Le personnage du mois – Yaebets, maudit par les hommes, béni par Dieu

Crédits Photo : 2.bp.blogspot.com
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Le premier janvier, tu t’es résolu à lire ta Bible en un an. Bouillant, tu as commencé avec Genèse. Après quelques semaines, tu étais au top. Tu n’avais jamais réalisé à quel point les histoires de la Bible étaient passionnantes ! Et là, tu es arrivé au livre – gore et incompréhensible – de Lévitique. Aïe. Ta motivation s’est mise à vaciller, mais tu as persévéré. Quand tu es passé à Nombres, avec ses récits de batailles pittoresques, tu t’es exclamé : Yes, enfin, le plus dur a été fait !

Ca, c’est que tu croyais…

Un mois plus tard, tu as entamé le premier livre des Chroniques : « Adam, Seth, Enosh, Qénân, Mahalaléel, Yéred […]. Fils de Japhet : Gomer, Magog, Madaï, Yavân, Toubal, Méshek et Tiras… »

Tu t’es dit que c’était sûrement une mini-introduction. Mais tu as tourné dix pages plus loin et tu as lu : « Parmi les Qehatites, Hémân officiait comme musicien. Ses ascendants en ligne directe étaient : Joël, Samuel, Elqana, Yeroham, Eliel… »

Tu as réalisé avec effroi que tu allais devoir endurer une liste de tribus et de noms  sur des dizaines de pages ! Alors tu as eu une idée de génie. Quel intérêt de me noyer dans une liste de prénoms ? Je vais juste sauter ces chapitres et reprendre là où l’action réapparaît !

Erreur fatale. Tu viens de rater l’occasion de rencontrer l’un des personnages les plus encourageants de toute la Bible. Au milieu de ces généalogies soporifiques se cache Yaebets (1 Chroniques 4.9-10). Laisse-moi te le présenter.

Yaebets, c’est le gars qui semble être né sous une mauvaise étoile. Son prénom signifie « enfanté dans la douleur ». Sa mère a tellement souffert en le mettant au monde qu’elle lui a donné ce prénom stigmatisant (v.9). Vu l’importance des prénoms dans l’Ancien Testament, on pourrait presque dire que c’était une malédiction. Imagine, dans une telle société, grandir en portant un prénom que tout le monde associe à la malchance. Les piétons t’évitent dans la rue, tes camarades refusent de se mettre en binôme avec toi et les filles te fuient de peur que tu ne leur portes la poisse.

En gros, Yaebets était prédisposé à devenir un loser. C’était là son destin. Du moins, c’était ce que tout le monde croyait. C’était sans compter sur sa foi en Dieu. Yaebets n’était pas fataliste. Il refusait d’accepter que son destin était scellé par les circonstances de sa naissance. Le passage nous dit :

Yaebets invoqua le Dieu d’Israël en disant : « Si tu me bénis réellement et si tu agrandis mon territoire, si tu es avec moi, si tu éloignes de moi le malheur pour m’épargner la douleur… » (v.10)

Décortiquons la prière de Yaebets. Il demande à Dieu essentiellement trois choses.

Premièrement, de le bénir et d’être avec lui. Tout le monde – sa propre mère inclue – a beau le maudire, Yaebets reconnaît que son destin est entre les mains de Dieu. Si Dieu le bénit, alors il sera réellement béni. En d’autres termes, si « Dieu est pour [lui], qui se lèvera contre [lui] ? » (Romains 8.31)

Deuxièmement, d’« agrandir son territoire ». Certains ont l’impression que c’est une requête mégalomane et égoïste. Mais ce n’est pas le cas du tout. Dans l’Ancien Testament, l’étendue du territoire était un signe de la faveur de Dieu. Quand Dieu annonce à Abraham qu’il va le bénir, il lui dit : « Lève les yeux et regarde depuis l’endroit où tu es, vers le nord, le sud, l’est et l’ouest : tout le pays que tu vois, je te le donnerai » (Genèse 13.14). Ainsi, Yaebets demande simplement à Dieu de montrer de manière tangible – à lui et à tous ceux qui l’entourent – qu’il a sa faveur.

