un système de valeurs contre Dieu ; et vivent selon la chair, c’est-à-dire vivent en tant qu’hommes pécheurs soumis au régime du mal, à leurs convoitises et à leur état naturel mauvais (Romains 8.4-11).

On peut noter la confirmation de la condamnation sûre et irrévocable de Dieu des pécheurs en dehors de la grâce de Dieu : la mort éternelle, pas seulement une annihilation complète et irrémédiable du corps et de l’âme humaines.
Au final on voit reluire la grâce de Dieu qui a surabondé (= infinie) là où le péché a abondé et le don volontaire de la vie de Christ pour tout accomplir (les promesses concernant le salut du peuple de Dieu), conformément à la dernière parole de Christ avant son dernier souffle sur la croix : « Tout est accompli » (Jean 19.30). Œuvre à laquelle il n’y a rien à rajouter, c’est ce qui caractérise merveilleusement la toute-suffisance de la grâce de Dieu dans le salut des pécheurs (0 % de la part de l’homme et 100 % de la part de Dieu).

Bridge

Merci pour la couronne d’épines
Car par elle tu nous couronnes de gloire
Merci c’est dans cette injustice
Que par la foi tu nous as fait justice

Par suite, on a un remerciement de la part des rachetés envers Christ qui a bel et bien porté la couronne d’épines (Matthieu 27.29 ; Marc 15.17 ; Jean 19.2-5) d’après les Évangiles suivi de l’annonce d’une vérité : c’est effectivement la mort de Christ qui est à la base de tous les bénéfices de l’alliance de grâce, y compris la glorification des croyants, ils revêtiront des corps glorieux, incorruptibles et nouveaux comme Christ et deviendront entièrement à l’image de Dieu, ils auront part à la gloire de Dieu ! (1 Pierre 5.4).

En conclusion de ce « bridge », on aperçoit un merveilleux écho au décret de Dieu qui a choisi d’utiliser un événement injuste (Actes 2.23 ; 4.25-28) pour justifier gratuitement les pécheurs. L’instrument, le moyen de « connexion » aux bénéfices de l’œuvre de Christ est mentionné : c’est la foi, elle nous unit définitivement à Christ de sorte que tout qui lui appartient devient nôtre, par exemple ici, sa justice (intégrité, droiture) devient nôtre !

Refrain 2

C’est dans ce cri de douleurs dans la solitude de ces heures
Que ma liberté a été payée
Nous chantons ce chant de victoire
Le péché a perdu son pouvoir
L’alliance est scellée pour l’éternité
Nous sommes tes enfants rachetés

Dans ce dernier couplet, on voit d’autres vérités liées à la mort propitiatoire de Christ : celle-ci nous permet d’être victorieux EN Christ (unis à lui nous partageons sa victoire contre le péché, Satan, les dominations, les puissances de ce monde et la mort) et de proclamer cette victoire ! En quoi consiste précisément cette victoire ? Une facette de cette victoire qui nous est acquise par la mort et la résurrection de Christ, c’est la victoire contre le péché. Nous ne sommes plus esclaves de celui-ci et nous pouvons désormais vivre une vie nouvelle sans plus pratiquer le péché comme style de vie et en ayant la capacité de ne pas pécher ; en effet nous ne sommes plus dominés par le péché et par nos convoitises ! (Romains 6 ; 1 Corinthiens 15) Elle sera parfaitement achevée lors de notre résurrection corporelle.

Par la mort de Christ (son sang), la Nouvelle Alliance est scellée et toutes les promesses de celles-ci sont acquises pour les élus ( Matthieu 26.28 ; Marc 14..24 ; Luc 22.20 ; 1 Corinthiens 11.25) : le pardon des péchés.

La dernière phrase proclame l’adoption du chrétien, la mort de Christ permet au chrétien d’être adopté. Lors de son union avec Christ, au prix payé pour ma liberté, le croyant prend part à la relation intime entre Christ et le Père. Il rejoint alors la famille céleste, a part à l’héritage de Christ qui est le premier né, à une communion intime avec Dieu qu’il peut désormais appelé Père comme jamais auparavant ! Amen !

Laurent
Auteur : Laurent

20ans, Rébellutionaire et étudiant.

Voir tous ses articles →