Battle théo: Guillaume défend la position incompatibiliste (2/2)

Après avoir introduit la série lundi, et présenté la première partie de la défense de la position incompatibiliste, nous redonnons la parole à Guillaume Bourin, pasteur en région parisienne et blogueur sur Le Bon Combat, pour la seconde partie de sa défense.

2. La théorie de l’évolution remet en cause le caractère historique du récit de la Genèse

L’un des grands points du débat entre chrétiens “créationnistes“ et “évolutionnistes“ porte sur le genre littéraire des textes créationnels.

Les chrétiens qui tiennent une position créationniste considèrent que les éléments contenus dans les premiers chapitres de la Genèse sont des descriptions historiques et réelles de la création.

Les évolutionnistes théistes, quant à eux, abordent généralement le livre de la Genèse au travers d’approches qui permettent, par exemple, une lecture allégorique (partiellement ou totalement), mythique (le récit serait influencé par d’autres récits mythologiques de la même époque), ou encore “historico-artistique“1, etc.

L’approche littéraire soutenue par les chrétiens évolutionnistes théistes n’est pas sans soulever certains problèmes importants. En voici deux :

  • En admettant la folle hypothèse qu’une partie du récit de la Genèse ne soit pas historique, comment déterminer s’il le devient réellement à un moment ? Et si oui, à quel moment ? Exemples : l’histoire de Caïn et Abel a t-elle vraiment eu lieu ? Y a t-il eu un  déluge ? L’épisode de la Tour de Babel est-il historique ? Comment savoir ?
  • Si nous devions considérer que le récit de Genèse 1 à 3 n’est pas historique, comment harmoniser notre position avec celle des apôtres ? Eux, qui étaient pleinement inspirés par le Saint-Esprit au moment de la rédaction de leurs écrits, témoignent formellement de l’historicité de ces événements. Exemples : le personnage d’Adam (qui mérite à lui seul un développement particulier), le serpent (2 Corinthiens 11.3), le fait que l’homme ait été littéralement tiré de la poussière (1 Corinthiens 15.47), ou encore le fait que la femme soit tirée de l’homme (1 Corinthiens 11.8-9, 1 Timothée 2.13, etc.). Même Jésus fait allusion à ce dernier aspect comme à un fait historique ! (Matthieu 19.3-6)

Par conséquent, pouvons-nous légitimement mettre en doute l’existence historique de tout ou partie des éléments décrits dans les trois premiers chapitres de la Genèse, alors même que les apôtres et notre Seigneur nous les décrivent de la sorte ?

3. La théorie de l’évolution conduit directement à nier l’historicité du personnage d’Adam

Lorsque la logique évolutionniste théiste est poussée jusqu’à son aboutissement, elle conduit invariablement à nier qu’Adam ait eu une existence historique2.

Pourtant, les auteurs du Nouveau Testament montrent à de multiples reprises qu’ils étaient certains de l’existence historique d’Adam, et qu’il était bien le tout premier homme créé (Luc 3.38, Romains 5.14, 1 Timothée 2.13, Jude 14, etc.). Comme je l’ai déjà montré précédemment, Jésus lui-même y fait allusion en répondant à des pharisiens sur la question du divorce (Matthieu 19.3-6).

Les conséquences d’une négation d’Adam historique sont là aussi nombreuses3, et certaines d’entre elles sont particulièrement désastreuses. Prenons pour exemple le lien que les Écritures établissent entre Adam et Jésus :