Troisièmement, d’éloigner de lui le malheur pour lui épargner la douleur. À nouveau, on pourrait croire que c’est une demande égoïste, un soupir vers une vie facile et sans souffrance. Mais en fait, Yaebets est en train de faire un jeu de mot sur son prénom. C’est comme s’il disait à Dieu : « Je sais que mon prénom signifie “douleur”. Mais je t’en prie, ne laisse pas mon prénom me définir.  Éloigne de moi la malédiction que j’ai l’impression de porter depuis mon enfance ! »

La conclusion du passage ? « Et Dieu lui accorda ce qu’il avait demandé » (v.10). Yaebets est passé d’un homme méprisé à un homme honoré. Un autre passage dans Chroniques nous montre qu’il a laissé son nom à une ville prestigieuse, où résidaient les « gens instruits » (1 Chroniques 2.54-55).

Comme Yaebets, ne laisse rien ni personne d’autre que Dieu définir ton identité et ton destin. Si tu as connu une enfance et une jeunesse difficiles, avec un héritage familial dont tu aimerais t’affranchir, sache que tu n’es pas prédisposé à devenir un loser. Au lieu de voir tes circonstances comme des obstacles, prie que Dieu en fasse des marchepieds pour te permettre d’aller plus haut. N’aie pas peur de demander à Dieu de te bénir, et de le faire d’une manière visible et tangible. N’oublie jamais que s’il est pour toi, qui se lèvera contre toi ?

Pour aller plus loin, je te recommande le mini-livre La prière de Jaebets de Bruce Wilkinson. Il se lit d’une traite en moins d’une heure, mais il a le potentiel de révolutionner ce que tu oses demander à Dieu.

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Sam P-L

29 ans, marié à Fidji, père de 3 enfants, ingénieur informatique à Lyon et co-auteur du livre Être étudiant et chrétien: opportunités et défis.

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4 Commentaires

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  • Salut Sam,
    Je trouve un peu dommage la remarque désobligeante sur Lévitique…un de mes livres préférés et qui, quelque soit notre avis, est la parole de Dieu, pas juste un livre.
    Mais je prends ça plus comme une maladresse.

    J’ai deux questions par rapport à la prière de Yaebets.

    – Comment actualiserais-tu la seconde demande, si l’on peut l’actualiser (le territoire agrandit) ?
    – Comment équilibres-tu la 3ème demande (à rapprocher du « Notre Père » j’imagine) et le fait que le nouveau testament promet inévitablement des souffrances liées au nom de Jésus pour ceux qui « veulent vivre selon la piété » (2 Timothée 3:12)

    Merci bro’

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    • Hello Cal,

      En fait, je ne crois pas du tout que le Lévitique soit incompréhensible. Quand j’ai écrit « gore et incompréhensible », je parlais de l’impression qui se dégage lors d’une première lecture. J’aurais pu être plus explicite peut-être. Merci pour ton retour.

      Voici mes réponses à tes deux questions.

      1. Dans l’AT, demander à Dieu d’agrandir son territoire revient à lui demander un signe visible de sa bénédiction. Cela peut aussi correspondre à demander à Dieu d’accomplir ce qu’il a promis aux descendants d’Abraham.

      Dans le cas de Yaebets, de manière très concrète, le contexte des Chronique indique que cela peut aussi vouloir dire: « Dieu, aide-moi à conquérir les terres de tes ennemis, les Cananéens ». En effet, quelques générations plus tôt, Dieu avait promis à Moïse et à Josué la Terre Promise. Et à l’époque de Yaebets, il restait une bonne partie de cette terre qui n’avait pas encore été conquise par Israël.

