Le mythe de l’adolescence (partie 1)

Post de Brett et Alex H., 22 ans, éditeurs du blog therebelution.com et auteurs du livre Génération Challenge.
Traduction de Nathanaël G., 17 ans, rebellutionnaire.

L’éléphant domestiqué d’Inde est une image parfaite de la puissance de la captivité psychologique. À l’âge adulte, cette grande bête, domptée et utilisée pour sa force énorme, mesure près de trois mètres et pèse jusqu’à cinq tonnes. Son travail inclut de déraciner des arbres adultes, traîner de gros rochers et porter d’énormes charges sur ses épaules. Et enfin, quand le travail du jour est fait et qu’il faut empêcher l’animal de déambuler partout pendant la nuit, son propriétaire prend simplement un peu de ficelle attachée à une petite branche plantée dans le sol, et l’attache autour de la patte arrière-gauche de l’éléphant. La raison nous dit que l’éléphant peut facilement briser la ficelle ou arracher la branche du sol, pourtant le propriétaire ne s’inquiète pas, entièrement confiant dans le fait que le lendemain matin, il retrouvera son animal exactement là où il l’a laissé. Et c’est ce qui se passe.

J’admets qu’après avoir entendu parler de cette pratique, je n’arrivais pas à déterminer ce qui était le plus dur à croire : que le propriétaire était confiant, ou que sa confiance était justifiée ? Une bête qui peut déraciner des arbres est-elle soudainement incapable d’arracher une branche plantée dans le sol ? Qu’est-ce qui fait que cette ficelle et cette « brindille » puissent inhiber toute la puissance de l’éléphant ? J’ai vite découvert que ça n’avait pas tant à voir avec la ficelle autour de la cheville de l’animal qu’avec des chaînes invisibles autour de son esprit.

Mon affirmation est simple : les jeunes adultes de notre génération sont les éléphants. Notre ficelle est le concept de l’adolescence du 20e siècle. Les attentes de la société constituent notre branchette. Nous sommes debout, restreints, alors qu’un monde plein de souffrance brûle autour de nous. Mais notre ficelle et notre branche sont récentes. Les jeunes adultes du passé n’étaient pas si encombrés.

David Farragut, le premier amiral dela U.S. Navy, est devenu mousse sur l’Essex, un navire de guerre, à l’âge de 10 ans. À 12 ans, alors qu’il n’était qu’un simple garçon selon les standards modernes, Farragut reçut le commandement de son premier bateau et reconduisit un vaisseau capturé avec l’équipage et des prisonniers vers les États-Unis après une bataille réussie. Le jeune David reçut des responsabilités très tôt, et il se montra à la hauteur.

Bien qu’il n’ait jamais été considéré comme particulièrement brillant par ses pairs, George Washington, père de notre pays (nde : les auteurs sont américains), commença à maîtriser la géométrie, la trigonométrie et l’arpentage quand il aurait été en CM2/6e à notre époque, et arrêta ses études à 14 ans. À 16 ans, il était nommé géomètre officiel de Culpepper County, en Virginie. Pendant les trois années qui suivirent, Washington gagna près de 100 000 $ par an (en fonction du pouvoir d’achat actuel). À 21 ans, il avait suffisamment augmenté son savoir sur les terres environnantes et son revenu pour acquérir 2 300 acres de terres de premier choix en Virginie.

De nos jours et à notre âge, ces exemples nous stupéfient parce que nous voyons la vie à travers une catégorie extra sociale appelée « adolescence », une catégorie qui aurait été complètement étrangère aux hommes et aux femmes d’il y a 100 ans. Avant la fin des années 1800, il n’y avait que trois catégories d’âge : l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse. Ce n’est qu’avec l’apparition du premier mouvement travailleur et ses lois progressistes sur le travail des enfants, ainsi que des nouvelles lois sur l’école obligatoire, qu’une nouvelle catégorie appelée adolescence fut inventée. Créée par G. Stanley Hall, qui est souvent considéré comme le père de la psychologie américaine, l’adolescence correspond à la zone artificielle située entre l’enfance et l’âge adulte, quand les jeunes personnes cessent d’être des enfants, mais ne sont toujours pas autorisées par la loi à assumer les responsabilités normales d’un adulte, telles que faire du commerce ou prendre un emploi rémunéré. En conséquence, le mariage et la possibilité de fonder une famille sont retardés. On a donc inventé l’« adolescent », une pauvre créature qui a l’âge et les compétences d’un adulte, mais aucune de ses libertés ou responsabilités.

La vie d’adolescent est devenue une condamnation de quatre ans à poursuivre une éducation primaire et relativement oisive plus connue sous le nom de « lycée » (quatre ans d’école qui seront ensuite refaits pendant les deux premières années d’université). Les Farragut et les Washington se sont retrouvés abolis par la loi, eux qui n’ont pu rester des enfants plus longtemps que nécessaire. À la place, on a développé la culture que nous connaissons aujourd’hui, où les jeunes personnes sont autorisées et encouragées, voire même forcées, à rester des enfants plus longtemps qu’ils n’en ont besoin.

L’effet de ce changement sismique dans la philosophie américaine de l’éducation n’est pas limité aux enfants en école publique. Ceux qui suivent l’école à la maison peuvent se sentir à l’abri du danger, mais une évaluation honnête prouve que, dans l’ensemble, nous sommes loin d’utiliser notre potentiel. Après avoir lu l’exemple de grands hommes du passé de notre pays, nous devrions reconnaître qu’il n’y a aucune raison pour qu’une personne âgée de 13 à 18 ans ne puisse pas se comporter comme un adulte responsable. L’Histoire nous prouve que c’est possible. Diverse cultures le confirment. Aujourd’hui, aux États-Unis, la seule chose qui retienne les jeunes est la corde qu’est cette pause perpétuelle appelée « adolescence » et la branchette des faibles attentes de la société. De nous-mêmes et des autres, nous n’attendons qu’immaturité et irresponsabilité, et c’est exactement ce que nous avons.

Des mêmes auteurs Commence petit, vise haut / Deviens comme Christ (Série) / Va de l’avant (Série)

Auteur : Alex et Brett Harris

Alex et Brett Harris, sont les fondateurs de la Rébellution et les auteurs du livre Génération Challenge.