Il paraît que le diable n’existe pas (il paraît)

16 Sep 2013 3 commentaires Neige
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Crédits photo : desktop.freewallpaper4.me

Article de Neige, 18 ans, étudiante en prépa lettre à Nancy.

Lorsque C.S. Lewis fit paraître en 1942 The Screwtape’s Letters (en français Tactique du diable), certains de ses contemporains furent choqués qu’on puisse ainsi écrire à la première personne le point de vue du diable. Cela peut paraître excessif pour nos contemporains, pour qui les démons sont simplement des créatures imaginaires plus ou moins terrifiantes, plus ou moins sympathiques et incomprises (genre l’Exorciste ou Le diable s’habille en Prada, en fait !).

Que faire du diable ?

Et nous chrétiens, que faisons-nous du diable ? Notre culture rationaliste nous pousserait à le bazarder comme simple produit de l’imagination antique ou comme le ridicule « personnage en pantalon collant rouge » collé sur les sweats en face d’un ange en fourrure blanche. Pourtant Lewis n’aurait pas été vraiment chrétien s’il n’avait pas fait l’expérience du mal et de la tentation. Et la Bible est très claire : le mal est une personne, un esprit totalement mauvais, un ange déchu entraînant avec lui des rebelles, dont les forces se concentrent dans un seul but : empêcher le plus d’êtres humains d’accéder au salut en les coupant de Dieu. Et il sait que c’est bien plus difficile de tenter des hommes informés de son existence et de ses ruses !

« Je m’étonne vraiment que tu aies pu me demander s’il est essentiel de laisser ignorer ton existence à ton protégé », écrit le démon Screwtape à son neveu Wormwood dans ce livre. « Pour l’instant, poursuit-il, notre technique est de nous cacher. Bien entendu, il n’en a pas toujours été ainsi. » Dans les débuts du christianisme, dans un monde encore plein du panthéon païen, une « tactique du diable » pouvait être d’attirer les chrétiens vers l’occultisme ou de les faire vivre dans la terreur de l’enfer qui leur faisait oublier la miséricorde de Dieu. Maintenant, la tactique consiste à nous faire oublier son existence pour nous pousser au désespoir devant le mal inexpliqué. Mais dans le fond, les tentations n’ont pas vraiment changé depuis le Ie siècle et encore moins depuis 1942…

Ce que le diable révèle de l’homme

En effet, quand un ami m’a mis Tactique du diable dans les mains, combien de fois ne me suis-je pas reconnue dans le personnage principal !? On ne sait pas grand-chose de lui au début, sinon qu’il est jeune et vient de se convertir : chacun peut facilement se glisser dans sa peau. On comprend très vite qu’un démon stagiaire nommé Wormwood est chargé de l’entraîner en enfer. Mais comme ce dernier manque de pratique dans son rapport aux humains et au plan mystérieux de « l’Ennemi » haï (un Dieu qui « aime » les hommes, ces immondes créatures, quelle horreur !), il demande à son oncle, le rusé Screwtape, de lui prodiguer des conseils.

À chaque lettre – qui décrit par les yeux d’un tentateur expérimenté la vie quotidienne et la croissance spirituelle du héros (ses rapports avec sa mère, ses difficultés pour prier, ses fausses images de Dieu, l’amour, la guerre, l’Histoire, l’humilité, l’Église, la mort…) – on en apprend beaucoup sur l’Homme. On comprend que ce qui se passe en nous est le résultat d’une guerre à l’échelle de l’univers, dans laquelle nous jouons plus que notre vie : notre âme.

De plus, entre les lignes, on découvre un monde à l’envers, un enfer imaginé, mais pas si éloigné que ça de la réalité : des allusions à la bureaucratie infernale, aux « cours de tentation sexuelle »… Un monde qu’on voudrait oublier, mais qui n’en existe pas moins, où les mots « amour » et  « justice » sont incompréhensibles et dans les abîmes duquel ses habitants cherchent inlassablement à nous entraîner. Et ils y parviendraient si nous ne recevions pas l’aide (discrète, incompréhensible, mais redoutablement efficace) de leur « Ennemi » et de sa grâce !

Quelques citations du livre de Lewis

Quelques citations pour finir ; j’espère qu’elles vous donneront envie d’aller plus loin :

« Le chemin le plus sûr pour l’enfer est celui qui y mène progressivement. C’est la pente douce, bien feutrée, sans virages trop brusques, sans bornes kilométriques ni poteaux indicateurs. »

« Surtout n’essaye pas de te servir de la science (la vraie science, je veux dire) pour combattre le christianisme. Elle l’emmènerait à réfléchir à des réalités qu’il ne peut voir ni toucher. »

« Si tu réussis à l’amener au stade où il pense que « la religion, c’est très bien à condition de ne pas aller trop loin », tu n’auras plus de soucis à te faire pour son âme. Une religion modérée vaut tout autant pour nous que pas de religion du tout, et c’est bien plus amusant. »

« Détourne son attention des devoirs les plus élémentaires pour la diriger vers des tâches plus élevées et plus « spirituelles ». Accentue chez lui ce trait si humain qui nous est si utile : l’horreur ou simplement la négligence d’obligations qui semblent pourtant évidentes. »

« La meilleure tactique sera, chaque fois que cela est possible, d’empêcher ton protégé de prendre sérieusement la résolution de prier. »

« Aussi longtemps qu’il attachera plus d’importance aux réunions, aux pamphlets, à la politique, aux mouvements, aux causes et aux croisades qu’aux prières, aux sacrements et à l’amour du prochain, il sera des nôtres et plus il sera « religieux » (comme nous l’entendons), plus sûrement il nous appartiendra. »

«  Si je comprends bien, il ne fait plus de grandes promesses de vie vertueuse. […] Tout ce qu’il espère c’est d’obtenir à chaque heure de chaque jour les forces nécessaires pour surmonter la tentation. Tout ceci est très mauvais. »

« Attrape-le au moment où il est vraiment pauvre en esprit et souffle-lui à l’oreille la réflexion flatteuse : « Pardi ! Me voilà devenu humble », et tu verras, presque instantanément, l’orgueil – l’orgueil qu’il tire de son humilité – faire son apparition. »

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Auteur : Neige

Neige, 18 ans, est étudiante en prépa lettre à Nancy.