J’échange ma couronne de princesse contre une couronne d’épines.

Pour toutes les soeurs qui en veulent pour Dieu  !!

Dédicace à Christelle, Sergine, Anne-Sophie, Laetitia, Alex (entre autres). Vous m’encouragez trop !

Je broyais du noir. Après une dure journée à la fac, j’étais démoralisée et fatiguée. Je doutais de ma capacité à être à la hauteur pour tel projet ou dans telle relation. Je me suis confiée à une amie. Elle a essayé de m’encourager : « Fidji, tu es une princesse, une héritière du grand Roi. Nous les femmes chrétiennes sommes toutes des princesses, n’est-ce pas merveilleux ? » Cette parole qui aurait dû me faire du bien m’a paru bizarre, incongrue.

Pourquoi ce malaise ? Être comparée à une princesse, c’est génial, non ? Peut-être que tu rêves d’être une princesse et que tu aimes quand ton entourage utilise cette imagerie et ses dérivés pour t’encourager. En gros, peut-être que ça te fait du bien d’être comparée à une princesse et que tu souhaiterais même qu’on te le dise plus souvent.

Je tiens à être claire dès le début, je ne suis pas viscéralement opposée à la comparaison « femme chrétienne = princesse » qui peut être attendrissante (et je vois d’où ça vient : la fille d’un roi est une princesse, avec tous les privilèges que cela implique). Mais je remarque juste que d’une, on ne compare jamais les hommes à des princes (ou en tout cas, ils ne trouvent pas la comparaison flatteuse !) et de deux, cette imagerie peut être symptomatique d’une perception que les femmes ont d’elles-mêmes qui n’est pas biblique et diminue leur impact dans l’Église. En 2013, le mot « princesse » est connoté et donne aux femmes chrétiennes une idée erronée d’elles-mêmes. Voilà pourquoi je veux mettre en garde contre cette association d’idées. Se prendre pour une princesse quand on a cinq ans, ça paraît légitime, mignon même. Mais à 22 ans, mariée, avec 50h de travail par semaine en médecine, je réalise qu’être comparée à une princesse me paraît complètement à côté de la plaque.

Le monde des princesses est souvent décrit comme une alternative à Eden avec des nuages roses et des lapins qui font des caca papillons. Mais le monde dans lequel je vis a été (un peu) écorché par la chute. Il est souvent moche, il fait trop froid (et alors je tombe malade) ou trop chaud (et je transpire, beurk), les gens sont méchants, et je ne vis pas la vie d’une princesse : je dois descendre les poubelles, rentrer à la maison avec des cernes après 24h de garde, payer mes factures et m’accommoder de mes proches pécheurs comme eux doivent le faire de moi, pécheresse. Voilà pourquoi je ne me reconnais pas du tout quand on m’associe aux princesses et pourquoi j’appelle toutes mes soeurs à examiner si elles veulent toujours être considérées comme des princesses après cela :

1. Une princesse est paresseuse.

Aurora, Blanche-Neige, Belle de La Belle et la Bête, la Belle au Bois Dormant… n’ont aucune occupation (familiale, ministérielle, professionnelle ou caritative). On se demande ce qu’elles font de leurs journées (à part être disponibles pour leur prince)… Toujours est-il qu’elles ne sont pas connues pour avoir élevé des enfants, participé à une implantation d’Église, monté une entreprise, gagné un prix Nobel de la paix ou avoir fait des études. Tout ce que l’on sait d’elles c’est « qu’elles eurent beaucoup d’enfants ». Je ne dis pas que c’est mal d’avoir des enfants et de se consacrer à eux, mais ici il n’est pas question d’une mère impliquée dans l’éducation de ses enfants, mais d’une mère paresseuse qui l’est sûrement en ce qui concerne l’éducation et le bien-être de ses enfants.1

Nous ne sommes pas des princesses mes soeurs, mais ça n’est pas une mauvaise nouvelle. Dieu ne nous appelle pas à une vie de sentiments simplistes et enfantins, mais à une espérance très concrète, et à le servir en étant ses disciples. Et la Bible n’encourage pas la paresse. Dieu nous a accordé des dons et nous appelle à les mettre en pratique. Nous devons les développer avec inventivité, créativité, énergie, diligence et discipline. C’est peut-être moins glamour, mais c’est biblique.

