Pour ton baptême (et ce qui s’ensuivra…)

16 Avr 2014 4 commentaires Caleb

crédit image : Anna Soliman

« Mais quand le soleil monta dans le ciel, les petits plants furent vite brûlés et, comme ils n’avaient pas pris racine, ils séchèrent. » Marc 4.6

Chers F. et M. ,

J’ai eu l’occasion de parler un peu avec vous de ce qu’est le baptême, et je sais que vous avez suivi une formation pour en découvrir un peu la profondeur. Ce n’est donc pas un message d’enseignement que je veux vous transmettre, mais plutôt d’avertissement.

Ce que vous allez faire, dimanche, confesser publiquement votre foi devant vos frères, devant vos sœurs, et devant les gens du monde, vos amis, votre famille, n’a rien d’anodin. Ce n’est pas, comme certains peuvent le laisser entendre, un simple « rite de passage ».

C’est bien plus que cela. Bien entendu, être baptisé va signifier pour vous la potentialité, et aussi le devoir d’un investissement d’un autre ordre dans l’Église, un statut nouveau, et c’est en cela que c’est un « rite de passage ».

Vous êtes appelés à servir. Servir comme de bons intendants des « charismas » (dons, grâces) dont Dieu, dans son amour pour nous, nous revêt, par son Esprit qui habite au-dedans de nous. Ce même Esprit, qui est la marque de notre élection, de notre réconciliation avec le Père, ne l’attristez pas !

Je vous dis ça comme à des frères plus jeunes dans la foi : le gage de votre épanouissement spirituel passe par l’entretien constant de l’Esprit qui brûle au-dedans de vous. Cet Esprit en vous, exige de votre corps un temple. Aussi, purifiez vos cœurs et ne péchez pas contre votre propre corps, car le temple doit être saint, c’est-à-dire mis à part. Souvenez-vous comme d’un avertissement du jeune homme qui, impur, a osé toucher à l’arche de l’Alliance. Cette arche de l’Alliance, présence de Dieu au sein de son peuple, c’est l’Esprit qui habite en vous.

Mais revenons au sens du baptême. Vous allez tout d’abord donner votre témoignage ; c’est ce que, je pense, Paul désigne par le nom de confession, quand il s’adresse à son fils dans la foi, Timothée. Cette confession vous engage. Ne vous préoccupez pas en premier lieu de la rendre attrayante et somptueuse. Ce serait risquer de  recouvrir la splendeur de la Croix. C’est en ce sens, je pense, que Paul dit qu’il n’est pas venu vers les Corinthiens avec de grands discours, de peur de faire de l’ombre à la puissance de la Croix.

Ainsi, ne travestissez pas votre confession en récit d’aventure. Je vous mets en garde contre cette tendance, parce qu’elle habite au-dedans de nous. Nous nous  la racontons parce que nous avons cette impression que notre identité est intimement liée à un récit, au fait de raconter ce par quoi nous sommes passés. Mais ne vous laissez pas aller à cette tendance d’une manière débridée. Montrez, plutôt, que vous trouvez votre identité dans le Christ.

Vous, que le monde appelle chrétiens, soyez dignes de ce nom qui résonne comme un défi. Défi parce que la tâche est inatteignable : un chrétien, c’est un petit Christ. Ce à quoi vous êtes appelés, mes frères, c’est même bien plus que que cela : vous êtes appelés à être des christs.

Être saint comme Dieu est saint, telle est l’exigence du christianisme. Exigence impossible à atteindre, et qui nous condamnait à la mort éternelle. Mais Christ nous purifie par son sang. Accrochez-vous à cette pensée, vous avez un avocat auprès du Père qui pardonne chacune de vos fautes. Ne foulez pas au pied ce sang précieux, fuyez le mal.

Cette confession que vous allez faire est le signe d’un engagement devant le monde. C’est tout votre être qui est mobilisé, toute votre identité. Vous avez accepté Christ dans vos vies, ce fut votre choix, pris en pleine liberté, mais en même temps, décrété avant la fondation du monde par le Souverain de toutes choses.

Mais que signifie donc ce témoignage que vous allez présenter à l’assemblée ?

Votre témoignage, c’est la confession publique de cette décision que vous avez prise et que vous voulez maintenir : Christ est Roi dans ma vie. C’est l’engagement d’aimer Dieu et tout ceux qui sont à son image, dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la santé comme dans la maladie, dans la joie comme dans la peine, pour la durée des temps. Car la foi et l’espérance cesseront, mais l’amour demeure.

Mes amis, mes frères, si je vous écris ce texte d’exhortation, c’est parce que je vous aime. Le jour de mon baptême, il y a donc un peu plus de quatre ans, nous étions cinq à nous faire baptiser : ma copine d’alors et l’un de mes meilleurs amis en faisait partie. Il sont aujourd’hui tout deux tombés en ce qui concerne la foi. Dieu, je l’espère les ressaisira. Ce n’est pas un jugement que je porte, parce que la chose aurait pu m’arriver et peut toujours m’arriver. Aussi, travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, de peur d’être vous-mêmes exclus de la course, car, si ce jour devait arriver, vous seriez sous l’effet des paroles de l’Écriture : « Quant à ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goutté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir, et qui sont tombés, il est impossible de les ramener à une nouvelle repentance » (Hébreux 6.4-6).