  • Si Adam historique n’a pas existé, alors le premier péché historique (péché originel) n’a aucune existence non plus. En effet, la Bible déclare que ce péché initial a été commis par Adam, et que ses conséquences dramatiques  – la souffrance et la mort – sont, elles aussi, venues par Adam (cf. Romains 5.12).
    Pas d’Adam historique = pas de péché originel = pas d’explication de l’entrée de la mort dans le monde.
  • Les versets de 1 Corinthiens 15.21-22 expriment l’importance du lien entre Adam et Christ pour le salut des pécheurs, en particulier lorsqu’il est écrit : “Comme tous meurent en Adam, tous donc aussi revivront en Christ“. Jésus-Christ est venu dans le monde afin de nous racheter des conséquences de la faute d’Adam, c’est pourquoi il est appelé “le dernier Adam“ (1 Corinthiens 15.45). Et c’est aussi pour cela qu’il peut parfaitement nous sauver, toi et moi : car si nous sommes tous morts en Adam (en raison de sa chute), nous pouvons placer notre confiance en Jésus-Christ, être par la foi unis au “dernier Adam“ et vivre avec Lui !
    Mais si Adam n’est pas un personnage historique, s’il n’y a jamais eu un événement historique appelé la Chute, alors tout s’écroule comme un château de cartes : Christ est venu pour nous délivrer des conséquences d’un événement qui n’a jamais eu lieu, notre péché et notre mort ne viennent pas de la chute d’Adam, et par conséquent l’œuvre de Christ est absolument inutile pour nous. Quel scénario dramatique !

Rébellutionaires, prenez garde à ce dont vous vous nourrissez spirituellement, car certaines doctrines peuvent littéralement saper les fondements de votre foi…

En conclusion : théorie de l’évolution et principes d’interprétation de la Bible

Dans ces articles, tu as dû remarquer que j’ai cité majoritairement des références bibliques issues du Nouveau Testament. Je l’ai fait volontairement.

Mon but est de mettre en évidence que les apôtres inspirés et Jésus lui-même n’auraient jamais pu adhérer à quelque chose qui ressemble de près ou de loin à la théorie de l’évolution. Ils auraient alors contredit les déclarations du Saint-Esprit parlant par leur bouche (ou leur plume). Quant à Jésus, il se serait tout simplement renié lui-même.

Les théologiens qui étaient à l’œuvre au moment des réformes protestantes ont (re)formulé un principe général d’interprétation de la Bible appelé “Analogie de la Foi“. Ce principe est l’un des fondements de l’interprétation biblique évangélique. Il peut être résumé en une phrase : la Bible s’interprète elle-même, et les passages les plus difficiles doivent être expliqués par ceux qui sont plus clairs4.

Pouvons-nous réellement dire que nous obéissons à ce principe d’interprétation si nous tentons de concilier théorie de l’évolution et texte biblique ? Je crois qu’il serait plus honnête de dire que ceux qui prennent cette direction laissent prioritairement les théories scientifiques guider leur interprétation de la Bible.

Je terminerai par une citation du réformateur Martin Luther : “Chrétiens, il nous faut autre chose. Quoi donc ? La Parole ! La Parole ! La Parole !“

Rébellutionaires, revenez sans cesse à la Parole et laissez-vous façonner par elle. Et rejetez tout ce qui vous en empêche.

À demain pour la première partie de la défense du compatibilisme par Reynald ;).

_______

NOTES

1. ou “Théorie du Cadre“. Cf. Blocher, Révélation des Origines, p.43. L’auteur défend dans cet ouvrage une forme de cette approche. Pour en lire une critique exhaustive, voir l’article du Pasteur Paulin Bédard, “Critique de l’interprétation Cadre ou Littéraire de Genèse 1“, dans le n° 252 de La Revue Réformée de novembre 2009.

2. Par exemple, ce billet écrit par Georges Daras sur le blog du pasteur pentecôtiste Benoit Hébert ou encore cette série de trois articles de Denis Lamoureux.

3. Voir mon article sur Le Bon Combat, “Adam a t-il réellement existé ?“, et également la traduction de ce billet de Michael Reeves, de l’UCCF, posté initialement sur DesiringGod, le site de John Piper.

4. Le principe d’analogie de la foi est avant tout biblique, puisqu’il est initialement mentionné par Paul en Romains 12.6. La définition que lui donnent les Textes de Westminster est un peu plus exhaustive.

