Bref, j’ai été adopté

Crédits photo : aninvitinghome.com

Article d’Étienne, 17 ans, élève en terminale.

J’ai été adopté il y a quelques années… Et j’aimerais vous partager mon ressenti par rapport à cette expérience de vie. Je suis le seul adopté de ma famille et je vais vous décrire les événements tels que je les ai perçus à l’époque (il est primordial de replacer cela dans le contexte de pré-adolescence/adolescence où tous les sentiments sont accentués et où la cruauté des jeunes entre eux est elle aussi exacerbée).

Le collège

Cette période du collège a été un peu le début de tous mes problèmes ainsi que le commencement d’un questionnement permanent.

Tout commence avec des petites insultes telles que : « sale noir », « négro » jusqu’à des insultes du style : « retourne dans ton pays, tu n’as rien à faire ici » (parfois uniquement sous l’effet de la colère)… Cela semble insignifiant, mais ça blesse profondément.

Ensuite, le malaise grandit quand on entend continuellement des questions du genre : « Mais pourquoi tu es noir ? » ; « Mais sinon, tu as des VRAIS frères et sœurs ? » ; « Mais ça ne peut pas être tes parents, ils ne sont pas noirs… » Le pire, c’est peut-être d’entendre des gens énumérer les ressemblances de mes frères et sœurs avec d’autres membres de la famille, même s’il n’y a aucun désir de méchanceté là-dedans !

On est alors plongé dans un océan de questions où l’on se demande pourquoi on est la seule personne différente. On veut juste devenir un individu lambda, comme les autres. Je l’ai tellement mal vécu qu’il m’est parfois arrivé de dire que j’aurais préféré ne pas être adopté, rester dans la misère, MAIS avec des gens qui me ressemblent…

Et avec le recul, je me suis rendu compte d’un élément, qui n’a nullement amélioré les choses : je me suis beaucoup renfermé sur moi-même. Je savais déjà que l’on me sortirait des beaux discours « copiés-collés » que je connaissais déjà parfaitement. À quoi bon les écouter ?

Le lycée

Ce fut un nouveau souffle pour moi, d’autant plus que j’avais mûri et que je pouvais maintenant le prendre avec du recul. Les choses me touchaient moins et ce changement fut aussi dû à la maturité générale. On ne voit plus cette différence comme un défaut, mais uniquement comme un avantage (c’est assez drôle d’entendre les gens dire : « Oh j’aimerais être black, c’est la classe », ça me fait bien sourire) et à l’inverse, c’est un élément qui éveille les curiosités, devenant source de partage !

Une chose plutôt drôle à dire, car maintenant les rôles s’inverseraient presque. J’ai parfois des amis qui prennent des phrases pour des remarques racistes alors que moi-même je n’y voyais pas cet aspect ; quel paradoxe !

Ce temps devient le temps de la recherche. On se rend compte qu’au fond de nous, il reste un creux culturel et donc on veut tout découvrir du pays qui nous a vu naître et par lequel nous avons souffert.

On veut pouvoir y retourner pour y être, ne serait-ce qu’un instant, une personne qui ne se différencierait pas, en tout cas pas par sa couleur de peau.

Moi-même croyant en Dieu, je me rends compte avec le recul de la « chance » que j’ai d’avoir été adopté et de la richesse que cela m’a apporté malgré les moments difficiles. Pour cela je veux remercier l’Éternel, qu’il puisse ainsi continuer à m’aider dans cette quête qui est la mienne et qu’il puisse aussi vous venir en aide.

Le voyage

Cet été, j’aurai la chance de pouvoir faire un voyage « retour aux sources », dans mon cher pays natal, comme j’en rêvais. Je pense que ce n’est pas simplement de la chance …

Je suis très heureux de pouvoir faire ce voyage. En voici un petit aperçu :

–        Les trois premiers jours qui se dérouleront dans la capitale, se résumeront donc à une découverte touristique et culturelle.

–        Jusqu’à la fin des deux premières semaines, nous effectuerons un travail solidaire. Même si ce n’est pas encore parfaitement défini, ce pourrait être soit une aide médicale (premiers soins basiques) ou une aide sociale (construction dans un village). Durant ce travail nous serons accueillis par des pères Lazaristes[1].

–        Enfin, le groupe sera divisé et chacun se dirigera vers le village natal de sa famille. Ce sera des retrouvailles pour certains et des émotions fortes pour tout le monde. Je m’attends à un moment unique et intense.



[1]L’association qui organise ce « voyage retour » souhaitait lui donner plus de profondeur en ne l’inscrivant pas uniquement dans un objectif touristique, et en mettant en place ce travail solidaire. Dans un souci de nous y impliquer (tous) plus fortement et d’ainsi mettre en place un projet à la mesure de notre implication, ce projet sera défini en fonction des fonds récoltés par l’ensemble des membres du groupe. Vous pouvez d’ailleurs me soutenir financièrement en prenant contact avec moi par mail :
etienne.marilleau@gmail.com

Auteur : Etienne

Étienne, 17 ans est élève en terminale.