Dieu a créé le travail avant la chute (Genèse 2.15). C’est donc une bénédiction. Ecclésiaste 3.13 nous dit que le travail est un don : « si un homme mange et boit et jouit du bien-être au milieu de tout son travail, c’est là un don de Dieu ». Et Éphésiens 4.28 nous montre les bienfaits qui découlent de l’oeuvre de nos mains : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus ; mais plutôt qu’il travaille, en faisant de ses mains ce qui est bien, pour avoir de quoi donner à celui qui est dans le besoin ». C’est « par la foi et la persévérance » que nous « [héritons] des promesses » de Dieu (Hébreux 6.12), pas parce que nous errons avec volupté dans un grand château avec un titre de princesse.

2. Une princesse ne sort presque jamais de son château et est ignorante sur le monde extérieur.

Aurora est enfermée dans un donjon, la Belle au Bois Dormant reste 100 ans dans son château, La Belle et la Bête se déroule dans un seul lieu : le château, etc. Tu vois l’idée. Pourtant, nous ne sommes pas appelées à être déconnectées du monde extérieur, sur un piédestal, incompatissantes à la misère et la crasse du dehors. Au contraire, nous devons nous joindre à tous ceux qui sont dans les ténèbres pour leur apporter la lumière ! Dieu ne nous appelle pas à rester dans un bunker (la belle maison ou l’Église) en voulant nous épargner la dure réalité sous prétexte de préserver notre innocence ! « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée » (Matthieu 5.14), alors pourquoi rester isolées dans notre cocon ? Au contraire, « que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5.16). Femmes au foyer ou employées, nous sommes appelées à connaître les perdus, compatir, prier pour eux, témoigner… pas juste à profiter de notre confort et de notre sécurité en ignorant la souffrance des autres et leur perdition.

3. Une princesse est passive.

Toutes les princesses citées ci-dessus sont en détresse et leur secours leur vient d’un tiers (un homme, une fée ou une marraine). Devine comment la Belle au Bois Dormant conquiert le coeur de son prince ? Elle est belle. Et elle dort. Pendant 100 ans. Et Blanche-Neige ? Idem, elle dort. En revanche, c’est beaucoup plus compliqué pour Raiponce qui doit (oulala c’est compliqué) dérouler sa chevelure pour que son sauveur l’utilise comme une échelle. Superbe message : ne faites rien, restez dans un état semi-comateux (voire carrément comateux ou végétatif) jusqu’à ce qu’un homme, ou quelqu’un d’autre, vienne vous délivrer. Une princesse n’a pas à prendre de risques ou d’initiatives. Quelqu’un d’autre la délivrera (d’une tour, d’un coma ou d’une vie pourrie avec des belles-soeurs reloues, au choix). Sans mari, pas de salut. Tu rigoles peut-être, mais si nous continuons à nous identifier à des princesses, il n’est pas surprenant que beaucoup de filles évangéliques attendent le mariage comme la panacée et le moment où leur vie « commencera enfin ».

Les princesses sont juste en stand-by pendant toute leur vie. Heureusement que Dieu attend plus de nous ! Certes, la Bible est une histoire de salut. Un salut que nous ne méritons pas et qu’aucune action de notre part n’aurait pu nous apporter. Dans sa grâce, Dieu n’a pas besoin que nous l’assistions (Éphésiens 2.5) ! Mais il nous a aussi offert le travail (voir point 1) et tu as une part à jouer sur terre, des dons à offrir à l’Église et à ta famille, et la responsabilité d’utiliser tes ressources. Si nous tenons vraiment à la notion de royauté, comparons-nous à un membre de la  « race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 Pierre. 2.9). C’est un appel difficile, qui vient avec une responsabilité énorme et qui est incompatible avec une vision chamallow du monde et une passivité complète.

