Vous avez dit… évolution? (2/2)

Voici le deuxième article de Matthieu, 22 ans, étudiant en train de préparer l’agrégation de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre). Ces deux articles ont pour vocation d’expliquer la théorie de l’évolution le plus simplement possible, avant le battle théo Bible/évolution qui commence demain. Pour ceux qui nous rejoignent, voici le premier article.

Voici donc la suite avec pour objectif : quelques théoriciens de l’évolution, quelques difficultés à expliquer cette théorie & quelques exemples de spéciations observées (spéciation = apparition d’une barrière de reproduction au sein d’une population originellement appelée « une seule espèce » et maintenant « deux espèces »).

Scientifiques associés à cette théorie :

Karl von Linné, XVIIIe : à l’origine de la taxonomie binomiale des espèces (ex : Daucus carotta, la carotte) ; pour lui toutes les espèces ont été créées en l’état lors de la Création : position dite Fixiste.

Georges Cuvier, début XIXe : fondateur de la paléontologie ; puisque toutes les espèces fossiles ne peuvent être assimilées aux actuelles, il propose une théorie Catastrophiste, avec des crises de disparation puis repeuplement (une vingtaine de ‘révolutions’) sans trop avouer que cela ne colle pas avec une Création unique (les migrations n’expliquent pas les différences de fossiles).

Jean-Baptiste de Lamarck, XVIIe-XIXe : inventeur du mot ‘biologie’ ; début de la théorie Transformiste : commence à penser une certaine continuité entre les espèces.

Charles Darwin, XIXe : après un voyage en bateau de 5 ans autour du globe et de nombreuses observations naturalistes, il en vient au raisonnement présenté dans le précédent article : ascendance commune et spéciation (nouvelles espèces) à cause de variations aléatoires transmises à la descendance (les mutations génétiques qui viennent expliquer ce fait ne sont découvertes qu’au XXe siècle) et de la sélection des individus plus ‘aptes’.

Theodosius Dobzhansky, XXe : scientifique théoricien de l’évolution ; auteur de la phrase « En biologie, rien n’a de sens excepté à la lumière de l’évolution ».

Stephen Jay Gould, XXe : propose des modèles permettant l’apparition de nouvelles espèces ; critique du finalisme : la science au matérialisme méthodologique ne voit pas de dessein dans l’apparition ou la fixation de mutations.

Expériences et vérifiabilité de la théorie de l’évolution :

1. La variation de la taille des becs des Pinsons de Darwin (cf. 1er article) ; elle a été très bien documentée ; cela n’a pas créé de barrières reproductrices, car on l’observe sur une très courte échelle de temps. Cependant le phénomène réciproque a été observé (avec des années de pluie) et des modèles mathématiques montrent qu’il suffirait de 23 épisodes de sécheresse pour mener à une différence telle que cela pourrait être une nouvelle espèce.

2. En 1971, 5 couples de lézards sont introduits sur une petite île des côtes croates ; une espèce résidente s’est alors éteinte. 36 ans plus tard, des analyses génétiques ont pu montrer que l’ensemble de la population de lézards provenait des couples introduits. Cependant la différence d’environnement a induit sur cette île une évolution assez spectaculaire : en 36 ans, ces lézards ont radicalement changé de régime alimentaire (passée de 4% de végétaux à 61%), ce qui implique de grandes différences dans la digestion. De plus, parmi d’autres caractères modifiés, une structure anatomique est apparue : des valves caecales que ne possédaient pas les couples introduits et qui permettent une meilleure digestion de la cellulose !

3. Séparer une population de mouches (les fameuses Drosophiles de Morgan du lycée !) et la maintenir dans un espace clos et invariant pendant 50 ans a mené à un isolement reproducteur d’avec les populations naturelles d’où elles étaient issues qui, elles, ont continué à évoluer !

4. Ces phénomènes sont très facilement observables sur les végétaux qui, au fil des hybridations entre espèces proches peuvent facilement mener à de nouvelles espèces. De même chez les bactéries, ces êtres unicellulaires, qui se multiplient très vite et accumulent de nombreuses mutations… menant aux résistances aux antibiotiques par exemple !

5. La découverte de gènes « architectes » : une mutation peut induire le remplacement d’un organe par un autre ! On comprend que ça puisse être une grande source de variation.

Quelques difficultés langagières…

Ce que la théorie de l’évolution ne dit pas (ou ce qu’on ne devrait pas dire…) : ‘l’homme descend du singe’ ; ‘telle espèce est l’ancêtre de telle autre’ ; ‘telle espèce est plus évoluée que telle autre’… la liste est longue ^^

Ce qu’on oublie parfois de dire : appeler l’homme un singe parce que les scientifiques définissent un singe comme un primate avec les deux os frontaux fusionnés ne porte aucun jugement de valeur. (La science est amorale et pas immorale : elle est en-dehors du champ des valeurs, même si la morale a son mot à dire sur l’expérimentation scientifique !)

Cette théorie, un intérêt dans ma vie pratique ?

Bah oui, cette théorie peut sembler très distante, et finalement pas si nécessaire : pourquoi se focaliser dessus et dire que sans elle « rien n’a de sens en biologie » ? En fait, dans la pratique, cette théorie permet de faire de nombreuses hypothèses et prédictions qui, parce qu’elles se montrent souvent vraies, permettent plusieurs applications. Pour en citer quelques-unes très pragmatiques : comprendre comment évoluent les bactéries et virus responsables de maladies et prévoir des traitements qui prennent en compte cette évolution et leur résistance aux traitements ; comprendre comment évoluent les plantes cultivées et leurs parasites, pour pouvoir améliorer les rendements et minimiser les pertes ; savoir quels sont les animaux suffisamment proches de nous pour pouvoir tester des médicaments pour l’homme… et de nombreuses applications et guides nécessaires pour la recherche fondamentale aujourd’hui.

Je suis conscient que c’est court pour expliquer les raisonnements qui ont mené à cette explication du vivant ; s’il y a des questions, j’essaierai d’y répondre avec deux bémols : je n’ai pas réponse à tout et la théorie de l’évolution non plus, elle ne prétend pas à cela ; il reste des zones d’ombres, c’est normal pour une théorie scientifique.

En remerciant ceux qui ont lu jusqu’au bout… bon débat théologique à Guillaume et Reynald !

Rébellutionnaires, à demain :).

Auteur : Matthieu