      Comment l’appliquer aujourd’hui, après Christ? Pour répondre à cette question, il faut au préalable en poser deux autres. « Quels sont les signes visibles de la bénédiction de Dieu aujourd’hui? » et « Quelles promesses de Dieu attendent d’être réalisées aujourd’hui? »

      Les signes visibles de la bénédiction de Dieu ne sont clairement pas physiques aujourd’hui. Une personne peut mépriser Dieu et vivre une vie longue et prospère, tout comme une personne peut l’honorer et mourir jeune et pauvre. Aujourd’hui, je dirais qu’on reconnait principalement la bénédiction de Dieu par la présence des fruits de l’Esprit. Donc si je désire – comme Yaebets – que la bénédiction de Dieu soit tangible dans ma vie, je prierais: « Seigneur, donne-moi une joie surnaturelle au milieu des afflictions, un courage divin face à la persécution, un amour pour ceux qui sont le moins aimables! Que tous voient que je suis ton enfant et que tu es un Dieu vivant qui transforme! »

      Ensuite, la promesse principale de Dieu qui attend d’être réalisée chaque jour, c’est qu’il sauve ceux qui placent leur confiance en lui. Donc si je veux avoir l’audace de Yaebets aujourd’hui, je prierais: « Seigneur, utilise-moi pour que des personnes dans mon entourage puissent te rencontrer. Manifeste ta grâce, alors que je prêche l’Evangile, qui est ta puissance pour le salut de quiconque croit! (cf. Rom 1.16) »

      Alors comment être un Yaebets aujourd’hui? Prie que Dieu te rende plus comme Christ chaque jour, et que les perdus dans ton entourage le rencontrent. C’est moins terre-à-terre que la demande de Yaebets, mais bien plus glorieux!

      2. Il se peut que Yaebets demande à Dieu de le protéger alors qu’il attaque les Cananéens. En d’autres termes, il demande à Dieu de le garder alors qu’il accomplit sa mission.

      Dans ce cas, l’application aujourd’hui serait – comme tu le dis – la phrase du « Notre Père »: « Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre nous du Malin ». En gros, « alors que je vis dans ce monde pour être ton témoin, garde-moi de ses vices et de ses péchés ».

      Autrement, si Yaebets demande à Dieu de faire en sorte que son prénom (et donc son passé) ne le définisse pas, une prière actualisée serait: « Seigneur, utilise toutes mes cicatrices du passé pour ta gloire (cf. 2 Co 1.4). Fais en sorte que mes circonstances difficiles ne me définissent pas. Que je ne sois défini que par une chose: le fait que je sois ton enfant! »

      Personnellement, je pense qu’il n’est pas légitime aujourd’hui de demander à Dieu de nous donner une vie épargnée de la souffrance. Comme tu l’as dit, la souffrance est le lot de tout chrétien fidèle.

      Pas évident d’appliquer ce genre de passage de l’AT pour aujourd’hui.

      Et toi, qu’en penses-tu bro? ;)

      Bises,
      Sam

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  • Je suis assez d’accord avec ce que tu as explicité. C’était aussi mon « exégèse » (comme si j’étais théologien lol). Il me semble qu’il est difficile de privilégiée une hypothèse pour une autre étant donné le peu d’informations que nous avons sur Jabez. Matthew Henry commente en émettant 4 à 5 hypothèses d’interprétations qui vont dans ce sens, sans trancher car le contexte (du texte) ne le permet que très peu.

    Merci pour tes précisions. Je me permettrais d’insister sur un des rares éléments biographiques de Jabez :

    1 Chroniques 4:9  Jahbets fut plus honoré que ses frères.

    Deux hypothèses sont principalement données quant aux raisons de l’honorabilité de Jabez :

    1 Sa mère l’ayant conçu dans la douleur, elle se rappelle de sa valeur. En effet il a été mis au monde à grand prix…celui de la douleur extrême, semble-t-il plus grande que les douleurs habituelles de l’enfantement puisque la souffrance était le lot de chaque accouchement. Or là, sa mère l’a spécifié d’entre ses frères.

    2 Sa prière est comparée, par certains commentateurs, à la prière de Salomon à Dieu (sagesse, justice, etc…). Ainsi, ses prières auraient non seulement une pertinence physique (conquête de la terre promise, etc…) mais aussi une dimension bien plus spirituelle dans laquelle, je cite : « Il se consacre à connaitre Dieu dans toutes ses voies » (Matthew Henry).

