Hommes et femmes dans un ministère rémunéré: André Pownall, professeur à l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne

Tu envisages de travailler dans un ministère rémunéré à temps-plein ou temps partiel ? L’idée t’a peut être effleuré l’esprit mais tout cela te fait peur ? La Rébellution a décidé d’interviewer plusieurs hommes et femmes qui ont sauté le pas… en espérant que ça en motivera certains ;-). Après AnneMarionNathanSaotraClémentYohan, et Pierre, voici André, professeur à l’IBN.

Qui es-tu ? Quel est ton arrière-plan et comment es-tu devenu chrétien ?

J’ai grandi dans une immense cité HLM, près de l’usine Ford, dans l’est de Londres. Mon père était pasteur, passionné par l’Évangile, et très à l’écoute des gens. J’ai toujours cru en Dieu, son existence et son amour semblaient aller de soi. À l’âge de 10 ans, cependant, j’ai pris conscience que je ne pouvais pas vivre avec la foi de mes parents : il fallait que  cette foi devienne personnelle. Le 28 juin 1959, j’ai demandé à Dieu de pardonner mes fautes et de m’accueillir dans sa famille. C’était le point tournant de ma vie, mais sans l’aide fidèle de Dieu, aurais-je pu tenir la route ? Je suis très reconnaissant envers ceux et celles que Dieu a envoyés vers moi, qui ont repéré ma foi d’enfant et de jeune, et qui m’ont encouragé et équipé pour vivre en disciple de Jésus-Christ.

Comment et quand as-tu su que tu voulais aller dans le ministère à temps plein ?

Quand j’étais en 6e, un jeune Français est venu faire un séjour dans la famille d’un copain. Je l’ai trouvé très sympa, j’étais fasciné par son style (à l’époque, cheveux en brosse, chemise Lacoste, short en nylon et sandales nu-pieds), et j’ai été motivé pour apprendre le français et connaître la France. J’ai demandé un correspondant, et j’ai voulu faire un échange, mais sa famille ne pouvait pas me recevoir ; il m’a mis en contact avec une colonie de vacances chrétienne à Champfleuri, près de Grenoble.

Je suis allé faire la plonge à la colo… et j’ai été ébloui par la beauté des Alpes, par l’ambiance de la colo et par la « différence » française. En même temps, j’étais consterné de voir le si peu de chrétiens évangéliques qu’il y avait en France, comparé à l’Angleterre. Pourrais-je un jour rendre service aux Églises en France ? L’une des responsables de la colo m’a expliqué qu’il y avait une faculté de théologie évangélique qui s’ouvrait cette année-là (1965). Avec toute l’autorité que donne le bon sens, elle m’a conseillé de passer mon bac, de faire des études, de trouver un métier, et de venir ensuite étudier la théologie en France. J’avais 16 ans, et ma route était déjà toute tracée !

Après une licence en sciences sociales appliquées et deux ans d’expérience comme délégué à la liberté surveillée à Londres, je suis venu étudier la théologie à la Faculté de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine (celle qui avait ouvert ses portes en 1965). Seul petit problème : je rêvais d’être pasteur dans un quartier populaire d’une grande ville, mais je voyais qu’il y avait peu d’Églises évangéliques françaises au contact de ce milieu-là. Du coup, mon premier poste était plutôt en centre-ville.

D’une manière tout à fait inattendue, à la fin de ma période probatoire, je n’ai pas été maintenu dans ce poste, pour des raisons internes à l’Église. En même temps, la voie s’est ouverte pour un projet d’implantation d’Église dans une ville industrielle de la banlieue parisienne, ville fière de ses 50 années d’administration communiste, ville où mon épouse a grandi (nous étions de jeunes mariés pleins d’idéalisme et de zèle !). Épaulé par une équipe courageuse (et en particulier, un évangéliste et un sage), j’y ai vécu une expérience passionnante : celle de voir naître et grandir une Église dans une « friche » spirituelle.

J’ai l’impression d’avoir beaucoup « ramé », d’avoir été obligé de mettre en œuvre énormément de ressources spirituelles, morales, intellectuelles et créatrices pour faire avancer cette frêle embarcation dans des eaux si peu hospitalières. Après dix-sept années très riches en expériences, j’ai reçu une invitation à enseigner la théologie pratique et à encadrer les stages à l’Institut Biblique de Nogent. J’ai eu le privilège de consacrer la deuxième moitié de ma carrière à apporter ma petite contribution à la formation d’une nouvelle génération de pasteurs, d’évangélistes et de missionnaires.

Quels ont été tes plus gros(ses) galères/sacrifices et bénédictions/joies dans le ministère ?

Les plus grosses galères dans le ministère pastoral ne venaient pas de dehors (même si le terrain était difficile), mais de dedans… Elles venaient d’abord de mes défauts personnels (la tendance à un optimisme excessif, par exemple) et de ma propre inexpérience (deux ans de ministère dans une Église majeure étaient sans doute une préparation un peu légère pour l’implantation d’une nouvelle Église). Elles venaient ensuite des pressions sur la vie de couple et de famille : une fois que les enfants sont arrivés, il n’était pas facile pour mon épouse de se trouver en seconde ligne ; et il n’était pas facile pour les enfants de grandir en ZEP, avec peu de soutiens spirituels. Le travail en équipe avait un côté formidable, mais il avait aussi ses complications, dont j’étais en partie responsable. Il y avait enfin l’individualisme des « vieux » chrétiens de l’Église et le poids de traditions qui s’installent en si peu de temps. Bâtir un projet en couple n’est pas toujours facile ; en équipe, cela exige un bon degré de maturité et un sérieux investissement dans les relations ; en Église, ce n’est possible que par un gros engagement dans la prière et par une action profonde du Saint-Esprit !

Il y avait aussi, cependant, de très grandes et belles joies : la beauté de nouvelles naissances, l’émotion des cérémonies de baptême, la fraîcheur spirituelle de la jeune Église, l’intensité de la communion autour de la table du Seigneur… Il y avait des exaucements de prière : l’acquisition à prix modique d’un local pour le culte ; l’apport ponctuel, après un temps d’épreuve, d’une grande équipe de jeunes « Vikings », et à plus long terme de plusieurs volontaires norvégiens ; la croissance de l’Église…

Que conseilles-tu à un jeune qui envisage le ministère à temps plein ?

Si je devais donner des conseils à un jeune, j’aurais envie de dire :

  • n’attends pas d’avoir une place reconnue… engage-toi dans le service dès aujourd’hui
  • acquiers si possible un métier et une expérience de la vie avant de te former au ministère
  • apprends à connaître tes défauts et tes limites, et travaille sans cesse sur toi, car le caractère est encore plus important que les compétences
  • écoute attentivement les remises en question… même si tu ne dois pas les accepter toutes
  • et surtout, donne la priorité à ta relation avec Dieu.

Merci André !

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Auteur : Sam P-L

24 ans, Rébellutionnaire, marié à Fidji, étudiant en école d'ingénieur informatique à Lyon, et co-auteur du livre Fidji et Sam, étudiants.

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