Du caractère sacré de la vie : Manipulation génétique – procréation médicalement assistée et diagnostique pré-implantatoire

Crédits photo: ndf.fr

Dans cette série, tu peux retrouver les grands principes sur la bioéthique (ici).Tu peux également retrouver un article sur la contraception (ici). Finalement, nous avons posé le problème de la manipulation génétique comme introduction ici.

Pendant longtemps, la stérilité fut reléguée à quelques cas épisodiques. Mais aujourd’hui, tout a changé ! La stérilité touche environ 15% des couples et la responsabilité en revient aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Les couples jeunes et en pleine santé apparente sont aussi souvent atteints que les couples de plus de 35 ans1. Face à ce problème de société, de plus en plus de couples doivent avoir recours à des méthodes artificielles de fécondation. Est-ce éthique ? C’est la question à laquelle nous allons essayer de répondre.

Il existe deux méthodes de fécondation artificielle :

  • l’insémination artificielle

Explication de la méthode. L’insémination artificielle est une technique de reproduction assistée, consistant à placer du sperme dans l’utérus sans qu’il y ait de rapport sexuel. C’est une méthode utilisée fréquemment quand les spermatozoïdes de l’homme ne sont « pas assez vigoureux » pour se déplacer et atteindre l’utérus de la femme.

Qu’en penser ? Cette méthode n’a rien de répréhensible pour un couple marié qui utilise les gamètes2 du mari (nous reviendrons sur la question du don de sperme). Une telle technique ne fait que contourner un obstacle physique ; elle ne détruit pas de vie existante.

  • la fécondation in vitro

Explication de la méthode. La femme subit un traitement hormonal pour qu’elle porte à maturité plusieurs ovules (pour un cycle normal, un seul ovule est produit) qui sont ensuite prélevées. Les spermatozoïdes masculins sont alors présentés aux ovules in vitro (dans une boîte de laboratoire appelée boîte de Pétri, oui, comme dans tes cours de SVT). Le problème est que le succès de fécondation est de 8% seulement. En gros, si on présente du sperme à un ovule, on n’a que 8% de chance d’obtenir un embryon. Du coup, en pratique, les médecins mettent plusieurs ovules au contact du sperme et obtiennent de nombreux embryons. Après la fécondation, il est donc courant d’obtenir de 5 à 6 embryons en moyenne, bien que ce nombre puisse aller jusqu’à une trentaine. Ensuite, on laisse quelques divisions cellulaires se produire dans chaque embryon, puis on sélectionne parmi ces 30 embryons les meilleurs (en fonction de la régularité des cellules, de la taille, etc.) : c’est le diagnostic préimplantatoire. Finalement, on réimplante un ou plusieurs de ces œufs : c’est le transfert d’embryons. On en réimplante plusieurs car, même si les parents ne veulent qu’un enfant, il a été constaté que l’implantation d’un seul embryon échoue dans 86,34% des cas. C’est pourquoi pour augmenter les chances de grossesse, l’équipe médicale implante depuis 2007, 3 à 5 embryons. C’est pourquoi il est très fréquent de voir apparaître sur les échographies 3 à 5 poches. Dans ce cas, on peut avoir recours à une « réduction embryonnaire » (on tue un ou plusieurs des embryons), car il est assez difficile de porter des quadruplés ! Après la procédure on garde les autres embryons congelés, au cas où le couple aurait à nouveau besoin d’un embryon (pour avoir d’autres enfants ou si l’implantation dans l’utérus ne fonctionne pas ce coup-ci) ; on peut aussi les donner pour la recherche.

Qu’en penser ? Tu as sûrement perçu le problème éthique surgir à 3 niveaux :

1- Au moment où plusieurs vies ont été créées dans la boîte de Pétri et qu’on y laisse des embryons (donc déjà des vies) congelés, donnés pour la recherche ou jetés (voir articles sur l’avortement : ici, ici et ). Comment un couple attaché à la Parole de Dieu pourrait-il dire : « Pour avoir un enfant, je suis prêt à en concevoir 5 qui mourront » ? Il y a une contradiction entre le désir d’enfants et la réalité cruelle de la mort des autres.

2- Au moment où plusieurs vies ont été créées dans le ventre de la mère et qu’on effectue une réduction embryonnaire, car cet acte s’apparente à un avortement (voir articles sur l’avortement : ici, ici et ).

3- Si on recourt à un diagnostic préimplantatoire. Dans ce cas, on entre dans un processus de sélection de l’être humain : le rêve de l’homme parfait, meilleur. Et c’est le début de l’eugénisme.

4- Sans parler des autres questions éthiques si les parents (ou l’un d’eux) décèdent ou se séparent avant l’implantation des embryons. En 1983, Mario et Elsa Rios sont morts dans un accident d’avion, laissant derrière eux deux embryons congelés à Melbourne dans des cliniques de fécondation. Les embryons devaient-ils être détruits ? Confiés à d’autres couples ? Rappelle-toi que pour nous, chrétiens, il s’agit de vies !

Ceci étant dit, un couple chrétien peut, à mon avis, demander que le minimum d’embryons soient produits dans la boîte de Pétri (quitte à devoir subir à nouveau le prélèvement d’ovule pour la femme), qu’ils soient tous implantés (quitte à s’apprêter à accueillir des jumeaux) et il n’y aura alors pas de diagnostic préimplantatoire (car tous les embryons seront implantés) ni de réduction embryonnaire. Dans ces hypothèses, la FIV peut être envisagée.

Désolée si cet article t’a paru laborieux ! Je comprends que les techniques de procréation médicalement assistée sont complexes… J’espère cependant que cet article éclairera ceux qui sont « dans le milieu » ou ceux qui sont directement touchés par ces problématiques.

NOTES

1http://www.conseilslucbodin.com/archives/2011/01/23/20202224.html

2cellules sexuelles qui permettent la reproduction sexuée : spermatozoïdes pour les hommes, ovules pour les femmes

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Auteur : Fidji P-L

23 ans, Rébellutionnaire, mariée à Sam, étudiante en médecine à Lyon et co-auteure du livre Fidji et Sam, étudiants..

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