En chemin vers la grande Ville…

Crédits Photo : Flickr/andyenero
Crédits Photo : Flickr/andyenero

Après avoir introduit les 7 péchés capitaux et parlé de l’avarice, de l’envie, de la paresse et de la gourmandise, passons aujourd’hui à l’orgueil !

L’ambiance commence à devenir pesante. Cela fait déjà plusieurs heures qu’ils se déplacent tous ensemble sur ce sentier sombre et escarpé. Le leader marche en tête, d’un pas résolu. Le groupe est silencieux. Le seul bruit que l’on peut entendre est la secousse des arbres au vent, et peut-être encore le cri menaçant d’un chien errant au loin. Pourquoi ce silence platonique de la part du boss ? Et pourquoi cet air si sombre, lui qui est d’habitude si jovial ? Personne ne comprend… Et alors que les minutes deviennent des heures, la lourdeur se transforme en angoisse. Si seulement il pouvait prononcer ne serait-ce qu’un seul mot et briser ce silence accablant…

C’est alors que brusquement, l’homme de tête s’arrête. Il se tourne lentement et regarde attentivement chacun de ses amis. Alors qu’il s’apprête à parler, chaque seconde semble être une éternité. Le mystère sera enfin révélé. Chacun retient son souffle, pour ne pas perturber cet instant solennel. « Nous arrivons bientôt à la grande Ville. L’heure que je redoute tant est arrivée… Malgré mon innocence, je serai arrêté et condamné. Je sais ce qui m’attend : la peine capitale. Mais je ne fuirai pas, c’est là mon destin… Soyez rassurés mes amis, quand je serai mis à mort, tout le monde pensera que ce sera la fin, mais gardez espoir, ce ne sera alors que le commencement… » Et son discours tout juste terminé, il reprend sa cadence, déterminé.

Comment ? Le boss mis à mort ? Impossible… Ils s’étaient tous ralliés à sa cause justement parce qu’ils le pensaient invincible ! Au soulagement de l’attente assouvie se mélange alors une incompréhension amère. Ce doit être une mauvaise blague ! Et pourtant, jamais ils n’avaient vu le boss transpirer autant et respirer avec tant de peine… Il n’y a pas eu dans son expression le moindre indice pouvant laisser croire qu’il s’agissait d’une farce. Ils voulaient tous le questionner, lui demander de clarifier ce mystère. Pourquoi marcher d’un air résolu vers la grande Ville tout comme un mouton qui se dirige volontairement vers l’abattoir ? Et que voulait-il dire par le fait que sa mort ne sera pas la fin, mais le commencement ? Mais personne n’ose ouvrir la bouche. Le silence pesant n’a été brisé que pour devenir encore plus lourd…

L’angoisse atteint son paroxysme lorsque les plus hauts bâtiments de la grande Ville commencent à être aperçus à l’horizon. Il faut être fou pour se livrer de la sorte, sans prendre les armes. À moins que…

Soudainement, alors que tous ces hommes sont perdus dans leurs pensées vagabondes, le silence tragique est à nouveau rompu. Mais pas par le boss. Johnny et Jackie, les deux frères impétueux, accélèrent le pas et arrêtent l’homme de tête. Vont-ils oser dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas ? « Maître, nous avons une faveur à te demander. » Ah, aurions-nous enfin plus d’informations sur le sens de toute cette mise en scène ? « Tu as dit que ta mort ne sera pas la fin mais le commencement. Si tu venais par la suite, par nous ne savons quel moyen, devenir puissant et glorieux, accepterais-tu de faire de nous ton bras droit et ton bras gauche ? »

What ?! Alors que le boss vient de parler de sa mort imminente, tout ce que Johnny et Jackie ont en tête est leur future promotion ? Le boss ne serait-il pour eux finalement qu’un simple moyen vers leurs propres fins, leur propre gloire ? N’ont-ils donc aucune solidarité, aucune compassion pour son sort, un sort si douloureux que sa simple pensée le conduit à respirer difficilement ? Tous les membres du groupe sont indignés. À vrai dire, leur indignation ne provient pas de l’attitude de ces deux frères insensibles. Au contraire, ils craignent plutôt que cette promotion qu’ils désiraient tous avec tant de ferveur religieuse leur passe sous le nez… Comment est-ce que le boss réagira-t-il face à un tel mépris, un tel… orgueil ?

