Les gentilles filles ne changent pas le monde (1/2)

22 Août 2012 47 commentaires

Récemment, j’ai lu Nice girls don’t change the world de Lynne Hybels, la femme du célèbre pasteur américain Bill Hybels. Cette lecture résonne en moi sans cesse. Elle me ramène à quelque chose que j’ai toujours cru, sans jamais pouvoir l’exprimer. Je m’explique…

Je suis le genre de fille qui parle fort quand le sujet la passionne (ne me lancez surtout pas sur les stratégies d’évangélisation de nos églises !), qui n’a pas peur de dire : « Tu dis n’importe quoi ! », qui a des idées, des opinions et qui est prête à se battre pour qu’on l’écoute. Je suis le genre de fille qui gagnera plus que son mari (c’est un fait, le mien veut être pasteur !), qui fait des études supérieures et qui ne voit pas pourquoi elle devrait être la première à lever le pied pour changer des couches. J’aime écrire, étudier la Bible et implanter des églises autant que mon mari. Je ne suis pas le genre de femme qui jettera ses rêves aux oubliettes pour faire des cakes salés, des confitures faites maison (n’en déplaise aux organisatrices des petits-déjeuners de femmes !) et remplir notre déclaration d’impôt. Je suis – attention scandale – une féministe[1].

Le pavé dans la mare est lancé !

Voilà le problème, ce mot fait frémir les évangéliques. La féministe est forcément une hystérique indécente qui revendique des « droits » totalement non-créationnels, qui – si elle est chrétienne – est forcément égalitarienne[2] (ce qui n’est pas forcément mon cas) et dont le seul but est de castrer les hommes. Que les choses soient claires, je ne suis pas une femme rebelle ou insoumise. Je me place sous l’autorité de passages bibliques comme Tite 2.3-5 ou Ephésiens 5.22 en ce qui concerne la soumission… Mais je reste frustrée par l’attitude que les églises/les hommes/les femmes semblent attendre de nous dans nos églises. J’ai l’impression que l’on veut que nous soyons de gentilles filles : obéissantes, polies, respectables socialement… mariables, quoi ! Le regard vide parfois, un discours un peu plat, mais un sourire tellement charmant ! Vous voyez le tableau ? Jamais un mot au-dessus de l’autre de peur de se faire coller une étiquette d’insubordonnée. Alors que je parlais de ce sujet avec une amie célibataire, elle m’a même avoué se forcer régulièrement à paraître moins passionnée, à moins se faire remarquer à l’église, de peur de faire fuir les hommes.

Et si Dieu nous appelait à autre chose ? C’est ce qu’envisage Lynne dans son livre. Et si Dieu nous appelait à être non pas de gentilles filles, mais, au contraire, des femmes bonnes ? Être une femme bonne, c’est laisser de côté notre gentillesse passive, sans prise de risques, et notre tendance à vouloir plaire aux autres pour nous vêtir du dynamisme de la vraie bonté. C’est quitter la faiblesse et l’immaturité de petite fille pour la force et la maturité de la femme. Il y a trois différences entre une gentille fille et une femme bonne :

1/ La vie d’une femme bonne est construite sur l’amour de Dieu. Elle n’a pas besoin de systématiquement plaire à tout le monde.

Une femme bonne sait qu’elle n’a pas à mériter l’amour de Dieu en faisant toujours plus pour les autres, quitte à s’essouffler. Elle peut se reposer sans culpabilité. Elle sait qu’elle n’a pas à mériter l’amour de Dieu en satisfaisant systématiquement les autres à son détriment. « Mourir à soi-même » ne veut pas dire ne jamais poser de limites et ne jamais s’affirmer. Elle reconnaît que lorsque Paul nous appelle à nous faire « tout à tous », il n’est pas en train de nous demander de devenir des paillassons ! Paul veut faire de nous, hommes ou femmes, des évangélistes sensibles, et non pas des champions du « politiquement correct ». La femme bonne déplaira parfois à ceux qui n’attendent d’elle que de la gentillesse. Qu’il en soit ainsi ! Elle n’est pas bruyante, revendicatrice ou irritante, mais elle vit selon ses convictions. Elle sait que Jésus était un révolutionnaire qui n’a jamais essayé de rendre tout le monde heureux.

(à suivre demain…)

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NOTES

[1] Attention, il faut distinguer deux types de féminisme. A la base, « le féminisme est un ensemble d’idées politiques, philosophiques et sociales cherchant à promouvoir les droits des femmes et leurs intérêts dans la société civile. Il s’incarne dans des organisations dont les objectifs sont d’abolir les inégalités sociales, politiques, juridiques, économiques et culturelles dont les femmes sont victimes » (Source : wikipédia). Ce féminisme est clairement biblique, étant donné que l’homme et la femme sont tous les deux l’image de Dieu (cf. Genèse 1.27). En revanche, je n’adhère pas à ce que l’on appelle le « féminisme de la deuxième vague » avec ses revendications concernant l’IVG par exemple.

[2] En ce qui concerne la répartition des rôles selon les sexes, les évangéliques sont essentiellement divisés en deux camps. D’un côté, on trouve les complémentariens, qui affirment que les hommes et les femmes ont des responsabilités différentes (p.ex. dans l’église, une femme ne peut pas prêcher, devenir responsable, et dans le foyer, le rôle principal de la femme est de prendre soin de son mari et de ses enfants, etc.). De l’autre côté, on trouve les égalitariens, qui insistent sur l’idée que la répartition des rôles n’est pas une question de sexe, mais plutôt une question de dons et d’aspirations (p.ex. une femme qui a un don pour prêcher peut le faire, si un homme aime le ménage et la cuisine, il peut légitimement en être responsable dans son foyer etc.).

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Auteur : Fidji P-L

23 ans, Rébellutionnaire, mariée à Sam, étudiante en médecine à Lyon et co-auteure du livre Fidji et Sam, étudiants..

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