Battle théo: Reynald répond à Guillaume

Crédits Photo : radiohannibal.com
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Après avoir introduit la série lundi, donné la parole à Guillaume pour défendre la position incompatibiliste (1/22/2), donné la parole à Reynald pour défendre la position compatibiliste (1/22/2), avant de laisser Guillaume répondre aux arguments de Reynald, voici la réponse de Reynald aux arguments de Guillaume.

Merci d’abord pour ton article qui envisage qu’il y ait des chers frères et sœurs dans les deux camps, même si ta conclusion ne va pas tout à fait dans ce sens lorsque tu affirmes que « les apôtres n’auraient jamais pu adhérer à quelque chose qui ressemble de près ou de loin à la théorie de l’évolution » ou « quant à Jésus, il se serait tout simplement renié lui-même » !

Tu affirmes que l’évolution n’est pas compatible avec la Bible d’abord à cause de la mort. Je pense avoir répondu à cette objection dans mon article. Je redirai que la mort annoncée en Ge 2.17 et Ro 5.12 n’est arrivée qu’après la chute. La mort des animaux n’est pas mentionnée, mais on peut la déduire par la longueur du « 6e jour symbolique ». Parler d’une « bonne création » avec la mort animale peut paraître difficile, mais on pourrait se poser la même question pour la mort des bactéries ou des plantes ! La création peut se comprendre comme « bonne » même avec la mort animale. La mort de l’homme au sens biblique, image et ressemblance de Dieu, ne vient effectivement que par la chute.

Le 2e argument tourne autour de l’historicité de la Genèse. Certains textes bibliques, comme par exemple Ez 16, mêlent le côté allégorique et la trame historique. La lecture littérale, à mon avis, ne s’impose pas pour Ge 1-11 pour les raisons déjà expliquées dans mon article. Ces chapitres survolent quelques événements datant des premiers millénaires de l’humanité avec une trame historique importante (je crois qu’Adam, Caïn, Abel, Noé… ont vraiment existé). Mais l’enjeu du texte dépasse ce que nous appelons histoire au sens occidental post-Lumières. Nous sommes plutôt dans une histoire posant les fondements du salut que Dieu prépare par la descendance d’Ève pour écraser la tête du serpent, descendance passant par Abraham, Isaac, Jacob… Le tout est écrit avec une finesse et une ingéniosité quasi infinies, tout en étant lisible à tout public de toutes cultures… À partir de Ge 11.27, la descendance de Térah, le genre se rapproche plus de ce que nous appelons un « récit historique » tout en poursuivant avant tout, une histoire du salut. La différence peut se percevoir parce qu’après un survol de millénaires sur une histoire assez globale de l’humanité (1-11), le narrateur se focalise désormais sur une histoire relativement proche chronologiquement, fondatrice pour Israël, à savoir la vie Abraham.

Ton 3e argument pour nier l’évolution se concentre sur l’historicité d’Adam. Tu fais une sorte de procès d’intention dans lequel peu de chrétiens évangéliques se reconnaîtraient. Comme la grande majorité d’entre eux, je prends l’existence d’Adam et Ève comme une réalité historique. Je ne me reconnais pas non plus dans le titre « évolutionniste théiste ». Cette lecture « libérale » renvoie le plus souvent à des scientifiques comme Teilhard de Chardin, très peu concernés par l’inerrance biblique et avec une notion très rabougrie de la souveraineté de Dieu. Ma position serait plutôt celle d’une « création progressive ».

L’analogie de la foi est effectivement fondamentale, mais dans certains cas, la Bible n’a pas la réponse. Si on y cherche des renseignements pour réparer sa voiture, on sera déçu ; si on veut démontrer que la terre tourne à 1670 km/h sur elle-même, on risque de faire fausse route en lisant les textes qui expliquent que la terre est « ferme » (Ps 119.90). Pour une quantité de questions jugées non fondamentales par Dieu, nous n’aurons pas les réponses. Chercher des détails sur le « comment » de la création risque de nous induire en erreur. Par contre le « pourquoi » est beaucoup plus explicite. Il faut un minimum de bon sens « scientifique » pour ne pas reproduire le procès de Galilée.

Je revendique tout autant que les « créationnistes » la pleine inspiration de la Bible, mais il faut, à mon sens, éviter de lire « tête baissée » littéralement certains textes, sans tenir compte du « genre littéraire ».

Rébellutionnaires, merci d’avoir suivi le débat jusque-là. Sa suite est ouverte et vous appartient :).

Auteur : Reynald Kozycki

Reynald Kozycki est marié et père de deux jeunes adultes. Il est pasteur dans une Église CAEF en région parisienne. Il exerce son ministère depuis maintenant plus de 22 ans, il est aussi enseignant à l’Institut Biblique de Genève et président du réseau FEF.