Comme à son habitude, en pensant au bien de ses amis plutôt qu’à son amour propre bafoué. « Johnny et Jacky, vous ne savez pas ce que vous demandez… Cela vous dépasse totalement ! Ne vous préoccupez pas de ces choses. Quelqu’un de bien plus grand et sage s’en préoccupera pour vous… » Mais le boss ne veut pas juste instruire les deux frères. Il a très bien discerné les motivations de tout le groupe. Cette préoccupation excessive avec leur propre promotion n’est pas à leur avantage, et il décide donc de les reprendre. « Les amis, vous savez très bien que le pouvoir corrompt. Lorsque je veux éprouver l’intégrité d’un homme, je ne lui envoie pas des épreuves. Au contraire, je lui donne… du pouvoir ! La manière dont vous arrivez alors (ou pas) à garder la tête sur les épaules détermine le type de leader que vous deviendrez. Regardez autour de vous. Tous ceux que l’on appelle “boss” deviennent des tyrans et profitent de leur influence. Vous m’appelez “boss”, et vous avez raison, puisque je le suis. Mais j’aimerais redéfinir ce terme. Le vrai boss, ce n’est pas celui qui se fait servir, mais c’est celui qui s’humilie pour servir. En ce qui me concerne, je ne vous ai pas choisi pour que vous me serviez, mais pour que je puisse vous servir… jusqu’à donner ma vie pour vous ! [1] »

Quelques semaines plus tard, le boss serviteur (pléonasme ou antithèse ?) montrera à ses amis que ce n’était pas juste de belles paroles. En le voyant nu et ensanglanté sur cette infâme croix, Johnny et Jackie les impétueux seront à jamais transformés pour devenir un jour Jean l’apôtre bien-aimé et Jacques le martyr… En tant que leaders de l’Église primitive, ils avaient un pouvoir énorme entre leurs mains. Mais au lieu de l’utiliser pour construire leur propre empire, ils ont donné leur vie (littéralement !) pour glorifier le Seul digne de gloire…

Leur histoire, c’est ton histoire, c’est mon histoire. Je dirais même surtout la mienne. Je connais mon cœur trop bien. L’orgueil est l’un des rares sujets sur lesquels je me sens expert, malheureusement. J’ai soif de gloire, j’ai soif de pouvoir, j’ai soif d’influence…

Après des années d’expérience dans ce combat, le seul remède que j’ai trouvé qui marche vraiment est de regarder à la croix. C’est le seul endroit où ma soif est satisfaite, car elle est la gloire et la puissance même de Dieu (1 Corinthiens 1.18). Elle me rappelle que je n’ai rien qui ne m’ait été donné (1 Corinthiens 4.7), et que la gloire suprême ne consiste pas à diriger, mais à s’humilier en donnant sa vie pour servir (Philippiens 2.3-10).

« En ce qui me concerne, je ne veux à aucun prix placer ma fierté ailleurs que dans la mort de notre Seigneur Jésus-Christ sur la croix… (Galates 6.14) »

Rébellutionnaire, faisons de la croix notre sujet de fierté ultime !

NOTES
[1] Pour cette histoire, je me suis inspiré de Marc 10.32-45.

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Sam P-L

29 ans, marié à Fidji, père de 3 enfants, ingénieur informatique à Lyon et co-auteur du livre Être étudiant et chrétien: opportunités et défis.

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21 Commentaires

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  • Juste excellent ! Bravo Sam, tu as vraiment réussi à nous faire vivre le moment, comme si on y était. Merci frangin !

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    • Cool, merci JB ! C’était là tout mon but, alors ça m’encourage ;).

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  • Wouah! merci d’en parler, j’avais justement trop besoin d’encouragements à ce sujet. Je trouve que l’orgueil est typiquement un de ces péchés avec lequel on risque d’être encore plus confronté quand on est déjà avancé dans la foi. Mais comme tu nous l’as rappelé, le véritable leader est celui qui s’humilie et se fait serviteur…
    Et l’exemple de Jean et Jacques, c’est si facile de s’y reconnaître!

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    • Merci pour ton commentaire Anna. Je partage ton sentiment. Plus j’avance dans la foi, plus je lutte avec l’orgueil. Mais peu importe notre maturité spirituelle, le remède reste le même :).