    Plus je lis la parole…plus je suis persuadé que l’Ancien Testament est aussi « spirituel » que le nouveau.

    Par exemple, je découvre tout juste que lorsque la Bible parle des pauvres dans les psaumes et dans les prophètes ou encore les béatitudes, il s’agit moins d’un état matériel que d’un état spirituel ; autrement dit, selon Dieu, les vrais pauvres dont Il veut prendre prioritairement soin sont les pauvres d’un point de vu spirituel, qui ne compte que sur Dieu dans leur misère. Qu’en penses-tu?

    Enfin voilà. Encore merci pour ta réponse.

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    • Hello Cal,

      Merci pour les précisions concernant Yaebets. À vrai dire, il y a très peu de choses à dire sur les deux versets le concernant. La majorité des interprétations sont des spéculations. En revanche, le peu qu’on peut dire, c’est que Dieu aime qu’on l’implore, et qu’il répond à la prière. Après, le reste de notre théologie doit être construite sur des passages plus explicites.

      En ce qui concerne ta remarque comparant l’AT avec le NT, je répondrais oui et non.

      Oui, parce que quand on lit Hébreux 11, on voit que les motivations des principaux protagonistes de l’AT étaient avant tout spirituelles et pas terrestres. L’auteur commente la vie de ces « héros malgré eux » en disant: « Dieu a approuvé tous ces gens à cause de leur foi, et pourtant, aucun d’eux n’a reçu ce qu’il leur avait promis » (v.39). Ils avaient foi dans des promesses éternelles, des promesses d’un Sauveur à venir et un Univers recréé.

      Non, parce que le destin des croyants de l’AT était profondément lié au destin de la nation d’Israël, et que le destin de cette nation était directement lié à son obéissance à la Loi. Relis Deutéronome 27.1-14 pour voir les bénédictions purement terrestres et physiques que Dieu promet à son peuple en cas d’obéissance. Et lis Deutéronome 27.15-68 pour voir les malédictions en cas de désobéissance. Le fonctionnement d’Israël était théocratique, c’est-à-dire que Dieu était son Roi et qu’il faisait correspondre les circonstances au niveau d’obéissance (découlant de la foi) de son peuple.

      En ce qui concerne les « pauvres » et les « opprimés » dans l’AT, c’est là encore un thème complexe. Il est intéressant de noter que plus de la moitié (78 sur 150) des psaumes sont attribués à David. Il a écrit ces psaumes dans toutes sortes de circonstances: en tant que jeune berger inconnu, en tant que fugitif face à Saül, en tant que roi victorieux et prospère. Son statut matériel ne semble pas vraiment influencer sa vision de ceux que Dieu bénie. Dieu préfère de loin un riche qui compte sur lui (comme Abraham, qui était extrêmement riche!) qu’un pauvre qui le méprise. De plus, même si de nombreux psaumes et proverbes font un lien direct entre obéissance, prospérité et santé, d’autres passages dans ces mêmes psaumes et dans Ecclésiaste montrent que souvent, le juste souffre et l’insensé prospère (p.ex. Ps 73).

      Quoi qu’il en soit, au jour du jugement, les humains pré-Christ et les humains post-Christ seront jugés de la même manière. C’est-à-dire, en fonction de leur foi. Les premiers, par anticipation du Sauveur qui allait venir. Les derniers, par foi dans le Sauveur qui a été révélé.

      La spiritualité biblique est donc un ensemble très cohérent. Tout l’enjeu est de distinguer entre ce qui est continue entre les deux testaments et alliances, et ce qui ne l’est pas. C’est une discussion toujours en cours parmi les théologiens (avec de grandes différences entre les Calvinistes et les théologiens de l’Alliance d’une part, les dispensationnalistes d’autre part, et la ribambelle de positions intermédiaires entre les deux).

      Bref, à creuser :).
      Sam

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