Entretien avec un kamikaze

28 Nov 2015 1 commentaire Eva

Article d’Eva, 21 ans.

« Le vent soufflait fort sur les dunes. Je marchais tranquillement le long de cette grande plage, les cheveux emmêlés autour de mes yeux humides. Il faisait froid, mais la mer était belle. Je n’entendais rien, je voyais simplement quelques mouettes danser dans les airs. J’étais en vie et le vent continuait de souffler. Je ne savais pas d’où il venait, je ne pouvais pas dire où il irait. Mais je le sentais, contre ma peau, contre mon visage, contre ma vie. »

Cher kamikaze,

Assieds-toi, le café est encore tiède.

Sais tu que ton nom signifie « vent divin » ? A croire que tu peux donner le souffle aux navires, le rythme aux feuilles dans les arbres. Quelle ironie n’est-ce pas ? Le seul vent que tu as apporté ici-bas est celui du naufrage, de la mort. Je hais ce que tu as fais, je déteste ce qui a pu traverser ton esprit, je ne comprends pas comment tes actions peuvent appartenir à notre humanité. Tiens, prends ma main et regarde moi dans les yeux. Vois-tu mes mouvements, sens-tu mes battements de cœur ? Nous avons les mêmes. Comment as-tu pu juger que ta vie valait plus que la mienne ? Aurais-tu pu te regarder encore dans le miroir, après ta grande soirée ? Je sais que tu ne répondras pas, ça n’a plus d’importance. Pose tes mains sur la table, je vais t’expliquer.

Tu m’as volé le peu que j’avais. Et comme si la souffrance de perdre un proche n’était pas suffisante, tu as pris mes espoirs. Depuis que je suis née, je m’efforce de faire le bien, de procurer l’amour, de travailler la paix. Ce sont ces valeurs là qu’on nous apprend, quelque soit notre religion, notre origine, personne ne dira jamais le contraire. Je me suis construite autour de cette recherche d’humanité. Alors oui, parfois des choses allaient mal. Mais il y avait toujours une explication plus ou moins crédible et une manière d’arranger la situation.

Mais toi, vent de terreur, tu bouleverses tous les repères. Personne ne peut expliquer tes actes, personnes ne peut les justifier. Tu es l’anti-morale, l’anti-construction. Je ne peux juste pas te comprendre. Je n’arrive même pas à te détester, tu dépasses de beaucoup trop mon esprit. Tes actes sont tellement inhumains. Tu fais ça au nom de ton dieu, pour gagner ta vie. D’accord. J’entends. J’imagine que c’est normal de vouloir trouver le paradis. C’est ce que nous cherchons tous, c’est ce que tous ceux que tu as tués cherchaient aussi, ne l’oublie pas…

Tu sais, moi aussi j’ai un Dieu. Et comme toi, il a donné sa vie. Comme toi il a fait le choix de mourir, un sacrifice humain pour des plans divins. Je vois ton sourire se dessiner, mais détrompe toi, tu n’as rien compris. Le seul motif du sacrifice de mon Dieu, c’était l’amour, incommensurable, pour chacune de ses créatures, individuellement et collectivement. Un amour tellement puissant qu’il était même destiné à ceux qui ne pouvaient pas l’accepter. Et sa mort à lui, c’est la vie pour le monde, parce qu’il est ressuscité et qu’il brille dans le ciel. C’est le plus bel acte de toute l’humanité. Objectivement magnifique, tu ne pourras jamais le contredire.

Tu as l’air sceptique, trouves-tu cela trop simple ? Encore une fois, c’est que tu passes à coté de l’essentiel : il n’y a rien de naïf derrière cela, c’est juste que, comme pour ton acte, personne ne peut le comprendre. Lui aussi est au dessus de la compréhension humaine, tout comme ton horreur. Lui aussi dépasse les esprits. Mais la différence, c’est que sa mort s’est suivie d’une résurrection qui procure la vie, l’espoir, la beauté, la plénitude, la joie, la foi, la liberté, l’amour. Tout le contraire de toi en fait… Tiens regarde, ouvre ma bible et lis ces mots :

« Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire ; moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu’elles soient dans l’abondance. » Jean 10.10

Je sais que tu ne m’écoutes pas. Ça m’est égal, tu n’es plus mon problème, je sais que le Dieu de justice s’occupera de toi, comme il le fera pour chacun de nous. Ne me regarde pas comme ça. Je vais bientôt te laisser, j’en avais fini de toute façon. A ce propos, la fin, parlons en.

La tienne, tu ne la connais pas. Tu n’as aucune certitude, alors que moi j’en ai une : mon Dieu a vaincu la mort par Jésus Christ et il reviendra pour régner à tout jamais. Un règne d’amour. Alors si tu brandis encore tes armes, moi je me réfugierai sous sa croix.

Je te laisse, le café est devenu trop froid.

 

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Auteur : Eva