Guillaume Bourin

Guillaume est coordinateur des formations #Transmettre et blogueur sur Le Bon Combat.

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10 Commentaires

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  • Amen ! Merci pour cet article.
    « La Parole ! La Parole ! La Parole ! », et rien d’autre !

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  • Merci pour ces 2 exposés brefs mais très clairs auxquels j’adhère. Dans ce débat, un chrétien à « haute responsabilités » m’a dit un jour que la mort dans genèse n’était qu’une mort spirituelle! J’ai été un peu déstabilisé, et je me suis dit: c’est curieux j’ai toujours compris en lisant l’ensemble de la Bible qu’il s’agissait de la mort Spirituelle et de la mort physique. Alors dans ma lecture quotidienne j’ai prêté attention à tous les passages qui en parlent et je suis tombé évidemment sur Rom 5 et 1 Cor 15. Je ne m’étais pas trompé! Ravi de voir que ces versets font partis de vos arguments.
    Bonne continuation, c’est un bon combat, pas du tout inutile. David (35)

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    • Merci David,

      Le meilleur argument, je pense, se trouve dans Romains 8:10 :  » Et si Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l’Esprit est vie à cause de la justice. »

      le corps est mort à cause du péché… Je ne crois pas que l’on puisse faire plus clair.

      Bonne nuit.
      Guillaume

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  • Bonjour Guillaume,
    Je te remercie vraiment pour ton temps et ton travail pour cet article. Cependant, malgré mon appréciation et mon inclinaison vers le créationnisme, je vais être beaucoup moins enthousiaste que Benjamin.

    Je vois en effet plusieurs problèmes dans ton argumentation :
    1) D’abord, accepter l’évolution ne fait abandonner une lecture littérale de la Bible que pour le premier chapitre de la Genèse. Beaucoup d’évolutionnistes soutiennent l’existence d’une chute historique (à tout hasard Henri Blocher). Quant au premier chapitre, il faut reconnaître l’existence de procédés littéraires qui peuvent suggérer une interprétation non littérale (sans même parler des multiples manières de le comprendre littéralement et de quand même insérer des ages monstrueux).

    2) Peut-être le plus gros problème : tu n’argumentes pas contre l’évolution, tu argumentes contre une perspective « veille terre ». En effet, cette perspective est, la plupart du temps, un moyen de s’accorder avec les données de la physique moderne. Mais du coup, il faut également accepter une apparition de l’homme tardive et donc la mort des animaux avant la chute et une lecture non littérale du premier chapitre de la genèse.

    3) C’est peut-être plus un détail, mais suite à la lecture des commentaires (du post précédent), il me semble que, en ce qui concerne la perspective infra/supralapsaire de Job 41 et Psaume 104, la charge de la preuve est sur toi. Et même en admettant que tu ais raison, que s’est-il passé à la chute ? Dieu a-t-il rajouté des morceaux à sa création ? L’a-t-il modifié au point de transformer complètement le régime alimentaire de certains animaux (sans même le mentionner dans la malédiction de genèse 3) ?

    Je dis que le point 2 est le plus important puisque pour moi, le fait de distinguer les « évolutionnistes théistes » d’un côté et les « créationnistes » (du coup jeune terre d’après ce que je lis) de l’autre me semble très réducteur. Le paysage est beaucoup plus diversifié, aussi bien du côté créationniste qu’évolutionniste et avec des interprétations de la Genèse qui varie grandement (parfois plus entre deux personnes du même camps, que des personnes opposées !).

    Cela dit, j’apprécie cet article, qui j’espère, me fera réfléchir. J’apprécie également la perspective biblique que tu emploies (même si sur ce sujet, il reste indispensable de considérer les preuves scientifiques), cela permet de discuter sur une base commune entre nous tous.

    Au plaisir de te lire (ou bien en réponse ou dans un futur article ^^),
    Christoph

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    • Bonjour Christophe.

