Quelle est l’attitude du médecin face à la mort ?

Crédits image : alexisorloff sur flickr.com

Post de Jonathan D., 22 ans, militaire, étudiant en médecine et rébellutionnaire

Ce post est le début d’une série de Jonathan D., dans laquelle il s’efforce de répondre, en tant qu’étudiant en médecine et militaire, à des interrogations qu’on lui a faites. A commencer par la première d’entre elles : Quelle est l’attitude du médecin face à la mort ?

La mort, selon Woody Allen 

« Je n’ai pas peur de la mort, simplement je ne veux pas être là quand ça se passera. » Woody Allen

La remarque d’Allen est intéressante sur 2 points :
1) Chaque jour qui passe nous rapproche de la mort.
2) Même le meilleur des médecins ne sauvera personne de la mort car nous sommes tous appelé à mourir un jour.

En tant qu’étudiant en médecine nous sommes beaucoup plus confrontés à la mort que nos amis de la même tranche d’âge. Impossible d’y échapper. Ni dans sa famille ni dans son exercice. La question de la mort est inéluctable, et mourir est trop grave pour ne pas s’y attarder. Et pourtant cette ultime échéance surprend, désempare et laisse perplexe beaucoup de soignants.

Du soin curatif au soin palliatif

Ainsi la mort d’un patient est très souvent considérée comme l’échec du soignant. Etant très spécialisés dans leur domaine propre, il semblerait que ce ne soit pas du domaine du cardiologue ou de l’endocrinologue que de prendre en charge les fins de vie de leurs patients. A tel point qu’aujourd’hui il existe des médecins spécialisés dans le soin palliatif… Un peu comme s’il s’agissait du service des échecs. Toutefois, la prise en charge de la mort est complexe (médicalement et légalement) et on peut légitimement penser qu’il est nécessaire qu’il y ait des spécialistes qui prennent le relai dans une certaine mesure.

On ne peut donc pas en vouloir au corps soignant, il agit de la sorte car, comme la société, il a peur de la mort. Et c’est pourquoi on a segmenté les champs médicaux en « super-spécialité » ; qu’on a créé les soins palliatifs et qu’on les a excentrés du domaine du curatif. L’hôpital lui-même n’accepte pas la mort des patients ; il l’a fui. D’ailleurs vous noterez les évolutions sociétales qui vont dans ce sens : aujourd’hui les cercueils sont de moins en moins noirs mais gris, marron… comme pour colorer un peu l’événement. Les vêtements de deuil ne se voient plus comme autrefois. On craint même certains mots : la personne n’est pas morte, elle « est partie », elle « nous a quittés »…

L’angoisse de la mort

L’angoisse autour de la mort est compréhensible. Après tout, qui sait ce que c’est que de mourir ? Nous sommes tous assez ignorants quand au déroulement des dernières heures de la vie et de l’après vie. Et ce qui n’est pas connu est craint. Au final, personne ne semble savoir ce qu’il y a après la mort. Si la mort d’un patient est aussi déroutante, c’est peut-être qu’elle nous renvoie à notre propre mort. Nous désirons tous acquérir une assurance face à la mort. Une telle préoccupation est saine et même salutaire. La mort est un fait qui nous concerne tous. Certains d’entre nous utiliseront quelques artifices plus ou moins subtils pour éloigner d’eux ou oublier la peur qu’engendre la mort dans nos services. Le cynisme en est parfois un bel exemple. A la fois on tente de faire de la mort une réalité quotidienne, en même temps on reste rarement insensible à la mort de son patient. C’est un paradoxe, non ? Les médecins doivent se « blinder », signe qu’il y a un problème.

Rien avant la vie, rien après la mort ?

D’autres exploreront, dans la continuité de la raison, le domaine de la métaphysique et de la spiritualité pour adhérer à un système de croyance, et pour certain de foi.

Parmi ces croyances on retrouve celle dans le fait qu’il n’y a rien avant la vie et donc rien après la mort, illustrant ainsi la citation d’Epicure : « La mort n’est rien pour nous, puisque tant que nous sommes en vie, elle n’est pas là. Et quand elle survient, nous ne sommes déjà plus là ». Reste à savoir si le vécu affectif de ces personnes face à la mort est cohérent avec cette affirmation… Mode de pensée toutefois extrêmement frustrant, insupportable et angoissant. « Je viens de nulle part et je vais nulle part ». Est-ce donc cela la réalité – ne sommes-nous rien de plus qu’un amas d’atomes ? La science n’a pas de réponse sur le tout début de la vie ni sur sa fin. Mais nous ressentons bien la fragilité de la vie et sa dimension mystérieuse. L’incompréhension de ce mystère nous pousse à sacraliser la vie et à la protéger. Sinon pourquoi lutter contre les suicides ? Pourquoi même lutter contre la mort dans nos services? Pourquoi ne pas lutter uniquement contre la souffrance physique ? Pourquoi féliciterions-nous les pompiers qui mettent leur propre vie en danger pour sauver celle des autres ? C’est ce qui conduit certains à chercher à laisser une trace pour rester « vivant » dans l’esprit des gens après leur décès ; or : « Quelle pitoyable hypocrisie de dire : elle vivra toujours dans ma mémoire ! Vivre ? C’est précisément ce qu’elle ne fera plus. » C.S Lewis.

Vivant quand bien même je serais mort !

Parmi les positions de foi nous retrouvons la réincarnation : certains y rattachent des expériences quasi-mystiques, comme les « EMI » (Expériences de Mort Imminentes). Toutefois, celles-ci sont loin d’être fiables et satisfaisantes¹. Nous retrouvons le christianisme qui s’appuie sur une parole que le Christ a dit et qu’il aurait accompli par sa résurrection, donnant ainsi une grande assurance face à la mort à ses disciples : « Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tous ceux qui placent leur confiance en lui échappent à la perdition et qu’ils aient la vie éternelle » (Jean 3.16).

La peur de la mort réside dans chaque être humain. Certains ont des réponses à leur questions, d’autres n’en ont pas. Mal miser au tiercé n’est pas dangereux. Se tromper sur les choses éternelles est lourd de conséquences.

¹ : Nous en reparlerons dans un prochain article en hiver 2013 ; nous tenterons de réaliser un bref examen des arguments en faveur des EMI et de la réincarnation.

Pourquoi ne pas en parler ensemble pour ceux que ça intéresse ?

Auteur : Jonathan D.

Jonathan, 21 ans, est militaire, étudiant et rébellutionnaire.