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      • Mais du coup il me vient une question : ça m’est arrivé qu’on me confie des responsabilités (dans mon église ou dans des camps par exemple), qui m’attiraient, pour lesquelles je pensais être équipée, et que j’ai eu du plaisir à prendre en charge comme je le pouvais, tout en ressentant bien que je le faisais, du moins en partie, parce que j’étais fière d’avoir ces responsabilités, d’être « en vue », que les gens puissent voir que je le faisais. Quand je me suis rendu compte que je faisais ça plus par orgueil que par véritable désir de servir Christ, j’ai eu honte; j’ai donc souvent du mal à accepter des responsabilités, et parfois je refuse, juste parce que je sens que mon orgueil se trouverait renforcé si j’acceptais. D’une manière générale, je me demande comment on peut démêler en soi ce qui est désir de servir et ce qui est orgueil. Est-ce qu’il vaut mieux se forcer à rester en retrait pour combattre son orgueil (sachant qu’ensuite il m’arrive parfois aussi, dans ce genre de situation, d’être encore plus orgueilleuse en me disant que j’ai refusé une responsabilité, qui du coup a été prise par quelqu’un que je juge moins doué que moi, et je finis par remuer de très sales pensées, ce qui est stupide!), ou au contraire accepter, en sachant qu’on aura à combattre l’orgueil.
        Bref je ne sais pas si je suis très claire…

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        • Je vais essayer de résumer ton dilemme.

          – Soit j’accepte une certaine responsabilité attirante et cela me rend orgueilleux (le rôle est prestigieux, les gens m’admirent, etc.).
          – Soit je refuse cette responsabilité et je deviens orgueilleux parce que je me sens humble d’avoir refusé, et supérieure à ceux qui exécutent la tâche moins bien que ce que j’aurais fait.

          Conclusion : quoi que je fasse, je tombe dans l’orgueil. Alors… que faire ? Dois-je accepter ou refuser cette nouvelle responsabilité ?

          Cette question est complexe. D’un côté, un péché comme l’orgueil vient du coeur, donc en théorie, il ne dépend pas des circonstances. Il existe des chrétiens renommés et très humbles tout comme des chrétiens inconnus et orgueilleux. De l’autre, les circonstances peuvent certainement soit nous faire tomber, soit nous garder debouts. Par exemple, Paul demande à Timothée de ne pas donner des responsabilités trop grandes à un jeune convertis de peur qu’il ne tombe dans l’orgueil (cf. 1 Timothée 3.6).

          Donc ma réponse comporte deux éléments. Premièrement, vu que l’orgueil vient du coeur, tu dois avant tout te focaliser sur ta relation avec Jésus plutôt que sur les responsabilités que tu prends ou pas. Comme je l’ai dit dans mon article précédent sur l’envie, le meilleur moyen de lutter contre une passion illicite (dans notre cas, une passion pour notre gloire) et de la remplacer par une passion légitime et supérieure (ici, la gloire de Dieu). Il n’existe pas de recette magique. C’est un combat de tous les jours qui se passe « sur les genoux » la Bible ouverte. Autant un chrétien peut être libéré de péchés « externes » comme la pornographie ou le vol, autant les péchés « subtils » sont un combat de toute une vie. Alors courage, ne baisse pas les bras ma soeur. Lutte, les yeux fixés sur Jésus.
          Deuxièmement, toi seule sais si tu es assez mature pour prendre une certaine responsabilité sans tomber dans l’orgueil. Ce n’est pas une question où la réponse est noire ou blanche. Parles-en à tes amis chrétiens les plus proches, et demande à Dieu d’éclairer ton coeur. En revanche, ne laisse pas la peur de l’orgueil te laisser passer à côté d’un ministère que Dieu aurait pour toi, ce qui rendrait Satan joyeux !

          Pour finir, je t’encourage vivement à acheter et à lire le petit livre de CJ Mahaney intitulé « L’Humilité : la vraie grandeur », qui te propose des pistes très pratiques pour lutter contre l’orgueil. Ce sujet me travaille beaucoup et j’ai beaucoup bénéficié du livre. Je sens dans tes commentaires que ce sujet te travaille beaucoup, alors n’attends pas pour le commander et le dévorer ! Voici le lien : http://www.xl6.com/articles/9782923614052-l-humilite-la-vraie-grandeur.

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          • Merci beaucoup pour ces réponses et pour ton encouragement! Je vais voir pour me procurer ce livre.

