Battle théo : Alex répond à Nathan

Crédits Photo : britannica.com
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Après avoir introduit la série mardi (ici), nous avons considéré la défense de la position charismatique par Nathan mercredi (ici), avant de considérer la défense de la position non charismatique par Alex avant-hier (ici). Ensuite, Nathan a répondu à Alex (ici), et nous laissons maintenant Alex répondre à l’article initial de Nathan.

En termes de charismes et de services, pourquoi ne pas penser que tout ce que le Nouveau Testament destine à l’Église primitive, il le destine aussi à toute l’Église ? Malgré l’apparente cohérence de son article, Nathan se trompe principalement pour trois raisons :

1. Il sous-estime le caractère très particulier de la période qu’a connue la première génération de chrétiens.

Nathan affirme d’emblée sa « croyance principale » qui informe sa position sur les charismes et les services : pour lui, ce que les premiers chrétiens ont vécu ne diffère pratiquement en rien de ce que nous sommes censés vivre aujourd’hui. Mais curieusement, ce principe fondamental, il l’annihile lui-même en affirmant par la suite qu’il y a… une énorme exception ! En effet, la première génération de chrétiens a connu une période unique dans l’histoire, pour au moins une raison – et pas des moindres – que Nathan reconnaît lui-même : c’est qu’à cette époque, Dieu a parachevé sa révélation spéciale, sous la forme du Nouveau Testament, livrant aux générations suivantes une règle de foi complète, fiable, et suffisante. Il y a donc au moins une différence très significative entre le contexte des premiers chrétiens et le nôtre, non ? On pourrait en mentionner d’autres, mais celle-là suffit à montrer que l’Église primitive a connu un épisode « à part » de l’histoire du salut, où un fondement nécessitait d’être posé, une fois pour toutes, pour toute l’Église chrétienne. Cette mission incombait aux apôtres, suscités exprès, dans ce but précis, pour la durée de ce processus, avec des prérogatives spéciales (Jn 16.13 ; Ac 2.43 ; Ép 2.20 ; Ép 3.5 ; Hé 2.3-4 ; 2 Pi 3.2…). C’est donc une période qui présente des particularités tellement significatives historiquement et théologiquement qu’elle ne peut pas, par son seul exemple, constituer le modèle de notre pratique aujourd’hui.

2. Il se méprend sur les moyens que Dieu compte employer pour la croissance de l’Église et le déploiement de son règne.

Pour Nathan, les charismes qui consistent à réaliser habituellement des miracles sont destinés par Dieu à être employés comme des « armes » ou des « outils » particulièrement utiles pour l’avancement de son royaume, surtout dans des contextes pionniers. Mais la Bible affirme plutôt que la puissance que Dieu a mise à notre disposition, c’est celle de sa Parole, qui pénètre, juge, instruit, restaure, réjouit, éclaire, convainc, redresse, console, sous l’effet souverain du Saint-Esprit (Ps 19.8-9 ; Ps 119 ; És 55.11 ; Rm 1.16 ; 1 Co 1.18 ; 2 Tm 3.15-16 ; Hé 4.12, etc.). En tant qu’épée de l’Esprit, elle représente même la seule arme offensive parmi les armes de Dieu destinées à lutter contre les esprits du mal (Ép 5.12-17). Voilà pourquoi dans les épîtres pastorales, Paul n’incite jamais les responsables d’Églises à exercer des charismes qui consisteraient à réaliser des signes et des prodiges, mais il les somme bien plutôt d’enseigner les Écritures (1 Tm 4.13-16 ; 2 Tm 2.15 ; 2 Tm 4.1-2 ; Ti 1.9). Bien sûr que les chrétiens prient pour des miracles, mais contrairement à ce que prétend Nathan, le charisme qui consistait à les réaliser habituellement est révolu, car il servait à attester les enseignements aujourd’hui consignés dans le Nouveau Testament (Mc 16.20 ; Hé 2.4). Ce sont ces enseignements, maintenant au complet, qui sont la puissance de Dieu, semblables à un feu, à un marteau qui fait éclater le roc (Jr 23.29) !

3. Il a une compréhension erronée de la nature de certains charismes ou services mentionnés dans le Nouveau Testament.

Il y a dans l’article de Nathan un présupposé : c’est que les manifestations (prétendues) de l’Esprit que l’on observe aujourd’hui et que l’on appelle « langues » et « prophétie », sont conformes aux manifestations du même nom dans le Nouveau Testament. Or, le mot traduit par « langues » (glossais) désigne ordinairement en grec des langues existantes, et l’expression « autres langues » (heterais glossais) des langues étrangères, alors que les « langues » d’aujourd’hui consistent plutôt en un langage mystique, inconnu. De même, le mot « prophétie » ne semble avoir qu’une seule acception dans la Bible, à savoir le fait de s’exprimer infailliblement, en qualité de porte-parole de Dieu (2 Pi 1.21), alors que la « prophétie » d’aujourd’hui consiste plutôt en l’expression de fortes intuitions, sans prétendre à l’infaillibilité. Dans la Bible, il n’y a que deux types de prophétie : la vraie et la fausse (Dt 18.20). La vraie n’est plus utile aujourd’hui puisque la révélation infaillible de Dieu nous a déjà été communiquée de manière suffisante en la Bible. Bien sûr que les charismes doivent être exercés selon les recommandations du Nouveau Testament ; mais ne faudrait-il pas commencer par éprouver leur nature avant d’essayer de comprendre leur fonction ?

Quoi qu’il en soit, l’article de Nathan révèle son désir de voir l’Église de Jésus-Christ assumer pleinement et efficacement sa vocation. Cette préoccupation est admirable, car elle procède d’un amour manifeste pour Jésus, pour sa Parole et pour son œuvre. Puissent tous les croyants être animés de ces mêmes sentiments !

A vous de continuer le débat dans les commentaires, avec la même attitude de respect mutuel ;).

Auteur : Alexandre Sarran

Alexandre est pasteur d’une Église réformée évangélique à Lyon.