.40 secondes.

2 Déc 2015 3 commentaires Néïs

Article de Néïs, lyonnaise, étudiante en dernière année d’école d’infirmière, slammeuse

40 secondes. Dans la course de nos vies, ça paraît insignifiant n’est-ce pas ? Qu’a t-on le temps de faire en 40 secondes ? Boire un café ? S’habiller ? Prendre une douche ? Manger ? Aller à l’école ? Non. 40 secondes, c’est trop peu. 40 secondes c’est trop court. 40 secondes, c’est rien. En 40 secondes, nos vies peuvent basculer.

Et pourtant toutes les 40 secondes, 1 personne tente de se suicider en France.

En juillet 2011, j’allais au ciné avec un d’mes meilleurs amis. C’était une belle journée d’été. C’était un bon film. C’était une belle soirée. C’était la belle vie. Le calme. La tranquillité. La paix. La joie. Les rires d’un ami. Les blagues pourries. Un long fleuve tranquille. Et puis il a repris sa voiture. J’ai repris la mienne.

Sur la route, j’me rappelle de son « au revoir ». Qui se rappelle comment un ami nous dit au revoir après une banale soirée passée ensemble ? Pourtant ce soir, ce n’était pas pareil. Ce soir-là, il était différent. Ses gestes. Ses mots. Ce n’était pas comme d’habitude. Oui ce n’était vraiment pas comme d’habitude : son « au revoir » avait un goût d’adieu.

Et puis voilà, je suis rentrée chez moi.
Il est rentré chez lui. Enfin, ça, c’est c’que je croyais.
Pas de SMS de sa part comme quoi il était bien arrivé. Ce n’est pas son habitude. Je l’appelle. 1, 2, 3… 10 fois. Pas de réponse. Où es-tu ? Que fais-tu ? J’t’en supplie réponds-moi !
Je tourne dans mon lit sans trouver le sommeil. Je sentais que quelque chose allait changer. Qu’est c’que j’ai loupé ? Il paraissait en forme. Mais je comprendrai plus tard que le paraître empêche de voir le mal-être… Les apparences sont parfois trompeuses.
Le lendemain, le téléphone sonne. Il m’appelle de l’hôpital où il a atterri après sa tentative de suicide.

J’m’appelle Néïs. J’ai 22 ans. Je suis étudiante infirmière. J’ai commencé à entendre parler du suicide bien avant ce soir de juillet 2011, puisqu’il a touché plusieurs personnes de mon entourage. Mais après cette soirée de juillet, j’ai supplié Dieu d’entendre les cris du cœur des gens qui m’entourent pour que je ne passe plus jamais à côté de la souffrance qui pousse au suicide.

Suite à ça, j’ai décidé d’écrire « Mon ami » ou j’laisse Dieu parler. J’ai imaginé ce que Dieu pourrait dire à tous ceux qui n’y croient plus, tous ces cœurs brisés, à ceux qui ne voient plus le bout du tunnel, et qui envisagent le suicide pour arrêter de souffrir.

À toutes ces questions dont on n’a pas les réponses, à toute cette impuissance face à quelqu’un qui se noie dans les tempêtes de la vie.
À tous ces mots que je n’ai jamais su trouver pour arrêter les larmes de couler.

À toi qui a voulu arrêter ta vie.
Et à Dieu qui m’a fait comprendre que personne n’est une erreur.

Grâce à mes études, j’ai compris que la « crise suicidaire » (comme on l’appelle dans notre jargon paramédical) est RÉVERSIBLE, TEMPORAIRE & PRÉVISIBLE.
Il n’y a aucun puits trop profond, de souffrances trop grandes, de cœurs trop brisés pour que Dieu ne puisse pas intervenir.

Avec humilité, et amour je voudrais vous laisser ces quelques mots :
À tous ceux qui veulent mourir : prenez votre téléphone, appelez un ami, et parlez-lui. Brisez le silence qui vous entoure, j’vous en supplie, demandez de l’aide. Peu importe le temps que ça prendra, vous pouvez vous en sortir. Et, n’oubliez jamais qu’au-dessus des nuages, y’a toujours le soleil qui brille…

À TOUS : aimons en acte, en gestes, en mots, en vérité. Aidons à briser le tabou et le silence en parlant du SUICIDE.

« Jusqu’à ta vieillesse je serai le même, jusqu’à tes cheveux blancs je te soutiendrai. Comme je l’ai déjà fait, je veux encore te porter, te soutenir et te préserver. » (Ésaïe 46.4)

 

Auteur : Néïs

Néïs, lyonnaise, est étudiante en dernière année d’école d’infirmière. Elle est aussi slammeuse...