4. Une princesse est belle, et c’est sa caractéristique principale. 

Je n’ai jamais vu de princesse moche ! D’ailleurs leurs prénoms sont des bons indicateurs : la Belle au Bois Dormant, la Belle et la Bête (et non pas la « Moche » et la Bête, ni la « fille normale »). La seule qualité indispensable et nécessaire pour être une princesse est la beauté.

Je sais que les filles sont obsédées par leur apparence. Même les livres et événements évangéliques ont des noms qui se réfèrent souvent à l’apparence (le livre de Carolyn Mahaney a été traduit Top-modèle féminin… et les intitulés des petit dej’ de femmes ressemblent souvent à « Être belles aux yeux de Dieu »). Les femmes ont toujours besoin d’être rassurées (« Est-ce que je suis belle ? »). Souvent, nous les évangéliques, nous avons tendance à nous rassurer avec un laïus typique : la vraie beauté vient de Dieu. C’est vrai, bien évidemment : « La grâce est trompeuse, et la beauté est vaine ; La femme qui craint l’Éternel est celle qui sera louée » (Proverbes 31.30). Mais je tiens à dire que je pense que l’on se trompe de question. La  vraie question n’est pas « Suis-je belle ? », mais plutôt « Et alors ? ».

Honnêtement, même si « la vraie beauté vient de Dieu » (et je vois ce que la Bible veut dire par là), nous ne sommes pas toutes aussi gâtées par la nature. C’est la vérité. Il y a des filles plus belles, comme des plus intelligentes ou des meilleures chanteuses. Je dis ça venant d’une fille qui se considère particulièrement « normale », dans la moyenne quoi (je sais que Sam va me tuer quand il lira ça !). Mais la question n’est pas là. Nous ne devrions pas passer notre vie à nous comparer ou à nous demander si nous sommes belles. En réalité, je pense que Dieu se fiche pas mal de notre apparence physique. Je sais que, malheureusement, ça n’est pas le cas des gens autour de nous et notamment des gars, mais que veux-tu : plaire aux hommes ou à Dieu ? Je ne dis pas qu’il faut négliger son apparence et être un sac devant tout le monde, dont son mari. Je dis juste que nous devrions être prêtes à sacrifier notre apparence si Dieu le demandait et qu’il se fiche pas mal de notre beauté objective comparée aux filles photoshopées. Aucune des princesses Disney n’aurait pu être missionnaire (leur brushing n’aurait pas tenu deux minutes en Inde ou au Népal, ni leurs robes !). Je pense que parfois nous devrions abandonner le brushing pour prier 15 minutes de plus, lâcher l’affaire avec le régime qui nous laisse toute raplapla pour servir pendant un projet d’Église, et se passer de cette belle robe qui nous fait paraître plus mince pour donner 100 euros à la mission. Es-tu ce genre de fille ? Ou le genre qui ne peut pas sortir sans se maquiller ?

5. Une princesse est exigeante, obnubilée par elle-même et fière.

Je peux comprendre qu’être appelées « princesses » est ce que la plupart des femmes attendent : elles veulent être flattées, cajolées et se sentir importantes. Les princesses sont les héroïnes de l’histoire et tout tourne autour d’elles. La princesse est parfaite et tout le monde (même les oiseaux ou les sept nains !) sont suspendus à ses lèvres. On ne peut rien refuser à une princesse. L’archétype moderne de la femme qui se prend pour une princesse c’est Paris Hilton : bimbo multimillionnaire qui refuse de  ramasser son sac s’il tombe par terre au cas où elle se casserait un ongle !

Mais en temps que chrétiennes, nous sommes appelées à donner notre vie pour les autres. Quand Paul nous parle d’exercer l’amour, il dit : « lorsque je suis devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant » (1 Corinthiens 13.11). Arrêtons d’exiger comme une petite fille capricieuse pour donner ! Une fille de Dieu imite le Christ en se sacrifiant pour les autres, en servant sans faire valoir ses droits et en aimant les autres comme une servante. Elle prend la dernière place, non la première.