      Alors, dans l’ordre :

      – tu n’as pas du bien me lire, car je me refuse de parler de lecture littérale. Je parle de lecture historique et je le fais à dessein, le terme « littéral » étant péiègé dans ce débat.
      En effet, par « lecture littérale », on a tendance à véhiculer l’idée que les créationnistes prennent tout au pied de la lettre et rejettent les différents styles littéraires utilisés par le lecteur de la Genèse. Sauf que ce n’est absolument pas le cas, et que cela ne l’a jamais été.
      C’est juste une manière de stigmatiser notre position, et c’est la raison pour laquelle, afin d »éviter tout malentendu, je préfère parler de « lecture historique ».
      Quand au fait que Henri Blocher croit à une chute historique ou à un Adam historique, je ne le conteste pas du tout ! Heureusement d’ailleurs. Car peut on nier l’existence d’Adam et être évangélique ? Je crois que Monsieur Blocher est un homme de bien sous bien des aspects, et qu’il est un vrai évangélique.
      Cependant, les critiques de la position de Monsieur Blocher de la part de ceux qui nient l’historicité d’Adam et de l’évènement de la chute sont assez simples : comment justifier d’un point de vue herméneutique qu’Adam et la chute sont obligatoirement historiques, si je considère que le récit est majoritairement figuratif (les arbres, la poussière de la terre, etc…) ?
      Et à vrai dire, j’aurais le même genre de reproche à faire, mais inversé : si Adam et la chute ont une existence historique, pourquoi le reste des descriptions de Genèse 1-3 (voire de Genèse 1-11) ne l’aurait pas également ?

      – Je le dis et je le répète, notez le tous une fois pour toutes : JE N’ARGUMENTE PAS POUR UNE PERSPECTIVE TERRE JEUNE. Relisez le premier article et vous verrez tous que ce n’est pas le cas. Ma position s’accorde avec une vision terre jeune ou terre plus vieille. Je l’annonce dès le début de l’article.
      Franchement je ne parviens pas à comprendre comment tu peux voir ça dans les lignes que j’ai rédigé…
      De plus, ce n’est absolument pas un point central du débat. Il est sous-jacent à la question, et n’a pas d’impact théologique immédiat et essentiel.
      Pour ma part, c’est bien l’impact théologique d’une conciliation de la théorie de l’évolution avec le récit biblique que je m’efforce de traiter ici, car il touche directement à des notions comme l’inspiration de la Bible, la résurrection des morts, le salut, la théologie fédérale, etc…
      l’âge de la terre est un débat secondaire, et sur lequel les données bibliques ne permettront de toute façon jamais de trancher, ne serait-ce qu’à cause des sauts générationnels dans les généalogies.

      – je ne vois pas en quoi la charge de la preuve sur le Psaume 104 est à moi.
      Attendu que le Psaume, qui constitue une unité textuelle, est écrit par un homme inspiré de Dieu qui invoque l’existence de pécheurs au moment où il le rédige, il parait évident que la description poétique est rigoureusement postlapsarienne.
      La charge de la preuve incombe sans aucun doute possible à celui qui souhaite prouver que ce Psaume est partiellement ou totalement une description de la création prélapsarienne.
      Et jusqu’ici, je n’ai pas réellement vu un argument faire le consensus en la matière… Mais je reste à l’écoute !!
      Je n’ai pas compris l’argument de Matthieu sur Job. J’attends sa réponse et ensuite je tenterai d’y répondre.

      – Concernant la notion de preuve scientifique, je ne sais pas ce que tu mets derrière ce mot, mais je ne l’aime pas trop.
      Car par “preuve“, en langage courant, on a tendance à parle de « preuves irréfutables ».
      Or, il n’y a aucune preuve irréfutable et empirique du phénomène de transformisme inter espèce qu’on appelle théorie de l’évolution.
      La théorie de l’évolution fait bien appel à la foi de ceux qui y adhèrent.
      Si encore on parlait d’indice, je ne dirais rien, mais « preuve »…
      Cependant, la vulgarisation a trop souvent présenté la théorie de l’évolution comme un phénomène démontré et irréfutable. Et présenter les choses comme tu le fais tend à aller dans ce sens me semble t-il.
      De mon petit point de vue, on a érigé la science en dogme, la théorie de l’évolution en principe régulateur du culte, et les scientifiques en prêtres. Une nouvelle religion quoi !
      Et c’est très dommageable à la démarche scientifique en général,,qui se devrait d’être prudente dans ses conclusions et surtout dans sa vulgarisation.

