Hommes et femmes dans un ministère rémunéré: Pierre Lachat, auteur-compositeur-interprète

Crédits photos: .etoile-du-matin.fr
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Tu envisages de travailler dans un ministère rémunéré à temps-plein ou temps partiel ? L’idée t’a peut être effleuré l’esprit mais tout cela te fait peur ? La Rébellution a décidé d’interviewer plusieurs hommes et femmes qui ont sauté le pas… en espérant que ça en motivera certains ;-). Après AnneMarion , NathanSaotra , Clément et Yohan, voici Pierre. Visite son site web ici

Qui es-tu ? Quel est ton arrière-plan et comment es-tu devenu chrétien ?

Je suis né en 1961 de parents émigrés qui se sont rencontrés en France après la guerre. Quand j’avais environ 8 ans, ma mère s’est convertie suite à une campagne OM. Cet événement a déclenché une véritable guerre à la maison et notre foyer s’est divisé à cause de l’Évangile. Parti vivre avec mon père et mon plus jeune frère, je restais malgré tout marqué par le témoignage de ma mère et l’impact du Seigneur dans sa vie. Je retournais à l’Église quand je le pouvais, recevant l’enseignement qui me préparait à devenir chrétien. À l’âge de 12 ans, en colonie de vacances (à Champfleuri), j’ai compris un soir que le Seigneur attendait ma décision de lui donner ma vie. Je l’ai fait immédiatement, lui remettant mon avenir en toute confiance. Les années qui ont suivi m’ont permis de grandir et de comprendre un peu mieux l’œuvre de Dieu en moi, et tout ce que cela impliquait. Plus tard, dans l’adolescence, je pratiquais le cyclisme en compétition et le succès avait tendance à me griser. Les dimanches étaient souvent pris par les courses et le moment est venu où j’ai senti que j’avais un choix à faire. Au moment où j’ai interrompu mon engagement sportif pour mieux me consacrer à ma vie chrétienne, Dieu m’a donné la musique et la composition comme mode d’expression privilégié. J’ai eu l’impression d’avoir renoncé au bon pour recevoir le meilleur. Le groupe de jeunes auquel je me suis joint a été une véritable rampe de lancement pour la consécration et l’évangélisation.

 Comment et quand as-tu su que tu voulais aller dans le ministère à temps plein ?

Ce groupe de jeunes a su me mettre en confiance, me valoriser et m’aider à découvrir mes dons et à les exercer. J’avais 15 ans quand on m’a parachuté dans le programme d’une soirée témoignage, dans notre premier coffee bar. L’été, le groupe a demandé une dérogation pour que malgré mon jeune âge, je puisse participer au camp d’évangélisation « Punch » (l’équivalent de Plage Station aujourd’hui), réservé à l’époque aux seuls majeurs. Cette proximité avec mes aînés m’a entraîné et m’a donné le goût pour l’évangélisation, que j’avais déjà naturellement au fond de moi depuis que le Seigneur m’avait touché. Peu à peu, le désir de m’engager à temps plein pour son service a commencé à s’imposer. À 18 ans, j’enregistrais mon 1er album en studio et les opportunités de concerts se faisaient de plus en plus nombreuses. Un soir, après un concert de Gérard Peilhon, je lui ai partagé mon souhait de faire comme lui. Il m’a encouragé à aller à l’école biblique. J’en ai donc parlé avec mon pasteur qui m’a répondu comme si c’était une évidence. J’ai donc étudié à Lamorlaye, suivant un cursus théologique et musical qui, au final, m’a pris 5 ans, entrecoupé par 2 années au cours desquelles j’ai travaillé pour Mission France avec Billy Graham (13 mois avec l’équipe américaine comme traducteur, puis dans ma propre Église pour assurer le suivi des nouveaux convertis). Le travail ne manquait pas et pendant tout ce temps, je continuais de chanter à chaque occasion. À 24 ans, mon Église m’a engagé à temps partiel et je consacrais  le reste de mon temps aux tournées. 5 ans plus tard, à la suite de mon mariage, je me suis consacré, avec l’aide de mon épouse, au ministère d’évangéliste par le chant à temps plein.

 Quels ont été tes plus gros(ses) galères/sacrifices et bénédictions/joies dans le ministère ?

Je m’estime bienheureux de servir le Maître et je ne voudrais pour rien au monde échanger ce privilège contre quoi que ce soit. Bien sûr, il y a des galères et des souffrances ; les traverser n’est pas toujours si simple. Ce qui me fait le plus souffrir, ce sont les conflits qui n’ont pu être réglés d’une manière satisfaisante. J’en ai connus dans le cadre d’organisation de tournées, dans les responsabilités d’Église, dans les questions de vision générale, souvent liés à des problèmes de personnalités. Il a fallu parfois avaler des couleuvres afin de s’abstenir d’offrir un spectacle navrant aux frères et sœurs (qui ont plus besoin de s’affermir que d’être déçus), et plus encore au monde qui nous observe et qui a soif de l’amour, qui est notre signe distinctif. Cette parole de l’apôtre Paul est libératrice : « Autant que cela dépende de vous, soyez en paix avec tous les hommes » (Rom. 12.18).

L’épreuve de la santé est une autre souffrance. Avec mon épouse, atteinte de la maladie de Lyme au stade avancé et chronique, nous traversons ce grand défi de la douleur et du questionnement qui l’accompagne. Nous cherchons à comprendre comment nous pouvons glorifier le Seigneur au travers de ce vécu lourd à assumer dans le quotidien et sur le long terme.

Les vies touchées et transformées par le Seigneur font incontestablement partie des plus grandes joies. Il n’y a rien de plus beau et gratifiant pour un évangéliste que de voir des personnes se jeter dans les bras de Jésus convaincues par le Saint-Esprit. Je revois ces adolescents lors d’un week-end de jeunes, en larmes, reconnaissant leur besoin du Sauveur et décidant de lui offrir leur vie. Quelle joie aussi de recevoir des lettres expliquant l’œuvre de Dieu suite à un concert ou une soirée d’évangélisation ou encore à l’écoute d’un CD !

Que conseilles-tu à un jeune qui envisage le ministère à temps plein ?

Tu cherches la volonté de Dieu pour toi et tu envisages de le servir à plein temps ? Génial ! Fais de cette question un sujet de prière constant. Partage-le avec tes proches, à ceux qui peuvent te soutenir et te conseiller dans tes questions. Demande conseil autour de toi, à ton pasteur ou autres responsables de ton Église. Si ce n’est pas encore fait, découvre quels sont tes dons et comment tu peux les mettre au service du Royaume de Dieu. Attends des confirmations concernant tes dons et ton appel. Réfléchis à un moyen de te former (école biblique, formation de disciple, stage pratique…). Dis-toi que Dieu te donnera tous les moyens nécessaires pour te permettre de réaliser (avec lui) ce qu’il attend de toi. Sois patient, il se passera peut-être beaucoup de temps avant que tu sois effectivement à plein temps dans l’œuvre de Dieu. En attendant, sers déjà autant que tu le peux. Ce que ta main trouve à faire, fais-le (Ecclés. 9.10). Pense déjà à un plus jeune que toi que tu pourras encourager et former à ton tour.

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Auteur : Fidji P-L

23 ans, Rébellutionnaire, mariée à Sam, étudiante en médecine à Lyon et co-auteure du livre Fidji et Sam, étudiants..

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