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            • Si je peux me permettre :

              Cherche Dieu! Seule solution véritable à tous nos problèmes. On m’a dit un jour que les livres, les enseignements étaient des recettes, mais que c’était à nous de nous les approprier et de nous en faire une « sauce » qui nous convienne.

              La vérité et l’aide peut venir des livres, mais la présence de Dieu, Ses révélations ne se trouvent que quand tu prends du temps avec Lui, dans le calme de ta chambre, sans rien d’autre que Lui et toi ;)

              Dieu = le meilleur remède qui soit!

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              • C’est vrai Katia, mais attention toutefois à ne pas en faire un raccourcis facile qui répond à toutes les questions. Car ce que tu viens de dire, on pourrait le sortir facilement pour tous les problèmes et tentations de la vie : Cherche Dieu !

                Alors oui, cherchons Dieu, mais cherchons le dans sa Parole pour trouver ce qu’il a à dire sur les tentations spécifiques qui sont les nôtres !

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  • C’est une jolie histoire, mais je n’aime le mot « boss », sinon ça fait un bon scénario de film avec les prénoms actualisés.

    Je n’avais pas compris que pour éprouver l’orgueil, Dieu donnait des responsabilités. C’est intéressant et ça mérite réflexion.

    Mais il y a des personnes qui n’ont aucune responsabilité mais qui sont très orgueilleuses, que peux-tu dire pour ces personnes ?

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    • Je vois ce que tu veux dire pour le mot « boss ». En fait, c’est simplement un mot familier moderne pour le mot « Maître » ou « Rabbi » que les contemporains de Jésus utilisait pour l’appeler. D’ailleurs, j’utilise ce mot pour justement faire le contraste avec l’appel à devenir un esclave de tous à la fin de l’article.
      Pour répondre à ta question, c’est vrai que je dis que Dieu donne des responsabilités pour éprouver l’orgueil, mais ce n’est pas sa seule manière de l’éprouver. Comme tu le dis, certaines personnes n’ont aucune responsabilité et sont orgueilleuses. En fait, il n’y a aucune corrélation nécessaire entre un fruit de l’Esprit et les circonstances de la vie. En gros, on peut être riche et généreux tout comme pauvre et radin et vice-versa. Idem pour l’orgueil. On peut être connu et humble tout comme inconnu et orgueilleux.
      Le remède pour les orgueilleux sans responsabilité est le même que pour tous : se tourner vers la croix et reconnaître que l’on n’a rien que ne nous ait été donné. Tout n’est que grâce. Notre Seigneur est venu pour servir, alors qui sommes nous pour chercher notre propre gloire ?

  • […] et parlé de l’avarice, de l’envie, de la paresse, de la gourmandise et de l’orgueil, passons aujourd’hui à la colère […]

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  • Merci Sam pour cette belle histoire!
    J’ai reconnu immédiatement les personnes de l’histoire et j’apprécie beaucoup le fait que tu l’aies rendu plus « actuel » :)

    Quant à l’orgueil, j’ai combattu contre pendant des années. Si on a envie de vraiment s’en débarrasser, je ne peux que conseiller effectivement de se tourner vers Jésus. Simplement (et dis moi si je me trompe ;) ), j’ai l’impression que tu restes et vis avec cet orgueil que tu dois combattre tous les jours. Mais il y a un moyen très simple et très difficile à la fois pour l’éradiquer complètement de sa vie : celui d’ouvrir son coeur à notre Père et lui demander de changer tout ce qu’il ya à changer. Par contre, c’est qch à faire sans cesse, jusqu’à ce que la racine de l’orgueil soit définitivement enlevée!
    A chaque fois que l’orgueil revient, il faut simplement prendre position, et proclamer que non, on n’en veux pas! Le proclamer sur notre vie!
    Chercher la sanctification permet de se rapprocher de Dieu et quelque soit les vices, on peut tous les combattre! J’ai appris qu’il valait mieux combattre, être restauré de l’intérieur et chercher l’humilité du coeur avant d’aller évangéliser dans les nations: ça réduit les risques de répandre la pagaille, car Dieu fait grâce aux humbles mais s’opposent aux orgueilleux.
    Si donc mon cœur veut la gloire et l’admiration, je suis plus d’avis à demander à Dieu de m’aider à lutter contre et à m’humilier devant Lui, devant Sa majesté.