      – Enfin, sur l’usage de l’expression « évolutionnistes-théistes », j’ai déjà répondu dans le premier article.
      Reynald réfutait cette appellation, mais sa position ne pouvait pas rentrer dans les « cases » qu’il revendiquait. J’ai donc gardé celle-là, faute de mieux, et il a donné son accord.
      Si toutefois l’expression gêne certains, considérez qu’elle n’est utilisée ici que pour les besoins de cet article.
      Après tout, ce n’est pas la qualification des positions qui est importante, mais le contenu.
      Or, que réponds-tu à mon argumentation du point 2 ?
      Pour le moment, je ne vois rien.
      Mais peut -être Reynald aura t-il des éléments de réponse intéressants dans sa réponse !

      Bonne journée à tous.
      Guillaume

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      • juste peut être compléter par la fameuse citation de Henri Blocher dans « Péché et Rédemption », qui éclairera sur son approche : « la question n’est pas de savoir si nous avons affaire à un récit historique de la chute, mais plutôt à un récit d’une chute historique ».
        Il ne voit pas dans le récit de Genèse 3 un récit historique. Il ne nie pas l’évènement, mais ne pense pas que sa description soit factuelle.
        Il ne limite pas son approche littéraire au premier chapitre uniquement, donc…
        Lisez donc Matthieu Richelle et son dernier commentaire sur Genèse 1-11, et vous aurez davantage d’éléments concernant la position du RSE en la matière.
        J’en parle un peu dans ma réponse à Reynald, qui vous verez dans 2 jours.
        Voilà tout…

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      • Bonsoir,
        Après relecture de plusieurs des articles, je reviens sur quelques commentaires.
        Le plus cohérent est de lire l’ensemble des articles avant de se lancer dans de nouveaux débats.
        Je corrige la question d’appellation. Je ne me reconnais toujours pas dans le titre « Evolutionniste théiste ».
        L’étiquette « créationniste progressif » n’est pas « une appellation contrôlée » parce que Wikipédia US l’a associée à Hugh Ross. Ce titre assez générique me paraît préférable à « l’évolutionnisme théiste » pour les raisons données dans les commentaires des jours suivants.
        Comme tu l’écris Guillaume, la qualification des positions n’est pas le plus important, mais plutôt le contenu.
        A bientôt

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  • Rebonjour Guillaume !
    J’espère que cette conversation ne va pas tourner au chat ^^.

    Je vais essayer de reprendre les points un à un :
    1) En premier lieu, c’est vrai que mon vocabulaire n’est pas toujours très précis. Je te prie de m’en excuser. Mais qu’importe le nom que tu donnes à ta lecture de genèse 2 et 3, mon affirmation est la suivante : « ta lecture est compatible avec la théorie de l’évolution ».
    En quoi l’évolution empêche-t-elle la présence d’un jardin ? La présence d’un arbre ? En quoi empêche-t-elle même un serpent de parler (j’avoue, il reste un soucis : les serpents n’ont plus de pattes depuis bien trop longtemps dans la théorie de l’évolution) ? Je ne vois pas en quoi une lecture de la genèse (chapitre 2 et 3 il est entendu) est incompatible avec la théorie de l’évolution. Il y aura d’autres problèmes, bien sûr (le déluge), mais c’est un autre soucis qui me semble avoir des solutions.

