Battle théo: Guillaume défend la position incompatibiliste (2/2)

Après avoir introduit la série lundi, et présenté la première partie de la défense de la position incompatibiliste, nous redonnons la parole à Guillaume Bourin, pasteur en région parisienne et blogueur sur Le Bon Combat, pour la seconde partie de sa défense.

2. La théorie de l’évolution remet en cause le caractère historique du récit de la Genèse

L’un des grands points du débat entre chrétiens “créationnistes“ et “évolutionnistes“ porte sur le genre littéraire des textes créationnels.

Les chrétiens qui tiennent une position créationniste considèrent que les éléments contenus dans les premiers chapitres de la Genèse sont des descriptions historiques et réelles de la création.

Les évolutionnistes théistes, quant à eux, abordent généralement le livre de la Genèse au travers d’approches qui permettent, par exemple, une lecture allégorique (partiellement ou totalement), mythique (le récit serait influencé par d’autres récits mythologiques de la même époque), ou encore “historico-artistique“1, etc.

L’approche littéraire soutenue par les chrétiens évolutionnistes théistes n’est pas sans soulever certains problèmes importants. En voici deux :

  • En admettant la folle hypothèse qu’une partie du récit de la Genèse ne soit pas historique, comment déterminer s’il le devient réellement à un moment ? Et si oui, à quel moment ? Exemples : l’histoire de Caïn et Abel a t-elle vraiment eu lieu ? Y a t-il eu un  déluge ? L’épisode de la Tour de Babel est-il historique ? Comment savoir ?
  • Si nous devions considérer que le récit de Genèse 1 à 3 n’est pas historique, comment harmoniser notre position avec celle des apôtres ? Eux, qui étaient pleinement inspirés par le Saint-Esprit au moment de la rédaction de leurs écrits, témoignent formellement de l’historicité de ces événements. Exemples : le personnage d’Adam (qui mérite à lui seul un développement particulier), le serpent (2 Corinthiens 11.3), le fait que l’homme ait été littéralement tiré de la poussière (1 Corinthiens 15.47), ou encore le fait que la femme soit tirée de l’homme (1 Corinthiens 11.8-9, 1 Timothée 2.13, etc.). Même Jésus fait allusion à ce dernier aspect comme à un fait historique ! (Matthieu 19.3-6)

Par conséquent, pouvons-nous légitimement mettre en doute l’existence historique de tout ou partie des éléments décrits dans les trois premiers chapitres de la Genèse, alors même que les apôtres et notre Seigneur nous les décrivent de la sorte ?

3. La théorie de l’évolution conduit directement à nier l’historicité du personnage d’Adam

Lorsque la logique évolutionniste théiste est poussée jusqu’à son aboutissement, elle conduit invariablement à nier qu’Adam ait eu une existence historique2.

Pourtant, les auteurs du Nouveau Testament montrent à de multiples reprises qu’ils étaient certains de l’existence historique d’Adam, et qu’il était bien le tout premier homme créé (Luc 3.38, Romains 5.14, 1 Timothée 2.13, Jude 14, etc.). Comme je l’ai déjà montré précédemment, Jésus lui-même y fait allusion en répondant à des pharisiens sur la question du divorce (Matthieu 19.3-6).

Les conséquences d’une négation d’Adam historique sont là aussi nombreuses3, et certaines d’entre elles sont particulièrement désastreuses. Prenons pour exemple le lien que les Écritures établissent entre Adam et Jésus :

