Hommes et femmes dans un ministère rémunéré: Clément Diedrichs, directeur du CNEF

Crédits photos: lecnef.org
Crédits photos: lecnef.org

Tu envisages de travailler dans un ministère rémunéré à temps-plein ou temps partiel ? L’idée t’a peut être effleuré l’esprit mais tout cela te fait peur ? La Rébellution a décidé d’interviewer plusieurs hommes et femmes qui ont sauté le pas… en espérant que ça en motivera certains ;-). Après AnneMarion , Nathan et Saotra nous te présentons Clément.

Qui es-tu ? Quel est ton arrière-plan et comment es-tu devenu chrétien ?

Je m’appelle Clément, j’ai 50 ans et suis marié avec Jacqueline depuis 23 ans. Nous avons 4 enfants de 21 à 11 ans. Je suis le fils d’un couple chrétien et je peux, au moins d’un côté de ma famille, remonter une généalogie de chrétiens évangéliques jusqu’au Réveil dit « de Genève » du début du 19e siècle. J’ai été convaincu très jeune de deux choses : de la pertinence du message de Jésus et de ma responsabilité de faire un choix personnel pour lui, quels que soient mes ascendants. Dieu m’a parlé par sa Parole écrite depuis très jeune et un de mes meilleurs souvenirs est une étude personnelle du livre de Josué à 13 ans : j’ai eu la révélation de mon identité en Christ et de l’attente de Dieu d’un engagement constamment renouvelé pour lui.

Comment et quand as-tu su que tu voulais aller dans le ministère à temps plein ?

Le fait de mettre ma « vie à temps plein » à sa disposition a rapidement coulé de source. Quant à ce qu’on appelle un « ministère à temps plein », à part une sœur qui m’a dit un jour que j’aurai la charge de prêcher la croix dans les Églises, ce sont des convictions intérieures à la fois progressives et renouvelées qui m’ont amené à ce choix. Quant à la connaissance biblique — je devrais plutôt dire la connaissance de Dieu par la Bible — je l’ai considérée comme un investissement absolument prioritaire depuis mon adolescence … ce qui m’a rendu très (peut-être trop) sérieux quant à mes choix d’activités. Ceci dit, avec le recul, je n’hésite pas à partager régulièrement deux constats : d’abord qu’il n’y a aucun moment aussi propice que la jeunesse pour emmagasiner de la connaissance, à cause de la capacité de mémoire et du temps libre dont on dispose. Ensuite, que des connaissances et des expériences stockées pendant de longues années sont plus facilement mobilisables que celles qu’on acquière en « .zip » durant quelques années seulement. Je peux dire que ça change tout quand on a un message à préparer…

Tout en me sachant appelé à terme à un « ministère à plein temps », j’étais tranquillement persuadé qu’un travail séculier serait partie intégrante de ma formation pour le service : une formation d’ingénieur, une mission d’animateur de groupes projets puis de chef d’équipe sur la gestion et la stratégie d’entreprise et enfin de chef de projet qualité dans une entreprise ont été, avec le recul, une formation de terrain exactement adaptée aux compétences « non spirituelles », mais indispensables à mon ministère actuel au CNEF. Parallèlement, j’ai pu m’impliquer dans l’implantation d’une Église et son suivi pastoral durant 14 ans.

Et puis, quand Dieu a jugé que ma formation était suffisante (et que d’autres critères qu’il avait seul en tête étaient réunis !), il a permis des difficultés dans mon entreprise : j’ai alors cherché à arranger les choses, je m’y suis fatigué … jusqu’à que ce soit mon épouse qui m’ouvre les yeux en me disant : « il faut changer ». C’était la parole de l’Esprit pour faire le pas vers un ministère à temps plein.

Quels ont été tes plus gros(ses) galères/sacrifices et bénédictions/joies dans le ministère ?

Les plus grosses galères de notre ministère pastoral : continuer de servir avec joie et détermination tout en refusant de jeter le discrédit sur des frères et sœurs qui manifestement agissaient de manière non spirituelle envers nous. Tenir la discipline que s’était imposée David envers Saül.

Ce fut aussi la très nette impression que l’accident subi par ma femme (grave AVC) était lié à mon engagement pour l’Église de Dieu dans notre pays, au niveau du CNEF. Souffrir pour soi-même, passe encore, c’est compris dans le « forfait » du disciple du Christ. Qu’un autre souffre, et en plus quelqu’un qu’on aime plus que tout, c’est plus dur à accepter…

Mes principales joies ? Voir un chrétien laisser tomber des convictions personnelles sclérosantes parce qu’il avait discerné, peu à peu, les « choses importantes » de Philippiens 1.10. Le voir ancrer sa vie sur sa relation avec le Christ plutôt que sur ce qui faisait jusque-là son identité, même si c’était une conviction « religieuse ».

Ce fut aussi de constater comment Dieu avait préparé le mouvement d’unité du CNEF avec la joie qui l’accompagnait et comment il a eu la grâce d’utiliser mes dons et mes compétences au bon moment. De l’avis de plusieurs, le projet piétinait à un moment donné faute de compétences de gestion de projet : le Seigneur m’a appelé à ce moment-là…

Que conseilles-tu à un jeune qui envisage le ministère à temps plein ?

Je pourrais écrire plusieurs pages sur le sujet. Voici ma sélection :

Aie la confiance paisible que le Dieu qui t’aime saura te montrer quand il faut te lancer effectivement : sentir la volonté de Dieu et discerner le temps de Dieu, ça n’arrive pas forcément au même moment !

Prépare-toi dans tout ce qui est possible et qui constitue de toute façon un investissement pour tout disciple.

Donne priorité à ta relation avec le Christ, à ton enracinement dans la Parole de Dieu.

Envisage très sérieusement une formation biblique, voire théologique en fonction du besoin, dans une optique d’être « fort en lui », sans négliger tout complément de formation autodidacte.

Pense aux compétences « non spirituelles » indispensables à ton futur ministère, sans juger que cela est de moindre importance. Heureusement que les bâtisseurs de Néhémie savaient manier aussi bien l’épée que la truelle !

Ne néglige aucune occasion de t’essayer : pour vérifier ton appel, pour discerner un domaine d’action plus précis, pour t’éviter des risques relationnels inutiles. La culture française de l’échec peut arrêter définitivement un ministère : alors autant t’essayer avant ! Et si l’échec doit arriver, considère-le comme une expérience de plus avec le Dieu de grâce et non comme un événement qui détermine à jamais ta personnalité : l’échec ne fait pas de toi un échec, même si l’ennemi veut t’en convaincre !

Et au long cours, ne confonds jamais ton ministère avec ton identité. Tu es pour toujours un fils ou une fille du Père. Ton ministère est (ou n’est que !) ta réponse d’amour au cadeau de ton Dieu.

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Auteur : Fidji P-L

23 ans, Rébellutionnaire, mariée à Sam, étudiante en médecine à Lyon et co-auteure du livre Fidji et Sam, étudiants..

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