    2) Alors, j’ai compris que tu penses que tu n’argumentes pas pour l’âge de la terre ^^. Mais, sincèrement, les arguments que tu emploies sont, le plus souvent, utilisés pour une terre jeune.
    Prenons un exemple. Mettons que je refuse la théorie de l’évolution, mais que j’accepte le consensus scientifique au sujet de l’âge de l’univers, de la terre et des dates d’apparition des divers espèces (je refuse juste le mécanisme donc). C’est la position « créationnisme – veille terre » habituelle (détrompe-moi sinon).
    Selon cette position, les animaux sont morts bien avant la chute de l’homme (puisque les humains sont apparus tardivement – il faut que je révise mais ça doit être moins de 200 000 ans – à vérifier). Et donc ton premier argument s’y oppose. Ensuite, pour les deux autres arguments, je ne dirais pas qu’ils sont contre cette position (puisque je ne les pense pas contre la théorie de l’évolution) mais ils le sont d’après toi, puisque qu’avec cette position, on accepte la même histoire terrestre (au descendance près) que les évolutionnistes.

    3) Concernant Psaume et Job, je te concède volontiers que ces textes sont rédigés après la chute et décrivent le monde d’après la chute (c’est évident). Ce n’est pas vraiment mon argument.
    Mais dans ces deux textes, il semble que Dieu approuve le règne carnivore. Dans Job 41.5, alors qu’il se vante de sa création, il parle des dents du léviathan (visiblement pas faite pour manger de l’herbe). Ma question est donc : si tu refuses que ces textes décrivent quelques choses d’avant la chute, comment ces animaux carnivores sont ils apparus ? Dieu a-t-il fait une seconde création (dont il est fier !) ?

    4) Encore une fois, désolé pour mon vocabulaire peu précis. Il est vrai que j’utilise le mot preuve avec un sens beaucoup moins fort que toi. Disons : « indice fort ». Qu’importe, c’était une remarque de fin qui n’entre pas vraiment dans le débat. C’est juste que j’ai en horreur le « la Bible dit que ; maintenant tais-toi ». Oui la Bible est Parole de Dieu mais si je n’ai aucun contre-argument aux positions que je réfute, alors ma foi est aveugle et non fondée. On ne peut pas, bien sûr, être spécialiste en tout et, bien sûr, le débat est axé théologie ici, mais j’avoue qu’il est nécessaire de considérer les preuves (ainsi appelées par les scientifiques) de l’évolution si l’on veut être honnête.
    Encore une fois, c’était juste une remarque de fin, en concession.

    5) Je n’ai rien contre l’appellation « évolutionniste-théiste ». Il faut des noms et comme tu le dis, tu as justifié le fait d’utiliser ce terme par simplicité. On peut ne pas l’aimer, mais je ne m’attarde pas là-dessus.
    Par contre, il me semblait (cf point 2 de ce même commentaire) que tes arguments, pris jusqu’au bout, impliquaient de rejeter le créationnisme veille terre. En conséquence, tu ne décris que deux positions : évolution (et donc veille terre) ou création ponctuelle (et donc jeune terre). Encore une fois, j’ai compris que tu ne veux pas le sous-entendre, mais il me semble que tes arguments pris sérieusement impliquent de se prononcer sur l’âge de la terre.

    Pour finir, excuse ma prose. J’écris rapidement (peut-être ne devrais-je pas) et il est possible que certaines expressions ne soient pas idéales, parfois même sont-elles connotées ; ce n’est pas mon but.

    Que Dieu te garde,
    Christoph

    PS : Pas de « e » à Christoph ^^. Je ne le prends pas mal la première fois, mais la deuxième je vais bouder :p

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    • Hello

      Désolé d’avoir écorché ton prénom…

      Alors :

      1) Tout simplement parce que concilier Bible et théorie de l’évolution nécessite de traiter certains éléments clairs du texte qui, compris comme des descriptions historiques, laissent à penser par exemple que l’homme ne soit pas le produit de l’évolution.
      Prenons un exemple : le fait que l’homme ait été formé directement par Dieu de la poussière de la terre => évènement historique s’étant réellement déroulé ainsi ou construction cosmogonique ?
      Si c’est historique, il n’y a pas de place pour l’évolution ici. Dans le cas contraire comment comprendre 1 Corinthiens 15:4è, par exemple ?

