Battle théo: Guillaume répond à Reynald

Crédits Photo : bleacherreport.com
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Après avoir introduit la série lundi, donné la parole à Guillaume pour défendre la position incompatibiliste (1/22/2), avant de donner la parole à Reynald pour défendre la position compatibiliste (1/2, 2/2), voici la réponse de Guillaume aux arguments de Reynald.

Cher Reynald,

Voici ma réponse à ton article. Je ne te cacherai pas être déçu par quelques inexactitudes et jugements mal fondés que j’y ai relevés. Je commencerai d’ailleurs par là.

1. Quelques inexactitudes à corriger

– Il est faux d’affirmer que c’est après la publication des Fundamentals (1910-1915) qu’une “aile dure“ évangélique aurait commencé à rejeter la théorie de l’évolution. C’est au contraire dès ses balbutiements que l’écrasante majorité des évangéliques a pris position contre elle. C’est le cas, par exemple, de Charles Spurgeon (1834-1892), qui la dénoncera immédiatement et qui passera le reste de sa vie à la combattre.

–  Il est faux de laisser entendre que la position créationniste implique nécessairement une croyance en une “théorie du complot“ (cf. ton introduction et ta conclusion) ou à une terre de moins de 10 000 ans. Je peux comprendre que tu ne partages pas nos vues, mais de là à tous nous cataloguer dans le camp de ceux qui croient à une conspiration scientifique, je trouve que tu y vas un peu fort !!

– Il est faux d’affirmer que l’ensemble des créationnistes adhère à une lecture strictement littérale du texte, et qu’ils ne reconnaissent pas les différents styles littéraires présents dans Genèse 1-11. C’est stigmatiser abusivement notre position. Affirmer le caractère historique de l’ensemble des éléments contenus dans Genèse 1-11 ne revient pas à nier les différentes techniques littéraires utilisées par son auteur. Loin de là.

2.  Sur les critères que tu proposes pour retenir ou non le choix de l’historicité

À part le “bon sens scientifique“ (que tu ne définis pas, au passage), tu ne donnes finalement aucune piste exégétique pour déterminer ce qui est historique de ce qui ne l’est pas. C’est donc sans réelles explications que tu prends position pour un style littéraire poético-cosmogonique.

Or, tu omets une information capitale : ta position part du principe que la Genèse s’inspirerait d’autres récits “cosmogoniques“ des origines (c’est-à-dire des mythes égyptiens, sumériens, mésopotamiens, etc.).

Matthieu Richelle, professeur à la FLTE et orateur très en vue des conférences du RSE, est l’un des principaux avocats de cette approche. Voici quelques unes de ses idées, issues de son ouvrage Comprendre Genèse 1-11 aujourd’hui :

– L’auteur aurait “pioché“ dans la mythologie proche orientale pour façonner certains des éléments narratifs de Gen. 1-11 (p.71). Autrement dit, ce ne sont pas des faits historiques bruts qui auraient premièrement influencé son récit, mais des mythes.
– Le seul élément historique certain de Genèse 1-3 serait Adam (p.111). Ainsi, le serpent (p. 89), ou encore la création depuis la poussière de la terre (p.74-77) ne seraient que des images empruntées à ces récits mythiques. Que les auteurs du Nouveau Testament y fassent référence explicitement comme à des faits historiques n’entre pas en ligne de compte… On se demande, dès lors, pourquoi Adam ne serait pas lui aussi une image issue de ces récits extrabibliques.
– Le déluge, quant à lui, n’aurait été que local (p.218). Il s’agirait d’une référence à une inondation, probablement en Mésopotamie (p.220).

Tu te réclames d’un héritage évangélique issu des Fundamentals, mais c’est paradoxalement contre ce type d’approches libérales que les Fundamentals prétendaient prendre position…

3. Sur ton traitement des objections à ta propre position

– Sur la place de la mort. Tu fais l’erreur d’isoler Romains 5.12 du reste de l’épître, et notamment de Romains 8.19-21.  Dans ce passage, Paul met clairement en évidence que la mort consécutive à la faute d’Adam s’étend à l’ensemble de la création. Pourtant, le verset même que tu invoques est clair : la mort n’était absolument pas dans le monde, avant le péché humain. D’autre part, si, comme tu l’écris, la mort conséquence de la chute était uniquement spirituelle, dans ce cas pourquoi Jésus a t-il dû mourir physiquement pour nous en racheter ? C’est hors de toute logique.

– Sur le sens du mot “jour“ et ton argument sur le 6e jour : je ne m’étendrai pas, car tes affirmations ne sont que le fruit que de ta perception des créationnistes et de leur soi disant “littéralisme“. Que l’auteur de l’épître aux Hébreux allégorise le 7e jour de la création ne signifie pas pour autant que ce dernier n’ait aucune existence historique. C’est un procédé courant du Nouveau Testament que d’allégoriser des faits historiques de l’Ancien (ex. Galates 4.23-25).

En conclusion

L’évolution est LA grande explication des origines invoquée par ce monde sans Dieu. Elle permet à ceux qui y adhèrent d’expliquer la vie sans faire référence à un créateur, et sans avoir à se conformer à une norme morale qui en découlerait…

Nous ne devrions pas adapter notre manière d’exposer Genèse 1-11 en fonction de la réaction supposée des gens de ce monde.

S’ils ne nous écoutent pas lorsque nous leur présentons le récit historique de la création, comment nous écouteront-ils lorsque nous leur parlerons de résurrection des morts ?

Et “s’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader, même si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts.“ (Luc 16:31)

À demain pour le dernier volet du battle qui verra la réponse de Reynald aux arguments de Guillaume! ;)

Auteur : Guillaume Bourin

Guillaume est coordinateur des formations #Transmettre et blogueur sur Le Bon Combat.