    Difficile pb à résoudre mais le temps passé avec Dieu permet de faire face aux difficultés, de grandir dans la foi, et surtout d’être restauré! Pas facile de se débarrasser de ce vice, mais nécessaire pourtant…

    Merci encore Sam!

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    • Hello Katia,

      Merci pour ton commentaire. Effectivement, je continue à régulièrement lutter avec l’orgueil. Je dois souvent venir aux pieds de la croix pour que Dieu me donne la grâce de chercher avant tout sa gloire.

      En revanche, je ne suis pas d’accord avec toi lorsque tu dis qu’il « y a un moyen très simple et très difficile à la fois pour l’éradiquer complètement de sa vie », et lorsque tu dis que « la racine de l’orgueil » puisse être « définitivement enlevée » dès aujourd’hui.

      Nous ne serons jamais complètement délivré du péché avant notre mort. Même en tant que chrétiens, et peu importe notre intimité avec Dieu, nous continuerons à pécher, certains plus que d’autres. Clairement, l’intimité avec Dieu nous empêche bien souvent de pécher, mais pas totalement. Pour cela, il suffit de lire la confession de l’apôtre Paul en Romains 7…

      Alors OUI, humilions-nous devant sa majesté. Mais ne croyons pas que cet acte pourra nous immuniser contre ce péché dans l’avenirs. Nous devrons toute notre vie continuer à nous humilier à ses pieds.

      Nous sommes dépendants de sa grâce aujourd’hui, et nous le resterons jusqu’à notre dernier souffle. Qu’est-ce que j’ai hâte d’être ressuscité, et d’être libéré entièrement du péché !

      Bises,
      Sam

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      • Sam, je suis d’accord avec toi que nous continuerons à pécher, à lutter contre la chair, qui garde des séquelles de notre ancienne nature. Tout comme la mémoire musculaire nous fait bouger d’une certaine manière de façon naturelle, notre ancienne nature, par le fait qu’on n’est pas encore libérés de la chair fait que l’on n’agit pas toujours en conformité avec notre nouvelle nature.

        Mais Romains 7 ? Il y a plein de trucs dans ce passage qui me font me dire que Paul ne parle absolument pas pour lui-même dans ce passage, mais qu’il « incarne » le discours d’un juif pieu sous la Loi dans ce passage, non pas un chrétien vivifié, régénéré, né de nouveau. Il ne pourrait pas dire sinon : « moi je suis mort » (Ro 7.10) ou « moi, je suis comme un homme livré à lui-même, vendu comme esclave au péché. » (Ro 7.14) Si ces passages sont vrais des chrétiens, nous ne sommes alors pas morts au péché, comme Paul vient de le dire (Ro 6.1-6 par ex), et la Bible est donc contradictoire.

        Maintenant, le « déjà » et le « pas encore » se manifestent dans ce que nous vivons encore dans notre ancienne chair. Et cette chair continue d’avoir ses désirs, contraires à l’Esprit qui vit en nous. D’où cette lutte que nous expérimentons (voir Gal 5.16-17 par ex). Mais nous ne sommes pas des cas aussi désespérés que celui de Ro 7, qui est mort. Nous sommes vivants, mais appelés à vivre selon l’Esprit qui vit en nous et non selon notre ancienne chair (Ro 8.5-6).

        Cette tension disparaîtra au jour où nous revêtirons une nouvelle sorte de chair, dans la résurrection. Alors l’être vivifié que je suis perdra toute attirance vers le péché, comme mon ancien corps aura pleinement dépéri, et que j’aurai revêtu un corps spirituel, c’est à dire un corps apte à accueillir l’Esprit qui vit déjà en moi (1 Co 15.42-44), plutôt que la demeure impropre de mon corps actuel, avec toutes ses tendances au péché qu’il a gardé de mon ancienne nature.

        Voilà en tous cas comment je définirai bibliquement la tension entre le péché que nous continuons de commettre et la vie que nous avons en nous par l’Esprit.

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        • Nathan, merci pour ta réaction.

