Le martyr de Télémaque

Article de Etienne, 24 ans, passionné d’histoire

L’article parle d’événements historiques qui se sont déroulés en 405 : le martyr de Télémaque (déclaré « saint » par les catholiques et les orthodoxes). Cette histoire nous est racontée dans le livre « Histoire Ecclésiastique » de Théodoret de Cyr un évêque grec contemporain des événements.

 

Attention ! Bien que je sois resté fidèle aux grandes lignes de cet événement, je me suis tout de même permis de romancer le tout.

 

Nous étions en 405. Rome continuait de s’enivrer de jeux et de fureurs, se croyant éternelle, alors que les germains étaient déjà à l’intérieur.

Quatre-vingt ans auparavant, l’édit de Milan avait été promulgué, assurant ainsi aux chrétiens le droit de croire et de vivre selon le Christ. Cependant, l’Empire lui-même n’avait pas changé en profondeur. Il y avait toujours plus de lieux de cultes aux dieux de pierre que des lieux d’adoration au Dieu vivant. Pour une église, dix amphithéâtres. Pour un service de louange, dix jeux sanglants. En quoi ces jeux-ci étaient-t-ils différents des autres ?

Pour les gladiateurs de ce jour-ci de 405, ils n’étaient pas différents : comme depuis six cents ans, ils allaient se battre à mort, l’un serait sacrifice humain, et l’autre objet de gloire et d’adoration. L’un allait verser son sang jusqu’à la dernière goutte, tandis que l’autre se ferait lécher ses plaies par des femmes insensées. La foule au dehors était encore pire que celle des temps anciens : assoiffée de sang comme un ogre, l’esprit embrumé par la violence qu’elle allait voir, les cris rauques d’un plaisir anticipé. Ce n’était plus des hommes, c’étaient des bêtes. Ce n’était pas un public, c’était une ménagerie. Les gladiateurs au milieu n’étaient que deux idoles de plus.

Le signal fut donné. Les gladiateurs se tournaient l’un autour de l’autre, cherchant une faille. La tension était montée, la foule était silencieuse, se délectant de la haine des gladiateurs. Encore quelques minutes, et le sang allait couler.

« Arrêtez au nom du Christ ! » retentit alors une voix énorme, auquel d’abord ils ne firent pas attention. « Arrêtez, au nom du Christ ! » et l’instant fut brisé.

Toute colère enlevée, les gladiateurs regardèrent vers le public. Au milieu des gens assis, un homme petit, maigre, revêtu d’une robe de bure se frayait un chemin parmi le public. Il arriva au bord de l’arène, enjamba sans hésiter la balustrade et sauta dans le sable. Ce moine courut ensuite vers les gladiateurs en leur criant de nouveau : « Arrêtez, au nom du Christ ! » Les deux gladiateurs voulurent reprendre leur danse mortelle, mais le moine se jeta entre eux deux et dit : « N’agissez pas ainsi, au nom du Christ ! » Les gladiateurs n’osèrent pas faire du mal à ce moine qui pourtant n’était pas plus épais que du papier.

Ce fut la foule qui s’en chargea. Comment ! Cet homme interrompait leur juste plaisir ! Il bafouait leur droit de voir de la violence éclater ! Il les empêchait de se divertir ! L’offense était trop grave, le blasphème trop violent. Des centaines de personnes se jetèrent elle-même dans l’arène, pour venger leur droit au divertissement violent. Le moine leur parla alors du nom du Christ, fils du Dieu vivant, mort lui-même sur une croix pour mettre fin à toutes ces abominations sanglantes. Avant d’avoir eu le temps de présenter tout son message, le moine fut frappé, piétiné, écrasé et démembré par une foule folle de rage et de sang. Puis chacun reprit ses esprits.

Nul ne savait pourquoi, mais devant ce corps en charpie, toute envie de sang s’était envolée, tout désir de violence s’était échappé. Chacun était à présent dégoûté d’être dans l’amphithéâtre, et tout le public partit immédiatement, sans attendre la fin d’un spectacle qui n’avait plus de raison d’être. A la fin, il ne resta plus que les deux gladiateurs pleurant autour de la masse de chair qui fut un moine.

Trois jours après cet incident, l’empereur Honorius publia un décret mettant fin à tout combat de gladiateurs. Ce que trois cent ans de critiques n’avaient pas réussi à faire, un homme seul l’avait fait. Cet homme avait simplement considéré la justice de Dieu comme plus importante que sa vie.

Cet homme s’appelait Télémaque, et c’était un disciple de Christ, fils du Dieu vivant.

 

 Pour aller plus loin sur cette histoire…

 

Auteur : Etienne O.

Etienne, 24 ans, est passionné d'Histoire.