Hommes et femmes dans un ministère rémunéré: Marion Poujol, équipière avec les GBU

Crédits Photo : La fontaine à films

Tu envisages de travailler dans un ministère rémunéré à temps-plein ou temps partiel ? L’idée t’a peut être effleuré l’esprit mais tout cela te fait peur ? La Rébellution a décidé d’interviewer plusieurs hommes et femmes qui ont sauté le pas…en espérant que ça en motivera certains ;-). Après Anne, nous te présentons Marion.

Qui es-tu ? Quel est ton arrière-plan et comment es-tu devenu chrétien ?

Je m’appelle Marion Poujol, j’ai 31 ans et je travaille pour les Groupes Bibliques Universitaires (GBU) en Île-de-France.

Je me suis convertie plus ou moins en Terminale. Étant née dans une famille chrétienne, j’ai toujours cru en l’existence de Dieu ; mais, pour différentes raisons qu’il serait trop long d’expliquer ici, je mettais systématiquement en doute les dogmes chrétiens. L’année de mon bac, en cours de philo, je me suis confrontée à une prof athée et militante qui, à force de provocations, m’a obligée à me plonger vraiment dans les textes bibliques. Je le faisais uniquement pour avoir des choses à lui rétorquer et ne pas perdre la face. Mais s’il y a un truc que Dieu aime faire, c’est transformer nos âneries en bénédictions. J’ai donc, grâce à mes lectures, compris cette année-là deux choses qui m’ont fait basculer définitivement dans le camp des chrétiens convaincus.

La première est que la Bible a le bon diagnostic sur notre monde, donc la bonne solution, et nous donne la bonne façon de vivre ; la deuxième est que Jésus est venu pour les gens pécheurs (et j’avais une très forte conscience de l’être !) et qu’il les sauve sans qu’ils ne méritent rien. Depuis lors, je continue à découvrir tous les enjeux de ces affirmations et à en faire les ancres de ma vie.

Comment et quand as-tu su que tu voulais aller dans le ministère à temps plein ? 

Ce fut un processus plutôt long. Je suis « tombée » dans les GBU lors de ma première année de fac d’histoire, donc peu après ma conversion. J’avais soif d’apprendre, je suis devenue très régulière et j’ai aimé ça.

Tranquillement, j’ai commencé à prendre des responsabilités au niveau local puis au niveau régional. Je ne me souviens plus exactement comment l’idée de travailler au GBU est arrivée dans ma tête, sans doute me l’a-t-on susurrée, mais j’avais pas mal de craintes et de questions. Notamment celle de savoir si c’était par vocation ou par amour du GBU que je voulais faire cela. Et aussi, je voulais vraiment être enseignante ! J’ai décidé néanmoins de me lancer un an dans un stage de formation au ministère à temps plein que proposaient les GBU (le stage relais) pour « écouter Dieu », juste au cas où…

Après cette année, qui fut géniale, il m’a fallu encore 5 ans avant de me décider. 5 années durant lesquelles, étant enseignante d’histoire-géographie à temps plein, je passais de l’enthousiasme débordant pour le ministère à la peur paralysante de m’y lancer. C’était une période difficile parce que je priais Dieu pour qu’il me dise quoi faire, et que lui … il se taisait.

Finalement, au cours de l’été 2008, une discussion avec des responsables des GBU a dissipé la plupart de mes craintes (les principales – ne riez pas : Comment vais-je vivre avec le Smic ? Qui va bien vouloir m’épouser si je suis dans le ministère ?). Et la question qui tue d’une étudiante m’a fait réaliser que c’était ce que je voulais vraiment faire (la question en cause : « Tu es missionnaire de toutes manières, mais préfères-tu l’être au GBU ou à l’Éducation nationale ? »). J’ai laissé quelques mois s’écouler pour vérifier que ce n’était pas juste une décision prise à la légère, liée à un été merveilleux. Mais la volonté s’est affermie et j’étais apaisée en pensant à mon avenir.

Dieu parle en son temps et son temps est toujours le bon.

Quels ont été tes plus gros(ses) galères/sacrifices et bénédictions/joies dans le ministère ?

Je suis encore une apprentie, je ne suis qu’au milieu de ma troisième année dans le ministère, je n’ai donc pas beaucoup de recul et je sais bien que je n’ai pas vécu grand-chose : le pire et le meilleur sont encore devant moi !

Je peux cependant déjà dire qu’il y a quelques galères liées au petit salaire, aux horaires et au cahier des charges extensible à volonté. C’est difficile, voire impossible, de ne plus être ministre (c’est-à-dire serviteur) hors des moments où l’on travaille, ce qui peut rendre la gestion de la vie personnelle un peu compliquée.

Mais pour l’instant, c’est ma liste de joies qui est beaucoup plus longue. C’est une bénédiction de voir des gens être convaincus de la vérité de la Bible, devenir chrétien, s’enraciner en Christ, se repentir, progresser et prendre des responsabilités. Voir l’action de Dieu dans la vie des gens est une véritable drogue : participer à cela avec toutes nos erreurs et nos manquements est un privilège hallucinant.

Que conseilles-tu à un jeune qui envisage le ministère à temps plein ?

Je lui dirais de :

– Demander des avis à des gens qu’il estime, qui le connaissent bien et qui sont déjà dans le ministère. Je sais, cela fait beaucoup de critères, mais vous avez le droit de prendre plusieurs personnes, chacune recouvrant un domaine…

– S’essayer, soit dans un stage comme je l’ai fait, soit en prenant des responsabilités dans l’Église, dans une association et en s’y tenant fidèlement, sur une longue période, avec les joies et malgré les échecs.

– Se former : il existe des centres de formation vraiment bien dans le monde francophone.

– Prendre courage parce que le chemin peut être difficile. Il faut parfois prendre des décisions radicales (moi j’ai démissionné de l’Éducation nationale, ce qui veut dire que j’ai perdu mon CAPES et hop’ ! 2 années de concours parties en fumée !), parfois convaincre sa famille (« Quoi ? Tu as fait une grande école qui t’assure un bon avenir et tu veux être pasteur ?!!! Tu veux me tuer mon fils !! ») et faire face à ses propres questions et craintes.

– Prendre patience parce que le chemin peut être long. C’est le travail de Dieu, c’est lui qui appelle les ouvriers et il le fait quand il sait que c’est bon. Eprouvez votre vocation et acceptez de faire les choses dans le temps de Dieu. Ne vous inquiétez pas, il sait se faire bruyant quand il veut nous faire comprendre quelque chose.

Je lui dirais enfin : tu désires une excellente chose, prie pour que cela arrive et que Dieu te mette à la bonne place pour que tu sois utile à son royaume et que tu continues à apprendre à compter sur sa grâce.

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Auteur : Fidji P-L

23 ans, Rébellutionnaire, mariée à Sam, étudiante en médecine à Lyon et co-auteure du livre Fidji et Sam, étudiants..

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