La confiance d’une femme ne devrait pas venir d’un titre ou d’une position de valeur. Elle devrait se sentir bien dans sa peau, car elle est « son ouvrage, ayant été [créée] en Jésus-Christ pour de bonnes oeuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin [qu’elle les pratique] » (Éphésiens 2.10). Apocalypse 4.10-11 nous montre que « les 24 vieillards se prosternent devant celui qui est assis sur le trône, et ils adorent celui qui vit aux siècles des siècles, et ils jettent leurs couronnes devant le trône, en disant : Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance ; car tu as créé toutes choses, et c’est par ta volonté qu’elles existent et qu’elles ont été créées ». Et si nous arrêtions de nous auto-louer et que nous jetions nos couronnes pour louer Dieu ?

Voilà. Si nous vivions au pays des merveilles, nous pourrions nous permettre de penser que nous sommes des princesses (peut-être que nous en serons au paradis, même si j’en doute). Mais nous sommes dans un monde déchu et nous sommes des agents de changement. Nous ne sommes plus des petites filles, et j’échange volontiers ma couronne de princesse pour une couronne d’épines. Elle a peut-être moins de paillettes, mais c’était celle de Jésus et je veux la même ! Et j’appelle toutes mes soeurs à faire pareil !

Jamais la Bible n’utilise le terme « princesse » pour décrire une chrétienne, mais nous, les hommes, avons créé cette association d’idées trompeuses. Franchement, si on veut m’appeler la princesse de Dieu, ok, mais qu’on m’appelle aussi la guerrière du Seigneur, celle dont Dieu « exerce [les] mains au combat, [les] doigts à la bataille » (Psaumes 144.1).

Je pense que la vie de princesse (avec le mariage de princesse et le mari-prince qui va avec) est la nouvelle idole des jeunes filles évangéliques et je dis, sans être cynique, que c’est une illusion puérile et que l’on est en train de passer à côté de ce que Dieu veut pour nos vies. Ma vie n’est pas un conte de fées, mais ce n’est pas ce que Dieu m’a promis. Il m’a promis une espérance et la promesse de la vie éternelle à ses côtés. Ça me suffit ! Et je suis prête à porter ma croix, même si c’est ce qui s’éloigne le plus de la vie de château.

NB

Je ne critique ni les films Disney, ni le livre de Mahaney (que j’ai d’ailleurs offert à plusieurs amies), ni les petits déjeuners de femmes (vu mon article Les gentilles filles (partie 1, partie 2) on va vraiment penser que j’ai un problème avec ça !). J’ai juste voulu souligner certaines choses comme illustrations pour cet article. Par ailleurs, je ne suis pas le genre de fille qui se mettra à te hurler dessus si tu me traites de princesse. On est d’accord, c’est un détail et je n’aime pas pinailler sur les détails. J’ai plutôt utilisé cet angle d’attaque comme occasion d’encourager les femmes à vivre une vie qui fait plaisir à Dieu : un vie où elles ne sont pas paresseuses ou passives, mais vaillantes, responsables et pleines d’initiatives ; une vie qu’elles ne vivent pas en autarcie dans leur petit confort, mais qu’elles donnent en sacrifice aux autres ; une vie libérée de l’obsession de l’apparence physique, une vie où elles ne sont pas imbues d’elles-mêmes et de leurs droits, mais où elles prennent à coeur leur devoir pour le bien de leur prochain.

NOTES

1 Puis c’est un peu réducteur : que fait-on si l’on est célibataire ou sans enfant (temporairement, définitivement ou s’ils ont quitté le foyer) ? La vie d’une chrétienne ne se limite pas à être mère – mais aussi épouse, fille, soeur, témoin, etc.

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Auteur : Fidji P-L

23 ans, Rébellutionnaire, mariée à Sam, étudiante en médecine à Lyon et co-auteure du livre Fidji et Sam, étudiants..

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