  • Si Adam historique n’a pas existé, alors le premier péché historique (péché originel) n’a aucune existence non plus. En effet, la Bible déclare que ce péché initial a été commis par Adam, et que ses conséquences dramatiques  – la souffrance et la mort – sont, elles aussi, venues par Adam (cf. Romains 5.12).
    Pas d’Adam historique = pas de péché originel = pas d’explication de l’entrée de la mort dans le monde.
  • Les versets de 1 Corinthiens 15.21-22 expriment l’importance du lien entre Adam et Christ pour le salut des pécheurs, en particulier lorsqu’il est écrit : “Comme tous meurent en Adam, tous donc aussi revivront en Christ“. Jésus-Christ est venu dans le monde afin de nous racheter des conséquences de la faute d’Adam, c’est pourquoi il est appelé “le dernier Adam“ (1 Corinthiens 15.45). Et c’est aussi pour cela qu’il peut parfaitement nous sauver, toi et moi : car si nous sommes tous morts en Adam (en raison de sa chute), nous pouvons placer notre confiance en Jésus-Christ, être par la foi unis au “dernier Adam“ et vivre avec Lui !
    Mais si Adam n’est pas un personnage historique, s’il n’y a jamais eu un événement historique appelé la Chute, alors tout s’écroule comme un château de cartes : Christ est venu pour nous délivrer des conséquences d’un événement qui n’a jamais eu lieu, notre péché et notre mort ne viennent pas de la chute d’Adam, et par conséquent l’œuvre de Christ est absolument inutile pour nous. Quel scénario dramatique !

Rébellutionaires, prenez garde à ce dont vous vous nourrissez spirituellement, car certaines doctrines peuvent littéralement saper les fondements de votre foi…

En conclusion : théorie de l’évolution et principes d’interprétation de la Bible

Dans ces articles, tu as dû remarquer que j’ai cité majoritairement des références bibliques issues du Nouveau Testament. Je l’ai fait volontairement.

Mon but est de mettre en évidence que les apôtres inspirés et Jésus lui-même n’auraient jamais pu adhérer à quelque chose qui ressemble de près ou de loin à la théorie de l’évolution. Ils auraient alors contredit les déclarations du Saint-Esprit parlant par leur bouche (ou leur plume). Quant à Jésus, il se serait tout simplement renié lui-même.

Les théologiens qui étaient à l’œuvre au moment des réformes protestantes ont (re)formulé un principe général d’interprétation de la Bible appelé “Analogie de la Foi“. Ce principe est l’un des fondements de l’interprétation biblique évangélique. Il peut être résumé en une phrase : la Bible s’interprète elle-même, et les passages les plus difficiles doivent être expliqués par ceux qui sont plus clairs4.

Pouvons-nous réellement dire que nous obéissons à ce principe d’interprétation si nous tentons de concilier théorie de l’évolution et texte biblique ? Je crois qu’il serait plus honnête de dire que ceux qui prennent cette direction laissent prioritairement les théories scientifiques guider leur interprétation de la Bible.

Je terminerai par une citation du réformateur Martin Luther : “Chrétiens, il nous faut autre chose. Quoi donc ? La Parole ! La Parole ! La Parole !“

Rébellutionaires, revenez sans cesse à la Parole et laissez-vous façonner par elle. Et rejetez tout ce qui vous en empêche.

À demain pour la première partie de la défense du compatibilisme par Reynald ;).

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NOTES

1. ou “Théorie du Cadre“. Cf. Blocher, Révélation des Origines, p.43. L’auteur défend dans cet ouvrage une forme de cette approche. Pour en lire une critique exhaustive, voir l’article du Pasteur Paulin Bédard, “Critique de l’interprétation Cadre ou Littéraire de Genèse 1“, dans le n° 252 de La Revue Réformée de novembre 2009.

2. Par exemple, ce billet écrit par Georges Daras sur le blog du pasteur pentecôtiste Benoit Hébert ou encore cette série de trois articles de Denis Lamoureux.

3. Voir mon article sur Le Bon Combat, “Adam a t-il réellement existé ?“, et également la traduction de ce billet de Michael Reeves, de l’UCCF, posté initialement sur DesiringGod, le site de John Piper.

4. Le principe d’analogie de la foi est avant tout biblique, puisqu’il est initialement mentionné par Paul en Romains 12.6. La définition que lui donnent les Textes de Westminster est un peu plus exhaustive.

Auteur : Guillaume Bourin

Guillaume est coordinateur des formations #Transmettre et blogueur sur Le Bon Combat.