          La question de l’identité du « je » dans Romains 7.14-25 est vraiment difficile. Les meilleurs exégètes ne sont pas d’accord. Pour me remettre dans le débat que j’ai étudié il y a plusieurs années mais que j’ai laissé de côté depuis, je viens de relire deux excellents articles. Le premier est une étude de l’un de mes théologiens préférés, Sam Storms, disponible en ligne ici. Il explique les arguments pour et contre chaque position, et défend la même position que toi. Le deuxième est le chapitre de J.I. Packer intitulé « The Wretched Man Revisited: Another Look at Romans 7:14-25 », dans le livre « Romans and the People of God: Essays in Honor of Gordon D. Fee on the Occasion of His 65th Birthday » édité par Sven K. Soderlund et N. T. Wright. Tu peux retrouver une grande partie de ce chapitre en ligne sur Google Books ici. Packer défend la position traditionnelle (celle de Saint Augustin, Calvin, Luther, Spurgeon, Stott, etc.), qui voit en le « je » de Paul rien d’autre que Paul à l’instant où il écrit.

          Je manque actuellement de recul pour me positionner. Je vois clairement les forces et les faiblesses de chaque position. J’ai hâte d’être en fac de théologie pour vraiment avoir le temps de réfléchir à ce genre de question !

          Mais pour l’instant, la lecture la plus naturelle pour moi est celle défendue par Packer. La tension du « déjà » et du « pas encore » dont tu parles est maintenue. Romains 7.14-25 reflète clairement le « pas encore » de notre sanctification, tout comme les passages que tu mentionnes qui disent que nous sommes « morts au péché » reflètent une part du « déjà ». Si l’on ne prend que les premiers, alors la vie chrétienne parait être une lutte misérable. Si l’on ne prend que les derniers, alors on peut tomber dans les écueils Wesleyains de l’illusion que le chrétien peut atteindre la perfection sur Terre.

          Je suis mort au péché, mais je pèche. Je suis esclave du péché, mais je peux lui résister. Tel est le paradoxe de la vie chrétienne…

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      • Sam, c’est un processus dont je parle, mais je parle d’un fait réel, car si je devais lutter contre mon orgueil auparavant (=combat), c’est aujourd’hui devenu naturel de replacer les choses dans l’ordre quand l’orgueil surgit (=faire attention). C’est ma propre expérience que je partage là, mais cet orgueil n’est pas parti en une fois : c’est tout un processus de prière, d’intimité avec Dieu, de révélation.
        Aujourd’hui, je suis libérée de l’orgueil, ça ne m’empêche pas de veiller à ce qu’il n’entre pas à nouveau dans ma vie. Et ne tkt pas, je crois que Dieu a suffisamment de pb avec moi xD, alors je ne vais pas te dire qu’étant chrétiens, nous ne péchons plus :) je dis simplement que Dieu peut transformer nos coeurs et nous changer radicalement! (expérience vécue)

        Autant être le plus possible sanctifié avant de rencontrer l’Epoux! :D (ou le Dieu trois fois saint!!) Bon, après, si tu veux qu’on en discute, fais moi signe quand tu es de retour sur Lyon : je te ferai alors part d’un bout d’un voyage magnifique avec le Roi des rois!

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        • Merci Katia pour la précision :).

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  • Yo Sam. En fait, je dois dire que là où ça me gène le plus, c’est que Paul ne parle nulle part d’autre comme ça de lui même.

    Pour moi, le « déjà » est dans l’esprit régénéré, qui est entièrement régénéré, et le « pas encore » est dans la chair qui n’est pas du tout régénérée, ce qui fait de nous des êtres réellement entre deux réalités, vivant dans notre personne même cette réalité du Royaume. Si notre esprit est « mi-figue/mi-raisin » dans sa régénération est que notre corps, lui, est très clairement 100% dans le « pas encore », alors il y a un déséquilibre qui penche trop vers le « pas encore » dans nos êtres, nous entrainant vers un dangereux défaitisme face au péché.

    Mais de toute façon, agree to disagree ; pour l’heure ;-)

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    • Yep, de toute façon, vu que les plus grands exégètes actuels de Romains comme Moo ou Schreiner ont adopté la même position que toi, il y a de grandes chances que je vienne à l’adopter durant mon cours de MDiv d’exégèse de Romains…

      Ah oui, je voulais juste te dire que tu es le plus « theologically minded » jeune homme que je connaisse en France. Et je trouve ça totalement remarquable. Ça te fait une belle jambe, hein ? ;)

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      • Bah ça me fait plaisir que tu penses ça, et je pense que Beki serait d’accord (pour ton commentaire sur ma belle jambe…) ;-)

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