Je veux vous laisser face aux exigences infinies du christianisme. En effet, je ne veux pas qu’un jour, en vous réveillant, vous vous disiez à vous-mêmes : « Non, j’ai été trompé, je n’ai pas signé pour ça, j’abandonne », vous rendant ainsi infiniment plus coupables devant Dieu, en ce que, non contents de vous être limités à rester dans le monde, vous deveniez parjure, en rompant la promesse que vous avez faite à Dieu, devant nombre de témoins.

Et pourtant, on oublie souvent que, après que Jésus ait été baptisé, l’Esprit le porta dans le désert pour qu’il y soit tenté. Le contraste est surprenant entre la communion du Père s’écriant : « Celui-ci est mon Fils bien aimé », de l’Esprit saint qui descend sous la forme d’une colombe, et du Christ encore ruisselant des eaux du Jourdain et, quelques instants plus tard, la brûlante et assoiffante solitude du désert[1]. Christ tenté par son propre corps et par l’Ennemi, mais Christ qui manie parfaitement l’épée de la Parole… Cette épée, gardez-la en main, elle sera votre source de salut.

Mes amis, souvenez-vous que l’engagement que vous prenez devant les autres, après l’avoir pris devant le Seigneur, est radical : ni vous ni moi, en effet, ne commencerions à construire une maison sans savoir combien celle-ci va nous coûter.

Or, sachez-le, Jésus dit : « Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple »[2]. La demande n’est pas petite, mais englobante. Dieu est un Dieu jaloux, et exige de ceux qui le suivent une totale adhésion. Bien entendu, cela ne se limite pas à la famille ; le même qui dit de haïr sa femme et son fils, dit aussi que « quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple »[3].

Ne vous y trompez pas, « ne vous laissez pas non plus détourner par la doctrine qui, au moment où elle fait semblant d’effrayer, tourne court et balbutie : cette doctrine ne vaut pas la peine qu’on se lève pour la suivre »[4.] L’Évangile n’a rien d’une grâce bon marché. Jésus ne vous demande pas simplement de laisser Dieu cohabiter avec d’autres idoles. Il exige de vous un renoncement total à toutes idoles.

Prenez l’exemple d’Abraham, Dieu lui demande son fils. Autrement dit, il exige d’Abraham plus que sa vie : Isaac est l’enfant qu’il n’a jamais eu, l’incarnation de la promesse d’une descendance, un fils bien aimé. L’Évangile exige de vous vos « Isaac », c’est-à-dire pas moins que votre vie, et tout ce que vous chérissez.

Je sais que de telles paroles peuvent susciter en vous la crainte, l’angoisse même devant l’ampleur de la tâche. Pourtant, c’est l’exigence de Dieu pour vos vies, c’est la condition qui n’est soumise à aucune dérogation pour être disciple de Christ.

Ne vous méprenez pas sur le sens de ces paroles. Dieu ne veut pas que vous cessiez d’aimer votre femme, ou vos amis. Il veut que vous le reconnaissiez dans vos joies et vos succès, et que vous tiriez fierté de lui seul. Il veut que vous teniez fermes dans la souffrance et l’épreuve, les yeux fixés sur lui. Il veut que rien ne prenne la place qui revient à Dieu sur le trône de votre vie.

Quant aux souffrances que vous endurerez, je vous laisse avec ces paroles de l’un des hommes de Dieu qui ont été les plus cohérents avec ce qu’ils ont professé. Il est mort, assassiné par le régime nazi, et voilà ce qu’il écrivait :

« La croix est prête, dès le début, il n’y a plus qu’à s’en charger. Mais afin que personne ne s’imagine devoir se chercher lui-même une croix quelconque, devoir rechercher volontairement une souffrance, Jésus dit que chacun a sa croix toute prête, que Dieu la lui destine et l’a établie à sa mesure. Il lui faut porter la part de souffrance et de rejet qui lui est prescrite. C’est une mesure différente pour chacun. Dieu honore celui-ci d’une grande souffrance, il lui accorde la grâce du martyre, quant à cet autre, il ne permet pas qu’il soit tenté au-delà de ses forces. Et cependant, c’est la même et unique croix. » [5]

Mes frères, je me réjouis du pas que vous allez faire dimanche, « persuadé que celui qui a commencé en vous une œuvre bonne, en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour du Christ-Jésus »[6].

 En Christ, celui qui nous aime,

 Caleb, témoin anonyme.


[1]Mathieu 3
[2]Luc 14:26
[3]Luc 14:33
[4]Kierkegaard, Crainte et Tremblement
[5]D. Bonhoeffer, Vivre en Disciple : le prix de la grâce
[6]Épître aux Philippiens 1:6
Auteur : Caleb