      2) Non tu fais erreur. Il y a plusieurs modèles possibles. Je ne vais pas les exposer ici, franchement je manque de temps et je suis un peu HS cette nuit.
      Mais tu peux classer les positions « créatonnistes non terre jeune » en trois catégories :
      – ceux qui pensent qu’il y a un grand laps de temps entre Gen. 1:1 et Genese 1:2
      – Ceux qui voient une longue période de temps entre la création et la chute.
      – ceux qui pensent que les descriptions historiques qui suivent la chute sont plus longues qu’elles n’y paraissent de prime abord, en particulier au regard des sauts de générations dans les généalogies.
      Au final, ce n’est pas le coeur ni la partie la plus essentiele du débat.
      Par contre, et c’est systématique, les adversaires du créatonnisme, (qu’ils soient athées ou croyants), cherchent systématiquement à enfermer notre position dans une logique terre jeune, sachant que cette approche est mal perçue par la communauté scientifique en général.
      Honnêtement, je crois qu’il y a ici une méthode de débat malhonnête, et malheureusement généralisée (je ne parle pas de toi ici, rassure-toi. ). C’est dommage…

      3) Il ne s’agit pas dire que Dieu “approuve“ le règne carnivore. Il le tolère temporellement, et pour un temps seulement, en raison de la grâce commune dont il fait bénéficier l’ensemble de la création.
      La grâce commune, bien que présente dès après la chute et la promesse de grâce de Gen. 3:15, a été formalisée dans le cadre de l’Alliance avec Noé, et c’est justement à la même époque que Dieu permet à l’homme de manger des animaux. (cf. Genèse 9).
      Dieu désapprouve la cruauté dans la nature tout entière (Gen. 6:13 fait référence à la violence de l’ensemble de la création).
      Quand aux animaux carnivores, je n’ai aucun problème pour dire ne sont devenus ainsi qu’après la chute.
      De la même manière, si on renverse ton raisonnement : comment la cruauté animale aurait-elle pu être présente dans une création très bonne ? C’est un non sens.

      5) Non, honnêtement, l’age de la terre n’est pas en jeu. Mes arguments peuvent s’accorder avec une terre plus vieille, même si je suis abasourdi par les chiffres que j’entends parfois de la part de la communauté scientifique.
      Mon souci est théologique : je ne vois pas comment on peut défendre la théopneustie de la Bible tout en cherchant à l’accorder avec la théorie de l’évolution.

      Bonne nuit !
      Guillaume

      4)

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      • Bonjour Guillaume,

        Je suis en désaccord en plusieurs points et sur plusieurs raisonnements de ta part;
        Je n’ai pas le temps de développer en ce moment et en plus j’aimerais prendre plus de temps pour pouvoir prendre en compte les diverses remarques et critiques reçues dans les commentaires. Je vais donc me retirer tranquillement du débat dans les différents articles déjà publiés ou à venir.
        J’espère néanmoins que certains « incompatibilistes » acceptent que l’on puisse être « compatibiliste » tout en ayant un grand respect de la parole de Dieu;
        Merci pour tes rappels sur la distinction d’avec le débat « jeune terre », même si certains de tes arguments ne me paraissent pas assez étayés.

        Je souhaite de bonnes et saines réflexions à ceux qui continuent le débat; je le regarderai de loin et resterai ouvert à la discussion avec ceux que ça intéresse de comprendre un peu plus les critiques des méthodes scientifiques notamment avancées par le mouvement jeune terre ou les créationnistes américains et australiens. Je préfère le faire par mail, pour ne pas allonger les commentaires.
        Je reprendrai volontiers les échanges plus soutenus en fin d’année, Guillaume (ou avec d’autres).

        Fraternellement,
        Matthieu

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